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Les Togolais ont appris l’information jeudi soir
au journal télévisé de 20 heures, par un vulgaire
et irrespectueux communiqué anonyme écrit sur du
papier blanc, sans entête ni signature lu par le
Directeur de la Télévision publique en personne.
On ne sait donc toujours pas à ce jour, de qui, du
Gouvernement ou du CNOT émane ce communiqué.
Le Président du CNOT, le général Gnofame se vante
d’avoir pris ses responsabilités, tandis que sur
les médias, le ministre de la Jeunesse et des
Sports par intérim s’époumone à expliquer ce qu’il
appelle « la décision du Gouvernement ».
Toujours est-il que, pour justifier ce coup de
force, le communiqué évoque quatre raisons
majeures.
a) la décision de la CAF de suspendre le Président
de la FTF Tata Avlessi de toute activité liée au
football, pour une durée de huit ans, b) le
constat d’impossibilité des deux vice-présidents
d’assurer la présidence du fait de leurs absences
aux réunions, c) la démission de sept des onze
membres du Bureau Exécutif et d) la recommandation
faite par la CAF au Gouvernement de contribuer à
mettre en place un Comité de gestion provisoire
de la Fédération.
De l’avis des juristes mais aussi des
personnalités du monde sportif que nous avons
interrogés, la décision du Gouvernement est un
véritable coup de force qui déshonore le Togo aux
yeux du monde entier. En privé, plusieurs
ministres se disent écoeurés de ce que le Premier
Ministre, Maître Agboyibo, qui est pourtant un
homme de droit, ait pu s’associer à une telle
forfaiture alors qu’il aurait dû être le seul,
s’il en fallait qu’un, à défendre le principe du
respect des textes régissant la Fédération.
Cette position de Maître Agboyibo a mis plusieurs
ministres dans l’embarras. « Dès lors qu’il
a été le premier à soutenir que le vide était
manifeste et qu’il fallait adhérer à la forfaiture
concoctée par Gnofame et Walla, que voulez-vous
qu’on dise ? On ne va pas être plus royaliste que
le roi. Mais, c’est tout de même lamentable ».
Cette réaction émanant d’un ministre RPT qui
s’exprimait sous le sceau de l’anonymat, résume
l’atmosphère nauséabonde qui a régné toute la
semaine dernière autour de cette affaire.
Une fois de plus, Faure Gnassingbé a été plus
malin et plus lucide que son premier ministre.
Conscient du coup fourré auquel il a adhéré mais
qu’il ne voulait sans doute pas avoir à assumer,
le Chef de l’Etat a tout simplement filé le bébé à
Maître Agboyibo. Gnofame et Walla n’ont eu aucun
mal à embobiner un premier ministre, totalement
novice en matière de football et ignorant tout des
dessous et des conséquences de la décision qu’on
allait lui faire prendre.
Si les raisons évoquées par le gouvernement pour
justifier sa décision étaient si évidentes qu’on
tente de le faire croire aujourd’hui aux Togolais,
les autorités togolaises n’auraient pas mis une
semaine de tractations pour annoncer une décision
connue depuis deux semaines.
L’analyse une à une des quatre raisons évoquées
prouve bien la réalité de ce qu’il convient
maintenant d’appeler une véritable conspiration
contre la Fédération Togolaise
de Football.
La suspension de Tata Avlessi était attendue. Même
si Tata Avlessi lui-même donnait dans la diversion
et faisait croire qu’aucune sanction ne pourrait
jamais le frapper en raison de ses prétendues
amitiés avec Issa Hayatou, le Président de la CAF,
tout le monde dans le milieu du football, était
convaincu de sa culpabilité et donc, de sa
condamnation.
Maintenant que les deux camps opposés au sein du
Bureau de la FTF se parlent, les langues
commencent à se délier et on sait désormais que,
les mêmes qui, aujourd’hui se prévalent des
tensions au sein de la FTF, ont tout manigancé
pour attiser les rivalités et exacerber les
antagonismes afin de mieux pourrir la situation
pour pouvoir mieux en profiter.
La suspension de Tata Avlessi n’était pas en soi,
une catastrophe. Ce qui a fini par pourrir
l’atmosphère, c’était l’acharnement de certains à
dresser les uns contre les autres par de sordides
intrigues. Les textes de la FTF ayant prévu les
cas d’empêchement du Président, la suspension de
Tata Avlessi ne pouvait aucunement conduire la FTF
à une situation de crise.
Quant à l’évocation de l’impossibilité des deux
vice-présidents d’assurer la présidence,
l’argument a été jugé plutôt léger et farfelu.
Dans une correspondance qu’il a adressée samedi
dernier à la CAF et à la FIFA, le Secrétaire
Général de la FTF, Monsieur Espoir Assogbavi,
s’est méthodiquement employé à démontrer
l’incongruité de ce qu’affirme le gouvernement
dans son communiqué.
C’est ainsi qu’on apprend que, le 10 juillet 2007,
Monsieur Tata AVLESSI, alors Président de la FTF a
adressé une invitation à une réunion du Bureau
Exécutif à Messieurs AMEYI Gabriel et BOUKPESSI
Essoyaba en leurs qualités respectives du Premier
et deuxième Vice-présidents de la Fédération
Togolaise
de Football.
Si au 10 juillet 2007, jour de la notification de
la sanction à l’ancien Président, Messieurs
Gabriel AMEYI et Essoyaba BOUKPESSI étaient encore
considérés comme Vice-présidents, à quel moment
donc a-t-on régulièrement constaté leur
démission pour que le Gouvernement s’en prévale
pour justifier son forfait?
Le 17 juin 2007, la Délégation officielle de la
FTF pour le match Bénin –Togo à Cotonou était
conduite par Monsieur BOUKPESSI Essoyaba en sa
qualité de 2ème
Vice-président de la FTF, suivant décision de
Monsieur Tata Avlessi, alors, Président de la FTF.
Le 30 mai 2007, Monsieur Tata AVLESSI a donné
mandat à Monsieur BOUKPESSI Essoyaba en sa qualité
de deuxième Vice-président de la FTF pour
représenter le Togo au Congrès de
la FIFA
à Zurich et voter pour le compte de
la FTF.
Le 25 mai 2007, un ordre de mission a été délivré
à Monsieur BOUKPESSI Essoyaba, en sa qualité de
deuxième Vice-président, pour effectuer le voyage
Lomé-Paris-Zurich-Paris-Lomé en vue de participer
au Congrès annuel de la FIFA à Zurich.
Sur le même sujet, la réponse donnée par le
général Gnofame lui-même est encore plus
édifiante : « Non on n’a pas dissout
la FTF. Les membres se sont auto dissous.
C’est-à-dire qu’en application des textes 15, 16,
17 et 18 qui disent dans certains paragraphes que
quand on est absent à trois réunions successives,
vous êtes considéré comme démissionnaire. Et il
n’y a que les PV des réunions où il y a la liste
de présence aux réunions qui justifient cela.
Malheureusement la Fédération qui vient de partir
ne peut procurer des documents prouvant qu’ils
sont venus régulièrement comme le demandent les
Statuts ».
Même un élève de CP1 aurait compris à travers
cette réponse que le gouvernement ne dispose
d’aucune preuve attestant que les deux
vice-présidents ont été absents à trois réunions
consécutives sans excuse valable.
Est-il possible que sur la base de toutes ces
informations, Maître Agboyibo, un homme de droit,
puisse affirmer, la main sur le cœur, que les deux
vice-présidents étaient considérés comme
démissionnaires? Peut-être n’avait-il pas tous ces
éléments en sa possession au moment où il donnait
son aval à l’infâme coup de force du couple
Gnofame – Walla. Si c’est le cas, s’était-il donné
la peine de les avoir ?
La troisième raison évoquée par le gouvernement
concerne la démission de sept des onze membres du
Bureau Exécutif. Ainsi que le relève si bien le
Secrétaire Général dans sa correspondance à la CAF
et à la FIFA, « la démission de sept membres
ne signifie pas la démission « en bloc » du Bureau
Exécutif (article 12, al 3 des Statuts de
la FTF), seul cas pouvant statutairement justifier
l’intervention du CNOT pour organiser de nouvelles
élections dans les 60 jours ».
La légalité et la véracité de ladite démission
sont à présent mises en doute. Certains se
demandent à quels titres M. Gallus Lawson et Mme
Adom ont-ils accompagné l’équipe nationale des
moins de 17 ans en Allemagne alors qu’ils étaient
démissionnaires avant le départ des Cadets pour
l’Allemagne. A quel titre, le Trésorier de la FTF,
lui aussi pourtant démissionnaire s’est-il envolé
jeudi dernier pour rejoindre la délégation
togolaise en Allemagne ?
On relève par ailleurs que la démission en
question a été adressée à Monsieur Tata AVLESSI en
sa qualité de Président de la FTF alors qu’il
n’était plus en fonction depuis le 10 juillet
2007, date à laquelle la décision de sa suspension
lui a été notifiée par la CAF.
Selon une autre révélation du Secrétaire Général,
« C’est Monsieur Tata AVLESSI qui depuis son
fax personnel, a dispatché la prétendue lettre de
démission datée du 20 juillet 2007 aux médias ».
Enfin, la liste des démissionnaires comporte le
nom d’un membre, en l’occurrence, M. BADJASSEM
Kinda qui avait été coopté le 16 Juillet 2007 par
M. Tata Avlessi en remplacement de feu Théodore
AMEGRAN décédé dans le crash de Lungi. Tata
Avlessi avait pris cette décision alors qu’il
n’était plus habilité à poser quelque acte que ce
soit en tant que Président de la Fédération
Togolaise de Football.
Le gouvernement disposait-il de tous ces
éléments ? On peut penser que non et c’est
certainement à dessein que le Général Gnofame et
le ministre Walla les ont dissimulées.
S’agissant de la dernière raison évoquée par le
gouvernement, à savoir, la recommandation faite
par la CAF au Gouvernement de contribuer à mettre
en place un Comité de gestion provisoire de la
Fédération, tout le monde attend la réaction de
la CAF
maintenant qu’elle a été officiellement saisie par
le Secrétaire Général de
la FTF.
On sait d’ores et déjà, selon d’autres sources
ayant participé aux discussions entre la
délégation ministérielle togolaise et la CAF, que
les choses ne se sont pas passées comme le prétend
le communiqué du gouvernement.
La CAF aurait clairement fait savoir à la
délégation qu’elle n’adhère pas au schéma proposé
par le gouvernement, mais que si celui-ci veut
passer outre, il n’a qu’à prendre ses
responsabilités. On sait aussi que, ni la CAF, ni
la FIFA, ne discutent pas avec les gouvernements.
Ce sont les Fédérations nationales qui sont
membres de la CAF et de la FIFA et non les Etats.
Il est, pour ainsi dire impossible que la CAF
demande au gouvernement de mettre en place un
Comité de gestion provisoire présidé par un
ministre en exercice et qui placerait de facto, la
Fédération sous l’autorité de l’Etat.
Ce qui est manifeste au vu de l’analyse qui
précède, c’est que la décision prise par le
gouvernement, relève d’une véritable conspiration
organisée à des fins autres que sportives et qui
ne tarderont pas à se révéler sur la place
publique avec des conséquences que certains
commencent déjà à redouter.
Frisco de SOUZA |