|
La mouvance RPT était arrivée à cette réunion avec
la ferme intention de démontrer ce qu’elle croit
être le caractère irresponsable de la proposition
de l’Opposition, à savoir, la centralisation des
opérations pré électorales (enregistrement des
électeurs, saisie et délivrance immédiate des
cartes d’électeur numérisées avec photo) au niveau
des bureaux de vote.
Convaincus du soutien de la France et
du facilitateur, le RPT et ses alliés s’étaient
présentés avec des calculs aussi savants que
farfelus qui évaluaient à plus de 50 milliards la
mise en œuvre de l’option préconisée par le groupe
CAR-UFC-CDPA-GF2D. La mouvance RPT et ses soutiens
extérieurs se sont fait « clouer le bec »
par un travail scientifique et minutieux
d’évaluation présenté par le professeur Léopold
Gnininvi de la CDPA s’inspirant de ce qui a été
fait en RDC.
Sur cette base, l’incidence financière
de l’option préconisée par l’Opposition se chiffre
à 13 milliards ; rien à voir avec les plus de 50
milliards annoncé par le RPT et ses alliés. Le
Secrétaire Général de la CDPA est allé encore plus
loin en proposant que la RDC prête au Togo, une
partie du stock de kits qu’elle a utilisés pour
l’organisation des dernières élections générales
dans ce pays, ce qui réduirait encore
considérablement le coût de l’option.
Privés de leur argument phare, le RPT
et ses alliés se seraient lancés dans la diversion
et le ridicule. « Et comment on ferait pour
distinguer des jumeaux porteurs de deux cartes
différentes ? Qu’est-ce qui empêche un électeur de
se faire enregistrer dans deux préfectures
différentes et de se faire délivrer deux cartes
pour pouvoir voter aux deux endroits
différents ? ».
Voilà les genres de questions
qu’aurait soulevées la mouvance RPT. A la question
de jumeaux, le Groupe CAR-UFC-CDPA-GF2D aurait
répondu que le nombre des jumeaux au sein de la
population électorale est insignifiant. Quant à
l’éventualité qu’un électeur puisse se déplacer
d’une préfecture à l’autre pour aller à deux
endroits différents, l’Opposition aurait répondu
qu’il revient à l’Etat, conformément aux
dispositions en vigueur de veiller à ce que
l’interdiction de mouvement d’une préfecture à
l’autre le jour du scrutin soit respectée.
Suite à ces développements, l’Union
Européenne a alors proposé de mettre à la
disposition de la CENI, toutes les informations
utiles lui permettant de prendre une décision
avant la prochaine réunion du Comité de Suivi
prévu le 15 Janvier.
Il ressort de cette première réunion
du Comité au moins un enseignement capital.
Contrairement à son discours, le RPT éprouve les
pires difficultés à adhérer au principe des
élections réellement transparentes. De l’avis de
nombreux spécialistes, le fichier électoral
utilisé pour la dernière élection présidentielle
comporte plus d’un million d’électeurs fictifs
constituant le socle de la fraude massive qui a
fortement discrédité les résultats du scrutin.
Il convient donc pour les prochaines
législatives, de purger le fichier électoral de
ces impuretés, d’assurer une distribution complète
des cartes d’électeurs aux ayant droits effectifs
et de mettre en place un système efficace de lutte
contre le bourrage des urnes avant l’ouverture des
bureaux de vote par des bulletins pré votés.
Face à cette multitude de mécanismes
de fraudes disponibles, la CENI devra multiplier
les garde-fous afin que les résultats proclamés
soient réellement ceux issus des urnes. L’APG a
prévu le déploiement d’observateurs nationaux et
internationaux à tous les stades du processus.
C’est une disposition importante dont la mise en
œuvre effective devrait permettre de limiter les
dégâts.
Selon la loi électorale, les
dépouillements sont publics. A la dernière
élection présidentielle, l’accès aux lieux du
dépouillement avait été interdit au public dans la
plupart des bureaux de vote. Dans d’autres cas,
les représentants de l’Opposition avaient été
évacués des bureaux de vote juste avant le début
du dépouillement. Eu égard à tout cet arsenal de
fraude, on peut difficilement ne pas comprendre le
bien fondé de la fermeté affichée par l’Opposition
face au RPT.
Lundi soir, à la clôture du Congrès de
son parti, Faure Gnassingbé se disait convaincu de
la victoire du RPT aux prochaines élections
législatives. S’agissait-il d’un simple cri de
guerre pour tenter de déstabiliser l’adversaire ou
de l’expression de la volonté du RPT de ne pas
céder d’un iota sur tout ce qui peut remettre en
cause son dispositif d’un ènième coup de force
électoral ?
Sommée par le Comité de Suivi, la CENI
va devoir trancher sur la question du mode de
recensement électoral et de confection des cartes
d’électeurs sécurisées. Cela reviendra en
définitive, à se prononcer pour la transparence ou
non des prochaines élections. Il va de soi que, de
la nature de cette décision, dépendra la suite du
processus électoral.
D’ores et déjà, le Comité de Suivi a
implicitement fait une croix sur la date du 24
juin, puisqu’il a demandé à la CENI de fixer une
date pour les prochaines législatives sur la base
d’un calendrier précis.
La prochaine rencontre entre le Comité
de Suivi et la CENI étant prévue le15 janvier
2007, on peut supposer que c’est au plus tôt à
cette échéance que l’on sera fixé sur les
décisions concernant les points de blocage
actuels.
D’ici là, le gouvernement devra, de
son côté, « prendre les dispositions en vue de
la création de la commission chargée de faire la
lumière sur les violences électorales au Togo,
conformément aux recommandations de l’accord
politique ».
Marie-Ange de FANTI |