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Une
foule de plus de 5.000 personnes composée en grande
majorité de femmes de militaires, a assisté à cette
cérémonie d’investiture. La salle était ornée de
grandes banderoles hautes en couleurs sur lesquelles
on pouvait lire l’essentiel du programme du RPT pour
les législatives : « Dans la transparence, le
RPT sortira vainqueur », « Avec Faure
Gnassingbé, l’espoir est permis », « Unis
et solidaires, nous serons plus forts » ou encore
« Dans l’unité et la cohésion, assurons une majorité
qualifiée au RPT ».
A
l’instar de l’UFC, le RPT a positionné des candidats
dans toutes les préfectures du Togo et dans la commune
de Lomé. Sur les 162 candidats présentés, figurent 22
femmes.
Dans
son allocution de clôture, M. Barqué a exhorté les
candidats à prendre exemple sur leur président et à se
battre sur le terrain. « A vous candidats et
candidates, le parti vous recommande de battre
campagne à l’image de son président. Vous devez être
constamment sur le terrain, proches des militants et à
l’écoute de l’électorat », a-t-il déclaré en
substance.
M.
Barqué, a vanté les atouts du RPT sur le terrain, à
savoir, une forte implantation nationale, une solide
expérience et une grande expertise, sans oublier
l’importance des immenses ressources humaines dont
dispose le parti à travers le pays.
Selon M. Barqué, ces atouts devraient permettre au RPT
d’aller à ces élections en toute confiance et de
« les gagner dans la transparence, la paix, la
sécurité et la sérénité ». De fait, les images de
la cérémonie, diffusées sur les médias montraient une
foule apparemment requinquée et donnant l’impression
d’être sûre de quelque chose.
Cette espèce de joie naïve manifestée par les
« danseuses de toujours » avait tout de même
beaucoup de mal à dissimuler l’inquiétude des cadres
du parti. Eux, savent que le RPT est en train de jouer
sa survie sur les prochaines élections législatives.
Eux, savent que c’est la première fois en quarante ans
que le RPT va devoir se frotter à une élection
véritablement pluraliste dans un contexte un peu plus
démocratique que les contextes précédents.
Au-delà des incantations électorales pour tenter de
démoraliser l’adversaire, il y a les réalités
sociopolitiques du terrain. Le RPT n’en est pas dupe.
Les responsables du parti savent que le RPT ne part
pas favori à ces élections et que si le scrutin se
déroulait dans des conditions de transparence
acceptables, les chances du parti sont plus que
minces.
Outre l’usure du pouvoir, le RPT va devoir présenter
et défendre son bilan, ce ne sera pas le bilan des
deux ans et demi de Faure Gnassingbé. Ce sera le bilan
de quarante années de pouvoir sans partage. C’est sans
doute, conscient de cette difficulté que le RPT a
tenté le coup du changement et du rajeunissement dans
la plupart des préfectures. En analysant finement la
liste des candidats, on s’aperçoit qu’en réalité, le
changement et le renouveau des hommes tant annoncés ne
sont pas au rendez-vous.
Des
noms tels que Yentchabré, Sambiani, Kantchati,
Kanekatoua, Kpatcha Gnassingbé, Mémounatou Ibrahima,
Foli-Bazi Katari, Klassou, Kaïssan Olga, sont loin de
représenter dans la mémoire collective des Togolais,
des signes de renouvellement du personnel politique
représentatif du RPT.
A
l’inverse, on est surpris que certains noms tels que
Ayassor Oteh, l’actuel Ministre des Finances, Dogbé
Kokouvi, le ministre de l’Equipement, qui pourraient
véritablement incarner de façon crédible, une forme de
renouveau au RPT, aient été relégués en position de
quasi inéligibilité.
Même
si elles ne sont pas têtes de listes, même si elles
sont en position de quasi inéligibilité, certaines
personnalités illustrent par leur présence sur les
listes RPT, les difficultés que doit éprouver ce parti
à renouveler ses représentants. Faire passer des noms
tels que, Bernard Walla, Abass Bonfoh, Dama Dramani,
Payadowa Boukpessi ou encore Voulé-Frittiti, Kwassi
Klutsé, Eric Kpadé, Angèle Aguigah, Komikpime Bamnante,
comme étant des illustrations du renouveau au RPT, ne
sera certainement pas une tâche aisée.
Mais
à qui osera lancer la pierre au RPT. Plus encore au
RPT que dans les autres partis, la liste finale
publiée vendredi dernier a été le résultat de
douloureux arbitrages qui ne devaient pas seulement
tenir compte du souci de renouvellement des cadres
clamé peut-être trop tôt par certains responsables du
parti.
La
présence surprenante sur la liste, de quelques barons,
doit certainement relever plus du compromis et du
souci de ménager que d’un positionnement pour gagner.
C’est le cas par exemple d’Abass Bonfoh dans la
préfecture de Bassar. Président de l’Assemblée
sortante, Président de la République par intérim,
Abass Bonfoh méritait la tête de liste pour les
services qu’il a rendus au RPT depuis le 5 février
2005.
Mais, au sein du parti, on est également conscient du
fait que ces services rendus n’ont pas nécessairement
conféré à l’homme une popularité monnayable en terme
électoral. Son vice-président Eric Kpadé subit presque
la même « punition » dans les Lacs, une
préfecture qui sera très difficile à négocier pour le
RPT qui devra affronter deux poids lourds de
l’Opposition radicale : Antoine Folly de l’UDS-Togo et
Patrick Lawson de l’UFC.
C’est certainement pour ces mêmes raisons que M.
Fambaré Natchaba, le grand spécialiste RPT de
« toilettage constitutionnel » s’est trouvé tout
simplement éliminé de la liste des candidats RPT. On
imagine la difficile gymnastique à laquelle les
responsables du RPT ont dû se livrer. Il leur fallait
à la fois, présenter des hommes qui incarnent le
besoin de changement exprimé par l’électorat et
ménager des personnalités à travers lesquelles, le
parti continue d’exister dans certaines localités.
Pour
un parti qui est au pouvoir depuis quarante ans et qui
aspire à s’y maintenir, le choix des hommes est une
étape capitale dans un contexte d’élections
pluralistes. A présent que cette étape est franchie,
les difficultés ne sont pas terminées pour autant pour
le RPT. Plus que les autres, le parti de Faure
Gnassingbé devra maintenant trouver le bon discours
pour convaincre les Togolais que le RPT est maintenant
capable de faire ce qu’il n’a pas pu faire en quarante
ans.
Le
RPT peut-il changer tout en restant le RPT ? Telle
semble être la problématique du RPT pour les
prochaines élections législatives. Selon les propres
confessions d’un baron du parti qui s’est exprimé sous
couvert de l’anonymat, le RPT souffrirait du syndrome
du « temps de Papa ». Pour chaque problème à
résoudre ou chaque idée nouvelle à mettre en œuvre, la
réaction première, semble-t-il, est de savoir si le
problème s’était déjà posé « du temps de Papa »
ou si l’idée nouvelle ou une idée similaire avait déjà
été évoquée du « temps de Papa ».
Pour
ce baron, la situation actuelle du RPT est comparable
à celle d’un chauffeur obligé de regarder constamment
dans le rétroviseur tout en conduisant une voiture qui
avance et qui doit tenir sa route.
Au
début de son mandat, Faure Gnassingbé avait émis de
très bonnes idées notamment en matières de
réconciliation nationale et de restauration de la
vérité sur l’histoire de notre pays. Cette bonne
volonté n’aurait pas résisté au syndrome du « temps
de Papa ».
On a
l’impression que dans l’entourage présidentiel, il y a
plus de « gardiens du temple », adeptes de
l’immobilisme et du statu quo que de vrais
réformateurs conscients de la nécessité pour le Togo
et les Togolais d’évoluer avec leur temps et de vivre
leur époque.
Le
changement que les populations attendent du RPT se
situent moins au niveau des hommes qu’au niveau des
mentalités. Changer les hommes pour poursuivre la même
politique revient à un non changement. Depuis la mort
du Général Eyadéma, des hommes nouveaux sont apparus
au devant de la scène politique dans l’entourage de
Faure Gnassingbé; mais, pour l’essentiel, les
pratiques et les méthodes politiques n’ont pas changé.
Pour
les prochaines élections, on recommence à parler de
préparatifs pour bourrer les urnes, de fabrication
parallèle de bulletins de vote pré votés, d’électeurs
fictifs, d’achat de vote, de rétention de cartes
d’électeurs, de dispositions en vue de manipuler les
procès verbaux, etc. autant de pratiques par
lesquelles le RPT avait dans le passé manifesté sa non
adhésion à la démocratie.
Et
si le RPT profitait des prochaines élections pour
faire sa révolution et surprenait les Togolais et le
monde entier ? Faure Gnassingbé semble avoir fait le
pari des élections législatives transparentes, sans
incidents, sans fraudes d’aucune sorte, des résultats
proclamés conformes aux résultats effectivement sortis
des urnes.
Si
cette révolution se produisait, le RPT aurait
définitivement opéré cette métamorphose qui amorcerait
pour notre pays, une vie politique enfin normale.
Frisco de SOUZA |