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C’est en toute logique qu’un décret a été pris
auparavant par le même Conseil des Ministres
portant dissolution de l’actuelle Assemblée
Nationale monocolore RPT.
Selon le deuxième décret adopté par le Conseil des
Ministres, le corps électoral est convoqué le
dimanche 14 octobre 2007 pour les élections
législatives. Les bureaux de vote seront ouverts
de 7 heures à 17 heures sur toute l’étendue du
territoire national. Toutefois, dans la Commune de
Lomé, ils ne fermeront qu’à 18 heures.
L’annonce de ces deux informations pourtant
capitales pour l’avenir de notre pays ne semble
pas avoir soulevé un enthousiasme débordant auprès
des Togolais. Selon les analystes politiques, ce
manque d’enthousiasme peut s’expliquer par au
moins trois raisons.
La première, c’est que la date du 14 octobre était
déjà connue de tout le monde. Depuis la fin du
recensement dans la zone A, la plupart des
journaux avaient annoncé dans leurs différentes
parutions, la date du 14 octobre comme étant la
date la plus probable pour la tenue du scrutin
législatif. L’annonce du gouvernement n’a fait
qu’officialiser une date que tout le monde
connaissait déjà.
Le deuxième élément explicatif de cette
indifférence des Togolais aux annonces du Conseil
des Ministres concerne le peu de représentativité
de l’Assemblée dissoute. Issue d’un scrutin
unilatéral organisé par le RPT pour le RPT,
l’Assemblée Nationale monocolore sortante n’a
jamais représenté grand-chose, ni dans l’esprit,
ni dans la mémoire collective d’une large majorité
de Togolais.
Cette Assemblée était perçue par la plupart des
Togolais comme un gadget parmi d’autres qui ont
servi de vernis démocratique à un régime RPT dont
l’essence idéologique est restée proche de celle
d’un régime totalitaire à parti unique.
Les Togolais n’ont certainement rien oublié de
toutes les forfaitures commises par cette
Assemblée qui ne fut rien d’autre qu’une Assemblée
de service entièrement dévouée au régime RPT. Il
n’est donc pas surprenant que la dissolution de
cette Assemblée à un mois et demi de la fin
normale de son mandat, n’ait suscité aucun
enthousiasme chez les Togolais.
La troisième raison explicative de l’indifférence
générale manifestée par les Togolais peut être
liée au manque de motivation et d’intérêt de nos
compatriotes pour les prochaines élections
législatives.
Pour l’instant, la classe politique dirigeante a
manqué de pédagogie pour effacer de la mémoire des
Togolais, les séquelles psychologiques des
troubles, massacres, tueries et expéditions
punitives consécutives aux élections
présidentielles frauduleuses d’avril 2005.
Pour beaucoup de nos compatriotes, le mot « élection »,
jusqu’à preuve du contraire, reste synonyme de
morts et de réfugiés. Pour l’instant, la classe
politique, dans son ensemble, n’a pas réussi à
convaincre et rassurer les Togolais que cette
fois-ci, les choses pourraient se passer
différemment, que, les vainqueurs sortis des urnes
seront ceux que proclameront la CENI et la Cour
Constitutionnelle
et qu’on ne verra plus de militaires partir en
fuyant avec les urnes.
La classe politique a manqué de pédagogie pour
réconcilier les Togolais avec les élections. Elle
a aussi manqué d’engagements et d’actes pour
convaincre les Togolais que ces élections
changeront véritablement quelque chose à la
désastreuse situation actuelle de notre pays.
On a l’impression que Faure Gnassingbé est pressé,
non pas de sortir le Togo de la crise, mais
simplement de légitimer son pouvoir mal acquis et
se positionner avantageusement pour 2010. On a
l’impression que le CAR et l’UFC sont déjà dans
l’après élection et ont prématurément commencé à
se positionner pour le poste de Premier Ministre.
On a l’impression que les blocages institutionnels
introduits par le RPT dans la Constitution et qui
empêcheront demain un gouvernement issu des forces
démocratiques de gouverner, n’intéressent
personne.
Les Togolais savent que quelque chose ne tourne
pas rond dans le fonctionnement de l’Etat et que
la classe politique elle-même n’est pas plus
rassurée et n’a pas encore une visibilité claire
de la période post-électorale.
La campagne électorale officielle s’ouvrira le 29
septembre prochain. Aucun parti politique ni aucun
candidat n’attendront cette date pour se lancer
dans la campagne. Après plus de quinze années de
combat à visage découvert contre le régime RPT,
les Togolais ont gagné en maturité politique. Le
« Votez pour moi, et je vous construirai des
hôpitaux, des universités et des routes bitumées »
ne séduit plus aucun électeur.
La classe politique doit s’impliquer
collectivement pour réconcilier les Togolais avec
les élections. Pour y parvenir, il faudra donner
des gages pour rassurer. Si on fait tout pour que
des observateurs crédibles, civils et militaires
ne soient pas déployés en nombre suffisant et
assez tôt sur le terrain, y compris pendant la
campagne électorale, on ne rassurera pas les
Togolais.
Au contraire, on les confortera dans leur
désaffection pour les choses politique et
électorale. Dans les pays démocratiques, les
campagnes électorales servent aussi à dialoguer et
à débattre avec le peuple.
Les prochaines élections législatives doivent
déboucher au moins sur un changement de système
politique à défaut d’un changement de pouvoir. La
Constitution adoptée par les Togolais en 1992 a
instauré un régime parlementaire. En 2002,
l’Assemblée monocolore RPT a unilatéralement
modifié cette Constitution pour créer un régime
plus proche de la dictature du parti unique que
d’un régime démocratique pluraliste.
Dans sa forme actuelle, la Constitution togolaise
n’accorde aucun pouvoir au Premier Ministre. Les
Ministres dépendent directement du Chef de l’Etat
et n’ont quasiment aucun compte à rendre au
Premier Ministre. On arrive à des situations
bizarres où, le Directeur de Cabinet du Chef de
l’Etat dispose de plus de pouvoir que le Premier
Ministre.
Dans les faits, le Président de la République est
le seul vrai patron en matière de définition et de
conduite de la politique de la nation. Mais, il
n’est responsable de cette politique devant aucune
institution. Faut-il revenir au régime
parlementaire instauré par la Constitution de 1992
ou, passer purement et simplement à un régime
présidentiel et, dans ce cas, supprimer le poste
de Premier Ministre ?
Voilà des questions de fond que la classe
politique doit avoir le courage d’aborder et pour
lesquels des solutions doivent être proposées et
discutées avec les Togolais.
Si, après les prochaines élections législatives,
la classe politique réussissait à régler
définitivement la récurrente question du système
politique, elle aura fait un grand bond en avant à
la démocratie au Togo.
Il faut que les vrais problèmes qui bloquent la
marche en avant du pays soient posés devant le
peuple pour obliger tous les acteurs à se
déterminer. Peut-être faudra-t-il, en dernier
ressort, recourir à l’arbitrage populaire. La
perspective d’un résultat défavorable lors d’une
consultation référendaire peut conduire certains
acteurs à préférer le dialogue vrai et la
négociation sincère au coup de force ou au statu
quo.
Tout porte à croire que les prochaines élections
législatives seront certainement plus propres que
celles de 1994. Celles de 1999 et de 2002 n’ayant
connu que la participation du RPT et de ses
alliés, ne peuvent servir de référence.
Pour une fois, on a une CENI crédible qui, malgré
les difficultés logistiques et les moyens limités
mis à sa disposition, a su faire un travail plus
que acceptable. L’implication forte sur tous les
plans, des partenaires en développement du Togo
autorise à penser que les velléités
déstabilisatrices pourraient être contenues.
Même s’il n’a pas toujours les moyens de sa
volonté, Faure Gnassingbé semble sincère dans son
engagement en faveur d’élections totalement
transparentes et démocratiques.
Le seul fait qu’il ait, tranché en faveur de la
carte d’électeur sécurisée avec photo numérisée,
parfois contre l’avis des caciques de son camp,
aura été une décisive preuve de sincérité.
Les conditions sont donc réunies pour que le
prochain scrutin n’ait rien à voir avec ce qu’on a
connu jusqu’à présent. Il faut que la classe
politique monte au créneau pour le faire savoir
et, de ce fait, rassurer les Togolais.
Sur les questions de fond, dès lors que la langue
de bois, les promesses démagogiques cèderont la
place au discours de vérité et au débat
démocratique, les Togolais retrouveraient vite des
raisons de croire à nouveau à la politique et de
se réconcilier avec les élections.
Frisco de SOUZA |