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24 juillet 2007

[ 350 : 23 juillet 2007]
Entre règlements de comptes et calculs politiciens : Gnofame et walla s’érigent en fossoyeurs du football togolais

Le feuilleton de la crise qui secoue la Fédération Togolaise de Football (FTF) a connu un nouvel épisode vendredi dernier, premier jour de la vacance du pouvoir à la présidence de l’instance dirigeante du football togolais.

Des agents des forces de l’ordre sont allés déloger Lawson Gallus et son groupe confortablement auto installés aux commandes de la FTF après l’entrée en vigueur de la décision prise par la Confédération Africaine de Football (CAF) de suspendre l’ancien Président de la Fédération togolaise, Tata Avlessi, de toute activité liée au football pour une période de huit ans.

Dans la foulée, le gouvernement, par un communiqué de Gilbert Atsu, Ministre de la Jeunesse et des Sports par intérim, a annoncé l’interdiction de l’accès des bureaux de la FTF et la suspension du Championnat National de première Division, en attendant qu’une solution consensuelle à la crise soit trouvée avec la CAF.

Pour protester contre cette intrusion du gouvernement dans les affaires de la Fédération, les fidèles de Tata Avlessi, au nombre de six, ont présenté une démission collective du Bureau de la FTF tout en restant en poste pour expédier les affaires courantes jusqu’à la mise en place d’un nouveau Bureau.

Déjà au début de la semaine dernière, Gabriel Améyi, le Premier Vice Président de la Fédération,  qui, se prévalant des textes de 1994 régissant la FTF, avait annoncé une semaine plus tôt sa décision d’assurer la présidence de la FTF après la publication de la sanction de la CAF contre Tata Avlessi, avait fait bloquer tous les comptes de la FTF auprès des banques.

Conséquence, la Banque Atlantique a refusé d’honorer un retrait espèces de 30 millions ordonné par Tata Avlessi malgré l’injonction qui lui a été faite par la CAF dans une lettre datée du 16 juillet 2007, de ne plus poser aucun acte, ni prendre aucune décision en tant que Président de la Fédération Togolaise de Football.

Vendredi dernier, tout le monde pensait que les forces de l’ordre venues fermer les bureaux de la FTF agissaient pour le compte de Gabriel Améyi, renseignements pris, il n’en est rien. Au contraire, Gabriel Améyi se serait lui aussi insurgé contre cette immixtion du gouvernement dans les affaires de la Fédération Togolaise de Football.

De sources proches du gouvernement, on se défend de toute ingérence. En fait, depuis le début de la crise, le gouvernement et le Comité National Olympique Togolais (CNOT) présidé par le Général Gnofame tentent par tous les moyens, de prendre le contrôle de la situation.

Sous le prétexte d’aider les protagonistes à trouver une solution consensuelle à la crise, le Général Gnofame avait organisé, le lundi 16 juillet, une rencontre qui devait réunir l’ensemble des protagonistes, y compris Tata Avlessi.

Craignant que leur participation à cette rencontre ne soit considérée comme la caution donnée à une ingérence organisée du gouvernement dans les affaires de la FTF et un acte de défiance à l’égard de la CAF et de la FIFA, Gabriel Améyi et deux de ses partisans avaient décliné l’offre.

Le lendemain, lors d’une nouvelle réunion organisée cette fois-ci par la Présidence de la République, les autorités ont fait savoir aux deux camps protagonistes qu’elles allaient envoyer une mission ministérielle auprès de la CAF afin de solliciter d’elle, une solution consensuelle ainsi qu’une feuille de route en vue d’une résolution définitive de la crise.

Il avait alors été demandé aux deux camps de s’abstenir de tout acte et de toute déclaration en attendant le retour de la délégation ministérielle. C’est à la suite de cet accord tacite que le Chef de l’Etat a commis les Ministres Gilbert Atsu et Bernard Walla accompagnés du Général Gnofame pour une mission d’information auprès de la CAF.

Il s’agissait pour cette mission, d’obtenir de la CAF qu’elle dise, au regard des textes régissant la FTF, qui, de Gabriel Améyi, 1er Vice Président et de Lawson Gallus, doyen d’âge, est habilité à succéder à Tata Avlessi.

L’Etat n’ayant pas vocation à se substituer à la Fédération Togolaise de Football dans les prérogatives propres à cette dernière, la mission ministérielle ne peut que se limiter à une mission de bons offices permettant à la CAF de dire son arbitrage par rapport aux deux interprétations des textes en présence.

En aucun cas, la mission diligentée par le Chef de l’Etat ne peut solliciter de la CAF une non application des textes. La manière dont les choses se sont passées a été tout simplement scandaleux.

Pour le Général Gnofame, devenu, on devine par quelle alchimie, un inconditionnel défenseur de Tata Avlessi, il fallait à tout prix, barrer la route de la présidence de la Fédération à Gabriel Améyi, même si, pour cela, on devait faire une entorse aux textes et règlements régissant le fonctionnement de la FTF.

Bernard Walla n’est pas du reste. L’occasion était belle pour régler les comptes à Améyi, lui qui a fait échouer Rock Gnassingbé au Congrès électif du 9 janvier 2007 en portant son soutien au dernier moment, sur Agbéyomé Kodjo.

Face à ces deux vieux barons, le petit Gilbert Atsu, jeune Secrétaire d’Etat qui se débat sur tous les fronts pour prendre la place de son défunt patron, ne fait pas le poids.

Au lieu de demander à la CAF son arbitrage sur l’application des textes, nos savants ministres revanchards flanqués d’un général en service commandé, sont tout simplement allés « vendre » aux officiels de la CAF, leur propre solution.

Celle-ci consisterait à mettre de côté les textes de la FTF et à mettre sur pieds, un Comité dit de crise, présidé par ….. Bernard Walla et chargé d’organiser de nouvelles élections à la FTF.

Pour convaincre les officiels de la CAF, la mission ministérielle a évoqué la survenue d’une guerre civile au Togo si jamais, on donnait raison à l’un des deux camps. Jamais, l’éventualité d’amener les deux camps à s’entendre sur une solution consensuelle n’a été envisagée.

Au contraire, le général Gnofame et le ministre Walla ont attisé les antagonismes de part et d’autre et contribué à radicaliser les positions au lieu de rechercher l’apaisement et le consensus. On a donné la priorité absolue aux vils calculs politiciens, aux ignobles règlements de comptes au sein du RPT dont Améyi est député, et aux basses préoccupations matérielles sur l’intérêt du football, l’intérêt du sport et l’intérêt du Togo.

De retour à Lomé samedi soir, les deux ministres s’étaient précipités à Kara pour rendre compte au Chef de l’Etat de ce qu’ils croient être le succès de leur coup de force en pressant le Président de la République d’avaliser leur coup d’Etat contre Gabriel Améyi.

Il y a, de toute évidence, une farouche volonté de la part du Général Gnofame et du Ministre Walla, de ramener la Fédération Togolaise de Football dans le giron de l’Etat et plus particulièrement, d’une certaine aile du RPT, une aile que certains appellent volontiers « l’aile vautour ».

Selon certaines rumeurs, au prochain Conseil des Ministres, le Gouvernement devrait annoncer la dissolution pure et simple du Bureau de la Fédération et la mise sur pied d’un Comité de crise présidé par le Ministre Bernard Walla pour organiser de nouvelles élections. Des élections à la mode RPT, que remporterait le candidat désigné de « l’aile vautour ».

Selon d’autres informations obtenues auprès de la FIFA, dès l’annonce d’une telle décision, le Togo serait automatiquement suspendu de toutes les compétitions internationales, y compris, la Coupe du monde Cadets, en attendant le retour à la légalité, c’est-à-dire, à l’application des textes.

C’est d’ailleurs dans cet état d’esprit que la FIFA aurait approuvé la décision de certains membres du Bureau de la FTF de démissionner pour protester contre cette inacceptable intrusion de l’Etat RPT dans les affaires de la Fédération. Si Rock Gnassingbé était resté à la Présidence de la FTF, une telle situation aurait-elle été possible ?

Non, parce que Rock, lui, a des chars et des hommes à sa disposition. Le sévère désaveu subi par Rock Gnassingbé lors du Congrès du 9 janvier, était d’abord l’expression du refus de la loi de la jungle au sein de la FTF ; c’était ensuite l’expression d’une adhésion sans équivoque à la légalité, c’est-à-dire, à l’application des textes démocratiquement adoptés.

Au moment où tous les pays du monde tentent de tourner le dos à l’autocratie, la voie proposée pour régler la crise de la FTF constitue un dangereux retour en arrière que, ni la FIFA, ni les Togolais n’accepteront.

Faure Gnassingbé avait, en son temps, demandé à feu Attipoé de s’abstenir de toute ingérence dans les affaires de la Fédération Togolaise de Football. Il n’y a pas de raison que cette directive ne continue pas de rester la règle, surtout, lorsque, selon des informations provenant de sources dignes de foi, grâce à des médiations extérieures, les deux camps en conflit à la FTF, seraient à présent sur le point de parvenir à une solution consensuelle respectant les textes et permettant d’aller rapidement à de nouvelles élections.

Olivier KANGNI

 
 
 
 
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