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Motion d'Information

11 Sept 2007

[ 356 : 10 Sept 2007]
Le RPT a investi ses candidats aux législatives :
 Le changement dans la continuité ou l’impossible métamorphose 

Le Rassemblement du Peuple Togolais (RPT) qui règne sans partage sur le Togo depuis quarante ans, a investi vendredi dernier ses candidats aux prochaines élections législatives prévues le 14 octobre. La cérémonie s’est déroulée au Palais des Congrès de Lomé sous la présidence de l’inamovible Barry Moussa Barqué qui représentait M. Faure Gnassingbé, Président de la République et Président national du RPT.

Une foule de plus de 5.000 personnes composée en grande majorité de femmes de militaires, a assisté à cette cérémonie d’investiture. La salle était ornée de grandes banderoles hautes en couleurs sur lesquelles on pouvait lire l’essentiel du programme du RPT pour les législatives : « Dans la transparence, le RPT sortira vainqueur », « Avec Faure Gnassingbé, l’espoir est permis », « Unis et solidaires, nous serons plus forts » ou encore « Dans l’unité et la cohésion, assurons une majorité qualifiée au RPT ».

A l’instar de l’UFC, le RPT a positionné des candidats dans toutes les préfectures du Togo et dans la commune de Lomé. Sur les 162 candidats présentés, figurent 22 femmes.

Dans son allocution de clôture, M. Barqué a exhorté les candidats à prendre exemple sur leur président et à se battre sur le terrain. « A vous candidats et candidates, le parti vous recommande de battre campagne à l’image de son président. Vous devez être constamment sur le terrain, proches des militants et à l’écoute de l’électorat », a-t-il déclaré en substance.

M. Barqué, a vanté les atouts du RPT sur le terrain, à savoir, une forte implantation nationale, une solide expérience et une grande expertise, sans oublier l’importance des immenses ressources humaines dont dispose le parti à travers le pays.

Selon M. Barqué, ces atouts devraient permettre au RPT d’aller à ces élections en toute confiance et de « les gagner dans la transparence, la paix, la sécurité et la sérénité ». De fait, les images de la cérémonie, diffusées sur les médias montraient une foule apparemment requinquée et donnant l’impression d’être sûre de quelque chose.

Cette espèce de joie naïve manifestée par les « danseuses de toujours » avait tout de même beaucoup de mal à dissimuler l’inquiétude des cadres du parti. Eux, savent que le RPT est en train de jouer sa survie sur les prochaines élections législatives. Eux, savent que c’est la première fois en quarante ans que le RPT va devoir se frotter à une élection véritablement pluraliste dans un contexte un peu plus démocratique que les contextes précédents.

Au-delà des incantations électorales pour tenter de démoraliser l’adversaire, il y a les réalités sociopolitiques du terrain. Le RPT n’en est pas dupe. Les responsables du parti savent que le RPT ne part pas favori à ces élections et que si le scrutin se déroulait dans des conditions de transparence acceptables, les chances du parti sont plus que minces.

Outre l’usure du pouvoir, le RPT va devoir présenter et défendre son bilan, ce ne sera pas le bilan des deux ans et demi de Faure Gnassingbé. Ce sera le bilan de quarante années de pouvoir sans partage. C’est sans doute, conscient de cette difficulté que le RPT a tenté le coup du changement et du rajeunissement dans la plupart des préfectures. En analysant finement la liste des candidats, on s’aperçoit qu’en réalité, le changement et le renouveau des hommes tant annoncés ne sont pas au rendez-vous.

Des noms tels que Yentchabré, Sambiani, Kantchati, Kanekatoua, Kpatcha Gnassingbé, Mémounatou Ibrahima, Foli-Bazi Katari, Klassou, Kaïssan Olga, sont loin de représenter dans la mémoire collective des Togolais, des signes de renouvellement du personnel politique représentatif du RPT.

A l’inverse, on est surpris que certains noms tels que Ayassor Oteh, l’actuel Ministre des Finances, Dogbé Kokouvi, le ministre de l’Equipement, qui pourraient véritablement incarner de façon crédible, une forme de renouveau au RPT, aient été relégués en position de quasi inéligibilité.

Même si elles ne sont pas têtes de listes, même si elles sont en position de quasi inéligibilité, certaines personnalités illustrent par leur présence sur les listes RPT, les difficultés que doit éprouver ce parti à renouveler ses représentants. Faire passer des noms tels que, Bernard Walla, Abass Bonfoh, Dama Dramani, Payadowa Boukpessi ou encore Voulé-Frittiti, Kwassi Klutsé, Eric Kpadé, Angèle Aguigah, Komikpime Bamnante, comme étant des illustrations du renouveau au RPT, ne sera certainement pas une tâche aisée.

Mais à qui osera lancer la pierre au RPT. Plus encore au RPT que dans les autres partis, la liste finale publiée vendredi dernier a été le résultat de douloureux arbitrages qui ne devaient pas seulement tenir compte du souci de renouvellement des cadres clamé peut-être trop tôt par certains responsables du parti.

La présence surprenante sur la liste, de quelques barons, doit certainement relever plus du compromis et du souci de ménager que d’un positionnement pour gagner. C’est le cas par exemple d’Abass Bonfoh dans la préfecture de Bassar. Président de l’Assemblée sortante, Président de la République par intérim, Abass Bonfoh méritait la tête de liste pour les services qu’il a rendus au RPT depuis le 5 février 2005.

Mais, au sein du parti, on est également conscient du fait que ces services rendus n’ont pas nécessairement conféré à l’homme une popularité monnayable en terme électoral. Son vice-président Eric Kpadé subit presque la même « punition » dans les Lacs, une préfecture qui sera très difficile à négocier pour le RPT qui devra affronter deux poids lourds de l’Opposition radicale : Antoine Folly de l’UDS-Togo et Patrick Lawson de l’UFC.

C’est certainement pour ces mêmes raisons que M. Fambaré Natchaba, le grand spécialiste RPT de « toilettage constitutionnel » s’est trouvé tout simplement éliminé de la liste des candidats RPT. On imagine la difficile gymnastique à laquelle les responsables du RPT ont dû se livrer. Il leur fallait à la fois, présenter des hommes qui incarnent le besoin de changement exprimé par l’électorat et ménager des personnalités à travers lesquelles, le parti continue d’exister dans certaines localités.

Pour un parti qui est au pouvoir depuis quarante ans et qui aspire à s’y maintenir, le choix des hommes est une étape capitale dans un contexte d’élections pluralistes. A présent que cette étape est franchie, les difficultés ne sont pas terminées pour autant pour le RPT. Plus que les autres, le parti de Faure Gnassingbé devra maintenant trouver le bon discours pour convaincre les Togolais que le RPT est maintenant capable de faire ce qu’il n’a pas pu faire en quarante ans.

Le RPT peut-il changer tout en restant le RPT ? Telle semble être la problématique du RPT pour les prochaines élections législatives. Selon les propres confessions d’un baron du parti qui s’est exprimé sous couvert de l’anonymat, le RPT souffrirait du syndrome du « temps de Papa ». Pour chaque problème à résoudre ou chaque idée nouvelle à mettre en œuvre, la réaction première, semble-t-il, est de savoir si le problème s’était déjà posé « du temps de Papa » ou si l’idée nouvelle ou une idée similaire avait déjà été évoquée du « temps de  Papa ».

Pour ce baron, la situation actuelle du RPT est comparable à celle d’un chauffeur obligé de regarder constamment dans le rétroviseur tout en conduisant une voiture qui avance et qui doit tenir sa route.

Au début de son mandat, Faure Gnassingbé avait émis de très bonnes idées notamment en matières de réconciliation nationale et de restauration de la vérité sur l’histoire de notre pays. Cette bonne volonté n’aurait pas résisté au syndrome du « temps de Papa ».

On a l’impression que dans l’entourage présidentiel, il y a plus de « gardiens du temple », adeptes de l’immobilisme et du statu quo que de vrais réformateurs conscients de la nécessité pour le Togo et les Togolais d’évoluer avec leur temps et de vivre leur époque.

Le changement que les populations attendent du RPT se situent moins au niveau des hommes qu’au niveau des mentalités. Changer les hommes pour poursuivre la même politique revient à un non changement. Depuis la mort du Général Eyadéma, des hommes nouveaux sont apparus au devant de la scène politique dans l’entourage de Faure Gnassingbé; mais, pour l’essentiel, les pratiques et les méthodes politiques n’ont pas changé.

Pour les prochaines élections, on recommence à parler de préparatifs pour bourrer les urnes, de fabrication parallèle de bulletins de vote pré votés, d’électeurs fictifs, d’achat de vote, de rétention de cartes d’électeurs, de dispositions en vue de manipuler les procès verbaux, etc. autant de pratiques par lesquelles le RPT avait dans le passé manifesté sa non adhésion à la démocratie.

Et si le RPT profitait des prochaines élections pour faire sa révolution et surprenait les Togolais et le monde entier ? Faure Gnassingbé semble avoir fait le pari des élections législatives transparentes, sans incidents, sans fraudes d’aucune sorte, des résultats proclamés conformes aux résultats effectivement sortis des urnes.

Si cette révolution se produisait, le RPT aurait définitivement opéré cette métamorphose qui amorcerait pour notre pays, une vie politique enfin normale.

Frisco de SOUZA

 
Après avoir gagné la bataille du recensement : La CENI désormais confrontée au démontage des mécanismes de fraudes électorales

Selon les chiffres provisoires communiqués par la Commission Electorale Nationale Indépendante (CENI) chargée d’organiser et de superviser les prochaines élections législatives togolaises, ce sont, au total, quelque 2 947 052 Togolais qui se sont inscrits sur les listes électorales à l’issue des opérations de recensement organisées du 16 juillet au 19 août 2007sur toute l’étendue du territoire.

«A la fin du recensement nous avons un chiffre provisoire de 2 947 052 inscrits, nous sommes en train de traiter les doublons et à la fin du traitement des données c’est-à-dire d’ici deux semaines nous allons publier les chiffres définitifs», a déclaré à la presse, M. Tozim Potopéré, le président de la CENI.

Dans la capitale togolaise, Lomé, 497 000 personnes ont été recensées selon le bilan provisoire qui ne tient pas compte, à en croire la CENI, des doublons et «des inscriptions non encore prises  en compte».

Selon le Président de la CENI, ces chiffres provisoires correspondent exactement aux prévisions faites par la direction générale de la comptabilité publique et de la statistique qui aurait prévu un chiffre global de 2 935 000 électeurs. Il a indiqué que les agents du centre de traitement des données s’activent désormais pour détecter les doubles inscriptions dont les auteurs seront arrêtés et punis conformément à la loi.

De sources proches de la CENI, on indique que plusieurs personnes arrêtées en flagrant délit de double inscription seraient déjà emprisonnées. Le Président de la CENI a réitéré son appel à tous ceux qui se trouveraient en situation de double inscription, à se signaler.

A l’occasion d’un point de presse, M. Tozim Potopéré a, par ailleurs, indiqué que la date limite du dépôt des candidatures est fixée au 14 septembre 2007, soit 30 jours avant la date du scrutin comme le stipule le Code Electoral.

Si tous les acteurs sont d’accord pour reconnaître que les opérations de recensement se sont dans l’ensemble, déroulées dans des conditions bien meilleures que prévues, il se dégage dans le même temps une quasi unanimité pour admettre que le fichier électoral issu de ces opérations de recensement est loin de répondre aux résultats attendus en terme de fiabilité.

Premier constat : Lomé, la capitale qui regroupe généralement le 1/3 de la population électorale nationale, ne représente plus qu’environ 17% de la population électorale totale. Certains analystes expliquent cette « anomalie » par une forte transhumance des électeurs dictée par le réflexe du vote utile. En effet, de nombreux habitants de Lomé ont déserté la capitale pour aller s’inscrire dans leur village natal de façon à apporter leurs voix à des candidats issus de leurs localités.

Ce facteur n’expliquer pas à lui tout seul, le dégonflement de la population électorale de la capitale. Il peut également s’expliquer par la désaffection générale des Loméens pour les élections. Aux premiers rangs des acteurs des soulèvements populaires contre le coup d’Etat militaire du 5 février 2005 et les élections frauduleuses du 24 avril 2005, les populations de Lomé ont eu à payer le plus lourd tribut suite aux répressions militaires sauvages et aux expéditions punitives organisées par les miliciens proches du pouvoir.

On peut comprendre que de nombreux habitants de la capitale se soient mis dans une position attentiste et n’aient pas jugé utile d’aller s’inscrire pour les législatives. Enfin un dernier élément d’explication pourrait être lié aux problèmes de logistique rencontrés dans la commune de Lomé.

De nombreux électeurs qui auraient voulu s’inscrire, n’avaient tout simplement pu le faire en raison des interminables files d’attente devant les bureaux de recensement. Les trois jours supplémentaires de recensement à Lomé et dans la préfecture du Golfe n’ont certainement pas suffi à régler tous les problèmes posés par la forte affluence des électeurs.

La conjonction de ces trois facteurs ajoutée à des actes délibérés pour empêcher l’inscription des électeurs dans certaines zones jugées favorables à telle ou telle sensibilité politique peut expliquer la faiblesse relative de la population électorale de la capitale. Il est pour l’instant, prématuré de déterminer ce que sera l’impact de ce phénomène sur les résultats des élections dans la commune de Lomé et dans la préfecture du Golfe.

Deuxième constat. Selon plusieurs observateurs, les opérations de recensement auraient été plus émaillées d’irrégularités dans la zone B que dans la zone A. C’est ainsi que, outre les cas de double inscription, des confrères ont révélé, preuves à l’appui, de nombreux cas d’inscriptions de mineurs et surtout de non Togolais.

On a également cité les cas de contingents de militaires amenés par camions entiers pour des doubles inscriptions dans des localités où ces militaires ne résident et où personne ne les connaît.

En principe, le système informatique mis en place pour le recensement devrait permettre de détecter tous les cas de double inscription. Selon les spécialistes, trois niveaux de contrôle seraient prévus : d’abord les noms et prénoms, ensuite les empreintes et enfin, la photo. Ces trois niveaux de contrôle devraient permettre de déceler tous les cas de double inscription.

Ce qui suscite des inquiétudes auprès des observateurs, c’est ce que sera le comportement des électeurs militaires en situation de double inscription qui ne se seraient pas dénoncés et qui, de ce fait, se trouveraient radiés du fichier électoral. Ces militaires seraient alors détenteurs de plusieurs cartes mais leurs noms ne figureraient plus sur aucune liste. Ces militaires comprendraient-ils leur situation et surtout, l’accepteraient-ils ?

Les inquiétudes sont d’autant plus fondées que le vote des militaires intervient généralement quarante huit heures avant celui des civils. Ce que l’on redoute, c’est qu’à l’occasion de ce « vote fermé » difficile à contrôler, des voix multiples de militaires aillent créer des avances anormales au profit de candidats du RPT.

Certes, les militaires au Togo ne représentent pas des centaines de milliers de voix, mais, il s’agit d’élections législatives et, dans une préfecture comme l’Assoli qui ne représente que 22.000 électeurs, la victoire ou la défaite peuvent se jouer à quelques centaines de voix près.

La présence d’observateurs militaires étant à présent acquise pour les législatives, il ne reste plus qu’à compter sur la fermeté de la CENI, l’impartialité des observateurs et surtout la vigilance des populations pour que le vote se déroule sans accrocs.

Toutes ces inquiétudes, aussi fondées soient-elles, ne doivent aucunement occulter l’heureuse réalité de cette opération de recensement. Malgré les doublons, malgré les enregistrements de mineurs et de faux électeurs étrangers, le fichier électoral qui servira de support aux prochaines élections législatives sera, en tout point de vue, plus fiable que celui qui a servi aux élections législatives de 2002 et surtout aux trois précédentes élections présidentielles de 1998, 2003 et 2005.

En 2005, le fichier électoral comptait 3,5 millions d’électeurs. Avec une population électorale de moins de 3 millions d’électeurs, le fichier 2007 semble moins éloigné de la réalité démographique togolaise que le fichier 2005 même si le nouveau fichier n’est pas exempt de redondances et d’anomalies parfois grossières.

Tant que ne sera pas mis en œuvre au Togo, un programme global de délivrance de carte nationale d’identité, la question de la fiabilité du fichier électoral se posera à chaque élection. La carte d’électeur sécurisée avec photo numérisée constitue un grand pas en avant dans la marche du Togo vers un système électoral fiable.

Nul doute qu’aux prochaines élections présidentielles de 2010, des progrès vont encore être enregistrés, en particulier dans le domaine de l’intégration du système informatique. Si tous les bureaux de recensement étaient reliés à un ordinateur central pour effectuer des contrôles en temps réel les codes de numérisation des photos, on éliminerait la totalité des cas de double inscription.

La teneur du fichier actuel aura-t-elle quelque incidence sur les résultats des prochaines élections ? Certainement oui. Mais, il est pour l’instant difficile d’en déterminer le niveau. Il s’agit d’élections législatives et les situations seront bien différentes d’une préfecture à l’autre.

Les spécialistes sont unanimes cependant pour dire que les acquis de ces législatives, notamment le mode de recensement et la délivrance de carte d’électeur sécurisée avec photo numérisée auront un impact très important sur les prochaines élections présidentielles.

S’agissant des prochaines législatives, les inquiétudes se portent désormais sur les autres mécanismes de fraudes susceptibles de fausser les résultats des urnes. Des bourrages d’urnes, de la distribution de bulletins de vote pré votés, de la manipulation des procès verbaux, en passant par les inversions de résultats, les intimidations d’électeurs ou de membres de bureaux de vote, les troubles volontaires provoqués juste avant le dépouillement, les saccages ou les vols d’urnes, etc. l’arsenal des mécanismes de fraudes est large et bien rempli.

Les observateurs seront-ils déployés en nombre suffisant pour rassurer les Togolais et limiter les irrégularités ? Comme on le voit, le chemin qui mènera les Togolais à des élections libres et transparentes le 14 octobre prochain est encore semé de bien d’embûches. Comment déjouer les autres mécanismes de fraudes électorales ? Tel est le grand défi que doit à présent relever la CENI après l’incontestable victoire remportée à la bataille du recensement électoral.

Gilbert MESSANGAN

 
 
 
 

 
 
 
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