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Motion d'Information

9 juillet 2007

[ 348 : 9  juillet 2007]
Nouvelle crise au sein de la FTF : Améyi, Boukpessi, Assogbavi et Amavi décidés à pousser Tata Avlessi vers la sortie

On sentait la chose venir. C’est désormais officiel, la Fédération togolaise de football (FTF) vient de se replonger dans une nouvelle crise avec la décision de quatre membres du bureau exécutif de l’instance de se désolidariser de la gestion du président de la FTF, Tata Avlessi.

Les deux vice-présidents Gabriel Améyi et Esooyaba Boukpessi, le secrétaire général, Espoir Komlan Assogbavi, et son adjoint, Ayayi Patatu Amavi, ont, dans une lettre adressée au président de la FTF, dénoncé la gestion «artisanale» de la structure fédérale, déplorant les «décisions inopportunes et tendancieuses» prises par le président.

«L’amateurisme qui caractérise votre façon de diriger notre fédération nous oblige ici à vous déclarer formellement que nous nous désolidarisons de vos méthodes, de vos décisions non collégiales ainsi que des conséquences qui peuvent en découler», écrivent-ils dans leur lettre vendredi dernier par plusieurs de nos confrères.

Les quatre dissidents se plaignent d’avoir été mis à l’écart des activités de la fédération. «Nous, membres du Bureau Exécutif, ignorons tout de la manière dont les fonds envoyés par la FIFA dans le cadre de la Coupe du monde 2006, ainsi que les fonds propres de la fédération sont gérés», lit-on encore dans la lettre.

Les signataires de la lettre sont revenus sur l’exclusion de trois joueurs de l’équipe nationale et les conséquences sur les résultats de l’équipe du Togo, battue, le 17 juin dernier à Cotonou, par le Bénin (4-1) lors de la 5ème  journée des éliminatoires de la Coupe d’Afrique des nations (CAN) 2008.

Ils évoquent, à cette occasion, le fait que le président de la FTF ait fait voyager ses «amis», les membres de sa famille, les parents et les enfants des membres du Bureau Exécutif de la fédération et le personnel administratif sans au préalable prendre le soin de les assurer. Le crash à Freetown de l’hélicoptère transportant une partie de la délégation togolaise a fait une vingtaine de victimes, dont le ministre des Sports.

Selon eux, le Togo n’a jamais connu autant de problèmes et d’humiliations, liés à la gestion de sa fédération de football, depuis la création de cette structure, il y a 47 ans.

Le football togolais connaît, depuis l’année dernière, de graves crises de gestion. L’une des crises apparue lors de la Coupe du monde 2006 en Allemagne a conduit la FIFA à imposer une feuille de route à la FTF qui a abouti à un congrès électif le 9 janvier dernier.

À l’issue de ce congrès, un nouveau Bureau Exécutif a été mis en place et dirigé par Tata Avlessi. Depuis la décision de suspension prise à l’encontre de 3 joueurs cadres de l’Equipe Nationale en Mars dernier, au soir du match contre la Sierra Leone à Lomé, on savait qu’un ressort était définitivement cassé au sein du Bureau de la FTF.

La décision de suspension des joueurs avait été prise par Tata Avlessi tout seul, soutenu par ses obligés au sein du Bureau Exécutif. A l’époque, une réunion avait ensuite été organisée à l’improviste pour faire entériner la décision et la faire passer pour une décision collective du Bureau Exécutif.

Sur les neuf membres du Bureau Exécutif présents à cette réunion, seul, le Secrétaire Général Adjoint, Ayayi Patatu Amavi avait fait part de son opposition à cette décision et avait tenu à ce que sa position soit marquée dans les minutes de la réunion.

Cet exemple n’en est qu’un parmi tant d’autres. Il y a des choses telles que la rigueur, l’humilité, l’écoute, le respect des autres, l’esprit d’équipe, le sens de le responsabilité, l’art de la conduite des hommes, et bien d’autres qualités, que l’on ne peut acheter avec de l’argent. Tata Avlessi a dépensé beaucoup d’argent pour conquérir la présidence de la FTF. Son grand tort est d’avoir cru que, une fois cet objectif atteint, qu’il pouvait combler ses lacunes personnelles en continuant à distribuer de l’argent.

Depuis son élection le 9 Janvier 2007, Tata Avlessi s’est vu comme un super président de la République, l’égal de Faure Gnassingbé. Mais, à la différence de Faure Gnassingbé, Tata Avlessi a manqué de discernement. Il n’a jamais réalisé qu’il n’était que président de la Fédération togolaise de football, c’est-à-dire, avant tout, une association comme il en existe des milliers au Togo.

Il n’a jamais réalisé non plus que la gestion du football togolais n’est confiée à la Fédération que par délégation et qu’au dessus de la Fédération, il y a le Comité National Olympique Togolais et qu’au dessus de la FTF et du CNOT, il y a l’Etat togolais.

Pour revenir au geste des quatre dissidents, certains se demandent pourquoi ils ont publié leur lettre à un moment où, le Président de la FTF se trouve déjà en difficulté vis-à-vis des instances internationales de football dans une affaire de tentative de corruption d’arbitre à l’occasion de la CAN Cadets qui s’est déroulée à Lomé en Mars dernier.

En réalité, la fronde contre Tata Avlessi avait commencé à se faire jour dès les lendemains de son élection. Aux problèmes d’incompatibilité d’humeurs entre Tata Avlessi et son 1er Vice Président qui se vouent une inimitié sans égale, sont très vite venues se greffer, des divergences dans la conception même de la gestion de la FTF.

Dans la pratique, Tata Avlessi s’est révélé pire que Rock Gnassingbé dans l’improvisation, l’arrogance, le mépris et la mégalomanie, le tout doublé de grosses carences en quasiment toute chose. Le plus grave, c’est que Tata Avlessi n’avait même pas conscience de ses propres lacunes.

Alors qu’il n’est pas capable de faire la différence entre un décret et un arrêté, à son Secrétaire Général qui est un magistrat de haut rang, de formation et de métier, il est capable de vouloir donner des cours de droit.

Alors que Tata Avlessi était le premier à reprocher à Rock Gnassingbé la gestion à vue des finances de la FTF, le nouveau Président n’a pas fait mieux que son prédécesseur en la matière. Six mois après la prise de fonction de Tata Avlessi, la FTF n’a toujours pas de budget, ni de plan d’actions à court, moyen et long termes.

Son habitude de dire en toutes occasions, « c’est moi le président » a fini par instaurer au sein de la FTF une gestion autocratique qui a transformé les autres membres en simples exécutants et les réunions du Bureau Exécutif en monologues où le président aimait à s’écouter parler.

C’est dire que l’affaire de tentative de corruption tombait comme une aubaine pour voir Tata définitivement écarté des affaires du football togolais pour plus de sérénité et de rigueur.

Alors qu’elle était attendue début Juin, la décision de la Confédération Africaine de Football tarde à arriver aux yeux de certains. Et puis, il y a toutes ces rumeurs de plus en plus persistantes faisant état d’interventions des généraux Gnofame et Mémène en faveur de Tata pour que la sanction prévue contre lui soit purement et simplement abandonnée.

En se désolidarisant de la gestion de Tata Avlessi, les quatre dissidents mettent le Président de la FTF dans une situation bien inconfortable. Depuis la mise en place du nouveau Bureau, les deux Vices présidents n’ont participé qu’à peu de réunions. Dernièrement, ils ont été rejoints par le Secrétaire Général, Espoir Assogbavi dans le boycott des réunions du Bureau de la FTF.

Ayayi Amavi qui a été la cheville ouvrière de la FTF depuis le 9 Janvier était jusqu’à jeudi dernier, la seule vraie béquille qui permettait à l’édifice de tenir encore debout. Maintenant qu’il a basculé dans le camp des dissidents, le Bureau de la FTF n’a plus le quorum nécessaire pour se réunir et encore moins pour décider.

Visiblement, l’objectif de cette opération est double. Si, comme le disent les rumeurs, dans le courant de cette semaine, Tata Avlessi était frappé d’une décision d’interdiction par la CAF, c’est automatiquement le 1er Vice Président, c’est-à-dire Gabriel Améyi qui, en principe devait prendre les rênes de la Fédération pour organiser de nouvelles élections.

Au cas où aucune décision de la CAF ne tombait, c’est Tata qui va se trouver dans l’obligation de fait, d’organiser un nouveau Congrès de clarification. Dans un cas comme dans l’autre, tout porte à croire que l’on s’achemine tout droit vers l’organisation d’un nouveau Congrès électif.

A moins que la CAF et la FIFA en décident autrement et mettent en place un Comité de crise chargé de gérer les affaires courantes de la FTF jusqu’à la fin de la saison, le temps que les esprits se calment en attendant le Congrès électif.

Au Congrès électif de Janvier 2007, tout le monde savait que Tata Avlessi n’était pas le meilleur des quatre candidats en lice ; il était même intrinsèquement, le plus mauvais. Parce qu’on a transformé les élections à la FTF en une affaire de gros sous, on a élu le mieux disant qui se trouve être le plus mauvais.

En janvier 2007, Tata Avlessi était celui qui avait sorti le plus d’argent pour acheter les faveurs des électeurs et des donneurs d’ordre. Si l’on ne veut pas demain, se retrouver devant les mêmes problèmes, il faut commencer dès à présent à discipliner et sensibiliser les électeurs afin que les intérêts du football togolais passent devant leurs petites considérations pécuniaires.

Le Congrès de Janvier 2007 a été une exceptionnelle occasion d’enrichissement pour nombre de présidents de ligues de football et certains hauts dignitaires sportifs togolais.

Aujourd’hui, alors même que la procédure élective n’est pas lancée, des candidats se bousculeraient déjà aux portillons. Le nom le plus souvent cité est celui de Gabriel Améyi. Ceux qui connaissent bien Tata Avlessi et Gabriel Améyi disent sans détour que, remplacer Tata Avlessi par Gabriel ne serait pas forcément une bonne affaire pour le football togolais.

Les mêmes sources considèrent que, si le choix des électeurs en janvier 2007, s’était porté sur Agbéyomé Kodjo au lieu de Tata Avlessi, nul doute que les choses se serait passées autrement.

L’élection de Tata aura peut-être été un mal pour un bien et permettra demain aux électeurs de la FTF d’être plus sensibles aux arguments du football qu’à ceux des billets de banque.

Agbéyomé Kodjo a-t-il encore envie de se lancer dans la course ? En tout cas, si de nouvelles élections doivent être organisées, nul doute que, échaudés par le cas Tata Avlessi, les électeurs auront à cœur de se rattraper et de ne surtout pas commettre deux fois les mêmes erreurs.

Olivier KANGNI

 
Célébration du 231e  anniversaire des USA au Togo : L’Ambassadeur David Dunn encense le centre politique et fustige les extrémistes de tous bords

A l’occasion du 231e anniversaire de l’Indépendance des Etats-Unis d’Amérique, l’Ambassadeur des USA au Togo, Monsieur David Dunn a offert mardi dernier, en sa résidence, un banquet auquel ont assisté de nombreux invités parmi lesquels le Premier Ministre togolais et la plupart de ses ministres.

C’est devant un parterre de personnalités du monde politique, économique, culturel et diplomatique que l’Ambassadeur David Dunn a prononcé un discours à forte teneur politique qui continue encore de susciter des commentaires au sein de la classe politique togolaise.

            Après avoir rappelé les deux grands principes qui fondent la société américaine, à savoir « que tous les hommes sont créés égaux et que tout gouvernement doit tirer son autorité du consentement des gouvernés », M. David Dunn a insisté sur le fait que « la réalisation des deux grands principes susmentionnés est un processus continuel qui a occupé des générations successives d’Américains au cours des 231 dernières années ».

            Dans l’assistance, tout le monde a lu à travers cette insistance, un appel aux Togolais à comprendre que la démocratie est un processus long qui s’acquiert par un combat de tous les instants.

            Parlant du contexte sociopolitique né de l’Accord Politique Global, Monsieur l’Ambassadeur s’est félicité de ce qu’il considère comme étant la naissance d’un « centre politique – difficile à imaginer à la mi-2005 – qui s’est développé autour d’un objectif commun de réforme démocratique fondamentale, comme le stipule l’Accord Politique Global ».

            Pour M. David Dunn, l’avenir du Togo dépend de « la capacité de ce centre à survivre et à s’épanouir ». Il s’est dit impressionné par « l’habileté de la plupart des politiciens et partis politiques du Togo à dresser un équilibre entre les besoins de la nation, en termes de réforme du cadre institutionnel, et leurs propres intérêts en tant que partis politiques en compétition pour un avantage électoral ».

            M. David Dunn a fait sienne la définition que l’ancien Président des Etats-Unis d’Amérique, feu Dwight Eisenhower, donnait du centre politique situé entre les extrêmes de droite et de gauche :

« On parle du milieu de la route comme si c’était inaccessible. En réalité, tous les problèmes humains, sauf l’éthique, entrent dans les zones grises. Les choses ne sont pas toutes noires et blanches. Il doit y avoir des compromis. Le milieu de la route, c’est toute la surface utilisable. Les extrêmes, la droite et la gauche, se trouvent dans les rigoles », a déclaré Monsieur l’Ambassadeur citant feu Eisenhower.

            Par son intervention, le représentant des Etats-Unis au Togo semble donner raison à ceux qui prônent la recomposition du paysage politique togolais autour d’un centre politique où se retrouveraient à la fois des hommes et des femmes de bonne volonté issus aussi bien de l’Opposition que de la Mouvance RPT, de la diaspora et de la société civile pour engager les réformes devant conduire progressivement le Togo à la démocratie et à la prospérité.

            Certains analystes politiques ont lu à travers la citation de l’Ambassadeur, des allusions à peine voilées à la politique du « tout ou rien » de l’UFC, à celle du « tout et tout » des caciques du RPT et à celle du « tous pourris » des ultra radicaux de la diaspora.

            Les partisans du CAR et de la CDPA verraient dans cette citation, l’éloge de leur option participationniste au gouvernement d’union nationale et une condamnation des options contraires. L’UFC et les autres sont assimilés aux extrêmistes, à la droite et à la gauche, ceux qui se retrouvent dans les rigoles, c’est-à-dire, en dehors du gouvernement.

            En réalité, comme le disait d’ailleurs si bien feu le Président Eisenhower, les choses ne sont pas toutes noires ou toutes blanches. Le centre dont parlait Eisenhower est le centre idéal, celui qui résulte d’un objectif commun de construction d’une société démocratique et d’une volonté commune de parvenir à cet objectif.

            C’est vrai que la volonté farouche de conservation d’un pouvoir sans partage du clan Gnassingbé et des caciques du RPT d’une part et la volonté irréversible du peuple togolais de s’affranchir de la dictature créent une situation conflictuelle qu’on ne peut résoudre que par la guerre civile ou le compromis politique,. L’insurrection populaire aux mains nues ayant donné les preuves de ses limites.

            S’appuyant sur l’Armée, le régime RPT a prouvé qu’il était prêt aux pires horreurs pour conserver le pouvoir. A travers les soulèvements populaires répétés, les Togolais ont prouvé, chaque fois qu’ils en ont eu l’occasion, qu’ils étaient prêts à tous les sacrifices pour défendre leurs droits à la liberté, à la justice et à la dignité.

            Dans ce contexte de ni paix ni guerre où chacun campe résolument sur ses positions, l’histoire démontre que, tôt ou tard, la volonté populaire finit par triompher de la folie mégalomaniaque et de l’entêtement dans la bêtise.

            La classe politique togolaise ayant fait le choix raisonnable du règlement de la crise par les voies exclusivement politiques, les analystes politiques sont de plus en plus nombreux à considérer que la mise en œuvre de ce choix ne sera possible qu’au centre de l’échiquier politique togolais, excluant les caciques du RPT adeptes de la dictature militaire pure et dure et les fanatiques de l’UFC qui veulent continuer à réduire le problème togolais au seul contentieux historique entre les familles Gnassingbé et Olympio.

            L’émergence d’un centre politique patriotique suppose l’existence, aussi bien au sein de l’Opposition qu’au sein du RPT, d’hommes et de femmes résolument démocrates ou convertis aux valeurs de la démocratie et qui, sans aucune arrière pensée de vengeance ni de contre vengeance, accepteraient d’œuvrer sincèrement à la mise en œuvre des deux principes fondateurs de toute démocratie, à savoir, l’égalité des citoyens et le droit inaliénable des citoyens à choisir leurs dirigeants en toute liberté et transparence.

            Le contexte particulier du Togo rend cet exercice difficile et délicat. Il exige une forte dose de courage politique, d’abnégation et de sens du compromis. Il faut rassurer ceux qui nourrissent des peurs légitimes tout en donnant entière satisfaction à la volonté des Togolais d’aller vers un système totalement démocratique.

            Le centre ainsi défini est bien différent de celui qui est aujourd’hui au Gouvernement d’union nationale et qui suscite l’admiration de Monsieur l’ambassadeur des Etats-Unis au Togo. Car, le centre patriotique ne peut se définir en termes d’étiquettes politiques cohabitant dans un ensemble hétéroclite marqué par de forts antagonismes et aux objectifs aussi multiples que contradictoires.

            L’émergence du vrai centre politique est possible car, les plus de quinze ans de révolte populaire des Togolais contre le régime RPT a révélé des faits désormais indéniables sur les hommes et les mentalités.

Effet, même s’ils sont minoritaires, il y a au RPT, des hommes et des femmes réellement démocrates, ayant le sens de la patrie et de l’honneur et qui n’ont pas une vision clanique et sectaire du pouvoir d’Etat.

            De même, au sein de l’Opposition, même s’ils ne constituent pas le plus gros du contingent, il y a des adeptes et des symboles de la mauvaise gouvernance, du pourrissement, du pouvoir autocratique et totalitaire et qui, de ce fait, n’ont aucune leçon de démocratie et de patriotisme à donner à qui que ce soit.

Le Togo ne peut échapper à l’évolution historique de tous les peuples du monde vers la démocratie. L’Ambassadeur David Dunn a certes raison lorsqu’il dit que les extrêmistes qui refusent le compromis se retrouveront dans les rigoles ou sur les bas côtés de la route.

            Entre les extrémistes du RPT qui font de la conservation du pouvoir absolu sans partage, la condition sine qua none de leur survie et leurs homologues de l’Opposition qui considèrent que le pouvoir togolais actuel est un bien usurpé par le RPT et qui doit leur revenir, il est possible de faire émerger une troisième force du centre qui place l’intérêt et l’avenir du Togo au-dessus de toutes considérations personnelles, familiales, claniques ou partisanes.

            Cette force du centre sera d’abord celle de l’adhésion ou de la conversion aux valeurs démocratiques fondamentales susmentionnées. Cette adhésion à la démocratie signifie pour ceux qui conservent par la force des armes, le pouvoir d’Etat depuis plus de quarante ans, l’acceptation dorénavant du principe de la perte de tout ou partie de ce pouvoir lorsque le peuple en décidera ainsi.

            Elle signifie pour ceux qui, depuis plus de quarante ans luttent par tous les moyens pour la conquête du pouvoir d’Etat, l’acceptation du principe de n’accéder peut-être dans un premier temps, qu’à une partie de ce pouvoir soit parce que  le peuple en aura décidé ainsi, soit parce qu’il relève d’un compromis entre le souhaitable et le possible.

            Cette force du centre sera ensuite celle du sens du compromis, de l’intérêt national, de l’honneur et du respect de la parole donnée. L’on a vu nombre d’intellectuels et responsables togolais et étrangers renoncer à toute dignité par cupidité pour mettre leur intelligence et leur savoir faire au service du mal, de la non démocratie et du sabotage de tout ce qui pouvait contribuer à la marche du peuple togolais vers le progrès et le développement. La force du centre doit au contraire fédérer toutes les énergies créatrices au-delà des clivages traditionnels qui ont sclérosé le pays et empêché sa prospérité.

            Cette force du centre sera enfin celle de la responsabilité citoyenne. Les Togolais vivent depuis plus de quarante ans dans un système pervers qui a inoculé à nombre d’entre eux, les virus de la paresse, du goût de la facilité, de la corruption, du vol, de la spoliation et de la prévarication.

            Népotisme et tribalisme, médiocrité et mensonge, intrigues et délation, surenchère dans le zèle et culte de la personnalité ont été érigés en modèle d’organisation sociale.

S’émanciper de telles servitudes, profondément ancrées dans les mentalités, imposera d’abord une prise de conscience de chaque Togolais et une acceptation des efforts à déployer pour opérer un véritable changement des mentalités et réapprendre le sens civique indispensable au développement politique, social et économique du Togo de demain.

            C’est donc une responsabilité individuelle de chaque citoyen de s’atteler à la lourde tâche d’élimination des séquelles de l’autocratie pour retrouver les valeurs sociales élémentaires que sont, l’honnêteté, la fidélité à la parole donnée, le respect de l’autre et de son droit à la liberté, le dévouement à l’intérêt général, la générosité et le sens du partage, le goût de l’effort et du travail bien fait.

            La force du centre ne sera celle de la responsabilité citoyenne que si elle est portée par des hommes et des femmes qui incarnent et respectent eux-mêmes, les valeurs prônées.

            Contrairement à ce que pense l’Ambassadeur des USA au Togo, les autorités issues de l’application de l’Accord Politique Global ne peuvent incarner le vrai centre politique porteur d’avenir pour le Togo.

            Le RPT est resté intransigeant dans son refus du partage effectif du pouvoir et dans son refus d’adhérer dans les faits aux principes démocratiques.

            Le refus de l’UFC de participer au gouvernement ne résulte pas d’un rejet de l’APG, mais du refus du RPT de confier le poste de Premier Ministre au parti de Gilchrist Olympio et de l’impossibilité pour l’UFC et le RPT de trouver un compromis substitutif.

            Le vrai centre politique reste à construire. Elle sera l’œuvre d’hommes et de femmes, de plus en plus nombreux à refuser la prise en otage du pays par les partisans du « tout et tout » et ceux du « tout ou rien ».

            Au sein même des partis politiques dits « traditionnels », au sein de la société civile, auprès des Togolais de l’étranger, des voix s’élèvent de plus en plus en faveur de l’émergence de cette troisième force du centre pour fédérer toutes les énergies positives et patriotiques soucieuses d’instaurer au Togo, une nouvelle façon de faire la politique.

Gilbert MESSANGAN

 
La CENI lève le secret de polichinelle  Pas d’élections législatives le 5 août : Début du recensement le 16 juillet

* Fortes inquiétudes sur le processus
Dans notre édition numéro 343 du 11 juin, nous annoncions le report de fait des élections législatives prévues pour le 5 août. Sur la foi d’informations obtenues auprès de spécialistes du PNUD (Programme des Nations Unies pour le Développement) et de l’Union Européenne, nous estimions que, des élections législatives crédibles ne pouvaient avoir lieu au Togo avant le 15 septembre 2007 au plus tôt.

Certaines sources proches de la Commission Electorale Nationale Indépendante (CENI) s’étaient étonnées de notre analyse, trouvant nos prévisions totalement insensées et soutenaient mordicus que les élections auront bien lieu comme prévu à la date du 5 août 2007.

Jeudi dernier, au cours d’un point de presse qu’elle a animé à son siège, en présence des partis politiques, la CENI a fini par lever le secret de polichinelle en annonçant officiellement le report sine die du scrutin du 5 août.

La CENI a également confirmé l’information que nous annoncions dans notre édition numéro 347 de la semaine dernière concernant la date du début des opérations de recensement désormais, officiellement fixée au 16 juillet. La fin du recensement étant prévue pour le 17 Août 2007.

Afin d’éviter l’annonce d’une nouvelle date de scrutin qui se solderait à coup sûr, par un nouveau report, la CENI a cette fois-ci, décidé de ne pas annoncer de date. Par prudence, elle préfère attendre le début des opérations de recensement pour s’assurer de leur bon déroulement avant de fixer une nouvelle date des élections législatives.

Comme pour rassurer les sceptiques, mercredi dernier, la CENI a entamé l’acheminement du matériel de recensement électoral dans les différentes préfectures du pays. «Nous avons chargé du matériel de recensement à destination des préfectures et nous espérons desservir les 31 préfectures du pays d’ici vendredi», avait déclaré à la presse M. Jean-Claude Codjo Délava, membre UFC de la CENI, en charge de la logistique.

Les 2.685 kits informatiques empruntés à la République Démocratique du Congo (RDC) sont convoyés par camions escortés par des forces de l’ordre. «Nous avons reçu mercredi matin un renfort de forces de sécurité pour le chargement et l’acheminement du matériel», a ajouté M. Codjo.

Une fois convoyés dans les préfectures, les kits seront répartis dans les centres de recensement par les membres des Commissions Electorales Locales Indépendantes (CELI).

Dans le même temps, les opérateurs et opératrices de saisie chargés du recensement, ont été regroupés samedi dernier pour des séances de formation avant leur installation dans les centres de recensement.

Selon le programme dévoilé jeudi dernier par les responsables de la CENI, la mise en place complète du matériel et des hommes devrait être achevée dans le courant de cette semaine pour permettre lé début du recensement lundi prochain 16 juillet 2007.

Le 16 juillet arrivera comme le jour « J » de vérité pour la CENI elle-même et son principal prestataire de services, la société belge ZETES. En effet, malgré l’optimisme apparent affiché par les responsables de l’organe chargé de la supervision et de l’organisation des élections, des zones d’ombre subsistent et suscitent de très fortes inquiétudes auprès des acteurs politiques togolais.

Pour Patrick Lawson, 3ème Vice-Président de l’Union des Forces de Changement (UFC), « la situation est vraiment inquiétante, tout ce qui se passe ressemble à du pur bricolage ». Il ajoute : « Pas de chronogramme, on se contente d’avancer une nouvelle date du recensement électoral. On navigue à vue ».

Certains diplomates ont également fait part aux responsables de la CENI, de leur profonde inquiétude la semaine dernière.

De sources proches de la CENI, on indique que la question de la fiabilité des listes électorales issues des opérations de simulation des 12 et 13 juin derniers n’est toujours pas définitivement tranchée.

Aucun des responsables que nous avons approchés, n’était en mesure de nous certifier que la liste centralisée fournie par le prestataire ZETES à l’issue de la simulation, reflète à 100 % la réalité du recensement effectué. Or, c’est au niveau de la centralisation des données que peuvent intervenir les mécanismes de fraudes destinés à travestir le fichier électoral.

Deux techniques de fraudes sont particulièrement redoutées par les spécialistes. La première consiste en la manipulation des données pour réduire ou à gonfler artificiellement le fichier électoral suivant la faveur ressentie dans une zone donnée.

La seconde consiste à « importer » par camions entiers, de faux électeurs provenant de villages limitrophes du Ghana, du Bénin  et du Burkina Faso et à leur établir des cartes d’électeur.

Le jour du vote, ces faux électeurs n’ont pas besoin d’être physiquement présents sur le territoire pour voter. L’utilisation de la technique des bureaux de vote fictifs permet d’enregistrer des votes pour eux et de bourrer les urnes en conséquence.

Depuis le début du processus électoral, des rumeurs font état de l’existence de systèmes de recensement parallèles dont les données finiraient par être déversées dans le système officiel.

Les spécialistes craignent que la vigilance de la CENI ne soit très vite prise en défaut par un système très technique et très sophistiqué de fraude ou de pollutions massives du processus de recensement.

En réalité, il semblerait que, l’objectif premier de ce système parallèle de recensement n’est pas tant la fraude électorale. Il serait d’abord destiné à discréditer le processus électoral en sabotant le système officiel de recensement. Ce sabotage se ferait par une pollution du système officiel en y injectant des données erronées ou inconsistantes provenant de systèmes parallèles de recensement.

Il suffirait, par exemple, pour discréditer le système de recensement, que la preuve formelle soit apportée qu’un électeur a pu se faire délivrer plusieurs cartes d’électeur sous la même identité ou sous plusieurs identités différentes ou que des électeurs dûment munis de cartes d’électeur délivrées par le système ont disparu du jour au lendemain des listes officielles.

Les responsables de la CENI se veulent rassurants et jurent que tous les verrous imaginables ont été mis en place pour empêcher la pollution du fichier électoral par des données provenant d’éventuels systèmes parallèles.

Parmi les dispositifs mis en place, la CENI évoque les procès verbaux accompagnant les CD provenant des centres de recensement et l’émission de statistiques rigoureuses, quotidiennes permettant de déceler tout mouvement anormal qui surviendrait sur tel ou tel centre de recensement.

De l’avis des spécialistes, l’exercice est tout simplement impossible pour la simple raison que la CENI ne dispose pas d’un effectif suffisamment nombreux et formé pour un travail de cette ampleur et de ce niveau de technicité.

Et puis, tout le monde sait qu’un hold-up électoral, c’est comme un hold-up dans une banque. Il bénéficie toujours de fortes complicités internes et d’une parfaite connaissance des forces et faiblesses du système de sécurité en place.

Du coup, c’est le spectre de 2002 qui plane sur tout le processus électoral. Pour le professeur de droit Paul Amuzuvi, l’organisation de ces législatives ressemble à celles de 2002: « trop de reports et absence de rigueur au sein de la CENI ».

On se souvient que les législatives d’octobre 2002, du temps du général président Gnassingbé Eyadéma avaient eu lieu mais après avoir été reportées deux fois à la suite de plusieurs mois de querelles entre le pouvoir et l’opposition.

Le régime RPT avait tout fait pour paralyser le fonctionnement de la CENI issue de l’Accord Cadre de Lomé (ACL) et s’est ensuite prévalu de cette paralysie pour rompre unilatéralement l’ACL.

Une CENI sur mesure avait alors été créée et l’organisation d’élections législatives sur mesure confiée au gouvernement RPT provoquant le boycott de l’Opposition et permettant au RPT de parvenir à son objectif, celui d’une assemblée monocolore de service dont la première décision avait été de modifier la Constitution en vue d’un troisième mandat pour le général président Eyadéma.

Les risques de sabotage du processus électoral en cours sont pris très au sérieux par les observateurs et les chancelleries. La mise en garde prononcée mardi dernier par l’Ambassadeur des Etats-Unis au Togo en dit long sur ces appréhensions. « Ceux qui chercheraient à saboter ou à faire dévier le processus, compromettraient les meilleures chances, à mon avis, que le Togo aura eues en plusieurs années de revenir sur une voie d’espoir et de prospérité », avait-il déclaré.

Ce sabotage pourrait être l’œuvre de plusieurs groupes. Il y a d’abord, le clan des militaro politico mafieux qui tirent de très juteux profits de la situation de non droit dans laquelle s’est installée le Togo depuis près de quinze ans.

Il y a ensuite les recalés et les laissés pour compte du vent de renouveau que Faure Gnassingbé tente de faire souffler sur le RPT. Pour nombres d’anciens dignitaires du régime RPT, les élections législatives prochaines sonnent comme le glas de leur vie politique et même de leur vie tout court. Alors, tout ce qui peut être fait pour retarder, voire empêcher cette retraite anticipée aura leur bénédiction.

Il y a enfin, ceux qui, par calculs politiciens, voudraient que l’on fasse l’économie de ces élections législatives. En effet, il n’est pas dit que des élections législatives transparentes et démocratiques soient une très bonne chose pour certains partis de l’Opposition à deux ans et demi des élections présidentielles de 2010.

Certains ne voudraient surtout pas aller griller au sein d’un futur gouvernement paralytique sans réel pouvoir de réforme, leur popularité électorale encore intacte et la virginité politique qui constituent l’essentiel de leur principal fonds de commerce électoral.

La première semaine de recensement va être déterminante pour fixer tout le monde.

Gilbert MESSANGAN

 

 
 
 
 
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