AgoraPress

 

Tribune

 

Politique

 

Culture

 

Société

 

Sites

 
 
Motion d'Information

11 juin 2007

[ 342 : 4 juin 2007]
Brouilles au sommet de l’Etat : Les questions de fond qui opposent Faure et Kpatcha

Depuis plusieurs semaines, les informations et les rumeurs les plus alarmantes circulent dans le pays et dans la presse écrite à propos de brouilles graves au sommet de l’Etat entre le Président Faure Gnassingbé et son demi-frère Kpatcha Gnassingbé, le Ministre de la Défense des Anciens Combattants du Gouvernement d’union nationale.

Il y a un mois, les rumeurs étaient allées jusqu’à faire état d’un projet avorté de coup d’Etat qu’aurait fomenté Kpatcha Gnassingbé contre son frère Faure Gnassingbé. Suite aux informations parues dans la presse à ce sujet, le ministre de la défense aurait accusé son président de frère d’avoir été à l’origine de ces rumeurs pour le discréditer.

Il s’en serait suivi une grosse et très sérieuse dispute entre les deux frères. Très atteint par les propos menaçants de son frère, Faure Gnassingbé aurait été au bord de la crise de nerfs et sa tension artérielle serait précipitamment montée bien au-delà de la normale. Des médecins se seraient beaucoup affairés autour du Président qui se serait trouvé très mal.

Il n’est pas aisé de distinguer le vrai du faux, la rumeur de l’information et l’info de l’intox. Même si aucun commentaire officiel ne filtre du petit monde politique togolais, en coulisses, les proches du pouvoir ne se privent pas, qui pour faire part de leurs angoisses et de leurs craintes pour l’avenir du pays, qui de leur délectation et de leur jubilation face à cette guéguerre au sein de la dynastie régnante des Gnassingbé.

Même si les rumeurs colportées ici et là sont parfois loin de la réalité, il n’y a jamais dit-on de fumée sans feu. Le moins qu’on puisse dire aujourd’hui, c’est qu’entre Faure Gnassingbé et son demi-frère Kptacha Gnassingbé, l’entente est loin d’être fraternellement cordiale.

Ces deux frères qui ne sont pas encore ennemis mais qui sont sur la voie royale de le devenir, représentent avant tout, deux conceptions de la gestion de l’héritage patrimonial et politique à eux légué par leur défunt père.

De son vivant, feu Général Eyadema excellait dans la règle du « diviser pour régner ». Cela lui a bien réussi dans un régime fondé sur la délation, la cupidité, le népotisme, l’oisiveté, le culte de la personnalité, la corruption généralisée et le goût prononcé pour l’argent facile. De toute évidence, le vieux Général avait institué la même méthode pour sa succession au sein de sa propre famille.

En réalité, du temps de la splendeur de leur frère aîné Ernest Gnassingbé, ni Faure Gnassingbé, ni Kpatcha Gnassingbé ne pouvaient se permettre de manifester la moindre ambition successorale. Ernest Gnassingbé ne faisait aucun mystère de son intention résolue de prendre les rênes du pouvoir le jour où son père n’y sera plus.

Au Togo comme ailleurs, les dictateurs n’apprécient pas trop ceux qui, dans leur entourage, aiment à s’agiter et à s’autoproclamer « dauphins ». Hasard ou coïncidence, la nature a fini par mettre Ernest Gnassingbé hors course pour la succession pour « raison de santé ». Du coup, la compétition successorale devait se jouer entre Kpatcha et Faure.

Chacun des deux héritiers, candidats au « trône », avait de bonnes raisons de penser qu’il était le digne successeur du « Vieux ». Celui-ci, aurait pris un soin méticuleux à faire croire à chacun des deux protagonistes qu’il était le préféré.

Selon les proches de la famille, Kpatcha Gnassingbé vouait à son défunt père, une admiration et un amour à la limite de la vénération. Eyadema n’avait personne au-dessus de lui ; il considérait les Togolais comme ses sujets et s’adressait à ses interlocuteurs togolais, quel que soit leur rang, comme à ses domestiques. Les proches de Kpatcha disent de lui qu’il tient de son défunt père, cette façon de s’adresser aux gens. Ce que certains considèrent comme un franc parler est interprété par d’autres comme une espèce de brutalité verbale qui frise souvent l’insolence et l’arrogance. Kpatcha aurait poussé le mimétisme au point de se croire investi de la mission de seul vrai gardien de la mémoire de son père.

Les proches de Kpatcha avouent que pour lui, le terme de « père de la nation » dévolu par la propagande RPT à Eyadema, ne relèverait pas d’un simple endoctrinement politicien. Il aurait une réelle et profonde conviction que le Togo est une création de son père et qu’il a vocation à préserver à tout prix cet héritage au même titre que les biens immobiliers et mobiliers constituant le patrimoine du clan Gnassingbé.

Kpatcha Gnassingbé serait un adepte absolu et viscéral des méthodes musclées qui ont permis à son défunt père de se maintenir 38 ans au pouvoir. Pour lui, la fortune léguée par Eyadema doit servir à assurer et à pérenniser la main mise du clan Gnassingbé sur l’Armée, les forces de sécurité, l’administration territoriale, les finances publiques, la justice, les réseaux politico-mafieux, bref, sur tout ce qui fait la réalité du pouvoir d’Etat.

A l’inverse de Kpatcha, Faure Gnassingbé aurait été élevé dans la crainte de son père et non dans sa vénération. Selon un de ses proches amis, le rêve d’Etudiant de l’actuel Président était de réussir brillamment dans les affaires ou dans les finances. Il en a le profil et les capacités intrinsèques.

Aux dires d’un baron, par son côté jeune premier, ambitieux, ouvert et moderne, Faure Gnassingbé faisait la grande fierté de son père qui, semble-t-il voyait un peu en ce fils « brillant », ce qu’il aurait voulu être.

C’est pourquoi, selon le même témoignage, le Timonier n’aurait pas hésité un seul instant à marquer son accord lorsqu’un petit groupe de jeunes barons lui proposèrent de lancer Faure dans les circuits du pouvoir d’Etat.

Le fils prodige, formé aux ruses de la politique et du pouvoir par Barqué, aurait été un excellent élève. Il deviendra très vite l’homme de confiance d’un père politiquement isolé et inexorablement rongé par la maladie. Contrairement à Kpatcha, Faure Gnassingbé a été très vite mis en contact direct avec la réalité du pouvoir d’Etat et a montré de réelles capacités d’abord comme député, puis, négociateur de l’ombre et enfin, comme ministre omnipotent.

C’est cette expérience du pouvoir sous le régime de son père qui aurait créé chez Faure Gnassingbé une conception de la politique qui le met complètement à l’opposé de son frère Kpatcha. Plus que Kpatcha, Faure a conscience de la profondeur du rejet et du dégoût que la grande majorité des Togolais éprouve à l’égard du régime qu’incarnait leur père. Pour l’actuel président, vouloir réconcilier les Togolais avec la mémoire de feu leur père, est une entreprise vouée d’avance à l’échec. Il ambitionne cependant, que ce soit un fils Eyadema qui contribue à ouvrir le Togo à la modernité et à la démocratie pluraliste vraie, tout en étant conscient que, dans l’immédiat, cela pourrait passer par la perte du pouvoir par le RPT.

Pour Kpatcha Gnassingbé au contraire, la modernité et la démocratie devraient se limiter tout au plus à un partage du pouvoir avec l’UFC, mais toujours au profit du RPT et du clan Gnassingbé. Pour Faure Gnassingbé, cette conception de la démocratie limitée prônée par son frère est anachronique, dangereuse et ne ferait qu’accroître les ressentiments et les haines que nourrissent les Togolais à l’égard de la famille Gnassingbé.

Pour Kpatcha Gnassingbé, l’évolution démocratique prônée par son frère Faure, ferait le lit de l’Opposition qui s’emparerait très vite du pouvoir au détriment du clan Gnassingbé.

De l’avis de ceux qui sont au cœur du pouvoir, c’est cette différence de rapport au pouvoir qui oppose les deux frères. Viennent se greffer autour de ce problème central, des considérations d’ordre ethnique ou familial mais qui ne sont en réalité que des arguties pour maquiller la question de fond qui est celle de la conservation du pouvoir.

Des rumeurs prêtent à Kpatcha de soupçonner Faure de vouloir déposséder le clan Gnassingbé du pouvoir au profit de ses « oncles du Sud ». Ces ergotages font sourire ceux qui connaissent bien Faure Gnassingbé. Des deux protagonistes, celui qui, sur le plan politique, ressemble le plus à Eyadema, c’est Faure Gnassingbé. Ses proches assurent qu’à l’école de ses « oncles du Sud », il a appris la diplomatie et l’hypocrisie, à celle de Barry Moussa Barqué, il a appris la ruse et le cynisme et  à celle de son père, il a appris les calculs politiciens, la rancune tenace et une espèce de paranoïa.

Kpatcha serait certainement plus brutal, plus direct et plus explosif dans ses réactions, mais toujours sans rancune ni hypocrisie.

Même si tout le monde s’accorde pour dire qu’il fait fausse route et que sa conception de la politique relève d’un autre temps, Kpatcha est certainement sincère en pensant qu’il suffirait d’un arrangement de partage du pouvoir entre les clans Olympio et Gnassingbé pour régler définitivement le problème togolais. Il est resté scotché aux vieux clichés dont son père lui a bourré le crâne et qui sont pour lui, paroles d’Evangile. Certains de ses proches disent de lui qu’il n’est pas capable de se départir de la conception « éyadémaiste » du pouvoir d’Etat

La problématique de Faure Gnassingbé est beaucoup plus complexe qu’elle n’y paraît. La politique n’était pas son rêve de départ ; mais, maintenant qu’il y est par la force des choses, il s’y plaît. Le jeune président togolais affiche désormais une ambition claire, celle de réussir une grande et brillante carrière politique indépendamment du règne de son père. Il aurait à cœur de changer véritablement la société togolaise et d’inscrire son prénom aux côtés des grands noms que retiendra demain l’histoire du Togo.

Pour y parvenir, il sait qu’il doit mener une politique nouvelle passant forcément par l’ouverture, la modernité et la démocratie pluraliste. L’exercice est très difficile, voire périlleux car il constitue un virage à 180 degrés par rapport au système autocratique qu’incarnait son père et que son frère Kpatcha et les caciques du régime, solidement soutenus par les réseaux politico-mafieux et ceux de la Françafrique voudraient voir perpétuer.

Il est impossible pour Faure Gnassingbé de réconcilier les Togolais avec la mémoire de feu son père. Il est même impératif pour lui de poser des actes qui contribuent à « tuer » politiquement Eyadema dans la mémoire collective des Togolais. C’est là toute la problématique de Faure Gnassingbé.

Comment « tuer » politiquement le père tout en continuant à honorer sa mémoire ? Comment incarner l’espoir aux yeux d’un peuple togolais assoiffé de démocratie et de justice tout en s’imposant comme chef légitime d’un clan familial et d’un clan de caciques courtisans fondés sur le culte de la non-démocratie et de l’injustice ? Comment continuer à incarner le RPT sans pour autant, endosser le lourd passif du régime incarné par ce parti ?

Cette équation personnelle de Faure Gnassingbé le place aux antipodes de son demi-frère Kpatcha Gnassingbé dont la seule ambition semble être la conservation du pouvoir à tout prix, au profit du clan Gnassingbé par fidélité à la mémoire de leur père.

Les rumeurs de coup d’Etat que pourrait perpétrer Kpatcha Gnassingbé contre son frère relèvent de la pure intoxication. En ce début de 21ème siècle, il y a des voies de conquête du pouvoir d’Etat que personne ne peut plus emprunter parce qu’elles mènent à tout sauf au pouvoir. Le procès de Charles Taylor qui s’ouvre ce matin aux Pays-Bas est la preuve que certaines méthodes d’accession au pouvoir ou de conservation du pouvoir ont vécu.

Même si, par malheur pour notre pays, Kpatcha se retrouvait demain à la tête du Togo, il se trouverait très vite confronté à la même équation qui se pose aujourd’hui à son frère. Depuis la mort d’Eyadema, Kpatcha Gnassingbé n’a rien fait qui puisse porter à croire qu’il est mieux outillé que Faure pour résoudre cette équation qui se pose à un moment ou un autre à tous les « fils de » qui arrivent au pouvoir au titre d’une dynastie qui ne dit jamais son nom. On ne s’affranchit jamais de cette servitude à coups de canons, mais à coups d’intelligence, d’humilité et surtout de perspicacité dans le jugement.

Chantal TCHEOU

 
Elections législatives : De sérieux doutes sur la date du 05 août

Depuis que la CENI a annoncé le report des prochaines élections législatives au 5 août 2007, il ne se passe pas de jour sans que ne s’élève une voix pour dénoncer le caractère irréaliste du chronogramme publié il y a une dizaine de jours par la CENI. Les éclairages apportés depuis lors par des spécialistes des questions électorales tendent à donner du crédit aux critiques émises ici et là contre la nouvelle date proposée par la CENI.

De toute évidence, le chronogramme annoncé par la CENI pose problème y compris au sein de la CENI elle-même. Tout le monde semble s’accorder désormais pour reconnaître que la date du 5 août ne constitue pour le moment qu’un repère qu’il appartiendra au gouvernement, le moment venu, de corriger en tenant compte de l’état d’avancement des tâches prévues au chronogramme.

C’est, du moins ce que nous, journalistes présents à la dernière conférence de presse de la CENI avons cru comprendre à travers les propos du président de la CENI, M. Potopéré qui déclarait en substance ceci :

« Ce que nous allons faire observer c’est que toutes les dates capitales : dates du recensement, dates de la campagne électorale, date du scrutin seront confirmées par le gouvernement par décrets. Les décrets interviendront à des périodes précises. Pour la date du scrutin, le décret convoquant le corps électoral interviendra 45 jours avant la date du scrutin. Or, 45 jours avant la date du scrutin, je crois que nous aurons suffisamment avancé dans le recensement et si la difficulté est là, cela pourra permettre au gouvernement de prendre avec efficacité les dates. Donc aujourd’hui, rien n’empêche d’annoncer les dates étant entendu qu’elles seront confirmées par décrets pris en conseil des ministres. ».

C’est justement cette déclaration apparemment anodine du président de la CENI qui suscite et même, justifie les inquiétudes exprimées par de nombreux spécialistes et certains partis politiques.

En effet, selon les dispositions du Code Electoral, c’est le gouvernement qui fixe par décrets, les dates des différentes opérations du processus électoral sur proposition de la CENI. Or, la date du 24 juin initialement prévue pour les élections législatives avait été fixée unilatéralement par Faure Gnassingbé et imposée à la CENI.

Cela s’était passé à une époque où la CENI n’était même pas installée, où le gouvernement d’union nationale prévu par l’Accord Politique Global n’était pas formé et où l’on n’avait aucune idée du mode de scrutin qui allait être retenu ni de la manière dont les élections allaient être financées.

Ce qui avait surpris les observateurs politiques, c’est que, en dehors de l’UFC et de l’UDS-Togo qui avaient publiquement marqué leur désaccord sur cette date, tous les acteurs concernés par le processus électoral, y compris la CENI et le gouvernement de Maître Agboyibo, avaient simplement adopté la date du 24 juin sans la moindre observation.

On se souvient, à ce sujet, de la réaction de certains députés RPT visiblement plus lucides que notre Premier Ministre. Ils avaient ouvertement et sérieusement, non sans une pointe d’ironie, dit au tout nouveau chef du Gouvernement, que son engagement de tout mettre en œuvre pour respecter l’échéance du 24 juin était irréaliste. En d’autres temps, le CAR aurait été le premier parti politique togolais à abonder dans le sens de ces députés et à publier un communiqué dénonçant le caractère irréaliste et fantaisiste de cet engagement.

Après l’annonce de la nouvelle date du 5 août tout le monde a le sentiment que la CENI n’a pas été libre de fixer la date qu’elle aurait voulue. Selon un membre de la CENI qui s’est exprimé auprès de notre rédaction sous le sceau de l’anonymat, la date du 5 août avait été calculée à la fin du mois de mars comme nouvelle date possible si, dans les deux semaines qui allaient suivre, deux conditions étaient réunies.

La première condition était que les kits soient opérationnels pour commencer la formation des opérateurs de saisie et des techniciens chargés du recensement électoral dont le démarrage avait alors été programmé au plus tard à la mi-mai.

La seconde condition était que le gouvernement et les partenaires extérieurs mettent immédiatement à la disposition de la CENI, les fonds nécessaires au financement de toutes les opérations électorales.

Selon cette même source, il n’a pas été simple de faire admettre au chef de l’Etat, l’idée d’un quelconque report des élections. Faure Gnassingbé semblait hermétiquement fermé à la simple évocation d’un éventuel report des élections. Selon plusieurs témoignages, cela le mettait dans une colère monstre.

Du coup, tout le monde se tenait à carreau. Personne n’osait aller expliquer au président de la République, que sa date du 24 juin était intenable. Selon d’autres sources, il a fallu, semble-t-il, passer par le président burkinabé, Blaise Compaoré pour faire accepter à son homologue togolais, le principe d’un report des élections.

En ce moment là, le chronogramme fixant les élections au 5 août était déjà obsolète, mais, personne ne disposait d’éléments crédibles en vue de son actualisation. Cette date du 5 août aurait donc été communiquée aux autorités togolaises sans les réserves liées aux conditions de sa validité. En clair, avant même que la date du 5 août ne soit communiquée, tout le monde savait qu’elle était intenable et devait donc être réactualisée.

Il y a encore de gros problèmes techniques liés au fonctionnement des kits. Les tests de validation effectués le 30 avril dernier avaient révélé des carences graves dans le fonctionnement des logiciels. A ce jour, personne ne dispose d’éléments permettant d’attester que les kits sont opérationnels et fiables à 100 %.

Des fraudes en perspective

Lors des tests du 30 avril, l’indispensable module d’importation des données était toujours en cours de développement et n’était donc même pas disponible en test. Hasard ou coïncidence ? A en croire les spécialistes, c’est autour de ce module d’importation que peuvent s’organiser les fraudes les plus gigantesques.

En effet, selon le schéma d’intégration prévu par la CENI, la consolidation des données ne s’effectue pas par télétransmission mais, par importation de données sur CD (Compact Disc). En clair, cela veut dire qu’en fin de journée, tous les enregistrements de la journée concernant chaque centre de vote sont transcrits sur un CD qui est envoyé à la CELI située au chef lieu de préfecture.

Après avoir mis à jour le fichier électoral de la préfecture, la CELI crée à son tour, un ou plusieurs CD des données consolidées de tous les centres de vote, qu’il envoie à la CENI pour mettre à jour le fichier électoral national.

Tout le monde sait que le fichier électoral actuel compte plus d’un million d’électeurs en trop. Cette situation de sur-gonflement du fichier est essentiellement due à trois facteurs. Le premier est lié aux enregistrements multiples d’électeurs (un même électeur enregistré plusieurs fois sous des identités différentes).

Le second facteur est lié aux enregistrements d’électeurs étrangers transportés par camions entiers en provenance de villages limitrophes béninois, ghanéens ou burkinabé.  Le troisième facteur de sur-gonflement du fichier électoral est lié aux enregistrements d’électeurs fictifs. Ces derniers proviennent, soit, de bureaux de vote fictifs, soit du maintien dans le fichier électoral, d’électeurs qui n’ont pas à y être (décès, déménagements, etc.….).

Comme on le voit, si cette opération d’importation par CD n’est pas bien sécurisée, le risque de produire des fichiers électoraux totalement pollués serait encore plus grand que dans le système précédent. Or, le seul dispositif de sécurisation évoqué pour l’instant par les techniciens de la CENI est le cryptage, c’est-à-dire  le brouillage de ces données pour que personne ne puisse les lire avant leur arrivée à la destination finale (CELI ou CENI).

Tout le monde sait que le cryptage peut protéger les données contre les accès non autorisées mais il ne garantit pas la fiabilité des données. Si, au moment du regroupement des données d’un centre de vote en fin de journée, on s’arrange pour introduire des données provenant d’un ou de plusieurs bureaux de vote fictifs, le cryptage n’y changerait rien.

Tous les spécialistes que nous avons interrogés sont formels ; selon eux, à la date du 8 juin 2007, il n’est pas techniquement possible que toutes les failles relevées lors des tests de validation du 30 avril soient totalement réglées et que l’ensemble des kits soient opérationnels pour le début des opérations de recensement et de délivrance des cartes d’électeurs.

Normalement, avant de mettre en exploitation un système aussi sensible, on effectue des tests de simulation grandeur nature en situation réelle pendant un certain temps. Ce n’est que lorsque ces tests sont concluants que l’on passe en exploitation réelle.

Dans le cas d’espèce, la CENI devrait inclure dans son dispositif et dans son chronogramme, cette étape de tests en situation réelle. Cette étape consisterait par exemple à choisir une ou deux préfectures test et à y effectuer pendant une ou deux semaines, des opérations test de recensement avec délivrance de cartes d’électeur estampillées « SPECIMEN » et des fichiers qui seront entièrement détruits en fin de test.

Cela permettrait de vérifier le bon fonctionnement de toutes les étapes du processus et éventuellement, de corriger certaines erreurs qui pourraient bloquer tout le système. A titre d’exemple, lors des tests de validation du 30 avril, la comparaison des empreintes digitales des utilisateurs n’est pas faite. Il était donc possible à la même personne utilisant le même doigt de s’enregistrer comme président, rapporteur, premier opérateur de saisie et second opérateur de saisie.

Le cahier de validation de la CENI est-il vraiment exhaustif ? Personne ne peut l’affirmer avec certitude. Seuls des tests grandeur nature menés en situation réelle permettraient de déceler tous les vices cachés et d’y remédier pendant qu’il est encore temps. Nous sommes aujourd’hui, à quatre jours du début des opérations de recensement et, on peut dire que, visiblement, ce type de test de validation en environnement réel ne semble pas prévu dans le chronogramme des tâches de la CENI.

Volonté manifeste du gouvernement de se substituer à la CENI

Il est difficile dans ces conditions de ne pas donner raison à ceux qui affirment que la nouvelle date du 5 août est une supercherie. Ce qui inquiète les observateurs, c’est moins la supercherie en elle-même que ce qu’elle semble cacher.

De toute évidence, il semble y avoir de la part du gouvernement et, plus particulièrement, du ministère de l’Administration Territoriale, une volonté manifeste de se substituer à la CENI dans ses prérogatives les plus importantes.

Ce qui s’était passé pour l’acquisition des kits auprès de la République Démocratique du Congo est révélateur de cette propension perpétuelle du gouvernement à se substituer à la CENI. La CENI avait programmé une mission auprès de la RDC pour effectuer avec les experts, une étude comparative des deux options d’achat et d’emprunt des kits. Avant que la CENI ait effectué sa mission, le gouvernement s’était dépêché d’envoyer sa propre mission conclure un accord de prêt des kits sans que la CENI ait eu à donner son avis.

Il apparaît de plus en plus clair que le gouvernement tient à avoir la haute main sur les opérations décisives du processus électoral en lieu et place de la CENI qui ne servirait alors que de faire valoir.

Pour avoir communiqué des dates irrationnelles et irréalistes au Comité de Suivi, la CENI a transféré de facto au gouvernement, sa prérogative de fixation des dates du processus électoral. Maintenant, le gouvernement peut à sa guise, précipiter le processus et pousser à des élections bâclées en s’appuyant sur les dates qui lui ont été communiquées par la CENI elle-même.

Aux dernières élections législatives du Bénin, le gouvernement avait refusé de reporter le scrutin malgré une demande express de la Commission Electorale Nationale Autonome (CENA) dans ce sens. Qu’est-ce qui empêchait la CENI d’indiquer une date de principe au gouvernement en s’accordant un certain délai pour confirmer ou corriger cette date compte tenu des éléments d’appréciation qui lui manquaient au moment où elle communiquait la date du 5 août ?

Si l’Accord Politique Global a confié à la CENI l’entière responsabilité de la supervision et de l’organisation des élections, c’était précisément pour éviter les situations du genre de celle à laquelle on arrive aujourd’hui où les élections législatives togolaises finiront par être organisées aux conditions du RPT et non aux conditions consensuelles de la CENI.

On se souvient encore de la hargne que le RPT avait déployée en d’autres temps pour s’opposer à l’utilisation du bulletin unique. Le parti au pouvoir n’a fini par accepter le bulletin unique que lorsque ses « laboratoires » ont pu établir avec certitude les avantages que le régime pouvait en tirer pour la consolidation de son dispositif de fraudes électorales.

Tout le monde avait été surpris par la facilité avec laquelle le RPT a finalement cédé sur la question du mode de recensement électoral et de la carte d’électeur sécurisée avec photo numérisée. On sait maintenant que les représentants du pouvoir RPT n’auraient jamais fait ces concessions s’ils n’avaient pas reçu de leurs laboratoires, la garantie que ces dispositifs n’ébranleraient nullement leur propre arsenal de fraudes.

A en croire certaines rumeurs qui circulent dans le microcosme politique togolais, la conduite effective du processus électoral va de plus en plus échapper à la CENI pour échoir à un gouvernement parallèle déjà à l’œuvre et qui pourrait, à tout moment prendre la place de l’actuel gouvernement officiel pour précipiter des élections qui ne seraient rien d’autre qu’une nouvelle mascarade en s’appuyant sur une CENI devenue un simple instrument de faire valoir.

Il y a des signes qui ne trompent pas. Le redéploiement des magistrats, l’endoctrinement des préfets, la nomination d’une nouvelle Cour Constitutionnelle qui ressemble comme deux gouttes d’eau à la précédente, entièrement aux mains du RPT, sont autant de signes qui ne traduisent pas une volonté politique du pouvoir RPT d’organiser des élections législatives réellement transparentes et démocratiques.

L’Accord Politique Global a prévu le déploiement d’observateurs à tous les stades du processus électoral. Tout semble avoir été fait pour que des observateurs ne soient pas présents lorsque démarrera l’étape cruciale du recensement. Or, c’est à cette étape que sont concentrées les seules vraies nouveautés du processus et sur lesquelles sera évaluée la fiabilité des procédures. A-t-on peur que les observateurs découvrent des dysfonctionnements évidents déjà dénoncés par la presse et certains partis politiques ?

Vendredi prochain, 8 juin 2007, date théoriquement prévue pour le démarrage du recensement électoral, sera le jour « J » de vérité pour la crédibilité de la CENI et les deux gouvernements – parallèle et officiel – qui entourent Faure Gnassingbé.

Frisco de SOUZA

 
Menace de grève générale de 72 heures : La peau de banane qui risque de faire glisser Maître Agboyibo

Vendredi dernier, les Syndicats togolais ont haussé le ton et menacé d’appeler dans les tous prochains jours, les travailleurs à observer une grève d’avertissement de 72 heures en réaction au silence affiché par le gouvernement au sujet de leurs revendications sociales.

L’intersyndicale des travailleurs du Togo a engagé un bras de fer depuis le 1er mai dernier avec le gouvernement auquel il demande de tenir ses promesses d’amélioration des conditions des salariés dans l’esprit des conclusions du dialogue social qui s’est récemment tenu dans le pays.

Les revendications portent essentiellement sur la révision à la hausse, du SMIG (salaire minimum garanti), une augmentation conséquente des salaires, l’octroi des primes de déplacement surtout le paiement dans l’immédiat, des arriérés de salaires accumulés en 2000 et 2001.

Les représentants du gouvernement au Conseil du dialogue national et le ministre des Finances estiment que rien ne peut se faire concernant les arriérés avant la fin du mois de juin en raison de certaines contraintes liées à une mission imminente d’évaluation que la Banque mondiale et le Fonds Monétaire International effectueront sur la situation économique du pays.

De l’avis des observateurs, les revendications syndicales sont comme une peau de banane posée par le précédent gouvernement d’Edem Kodjo et qui, au nom de la règle de la continuité de l’Etat, risque de faire glisser Maître Agboyibo.

En effet, il y a un an, le gouvernement d’Edem Kodjo avait signé avec les organisations syndicales et patronales, un protocole d’Accord tripartite prévoyant entre autres mesures, une augmentation du SMIG, une revalorisation des salaires et le paiement des arriérés de salaires que l’Etat reste devoir à ses agents.

Cet accord prévoit par exemple, la revalorisation des traitements des agents de l’Etat dans la limite des 35% de l’évolution des recettes fiscales. Dès janvier 2007, 70% de l’enveloppe ainsi dégagée devaient être consacrés à la revalorisation des traitements et 30% au financement de la création de nouveaux emplois. S’agissant des arriérés de salaires et des pensions, leur apurement aurait dû être effectué au plus tard un an après la signature de l’Accord.

Pourquoi ce brusque regain de pression syndicale sur les autorités ? A cela, les analystes avancent trois raisons principales. La première est liée aux échéances contenues dans l’Accord. Janvier 2007 pour la revalorisation des traitements des agents et au plus tard courant Mai 2007 pour l’apurement des arriérés de salaires et des pensions.

La célébration de la traditionnelle fête du Travail le 1er Mai, offrait aux Syndicats une occasion en or pour donner de la voix devant des salariés de plus en plus impatients et suspicieux.

La deuxième raison explicative de cette montée de la pression syndicale est liée à une crise de confiance larvée entre les travailleurs et les représentants syndicaux. Des rumeurs ont fait état de cas de corruption au sein du monde syndical où l’Etat aurait versé de fortes sommes d’argent à des représentants syndicaux en contrepartie d’une mise en veilleuse de leurs revendications.

Connaissant les habitudes et les pratiques de la maison, ces soupçons pourraient ne pas relever de simples rumeurs. Il fallait donc pour les leaders syndicaux, se repositionner dans le combat revendicatif du côté des travailleurs et montrer à leurs bases que le « coup de gueule » du 1er Mai n’était pas un simple discours de circonstance, mais bien un recadrage du mouvement syndical qui replace le travailleur au cœur des revendications sociales.

La troisième raison avancée par les analystes pour expliquer ce haussement de ton de la part des syndicats est liée au silence du gouvernement. Celui-ci semble se contenter du paiement régulier des salaires pour renvoyer aux oubliettes, ses propres engagements sur le paiement des arriérés de salaires et des pensions.

Au même moment, les travailleurs togolais assistent, ahuris, aux somptueuses et inutiles dépenses de prestige effectuées par les enfants Eyadema pour continuer à honorer la mémoire du défunt dictateur. Les travailleurs ne peuvent décemment pas accepter qu’on vienne leur dire qu’il n’y a pas d’argent pour payer les arriérés de salaires et de pensions pendant qu’on est capable de consacrer des milliards pour organiser des fêtes et des parades militaires et construire des édifices à la gloire d’Eyadema. Dans le même temps, des opérations illicites se multiplient pour favoriser le financement occulte de la campagne électorale des candidats du parti au pouvoir.

Le moins que l’on puisse dire, c’est que les revendications des syndicats risquent de placer le Premier Ministre, Maître Agboyibo dans une bien inconfortable situation. Il y a quelques mois, face à l’impuissance du Chef du Gouvernement, c’est le Chef de l’Etat qui a dû intervenir pour désamorcer la crise et éviter que les syndicats ne mettent à exécution leur menace de grève générale.

Que peut faire Agboyibo ? Rien, répondent les analystes. Pour une raison toute simple. Il n’a aucune maîtrise ni autorité sur les finances publiques. Sur ce plan somme sur d’autres, tout se décide directement entre les ministres et le Chef de l’Etat. L’exécution des décisions se fait sous le contrôle du gouvernement bis en service à la Présidence.

Une fois encore, c’est donc au niveau du Chef de l’Etat et de son shadow gouvernement que la situation pourrait trouver une solution, si solution il y a  De sources proches du Trésor Public, on indique que les fortes pressions subies ces derniers temps par les finances publiques ne permettent pas de faire quoi que ce soit après les élections. « Ca va être déjà toute une gymnastique pour arriver à payer les salaires de fin Mai », a confié en privé un haut fonctionnaire du Ministère des Finances à un leader syndical.

Dans cet exercice, Agboyibo servira une fois encore de fusible. Certaines langues, bonnes ou mauvaises prédisent qu’à son retour de Libye, Faure Gnassingbé aura de quoi faire un geste en direction des syndicats, histoire de les faire patienter encore quelques temps.

Si la grève est évitée, c’est au Chef de l’Etat qu’en reviendraient le mérite et la gloire. En période électorale, ce n’est pas une considération à négliger. Si au contraire les choses restaient en l’état et qu’une grève générale d’avertissement, même de 24 heures, est lancée par les syndicats, c’est le Premier Ministre qui risque de trinquer.

Aux yeux de son patron et des Togolais, il aura fait la preuve de son incapacité à gérer le conflit. Il apportera de l’eau au moulin de ceux qui sont toujours à l’affût du moindre de ses faux pas pour l’accabler de tous les maux dont souffre le pays.

Ce revers ajouté alors au report des élections, chargerait fortement le fusible Agboyibo dont certains se demandent s’il n’est pas sur le point de sauter. Le Bélier Noir, aura besoin de tous ses talents de ténor du barreau pour convaincre les syndicats même si ces derniers sont parfaitement conscients du fait que ce n’est pas ce gouvernement qui a signé l’Accord.

Olivier KANGNI

 
 
 
 
 

     
 

Job.com

 

 

 
 

© 2005  www.togoforum.com All rights reserved