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Dans
notre édition numéro 345 de la semaine dernière, nous
citions, parmi les principaux problèmes auxquels la
Commission Electorale Nationale Indépendante (CENI)
est confrontée dans l’accomplissement de sa mission,
celui des pesanteurs politiques qui entravent le bon
déroulement du processus électoral.
Nous indiquions que, la CENI, chargée de
l’organisation et de la supervision des élections est
apparemment tiraillée entre ceux qui voudraient
l’utiliser comme un simple instrument de validation
d’une nouvelle parodie d’élections et ceux qui
voudraient en faire le garant de véritables élections
transparentes, libres et démocratiques.
Même si elle n’a pas été nommément mise en cause par
le chef de l’Etat lors de sa rencontre du mercredi 13
juin avec les partis et organisations signataires de
l’Accord Politique Global (APG), la CENI qui se trouve
au cœur du dispositif électoral, ne pouvait pas ne pas
se sentir visée en premier par les critiques du
président de la République.
Faure Gnassingbé s’est inquiété des « retards
accumulés » dans le déroulement du processus
électoral et a demandé au Premier Ministre Maître
Yawovi Agboyibo, de « prendre d’urgence les mesures
nécessaires en vue d’imprimer une nouvelle dynamique »
à la préparation des élections.
Depuis cette intervention des plus hautes autorités du
pays, plusieurs responsables de la CENI sont montés au
créneau pour clarifier la situation et situer les
responsabilités. Au sein de la CENI, tout le monde ou
presque, semble avoir pris conscience du caractère
historique des prochaines élections législatives.
Il semble y avoir auprès de la CENI une réelle volonté
de faire les choses comme il faut. « C’est une
responsabilité que nous avons devant le peuple
togolais, devant les partenaires extérieurs de notre
pays et devant l’histoire. Si nous échouons, nous
aurons à en répondre un jour devant les Togolais »,
nous a déclaré en privé, un membre de la CENI pourtant
proche de la mouvance RPT.
Même si dehors, le langage est plus diplomatique et
forcément plus poli, à la CENI, personne n’entend
avoir à porter le chapeau d’un éventuel échec du
processus électoral. « Qu’on nous laisse
travailler ; que personne ne prenne des décisions à
notre place ; que personne n’essaye de nous forcer la
main et vous verrez, tout ira bien », a ajouté un
autre membre de la CENI visiblement désemparé.
En effet, lorsque Faure Gnassingbé parle de retard, il
est important d’indiquer par rapport à quelle
référence il se situe. Ce n’est pas la CENI qui avait
fixé la date du 24 juin. C’est Faure Gnassingbé.
Etait-ce sa prérogative ? Certainement non. Est-ce la
faute de la CENI si les partis politiques et le
gouvernement ont mis trois mois pour se mettre
d’accord sur le mode de recensement et de délivrance
de la carte d’électeur ? Certainement pas.
En fixant la date du 24 juin, le chef de l’Etat
avait-il intégré ces paramètres ? Les Togolais
auraient voulu qu’il réponde à cette question. Pour
une fois, le président de la CENI a dit les choses
comme il fallait : « Nous avons besoin du temps
nécessaire pour organiser des élections crédibles et
transparentes. La date du 05 août. a été choisie sur
la base des conditions précises. A la CENI nous
faisons tout ce qu’il faut pour avoir des élections
crédibles... Mais, s’il faut un nouveau report pour
qu’elles soient bonnes, le problème ne se pose pas »,
a-t-il déclaré à la Télévision le 17 juin dernier lors
de l’émission « Plateau de la Semaine ».
Selon une source proche de la CENI qui s’est exprimée
sous le sceau de l’anonymat, la date du 5 août avait
été calculée à la fin du mois de mars comme nouvelle
date possible sous réserve que, dans les deux semaines
qui allaient suivre, deux conditions devraient être
réunies.
La première condition était que les kits soient
opérationnels pour commencer la formation des
opérateurs de saisie et des techniciens chargés du
recensement électoral dont le démarrage avait alors
été programmé au plus tard à la mi-mai.
La seconde condition était que le gouvernement et les
partenaires extérieurs mettent immédiatement à la
disposition de la CENI, les fonds nécessaires au
financement de toutes les opérations électorales.
Aucune de ces deux conditions n’a été respectée. La
convention de financement avec l’Union Européenne n’a
été signée que le 11 juin dernier. Les décaissements
n’interviendront pas avant la mi-juillet au plus tôt.
A ce jour, la CENI n’a pas encore bouclé la totalité
du financement des élections.
S’agissant des kits, les problèmes ne se posent pas au
niveau de la quincaillerie, mais au niveau des
logiciels devant équiper les kits. Les logiciels ne
sont pas totalement opérationnels. Les premiers tests
effectués fin avril avaient révélé des carences. A
l’issue de l’opération de simulation effectuée les 12
et 13 juin derniers, on s’est aperçu que toute la
partie consolidation des données ne fonctionne pas.
Selon le président de la CENI, les opérations de
simulation ne sont pas allées à leur terme. Il s’est
beaucoup plaint des prestations de la société Zetes
chargée de développer les logiciels de centralisation
des résultats. «Jusqu’à ce dimanche, la liste des
1640 électeurs sur lesquels la, simulation a été faite
n’est pas encore centralisée, Ce qui fait que nous
n’avons pas de liste », déclarait le Président de
la CENI dimanche dernier. Aux dernières nouvelles, la
liste des électeurs issue de la simulation n’est
toujours pas disponible. La CENI espère l’avoir pour
la fin de cette semaine.
Comme on le voit, la CENI est elle-même tributaire de
partenaires et de prestataires qui déterminent le
rythme de déroulement du processus. C’est cette espèce
d’impuissance que traduit le président de la CENI
lorsqu’il déclare : « La CENI travaille en
collaboration avec le gouvernement et des partenaires.
Il arrive que l’exécution de certaines tâches accuse
des retards de part et d’autre ». Il ne suffit
donc pas de taper du point sur la table pour que les
choses avancent plus vite.
Ainsi que l’indiquait M. Karl Flittner au terme de la
dernière mission d’évaluation de l’Union Européenne,
« il y a des problèmes, nous regrettons les retards
qui sont déjà intervenus et certains risquent encore
d’intervenir dans les jours qui viennent, il y a
encore un certain scepticisme et des appréhensions. Il
y a encore certains doutes sur l’organisation des
élections législatives transparentes ».
A la CENI, on est conscient de ces écueils. Il paraît
de plus en plus évident que la date du 5 août ne
correspond plus à rien et qu’il n’y aura pas
d’élections législatives à cette date.. Les
responsables de la CENI indiquent que leur souci
majeur est d’organiser des élections propres et
apaisées en fonction de la logistique mise à leur
disposition.
Il faut maintenant que chacun des acteurs
(gouvernement, partis politiques, partenaires
extérieurs, prestataires de services), joue sa
partition et qu’on laisse à la CENI, le temps de
terminer toutes les tâches en amont du recensement et
de s’assurer de la fiabilité de la logistique mise à
sa disposition.
S’il faut encore deux ou trois semaines pour atteindre
cet objectif, il faut s’en donner le temps. Les
responsables de la CENI ont fini par comprendre qu’il
est essentiel pour eux, de communiquer. Il est
important que les Togolais et les acteurs politiques
soient régulièrement informés de l’état d’avancement
du processus et des problèmes rencontrés. En l’absence
de communication, le doute s’installe et la confiance
s’effrite.
Malgré les retards enregistrés et les lenteurs
observées, les responsables de la CENI se veulent
optimistes et rassurants. Ils font remarquer que « les
agents recenseurs sont formés, les kits électoraux
sont reconditionnés et nous ne tarderons pas à publier
le calendrier de ce processus électoral ».
Les spécialistes qui regardent le processus de
l’extérieur ne semblent pas partager l’optimisme de la
CENI. Tout le monde attend désormais, la publication
d’un chronogramme détaillé crédible, indiquant pour
chacune des opérations participant au processus
électoral, les dates de début et de fin ainsi que
d’éventuelles conditions devant être remplies.
La CENI doit tenir compte de toutes les contingences
externes intervenant dans le déroulement du processus.
Les Togolais ont encore à l’esprit, les raisons
évoquées par le régime RPT en 2002 pour rompre
unilatéralement l’Accord Cadre de Lomé et organiser la
parodie d’élections législatives qui a débouché sur
l’actuelle Assemblée Nationale monocolore de service.
A l’époque, le RPT avait lui-même organisé
l’enlisement de la CENI pour s’en prévaloir et
justifier ainsi un coup de force qui a plongé un peu
plus le Togo dans l’abîme. La tentation d’un remake de
l’ACL est très forte auprès de certains caciques du
régime. La détermination de la CENI à vouloir
organiser des élections totalement transparentes et
démocratiques n’est pas pour rassurer tout le monde,
en particulier, ceux qui se sont discrédités auprès
des Togolais et qui ont de bonnes raisons de craindre
la sanction des urnes.
Selon certains observateurs, il existe aujourd’hui une
réelle volonté de la part du pouvoir RPT de voir
transférées au gouvernement, certaines prérogatives
essentielles de la CENI comme en 2002.
Certains acteurs commencent à se demander si les
lenteurs imprimées par la société ZETES au
développement des logiciels ne relèvent pas d’un acte
délibéré mené en connivence avec les partisans du
pourrissement pour gêner la CENI dans
l’accomplissement de sa mission.
La consolidation des données est une composante ultra
importante du dispositif de recensement. C’est à ce
niveau que l’on peut tordre le cou aux fichiers et
gonfler à volonté les listes électorales par des
électeurs et des bureaux de vote fictifs.
Il est surprenant que cette fonction essentielle du
système n’ait pas été testée. Tout se passe comme si
on veut empêcher la CENI de tester le système jusqu’au
bout. La simulation des 12 et 13 juin derniers n’ayant
pas été effectuée de bout en bout, la CENI
envisage-t-elle de programmer de nouvelles opérations
de simulation portant sur l’intégralité du processus ?
Ce serait plus que souhaitable si elle veut se mettre
à l’abri de surprises désagréables.
Le fait que les responsables de la CENI soient montés
au créneau a clarifié la situation et situé les
responsabilités des uns et des autres. Les acteurs qui
planifiaient de se prévaloir à nouveau de leurs
propres turpitudes pour perpétuer les habitudes de la
maison devront tomber les masques.
Frisco de SOUZA
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