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La
CENI et les partis politiques, une fois n’est pas
coutume, sont quasiment tombés d’accord sur les
problèmes rencontrés lors du recensement, problèmes
que nous avions longuement énumérés dans notre édition
de la semaine dernière.
En
réponse à la demande de la plupart des partis
politiques, la CENI a décidé de prolonger de 3 jours
l’opération de recensement dans la commune de Lomé et
dans la préfecture du Golfe à compter du 30 juillet.
Il n’est pas sûr que cette prolongation soit
suffisante pour résoudre tous les problèmes
rencontrés en particulier dans la capitale.
En
effet, outre les trois catégories de problèmes
énumérés dans notre article de la semaine dernière
(problèmes liés aux retards dans le déploiement du
matériel et des hommes - problèmes liés à la maîtrise
insuffisante du système informatique par les
opérateurs de saisie - les problèmes liés à la faible
mobilisation des électeurs), les dernières
observations faites sur le terrain ont rapporté une
quatrième catégorie de problèmes spécifiques liés à
des comportements inciviques de la part de certains
agents de recensement.
On a
signalé ici et là, des vols de consommables (papier,
carburant, cartes d’électeur et formulaires vierges,
etc. …). Ailleurs, des pénuries ont été organisées
exprès pour extorquer de l’argent à des électeurs.
Lorsqu’un électeur vient se faire inscrire, on lui
fait savoir que les formulaires ou les cartes
d’électeur vierges sont épuisés. Quand l’électeur est
sur le point de repartir, il est rattrapé par un agent
qui lui propose la délivrance immédiate de sa carte
contre un peu d’argent, pouvant aller, selon les
centres, de 200 à 500 francs.
On
propose les mêmes services à des électeurs pour leur
éviter de faire la queue. Ailleurs, on fait croire aux
électeurs qu’il n’y a plus de carburant pour faire
fonctionner le générateur. En plus de généreux
donateurs qui donnent 2 ou 3000 francs pour l’achat de
carburant, on demande à des électeurs de donner un peu
d’argent 100 ou 200 francs pour contribuer à l’achat
de carburant.
Sans
oublier le chantage organisé de certains agents qui se
plaignent de ne pas avoir été payés et qui sollicitent
un « geste » de la part de certains électeurs.
Certains sont allés jusqu’à faire croire que la prise
de la photo était payante.
Ce
racket organisé n’est pas l’apanage d’un parti donné.
Les représentants de tous les partis signataires de
l’Accord Politique Global, qu’ils soient de
l’Opposition ou du RPT, du PDR ou de la CPP, se sont
livrés ou associés à ce rançonnage organisé.
Si
la CENI s’est crue dans l’obligation de publier un
communiqué de rappel à l’ordre, c’est que, dans
certains centres, la pratique a atteint des
proportions inquiétantes.
A
qui la faute ? Aux partis politiques qui ne forment
pas leurs militants au civisme ? A la CENI qui a tardé
à mettre en place la rémunération des agents ? Aux
agents eux-mêmes qui restent solidement réfractaires
aux mots d’ordre de changement de mentalité ? C’est
certainement la faute à tout ce monde.
Toutefois, il convient de ne pas généraliser et de
noter que dans l’ensemble, ces actes de racket sont
restés des exceptions. En général, l’opération de
recensement s’est déroulée dans le calme et la
sérénité. Le « bouche à oreille » a bien
fonctionné partout. Il reste à présent deux gros
points à vérifier : l’impact des transhumances
électorales relevées ici et là et la centralisation
des données.
Des
individus se sont fait délivrer plusieurs cartes. En
principe, la centralisation des données au niveau
préfectoral et au niveau national devrait permettre de
détecter les doublons et de les éliminer.
A ce
sujet, il faut faire la nuance entre les cas de
fraudes intentionnelles et les cas d’impossibilité de
radiation. En effet, certains électeurs se sont
inscrits une première fois par exemple à Lomé où ils
sont en vacances.
Se
rendant compte qu’ils ne seront plus à Lomé au moment
du vote, ils sont retournés dans le bureau de
recensement pour demander à être radiés pour aller
s’inscrire dans un bureau de leur lieu de résidence
habituelle.
Là,
on leur a dit que la radiation n’était pas possible.
Et comme ils tiennent à voter chez eux, ils se sont
inscrits une deuxième fois et ont renvoyé la première
carte à la CELI ou à la CENI.
C’est en principe la centralisation des données qui
devrait permettre de régulariser ces cas. Par contre,
plus difficiles à traiter seront les cas de
transhumances électorales. Des individus auraient été
transportés par camions entiers dans des localités où
personne ne les connaît, mais où ils ont pu
s’inscrire.
La
CENI dit compter sur les partis politiques et les
chefs traditionnels pour signaler ces cas et procéder
aux régularisations. Personne n’y croit vraiment. Que
représentent ces cas par rapport à l’ensemble ? Seule
la CENI sera en mesure de donner la réponse lorsque la
centralisation des données sera achevée.
Tout
le monde espère que la première zone ayant servi de
cobaye, les opérations se dérouleront avec plus de
maîtrise dans la zone 2.
Marie-Ange de FANTI |