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22 mai 2007

[ 342 : 21 mai 2007]
Suite à la médiation de Winny Dogbatsè : Le Congrès extraordinaire de la FTF va se saisir de l’affaire des sanctions

Ainsi que nous l’annoncions dans notre édition numéro 341 de la semaine dernière, M. Winny Dogbatsè, le médiateur désigné par les Présidents de Ligues pour tenter de désamorcer la « crise des sanctions », effectue depuis mercredi dernier, une tournée de prise de contact avec les joueurs professionnels de l’Equipe Nationale et plus particulièrement, les trois exclus du groupe des Eperviers. Winny Dogbatsè était attendu à Lomé hier dimanche dans la nuit.

Rappelons que, sur décision du Président de la Fédération Togolaise de Football, le capitaine de l’Equipe nationale du Togo, Emmanuel Adebayor, ainsi que l’attaquant Kader Cougbadja et le défenseur Nibombé Daré  ont été exclus de la sélection nationale le 25 mars par la FTF pour « indiscipline caractérisée ».

A l’approche du match décisif des éliminatoires de la CAN 2008 contre la Sierra Leone, les choses se compliquent au point d’amener les Présidents de Ligues à décider, contre l’avis du Président de la FTF, de confier une mission de médiation à Winny Dogbatsè, le  Président de Gomido FC de Kpalimé.

Si au début de la crise, les Togolais ont été nombreux à donner raison à Tata Avlessi, l’opinion s’est finalement retournée au fur et à mesure que les langues se délient et que les protagonistes déballent tout sur la place publique.

Désormais, outre les trois exclus, la plupart des autres professionnels qui constituent 95 % de l’effectif de l’Equipe Nationale, refuseraient, par solidarité, de répondre à la convocation du 2 juin si la sanction prise à l’encontre de leurs trois collègues à qui ils avaient donné mandat pour négocier avec la FTF, n’est pas levée.

Même si elle n’est pas encore achevée, la mission de médiation menée par Winny Dogbatsè a permis de mieux comprendre la position des joueurs et de situer les responsabilités. Selon la version des joueurs, la question des 30 millions de reliquat de primes est secondaire. Ils considèrent que, c’est une crise de confiance qui oppose désormais les joueurs de l’Equipe Nationale au Président de la FTF. C’est pour cette raison qu’ils voulaient s’en remettre à l’arbitrage du chef de l’Etat.

Tout aurait commencé pendant la campagne pour l’élection à la présidence de la Fédération. Tata Avlessi aurait sollicité le soutien des joueurs cadres en leur donnant l’assurance que s’il était élu, la totalité des 30 millions de reliquat de primes leur serait payée. Tata Avlessi serait même allé très loin en promettant aux joueurs de payer de sa poche si la subvention de la FIFA n’était pas versée ou tardait trop à arriver.

Les engagements auraient été pris chez Daré Nibombé en présence de témoins dont Jacques Roux qui était à l’époque, l’homme de confiance de Tata Avlessi. On se souvient d’ailleurs des prises de positions très claires de Jacques Roux sur la question des primes. Ces positions ont été rappelées par notre confrère « Forum de la Semaine » dans un de ces récentes éditions.

C’est sur la foi de cette promesse que certains cadres de l’Equipe Nationale étaient allés faire un match d’exhibition à Masséda pour soutenir la candidature de Tata. Après son élection, Tata Avlessi aurait réitéré cette promesse à l’occasion du match amical Togo – Cameroun en promettant fermement aux joueurs, le règlement de cette question avant le match Togo – Sierra Leone.

A leur arrivée à Lomé pour le match contre la Sierra Leone que, les joueurs avaient été surpris par l’attitude de Tata Avlessi à leur égard. C’est à peine le Président salué les joueurs. Non seulement il ne leur disait plus rien des 30 millions qui devaient être réglés avant le match contre la Sierra Leone, mais, il les regardait de haut, presque avec mépris.

Lorsque les joueurs se sont décidés à lui rappeler les engagements qu’il a pris à leur égard concernant le paiement des 30 millions, Tata leur aurait répondu qu’il ne leur avait signé aucun papier dans ce sens. « C’est une attitude de voyou », aurait alors commenté un joueur.

« Ce que nous reprochons à Tata, c’est de nous avoir pris pour des imbéciles et des moins que rien », nous a déclaré un des joueurs exclus. Ce que les joueurs n’acceptent pas, c’est qu’on les présente comme des garçons qui n’aiment pas leur pays pendant que celui qui ne respecte pas sa parole se fait passer pour un sain gestionnaire.

A la décharge de Tata, on peut penser qu’il était certainement de bonne foi au moment où il promettait le paiement des 30 millions restant à chacun des joueurs. Les 1,9 milliard de subvention que la FTF attendus de la FIFA permettaient de régler les 660 millions dus aux joueurs. A l’époque Tata avait même laissé entendre que les 1,9 milliard seraient consacrés pour 1/3 aux joueurs, 1/3 aux Clubs et 1/3 au fonctionnement de la Fédération.

Au lieu des 1,9 milliard attendus, la Fédération n’aurait reçu qu’un peu plus de 900 millions. Ce montant ne permettait pas à Tata Avlessi d’honorer les promesses qu’il a faites aux joueurs. L’erreur du Président de la FTF aura été de ne pas être allé lui-même vers les joueurs pour leur expliquer la situation. « S’il était venu nous voir pour nous expliquer les yeux dans les yeux ce qui se passait, nous aurions compris et nous aurions accepté tout ce qu’il nous aurait proposé, même si c’était symbolique », a déclaré l’un des joueurs à notre Rédaction.

En effet, au lieu d’aller lui-même vers les joueurs, Tata Avlessi a envoyé le Général Gnonfame dire aux joueurs d’oublier les 30 millions et de s’estimer heureux de porter le maillot de l’Equipe Nationale. C’est cette maladresse de Tata Avlessi qui aurait radicalisé la position des joueurs et déclenché les hostilités.

Pourquoi Tata Avlessi n’était-il pas allé lui-même vers les joueurs pour leur dire la vérité et discuter avec eux des issues possibles pour trouver une solution consensuelle ? Selon le propre entourage de Tata Avlessi, le « Président » a manqué de maturité et d’expérience.

Dans sa vie professionnelle, Tata Avlessi n’a eu en face de lui que des obligés, des gens qui lui doivent tout et qui n’avaient pas le droit de parler et encore moins de revendiquer.

Par exemple, Tata Avlessi n’a pas supporté le fait que Adébayor lui ait reproché d’être allé dans les vestiaires des Eperviers Cadets à la mi-temps pour leur parler. Le patron de l’Equipe, c’est le sélectionneur et non le Président de la Fédération. N’ayant aucune culture du milieu footballistique de haut niveau, Tata Avlessi a pataugé dans l’amalgame.

Président de la FTF, il considère les Sélectionneurs des Equipes nationales comme ses obligés. Il fait tout pour que les joueurs sachent que la seule et unique autorité en matière de football au Togo, c’est lui.

Le communiqué de la FTF sanctionnant les trois joueurs parle d’« indiscipline caractérisée » ; mais, lorsque des membres du Bureau qui n’étaient pas d’accord avec la sanction lui ont demandé de dire l’acte d’indiscipline que les joueurs ont posé et qui a pu motiver une sanction aussi grave, il n’a pas été en mesure de le dire.

Autre exemple révélateur du personnage. Quelques minutes avant le départ de Winny Dogbatsè pour l’aéroport mardi dernier, Tata Avlessi tentait encore par tous les moyens, de le dissuader d’effectuer la mission de médiation que lui ont confiée les Présidents de Ligue.

Selon un témoin qui se trouvait avec lui au moment où il parlait au téléphone au Président de Gomido, Tata Avlessi aurait dit ne pas comprendre comment Winny Dogbatsè, un homme aussi respectable peut accepter de se rabaisser en acceptant d’aller discuter avec ces petits bandits.

En réalité, l’acte d’indiscipline caractérisée  commis par les représentants des joueurs était d’avoir continué à réclamer les 30 millions après que Tata Avlessi ait envoyé le Général Gnonfame leur dire d’oublier cet argent.

Les présidents de Ligues sont, avec les Présidents des Clubs de 1ère et 2ème Divisions, les Délégués au Congrès de la Fédération. C’est donc en tant que membres de la FTF que les Présidents de Ligues ont pris l’initiative de confier une mission de médiation à Winny Dogbatsè contre l’avis du Président de la FTF, mais avec la bénédiction de la majorité des membres du Bureau.

Dans ces conditions, on ne voit pas comment les Présidents de Clubs de 1ère et 2e Divisions pourront rester en dehors de ce dossier. Selon toute vraisemblance, le congrès devrait se saisir de l’affaire des sanctions, ne serait-ce que pour auditionner le Président de la FTF et le médiateur désigné par les Ligues.

Certains observateurs pensent qu’à la suite des demandes d’explication, le Président de la FTF pourrait même s’en remettre au congrès sur l’opportunité de maintenir ou de lever les sanctions prises contre les trois joueurs vedettes de l’Equipe Nationale.

Cette façon de procéder pourrait sauver la face à tous les protagonistes et permettre de sortir de l’impasse et faire en sorte que, de ce bras de fer, il n’y ait ni vainqueur, ni vaincu.

                                                Olivier KANGNI

 
Dossier exclusif : Toute la vérité sur Charles Debbasch et son arrestation en Belgique

Ancien Président de l’Université de Marseille III Aix en Provence en France, Juriste, ancien Conseiller de Gnassingbé père et actuel Ministre Conseiller de l’actuel président togolais, Faure Gnassingbé, Charles Debbasch, 69 ans, a été appréhendé, mercredi 16 mai, par la police de l’aéroport de Bruxelles alors qu’il s’apprêtait à quitter la Belgique. Son nom figurait dans le fichier Schengen des personnes recherchées et il est l’objet d’un mandat d’arrêt international lancé par la France pour détournement de fonds.

Charles Debbasch

M. Debbasch, qui séjourne habituellement au Togo, s’est présenté mercredi au poste de police de l’aéroport de Bruxelles muni d’un passeport diplomatique et d’une lettre indiquant qu’il était en mission pour la présidence togolaise.

Mais les policiers ont constaté qu’il faisait l’objet d’un mandat d’arrêt Schengen (délivré par la France) et l’ont interpellé. M. Debbasch a passé la nuit à l’aéroport, avant d’être présenté au parquet de Bruxelles. Selon son avocat, il a été remis en liberté jeudi matin, avec l’obligation de rester en Belgique.

M. Debbasch, 69 ans, avait été condamné en mai 2005, en son absence, à deux ans de prison dont un ferme par la cour d’appel d’Aix-en-Provence pour avoir détourné des oeuvres du maître de l’optic art d’origine hongroise Victor Vasarely.

Les juges avaient assorti cette condamnation d’un mandat d’arrêt international, M. Debbasch s’étant réfugié au Togo, où il est conseiller spécial du président togolais.

M. Debbasch a toujours nié, s’estimant victime d’une « machination ».

            Il accuse la famille Vasarely d’être à l’origine des détournements. Après sa condamnation, il avait été privé définitivement de Légion d’honneur et de l’ordre national du Mérite en juin de l’an dernier. Il avait réussi à séjourner en France en 2006 malgré le mandat d’arrêt international délivré contre lui.

En Belgique, il n’a pas bénéficié d’immunité liée à son passeport diplomatique parce qu’il n’est pas accrédité dans le royaume, ont précisé les services du ministère belge des Affaires étrangères.

En 2005, la cour d’appel d’Aix-en-Provence avait confirmé sa condamnation par contumace à deux ans de prison - dont un an ferme - pour détournement d’oeuvre et de fonds au préjudice de la Fondation Vasarely, dont il fut le président entre 1981 et 1993.

Depuis des années, M. Debbasch a quitté la France pour le Togo. S’il y est au rang de ministre, son rôle va bien au-delà. Après avoir été le conseiller - écouté - de feu le président Gnassingbé Eyadéma, disparu en février 2005, l’ancien universitaire est devenu celui de son fils et successeur, Faure Gnassingbé. Il aurait été en particulier l’instigateur du « coup d’Etat constitutionnel » grâce auquel ce dernier a pu s’emparer du pouvoir détenu pendant trente-huit ans par son père. Un scrutin, très controversé, a ensuite régularisé la situation.

Malgré le mandat d’arrêt international qui le vise, M. Debbasch avait pu se rendre en France au printemps 2006 sans être inquiété. L’avis de recherche le concernant avait été retiré pour lui permettre de rencontrer à Paris un magistrat du parquet et discuter d’un aménagement éventuel de sa peine, comme une loi récente le permet.

Qui est au juste Charles Debbasch ?  Pour les Togolais, il est d’abord le juriste mercenaire

Debbasch : Juriste mercenaire ….

Lomé, le 4 février. Souffrant de problèmes pulmonaires chroniques, le général-président Eyadéma, 69 ans, dont trente-huit à la tête du Togo, est au plus mal. Ses proches décident de le transférer en Israël pour une opération de la dernière chance. Mais il y a une autre urgence : préparer sa succession. Le dauphin désigné par le clan est son fils de 39 ans, Faure Gnassingbé.

Or, selon la Constitution, en cas de décès, c’est le président de l’Assemblée nationale, Fambaré Natchaba, qui serait chargé d’assurer l’intérim, en attendant l’organisation d’une élection dans les soixante jours. Un homme dont se méfie l’entourage du président togolais. Il faut faire vite : en déplacement à Bruxelles, Natchaba a été mis au courant de l’agonie du chef de l’Etat et il s’apprête à rentrer pour assumer sa tâche.

Un homme, un seul, peut tout arranger : Charles Debbasch, le « conseiller juridique du président ». Depuis une dizaine d’années, Eyadéma a fait de cet ancien doyen de la faculté de droit d’Aix-en-Provence, âgé de 67 ans, son véritable gourou. Le bricoleur en chef de tous les tripatouillages de la Constitution togolaise. Un homme de confiance jamais à court d’imagination pour préserver le pouvoir de son client de président, sous couvert du respect d’une « légalité » bien élastique.

Mais aussi une vieille connaissance de la justice française, qui l’a condamné en 2003 pour détournements de fonds lorsqu’il était à la tête de la Fondation du peintre Victor Vasarely. Qu’importe, Debbasch continue de faire la pluie et le beau temps à Lomé. Problème pour le clan Eyadéma : Debbasch n’est pas au Togo. Joint de toute urgence à Paris, il décide de sauter dans le premier avion.

L’intérim est abrogé...

Paris, 5 février au matin. Debbasch et Natchaba prennent place dans le même avion d’Air France à destination de Lomé. Mais, alors qu’ils sont en vol, le président togolais meurt. Sans attendre le messie français, l’armée confie les rênes du pouvoir à Faure Gnassingbé. Et ferme les frontières pour empêcher le président de l’Assemblée nationale de rentrer au pays.

            Vingt minutes avant l’atterrissage à Lomé, l’avion du tandem franco-togolais est dérouté sur Cotonou, au Bénin. Que faire ? Le lendemain, le pouvoir de Lomé affrète un avion pour ramener Debbasch dans la capitale togolaise. Le président de l’Assemblée nationale, lui, reste coincé au Bénin.

Dès son arrivée, le juriste français se met au travail. Du bel ouvrage. Les articles 55 et 144 de la Constitution, ainsi que l’article 152 du code électoral, sont passés à la moulinette : l’intérim est abrogé et le chef de l’Etat nouvellement nommé est chargé d’assurer sa fonction « pendant la durée du mandat de son prédécesseur qui reste à courir » (2). Autrement dit : jusqu’en 2008.

Dans la soirée, ces amendements sont adoptés par une Assemblée tout acquise au clan Eyadéma. Faure Gnassingbé peut prêter serment devant les membres de la Cour  Constitutionnelle et déclarer sans rougir qu’il entend exercer « dans leur plénitude les attributions que la Constitution nous confère au service du peuple ». Dans la salle, un Blanc l’écoute attentivement : Charles Debbasch. Avec, une fois de plus, le sentiment du devoir accompli.

Depuis que, sous la pression de la France, les dinosaures du « pré carré » ont consenti, la mort dans l’âme, à jouer le jeu du multipartisme, au début des années 90, une nouvelle espèce « françafricaine » a fait son apparition dans les ex-colonies : les conseillers juridiques. « On est passé des affreux de Bob Denard aux mercenaires juridiques symbolisés par Debbasch », résume le documentariste Eric Deroo, auteur d’un film sur Eyadéma.

En 1991, le « Vieux » s’est vu imposer la nomination d’un Premier ministre issu des rangs de l’opposition. Depuis, il tente de lui ronger les ailes pour retrouver l’ensemble de ses prérogatives. Mais, pour sauver les apparences, le président togolais a besoin de l’aide de juristes capables de tous les tours de passe-passe constitutionnels. Des Blancs, forcément.

Autant dire des Français. « L’ancien sergent Eyadéma a gardé de ses années passées dans les rangs de l’armée coloniale française en Indochine et en Algérie un complexe d’infériorité vis-à-vis des Blancs, explique le chercheur togolais Coumi Toulabor. Il y avait une dimension magique et enfantine chez lui : le Blanc, c’est celui qui détient le savoir. »

« Toute la confiance du vieux » 

A Lomé, c’est l’avocat Jacques Vergès, un habitué des ors de la République togolaise, qui présente, en 1992, Debbasch à Eyadéma. Un oiseau rare que ce Debbasch. Né en 1935 à Tunis, juriste de formation et père de cinq enfants, il a fait une carrière fulgurante à l’Université. A peine âgé de 35 ans, il est élu, au début des années 70, doyen de la faculté de droit d’Aix-en-Provence, puis président de l’université.

Entre 1978 et 1981, le voilà conseiller technique du président Valéry Giscard d’Estaing, lui-même grand amateur de parties de chasse sur les terres d’Eyadéma. Auteur d’une vingtaine d’ouvrages universitaires, Debbasch a également dirigé le groupe de presse du « Dauphiné Libéré » dans les années 80. Un homme sûr de sa valeur, qui ne doute de rien, se vantant, lors de son procès en France, d’avoir formé « 35 % des magistrats français ».

En 1981, il s’est vu confier la présidence de la fondation du peintre Victor Vasarely, qu’il conservera jusqu’à sa chute, en 1993. Il entame alors un long compagnonnage avec l’Afrique. Cette année-là, il fait partie des happy few rassemblés à l’université de Nice pour la soutenance du doctorat en droit du futur roi du Maroc, Mohammed VI, aux côtés d’Eyadéma. Quelques années plus tard, il mettra en musique la nouvelle constitution du Congo-Brazzaville.

Entre le président togolais et le constitutionnaliste français, le courant passe à merveille. Très vite, Eyadéma ne peut plus se passer des services de Debbasch. Ancien Premier ministre de 2000 à 2002, passé dans l’opposition, Agbéyomé Kodjo peut en témoigner : « Nominations au gouvernement ou au Conseil constitutionnel, projets de loi ou décrets, tout devait être d’abord validé par Debbasch. Eyadéma se méfiait de nous, ses collaborateurs togolais. Debbasch, lui, avait toute la confiance du vieux. »

A Lomé, l’ancien doyen, qui arbore au revers de son veston un badge aux couleurs du Togo, mène grand train. Il obtient passeport diplomatique et garde du corps, Mercedes de fonction avec chauffeur, villa avec domestiques dans le quartier des notables du régime, joliment surnommé « La Caisse ». Sans parler de confortables émoluments. Debbasch est omniprésent dans la capitale togolaise, son petit yorkshire éternellement dans les bras.

On lui doit les modifications successives de la Constitution, dont celle de 2002 qui a permis à Eyadéma d’abroger la limitation des mandats présidentiels pour pouvoir se faire « réélire » l’année suivante. Le doyen des chefs d’Etat africains n’affirmait-il pas, en 1997, qu’il n’est pas de « Constitution qui ne soit figée et qui ne puisse répondre aux aspirations du peuple seul souverain » ?

En échange de ses bons et loyaux services, Debbasch est fait commandeur de l’ordre du Mono des mains d’Eyadéma. Un titre qu’il partage avec d’autres piliers de la Françafrique, Charles Pasqua ou Michel Roussin...

Mais le vent est peut-être en train de tourner pour Debbasch et le clan Eyadéma. Le coup de force « constitutionnel » formalisé par l’amateur de yorkshire (3) a suscité la colère des partisans de l’opposition togolaise, ainsi que la réprobation quasi unanime des chefs d’Etat d’Afrique de l’Ouest. Et, accessoirement, l’embarras du gouvernement français, qui jure que Debbasch « ne représente que lui-même » au Togo, après avoir entériné toutes les foucades d’Eyadéma.

« Debbasch était lié aux anciens réseaux Foccart, mais, depuis, il est passé de l’autre côté du miroir, du côté des chefs d’Etat africains », juge Antoine Glaser, directeur de « La Lettre du Continent » et spécialiste des réseaux franco-africains. Sous la pression internationale, les nouvelles autorités togolaises ont accepté la tenue d’élections législatives dont l’issue risque de remettre en cause les avantages acquis du conseiller juridique du président.

« Un système d’escroc »

            « Il joue sa survie à Lomé », assure, pas mécontent de la tournure prise par les événements, un responsable français à Paris. Si ses protecteurs à Lomé venaient à céder la place, le grand manitou des réformes constitutionnelles pourrait être réexpédié définitivement en France, où il est sous le coup de deux procédures judiciaires. La première concerne ses anciennes fonctions à la tête de la Fondation Vasarely.

            Accusé d’avoir détourné à son profit 450 000 euros, il avait été condamné, en février 2002, à deux ans de prison ferme par le tribunal correctionnel d’Aix-en-Provence (peine réduite en appel à un an en janvier 2003). Le procureur avait alors dénoncé « un système d’escroc, une attitude de voyou », ajoutant : « La personnalité de Charles Debbasch, c’est l’argent, toujours l’argent, encore l’argent ! » (4). Pugnace, ce dernier a toutefois obtenu un sursis : en octobre 2004, la Cour de cassation a annulé sa peine d’emprisonnement et demandé que l’affaire soit rejugée par d’autres magistrats.

            Seconde épée de Damoclès : en avril 2003, l’ancien doyen a été mis en examen pour « blanchiment et organisation frauduleuse d’insolvabilité ». Cette fois, la justice lui reproche l’ouverture d’un compte bancaire au Luxembourg, crédité de 1,2 million d’euros. Un virement qui, bizarrement, est intervenu, en mars 2002, peu après sa condamnation en première instance dans l’affaire Vasarely. Les avocats de Debbasch ont assuré qu’il s’agissait de versements d’honoraires « en tant que conseiller de présidents africains », et que ces sommes avaient été déclarées au fisc togolais.

            Debbasch n’a certes pas dit son dernier mot. Mais pour conserver son sanctuaire togolais, il lui faudra faire preuve d’une imagination constitutionnelle à toute épreuve. « Si nous gagnons, Debbasch partira de lui-même », veut croire un responsable de l’opposition togolaise.

(Dossier préparé par Marie-Christine BENOIT
 

A partir de sources Le Monde, AFP, Libération)
 

 
Plan de salut pour le Togo : Le CAR glorifie le Seigneur

Le Comité d’Action  pour le Renouveau (CAR) de Me Yawovi Madji AGBOYIBO a organisé le 19 mai dernier, au stade municipal de Kpalimé, une journée laïque d’action de grâce. Objectif, glorifier le Seigneur pour la réalisation de son plan de salut pour le Togo. Pasteurs, Laïcs, vedettes de la chanson religieuse en communion parfaite avec le public, personne ne voudrait rater cette occasion originale.

Il sonnait presque 10h, 9h 55 plus précisément lorsque Me AGBOYIBO fit son entrée au stade, où l’attendait toute la population du grand Klouto sortie massivement. Il passe le public en revue, puis monte les marches de la tribune et va s’asseoir à sa place à lui réservée. Le programme de la journée peut alors commencer.

            Dans une courte prière mais assez profonde, le Pasteur Kounté confie la manifestation au Tout Puissant. Le Pasteur Afolabi Obasanjo, à son tour, fait observer une minute de silence en mémoire de tous ceux qui sont morts durant tout le processus démocratique. Après quoi, la parole fut donnée au responsable local du CAR, M. VOVOR. Celui-ci a, d’entrée de jeu, exprimé sa joie du fait que c’est Klouto qui accueille cette « belle et magnifique cérémonie de glorification du Seigneur » avant de souhaiter la bienvenue à toutes et à tous et d’exprimer ses gratitudes aux nombreux hommes d’églises venus à cette manifestation. «Ce jour, est un grand jour pour le grand Klouto » a-t-il déclaré. Car pour lui, les effets des courants politiques qui ont prôné  la violence  ont entraîné une situation de désolation au Togo. «Notre détresse a été grande, nous avons fini par prendre conscience de la vanité de ces diverses méthodes » a laissé entendre M. VOVOR qui citera la Bible en ces termes «  si le Seigneur ne bâtit pas la cité, c’est en vain que les ouvriers travaillent. » Pour lui donc, « le peuple s’en est rendu compte et s’est remis en cause, il a fait repentance et a prié  le Tout Puissant.» En clair, pour le responsable local du CAR, «les participants à cette journée, ne sont pas venus pour applaudir tel ou tel acteur politique. Ils sont venus pour rendre gloire au Seigneur pour tout ce qu’il a fait et continuera de faire pour notre pays » car en réalité, a terminé l’orateur sur des notes d’envolée religieuse « aucune action politique ne pourra aboutir si elle n’est appuyée sur le  Seigneur »

            Vient le grand moment de prière et de glorification du Seigneur. L’honneur est échu au Pasteur Moïse, représentant le pasteur Djakouti Mitré, président du conseil pastoral du Togo. Dans un message qui s’appuie sur le livre d’Isaïe au Chapitre 25, verset 1, il fait comprendre qu’il existe « le Dieu vivant qui n’a jamais failli à son plan de Salut.» Le pasteur s’est alors félicité de l’initiative du CAR, surtout de son leader Me AGBOYIBO « qui témoigne sa gratitude au Seigneur pour tout ce qu’il a fait, pour l’aboutissement du dialogue, la signature de l’Accord Politique Global par toutes les parties et la formation du gouvernement d’union nationale »

            Pour le Pasteur Moïse, et il en est convaincu, « cet aboutissement du dialogue, la signature dudit accord et la formation du gouvernement d’union nationale, font partie du plan de Dieu pour le Salut du Togo » Mais avant, le Pasteur Moïse s’est félicité du fait  que le CAR a toujours associé les hommes d’église à ses actions.

            Axant toujours son message sur la bible et en restant dans l’esprit de l’objectif de la journée, l’orateur a rassuré que Dieu aime le Togo et les Togolais doivent en être conscients. Pour cela, ils doivent cultiver le pardon et l’amour mutuels entre eux. Pour terminer, il a lancé un appel à Dieu et aux hommes en ces termes : « que cette journée de glorification soit une journée de supplication pour que les prochaines élections législatives soient libres, démocratiques et transparentes »

            Arès ce message, les autres pasteurs se sont succédés pour louer et glorifier le Seigneur. Que ce soit le Pasteur Lawson Zankli  ou  le Pasteur Bodjona ou encore le Pasteur Adjodo Homère, pour ne citer que ceux-là, chacun a fondé sa prière sur cette parole biblique devenue célèbre durant toute la journée : « si le Seigneur ne bâtit la maison, c’est en vain que les ouvriers travaillent »

            Après ces séances de prière et de louange, l’occasion fut donnée au président du CAR de livrer son message. Sans ambages, Me Yawovi Madji Agboyibo a déclaré que «si aujourd’hui, nous sommes à Kpalimé, c’est pour demander à Dieu de continuer à s’occuper du Togo. Ce que nous autres humains nous avons pu faire, nous avons vu les limites. Pendant près de 20 ans, nous avons lutté, nous avons tout fait… pour libérer notre peuple, mais en vain »

            Le président national du CAR a longuement expliqué comment il est temps que le Togo se retourne à la Bible, à la parole de Dieu pour que nous puissions être  sauvés. Pour cela, il s’est appuyé sur les épisodes des peuples de la Judée et des Romains, Zaché etc..

            Les vedettes de la chanson religieuse comme Anna Disséni, Dela Delali, Adabadji Djobokou et un orchestre ont entretenu l’ambiance durant toute la cérémonie.

Hounvi M.

 

 
 
 
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