AgoraPress

 

Tribune

 

Politique

 

Culture

 

Société

 

Sites

 
 
Motion d'Information

31 juillet 2007

[ 351 : 30 juillet 2007]
Dissolution de fait du BE de la FTF : Une infâme conspiration à des fins autres que sportives

Ainsi que nous l’annoncions dans notre édition de lundi dernier, le gouvernement, par l’entremise du Comité National Olympique Togolais (CNOT) a décidé jeudi dernier, de dissoudre de fait, le Bureau Exécutif de la Fédération Togolaise de Football (FTF) et de le remplacer par un Comité de Gestion provisoire présidé par le ministre Bernard Walla.

Les Togolais ont appris l’information jeudi soir au journal télévisé de 20 heures, par un vulgaire et irrespectueux communiqué anonyme écrit sur du papier blanc, sans entête ni signature lu par le Directeur de la Télévision publique en personne. On ne sait donc toujours pas à ce jour, de qui, du Gouvernement ou du CNOT émane ce communiqué.

Le Président du CNOT, le général Gnofame se vante d’avoir pris ses responsabilités, tandis que sur les médias, le ministre de la Jeunesse et des Sports par intérim s’époumone à expliquer ce qu’il appelle « la décision du Gouvernement ». Toujours est-il que, pour justifier ce coup de force, le communiqué évoque quatre raisons majeures.

a) la décision de la CAF de suspendre le Président de la FTF Tata Avlessi de toute activité liée au football, pour une durée de huit ans, b) le constat d’impossibilité des deux vice-présidents d’assurer la présidence du fait de leurs absences aux réunions, c) la démission de sept des onze membres du Bureau Exécutif et d) la recommandation faite par la CAF au Gouvernement de contribuer à mettre en place un Comité de gestion  provisoire de la Fédération.

De l’avis des juristes mais aussi des personnalités du monde sportif que nous avons interrogés, la décision du Gouvernement est un véritable coup de force qui déshonore le Togo aux yeux du monde entier. En privé, plusieurs ministres se disent écoeurés de ce que le Premier Ministre, Maître Agboyibo, qui est pourtant un homme de droit, ait pu s’associer à une telle forfaiture alors qu’il aurait dû être le seul, s’il en fallait qu’un, à défendre le principe du respect des textes régissant la Fédération.

Cette position de Maître Agboyibo a mis plusieurs ministres dans l’embarras. « Dès lors qu’il a été le premier à soutenir que le vide était manifeste et qu’il fallait adhérer à la forfaiture concoctée par Gnofame et Walla, que voulez-vous qu’on dise ? On ne va pas être plus royaliste que le roi. Mais, c’est tout de même lamentable ». Cette réaction émanant d’un ministre RPT qui s’exprimait sous le sceau de l’anonymat, résume l’atmosphère nauséabonde qui a régné toute la semaine dernière autour de cette affaire.

Une fois de plus, Faure Gnassingbé a été plus malin et plus lucide que son premier ministre. Conscient du coup fourré auquel il a adhéré mais qu’il ne voulait sans doute pas avoir à assumer, le Chef de l’Etat a tout simplement filé le bébé à Maître Agboyibo. Gnofame et Walla n’ont eu aucun mal à embobiner un premier ministre, totalement novice en matière de football et ignorant tout des dessous et des conséquences de la décision qu’on allait lui faire prendre.

Si les raisons évoquées par le gouvernement pour justifier sa décision étaient si évidentes qu’on tente de le faire croire aujourd’hui aux Togolais, les autorités togolaises n’auraient pas mis une semaine de tractations pour annoncer une décision connue depuis deux semaines.

L’analyse une à une des quatre raisons évoquées prouve bien la réalité de ce qu’il convient maintenant d’appeler une véritable conspiration contre la Fédération Togolaise de Football.

La suspension de Tata Avlessi était attendue. Même si Tata Avlessi lui-même donnait dans la diversion et faisait croire qu’aucune sanction ne pourrait jamais le frapper en raison de ses prétendues amitiés avec Issa Hayatou, le Président de la CAF, tout le monde dans le milieu du football, était convaincu de sa culpabilité et donc, de sa condamnation.

Maintenant que les deux camps opposés au sein du Bureau de la FTF se parlent, les langues commencent à se délier et on sait désormais que, les mêmes qui, aujourd’hui se prévalent des tensions au sein de la FTF, ont tout manigancé  pour attiser les rivalités et exacerber les antagonismes afin de mieux pourrir la situation pour pouvoir mieux en profiter.

La suspension de Tata Avlessi n’était pas en soi, une catastrophe. Ce qui a fini par pourrir l’atmosphère, c’était l’acharnement de certains à dresser les uns contre les autres par de sordides intrigues. Les textes de la FTF ayant prévu les cas d’empêchement du Président, la suspension de Tata Avlessi ne pouvait aucunement conduire la FTF à une situation de crise.

Quant à l’évocation de l’impossibilité des deux vice-présidents d’assurer la présidence, l’argument a été jugé plutôt léger et farfelu. Dans une correspondance qu’il a adressée samedi dernier à la CAF et à la FIFA, le Secrétaire Général de la FTF, Monsieur Espoir Assogbavi, s’est méthodiquement employé à démontrer l’incongruité de ce qu’affirme le gouvernement dans son communiqué.

C’est ainsi qu’on apprend que, le 10 juillet 2007, Monsieur Tata AVLESSI, alors Président de la FTF a adressé une invitation à une réunion du Bureau Exécutif à Messieurs AMEYI Gabriel et BOUKPESSI Essoyaba en leurs qualités respectives du Premier et deuxième Vice-présidents de la Fédération Togolaise de Football.

Si au 10 juillet 2007, jour de la notification de la sanction à l’ancien Président, Messieurs Gabriel AMEYI et Essoyaba BOUKPESSI étaient encore considérés comme Vice-présidents, à quel moment donc a-t-on régulièrement constaté leur démission pour que le Gouvernement s’en prévale pour justifier son forfait?

Le 17 juin 2007, la Délégation officielle de la FTF pour le match Bénin –Togo à Cotonou était conduite par Monsieur BOUKPESSI Essoyaba en sa qualité de 2ème  Vice-président de la FTF, suivant décision de Monsieur Tata Avlessi, alors, Président de la FTF.

Le 30 mai 2007, Monsieur Tata AVLESSI a donné mandat à Monsieur BOUKPESSI Essoyaba en sa qualité de deuxième Vice-président de la FTF pour représenter le Togo au Congrès de la FIFA à Zurich et voter pour le compte de la FTF.

Le 25 mai 2007, un ordre de mission a été délivré à Monsieur BOUKPESSI Essoyaba, en sa qualité de deuxième Vice-président, pour effectuer le voyage Lomé-Paris-Zurich-Paris-Lomé en vue de participer au Congrès annuel de la FIFA à Zurich.

Sur le même sujet, la réponse donnée par le général Gnofame lui-même est encore plus édifiante : « Non on n’a pas dissout la FTF. Les membres se sont auto dissous. C’est-à-dire qu’en application des textes 15, 16, 17 et 18 qui disent dans certains paragraphes que quand on est absent à trois réunions successives, vous êtes considéré comme démissionnaire. Et il n’y a que les PV des réunions où il y a la liste de présence aux réunions qui justifient cela. Malheureusement la Fédération qui vient de partir ne peut procurer des documents prouvant qu’ils sont venus régulièrement comme le demandent les Statuts ».

Même un élève de CP1 aurait compris à travers cette réponse que le gouvernement ne dispose d’aucune preuve attestant que les deux vice-présidents ont été absents à trois réunions consécutives sans excuse valable.

Est-il possible que sur la base de toutes ces informations, Maître Agboyibo, un homme de droit, puisse affirmer, la main sur le cœur, que les deux vice-présidents étaient considérés comme démissionnaires? Peut-être n’avait-il pas tous ces éléments en sa possession au moment où il donnait son aval à l’infâme coup de force du couple Gnofame – Walla. Si c’est le cas, s’était-il donné la peine de les avoir ?

La troisième raison évoquée par le gouvernement concerne la démission de sept des onze membres du Bureau Exécutif. Ainsi que le relève si bien le Secrétaire Général dans sa correspondance à la CAF et à la FIFA, « la démission de sept  membres ne signifie pas la démission « en bloc » du Bureau Exécutif  (article 12, al 3 des Statuts de la FTF), seul cas pouvant statutairement justifier l’intervention du CNOT pour organiser de nouvelles élections dans les 60 jours ».

La légalité et la véracité de ladite démission sont à présent mises en doute. Certains se demandent à quels titres M. Gallus Lawson et Mme Adom ont-ils accompagné l’équipe nationale des moins de 17 ans en Allemagne alors qu’ils étaient démissionnaires avant le départ des Cadets pour l’Allemagne. A quel titre, le Trésorier de la FTF, lui aussi pourtant démissionnaire s’est-il envolé jeudi dernier pour rejoindre la délégation togolaise en Allemagne ?

On relève par ailleurs que la démission en question a été adressée à Monsieur Tata AVLESSI en sa qualité de Président de la FTF alors qu’il n’était plus en fonction depuis le 10 juillet 2007, date à laquelle la décision de sa suspension lui a été notifiée par la CAF.

Selon une autre révélation du Secrétaire Général, « C’est Monsieur Tata AVLESSI qui depuis son fax personnel, a dispatché la prétendue lettre de démission datée du 20 juillet 2007 aux médias ».

Enfin, la liste des démissionnaires comporte le nom d’un membre, en l’occurrence, M. BADJASSEM Kinda qui avait été coopté le 16 Juillet 2007 par M. Tata Avlessi en remplacement de feu Théodore AMEGRAN décédé dans le crash de Lungi. Tata Avlessi avait pris cette décision alors qu’il n’était plus habilité à poser quelque acte que ce soit en tant que Président de la Fédération Togolaise de Football.

Le gouvernement disposait-il de tous ces éléments ? On peut penser que non et c’est certainement à dessein que le Général Gnofame et le ministre Walla les ont dissimulées.

S’agissant de la dernière raison évoquée par le gouvernement, à savoir, la recommandation faite par la CAF au Gouvernement de contribuer à mettre en place un Comité de gestion  provisoire de la Fédération, tout le monde attend la réaction de la CAF maintenant qu’elle a été officiellement saisie par le Secrétaire Général de la FTF.

On sait d’ores et déjà, selon d’autres sources ayant participé aux discussions entre la délégation ministérielle togolaise et la CAF, que les choses ne se sont pas passées comme le prétend le communiqué du gouvernement.

La CAF aurait clairement fait savoir à la délégation qu’elle n’adhère pas au schéma proposé par le gouvernement, mais que si celui-ci veut passer outre, il n’a qu’à prendre ses responsabilités. On sait aussi que, ni la CAF, ni la FIFA, ne discutent pas avec les gouvernements. Ce sont les Fédérations nationales qui sont membres de la CAF et de la FIFA et non les Etats.

Il est, pour ainsi dire impossible que la CAF demande au gouvernement de mettre en place un Comité de gestion provisoire présidé par un ministre en exercice et qui placerait de facto, la Fédération sous l’autorité de l’Etat.

Ce qui est manifeste au vu de l’analyse qui précède, c’est que la décision prise par le gouvernement, relève d’une véritable conspiration organisée à des fins autres que sportives et qui ne tarderont pas à se révéler sur la place publique avec des conséquences que certains commencent déjà à redouter.

            Frisco de SOUZA

 
 
 
 

 
 
 
 
Job.com

 

 
 

© 2005  www.togoforum.com All rights reserved