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22 Déc 2006

[ 335 : du 20 Déc 2006]
Réunion du Comité de Suivi de l’ APG : Comment le Pr. Gnininvi a démontré la mauvaise foi du RPT sur la question des Cartes d’électeur avec photo

Le Comité de Suivi de l’Accord Politique Global s’est réuni samedi à Lomé pour évaluer l’état d’avancement du processus électoral en cours au Togo. Le facilitateur burkinabé Blaise Compaoré, président du Comité de Suivi, était représenté pour la circonstance par trois Ministres de hauts rangs. Selon des sources proches de l’organisation, l’essentiel de la réunion a été consacré à l’examen de l’épineuse question du recensement électoral et des cartes d’électeur sécurisées avec photo. Une question qui a permis aux uns et aux autres de se dire les vérités sur la volonté de préparer des élections crédibles.

La mouvance RPT était arrivée à cette réunion avec la ferme intention de démontrer ce qu’elle croit être le caractère irresponsable de la proposition de l’Opposition, à savoir, la centralisation des opérations pré électorales (enregistrement des électeurs, saisie et délivrance immédiate des cartes d’électeur numérisées avec photo) au niveau des bureaux de vote.

            Convaincus du soutien de la France et du facilitateur, le RPT et ses alliés s’étaient présentés avec des calculs aussi savants que farfelus qui évaluaient à plus de 50 milliards la mise en œuvre de l’option préconisée par le groupe CAR-UFC-CDPA-GF2D. La mouvance RPT et ses soutiens extérieurs se sont fait « clouer le bec » par un travail scientifique et minutieux d’évaluation présenté par le professeur Léopold Gnininvi de la CDPA s’inspirant de ce qui a été fait en RDC.

            Sur cette base, l’incidence financière de l’option préconisée par l’Opposition se chiffre à 13 milliards ; rien à voir avec les plus de 50 milliards annoncé par le RPT et ses alliés. Le Secrétaire Général de la CDPA est allé encore plus loin en proposant que la RDC prête au Togo, une partie du stock de kits qu’elle a utilisés pour l’organisation des dernières élections générales dans ce pays, ce qui réduirait encore considérablement le coût de l’option.

            Privés de leur argument phare, le RPT et ses alliés se seraient lancés dans la diversion et le ridicule. « Et comment on ferait pour distinguer des jumeaux porteurs de deux cartes différentes ? Qu’est-ce qui empêche un électeur de se faire enregistrer dans deux préfectures différentes et de se faire délivrer deux cartes pour pouvoir voter aux deux endroits différents ? ».

            Voilà les genres de questions qu’aurait soulevées la mouvance RPT. A la question de jumeaux, le Groupe CAR-UFC-CDPA-GF2D aurait répondu que le nombre des jumeaux au sein de la population électorale est insignifiant. Quant à l’éventualité qu’un électeur puisse se déplacer d’une préfecture à l’autre pour aller à deux endroits différents, l’Opposition aurait répondu qu’il revient à l’Etat, conformément aux dispositions en vigueur de veiller à ce que l’interdiction de mouvement d’une préfecture à l’autre le jour du scrutin soit respectée.

            Suite à ces développements, l’Union Européenne a alors proposé de mettre à la disposition de la CENI, toutes les informations utiles lui permettant de prendre une décision avant la prochaine réunion du Comité de Suivi prévu le 15 Janvier.

            Il ressort de cette première réunion du Comité au moins un enseignement capital. Contrairement à son discours, le RPT éprouve les pires difficultés à adhérer au principe des élections réellement transparentes. De l’avis de nombreux spécialistes, le fichier électoral utilisé pour la dernière élection présidentielle comporte plus d’un million d’électeurs fictifs constituant le socle de la fraude massive qui a fortement discrédité les résultats du scrutin.

            Il convient donc pour les prochaines législatives, de purger le fichier électoral de ces impuretés, d’assurer une distribution complète des cartes d’électeurs aux ayant droits effectifs et de mettre en place un système efficace de lutte contre le bourrage des urnes avant l’ouverture des bureaux de vote par des bulletins pré votés.

            Face à cette multitude de mécanismes de fraudes disponibles, la CENI devra multiplier les garde-fous afin que les résultats proclamés soient réellement ceux issus des urnes. L’APG a prévu le déploiement d’observateurs nationaux et internationaux à tous les stades du processus. C’est une disposition importante dont la mise en œuvre effective devrait permettre de limiter les dégâts.

            Selon la loi électorale, les dépouillements sont publics. A la dernière élection présidentielle, l’accès aux lieux du dépouillement avait été interdit au public dans la plupart des bureaux de vote. Dans d’autres cas, les représentants de l’Opposition avaient été évacués des bureaux de vote juste avant le début du dépouillement. Eu égard à tout cet arsenal de fraude, on peut difficilement ne pas comprendre le bien fondé de la fermeté affichée par l’Opposition face au RPT.

            Lundi soir, à la clôture du Congrès de son parti, Faure Gnassingbé se disait convaincu de la victoire du RPT aux prochaines élections législatives. S’agissait-il d’un simple cri de guerre pour tenter de déstabiliser l’adversaire ou de l’expression de la volonté du RPT de ne pas céder d’un iota sur tout ce qui peut remettre en cause son dispositif d’un ènième coup de force électoral ?

            Sommée par le Comité de Suivi, la CENI va devoir trancher sur la question du mode de recensement électoral et de confection des cartes d’électeurs sécurisées. Cela reviendra en définitive, à se prononcer pour la transparence ou non des prochaines élections. Il va de soi que, de la nature de cette décision, dépendra la suite du processus électoral.

            D’ores et déjà, le Comité de Suivi a implicitement fait une croix sur la date du 24 juin, puisqu’il a demandé à la CENI de fixer une date pour les prochaines législatives sur la base d’un calendrier précis.

            La prochaine rencontre entre le Comité de Suivi et la CENI étant prévue le15 janvier 2007, on peut supposer que c’est au plus tôt à cette échéance que l’on sera fixé sur les décisions concernant les points de blocage actuels.

            D’ici là, le gouvernement devra, de son côté, « prendre les dispositions en vue de la création de la commission chargée de faire la lumière sur les violences électorales au Togo, conformément aux recommandations de l’accord politique ».

            Marie-Ange de FANTI

 
Fin du 9ème congrès du RPT : Esso Solitoki élu Secrétaire Général sur fond de révolution

Prévu pour le vendredi 15 décembre, le neuvième Congrès du Rassemblement du Peuple Togolais (RPT) n’a commencé que le lendemain. Mais très rapidement, entre conflit de génération et choc de leadership, l’élection de Esso Solitoki au Secrétariat général du plus grand Rassemblement du Peuple Togolais RPT s’obtient sur fond de suspicion et de rivalités.

Le président Gnassingbé Eyadema, de vénérables mémoires en tout cas pour le grand parti, aurait renfrogné la mine dans sa tombe de Pya. Le premier Congrès du parti depuis son décès a sombré dans le tohu-bohu des conflits internes anicroches suspectes. C’est difficilement et après moult velléités que la vieille garde du RPT a réussi à s’imposer avec Esso Solitoki, député à l’assemblée.

Tout a commencé au début de la matinée du samedi 15 décembre 2006 avec l’arrivée moins triomphale que prévue du président de la République Faure Gnassingbé, président du parti depuis le décès de son père. Il a été accueilli par le secrétaire général Dama Dramani, dont le départ est statutairement acquis. Mais rapidement, la guerre de succession s’est enclenchée.

L’ouverture par le président de la République Faure Gnassingbé, les discours de circonstance, les manifestes de courtoisie, la plénière, les discussions à huit clos... se sont succédés pour accoucher d’une souris. La séance a pris fin sur fond de polémique interne : le nouveau bureau n’a pas pu être élu. Pour le congrès « ce sont des commissions qui n’ont pas rendu à temps leurs rapports ». Le communiqué du présidium du congrès du RPT le précise avec beaucoup d’ambiguïtés : « le présidium du 9e congrès ordinaire du Rassemblement du Peuple Togolais informe les militants, sympathisants et invités auxdites assises qu’en raison de l’ampleur des travaux en commission et en plénière, la cérémonie de clôture du congrès est reportée à ce lundi 18 décembre 2006 à 15 heures précises »

Lundi, les débats se sont poursuivis. Les thèmes de la veille ont été épluchés. On y a vu de la teneur, du vrai débat sur les questions financières, sur les élections législatives à venir, sur l’orientation de la politique du parti face à la nouvelle donne ; le changement, sans doute dans la continuité. On y  a également remarqué une émergence, celle d’une jeunesse en manque de courage d’affirmation, mais déterminée à donner une nouvelle vision au RPT. Et l’arrivée de Faure Gnassingbé, président du RPT a fait monter la fumée qui était blanche et porteuse du nom de Esso Solitoki, il est choisi, peut être élu, parmi les noms proposés à l’assemblée ; sans surprise car ce nom circulait déjà dans la salle depuis Dimanche.

Sa mission, raccorder la vision des anciens, fidèles à la politique du père, celle cacique et rigide, celle fermée à toute négociation et celle marquée par des décisions qui tombent de là haut, à celle des .jeunes plus modérés, soucieux d’une démocratie au sein du parti et surtout d’un débat contradictoire. Autre mission pour le nouveau secrétaire général, préparer le parti, déjà fragilisé par le partage du pouvoir à des élections législatives, qui promettent d’être transparentes et démocratiques.

Les raisons de l’imbroglio

La plus grande difficulté du parti est due aux conflits de génération. Pendant plusieurs années voire décennies, une caste d’acolytes du président fondateur, des personnes âgées de plus de soixantaine se sont imposées et ont dirigé dans l’imprécision et au pifomètre le RPT. La radicalisation, le zèle, la gestion catastrophique et obscurantiste, les projets hasardeux étaient au rendez-­vous. Deux ans après son élection contestée, Faure fait face au dilemme. Il est coincé entre la révolution et les réformes au ralenti. Deux camps naissent ainsi automatiquement au sein du parti. Ceux qui veulent le changement sur toute la ligne sont ceux qui, proches de la vieille caste dirigeante, ne veulent rien perdre des privilèges et affichent leur vision traditionaliste.

Le véritable problème est celui de leadership. Le pouvoir ayant été confisqué par certains, le parti manque aujourd’hui d’hommes d’Etat affichés qui aient l’adhésion d’une grande partie des clans internes au parti. La jeunesse qui souhaite le rajeunissement du bureau manque de candidat et la peur de circonstance entretenue par l’entourage du président Eyadema de son vivant persiste. Nul ne veut oser s’imposer comme candidat.

Préparant sa sortie surprise avec un nouveau mouvement d’union présidentielle, le président Faure Gnassingbé n’ose pas non plus jouer le « guide ». Il reste discret et presque effacé même si des sources de la présidence précisent « qu’il tire les ficelles depuis son bureau et dans la discrétion qu’on lui connaît ». Néanmoins, les proches de Faure Gnassingbé s’époumonent à renchérir que « le chef de l’Etat veut un homme expérience ».

Quoiqu’on dise, le Rassemblement du Peuple Togolais est à l’heure d’une révolution interne, si lente soit-elle. Sur cette corde raide, vient se positionner Esso Solitoki, en remplacement de Dama Dramani, partant.

De toutes les façons, « le vieux aux cheveux blancs » tournera ainsi une page de sa carrière au RPT, après plusieurs années passées dans l’ombre d’Eyadema mais aussi de son fils.

MAX Carmel

 

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