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Après le Conseil national de son parti, Gilchrist
Olympio s’est rendu dans les préfectures de l’Ogou
et des Lacs pour y rencontrer des victimes des
violences survenues lors de la présidentielle
d’avril 2005. Une façon aussi de tester sa
popularité à l’intérieur du pays. Le moins que
l’on puisse dire, c’est que le mythe et le
phénomène « Détia » se portent bien. Selon
la direction nationale de l’UFC, Gilchrist Olympio
doit revenir au Togo dans les toutes prochaines
semaines pour prendre part à la préparation des
prochaines élections législatives.
En 1998, Gilchrist Olympio avait gagné l’élection
présidentielle contre Eyadema sans faire campagne
sur le terrain. Ses partisans s’étaient alors
contentés de messages enregistrés sur cassettes
vidéo. En 2007, les contextes ont changé. Même si
le mythe n’est plus ce qu’il a été, il serait faux
d’affirmer que le mythe Gilchrist Olympio s’auto
détruit ou est en train de s’éteindre.
Cependant, les responsables de l’UFC auraient tort
de confondre mouvement de masse et élections. Pour
que l’UFC gagne les prochaines élections
législatives, il faudra une implication
personnelle et très forte de son charismatique
Président. C’est sans doute, la grande leçon à
retenir du passage de Gilchrist Olympio au Togo.
Sur le terrain, les populations sont devenues plus
exigeantes et plus rationnelles. Symbole vivant de
la lutte contre la dictature du RPT, ennemi juré
du Président défunt Gnassingbé Eyadema, Gilchrist
Olympio continue de drainer des foules et
d’incarner aux yeux de nombreux Togolais, le
combat des patriotes pour la liberté, la
démocratie et la prospérité.
Dans les moments de désespoir, les peuples ont
besoin de mythe pour entretenir leurs espérances.
Pour beaucoup de Togolais confrontés depuis
quarante ans à la misère quotidienne, au chômage,
à la maladie et au dénuement le plus total,
Gilchrist Olympio incarne l’espoir et passe pour
qui l’étoile du bonheur brillera enfin un jour sur
la Terre de nos Aïeux.
Mais, après les échecs successifs de 1998, 2003 et
2005, le mythe commence à susciter des
interrogations et des doutes. Les réponses des
petits lieutenants sur le terrain ne convainquent
plus.
Après la signature à Ouagadougou de l’Accord
Politique Global, la nomination d’un Premier
ministre contesté par l’UFC, le refus de Gilchrist
Olympio d’autoriser son parti à entrer au
gouvernement, la défection du 2ème
vice-président Amah Gnassingbé, les militants de
l’UFC étaient quelque peu désemparés.
Le retour de Gilchrist Olympio était donc très
attendu par des militants et sympathisants qui
voulaient entendre de la bouche même de leur
leader, des réponses claires et rassurantes aux
nombreuses interrogations suscitées par les prises
de position du Président National de l’UFC, depuis
la signature de l’Accord Politique Global jusqu’à
la dernière session du Comité de Suivi, en passant
par la nomination de Maître Agboyibo au poste de
Premier Ministre et la formation du gouvernement
d’union nationale.
Une semaine après le départ de Gilchrist Olympio,
il convient de faire le bilan de ce séjour au
regard des réponses apportées par le leader de l’UFC
aux interrogations des Togolais.
La première de ces interrogations concerne le
processus électoral en cours au Togo. Certains
analystes politiques reprochaient à Gilchrist
Olympio de ne pas vraiment croire en l’Accord
Politique Global, de mentir aux Togolais et de
constamment privilégier les voies du pourrissement
à celles du consensus salvateur.
L’UFC croit-il vraiment à l’APG et au processus
électoral en cours ?
Gilchrist Olympio avoue que lui et ses camarades
étaient pris entre le marteau et l’enclume. Ils
s’étaient posés beaucoup de questions. De fait, on
continue de se demander pourquoi l’UFC a signé l’APG.
Visiblement, le Président de l’UFC ne le sait pas
lui-même.
« Que nous acceptions de signer ou pas, nous
aurons des comptes à rendre. Finalement, nous
avons opté pour la signature avec cependant
l’espoir qu’après la formation au gouvernement,
celui-ci viendrait expliquer les clauses de cet
accord à la population ».Cette
réponse en dit long.
A aucun moment, Gilchrist Olympio n’a été en
mesure de dire pourquoi l’UFC s’est finalement
résolu à signer dont il ne pense en réalité aucun
bien. « ... dans l’APG, il y a des zones
d’ombre, mais, nous allons manoeuvrer avec
prudence pour nous en sortir indemne », a
déclaré le Président de l’UFC.
Les tentatives d’explications fournies par
Gilchrist Olympio n’ont fait que conforter ceux
qui étaient convaincus du fait que l’UFC ne croit
et n’a jamais cru à l’Accord Politique Global
comme solution pour sortir le Togo de la crise. Il
apparaît plus clair maintenant que la seule vraie
raison qui ait pu pousser Gilchrist Olympio et ses
amis à signer cet accord, c’était l’espoir secret
que nourrissait l’UFC de voir le Premier Ministre
sortir de ses rangs.
Dans l’entourage de la plupart des autres
signataires de l’APG, ceux qui se disaient
convaincus que l’UFC travaille plus à l’échec du
processus qu’à sa réussite n’ont trouvé à travers
les réponses de Gilchrist Olympio, aucun élément
susceptible de leur faire changer d’avis. On
attendait la version de Gilchrist Olympio au sujet
des tractations secrètes entre l’UFC et le RPT
concernant le poste de Premier Ministre :
Le poste de Premier Ministre a-t-il vraiment été
promis à l’UFC ? Si oui, par qui ?
A cette question, Gilchrist Olympio répond sans
détour. « Au cours de nos discussions
antérieures, on nous a un peu forcé la main à
accepter cette discussion. M. Faure et le RPT nous
ont dit, c’est l’UFC qui doit nommer le Premier
Ministre et en présence du Facilitateur. Et le
facilitateur nous a répété la même chose que dans
sa tête, c’est l’UFC qui doit former le
gouvernement ».
Même si les choses n’ont pas été dites sous les
formes rapportées par Gilchrist Olympio, il doit y
avoir du vrai dans ses propos. Il est cependant
hautement improbable que Faure Gnassingbé ait
accepté de se départir de sa prérogative
constitutionnelle de nomination du Premier
Ministre au profit de Gilchrist Olympio.
On a certainement dû faire croire à Gilchrist
Olympio que c’est lui qui proposera, le moment
venu, le nom du Premier ministre, mais
certainement pas à lui de le nommer. Il en est de
même de la formation du gouvernement. Depuis les
modifications constitutionnelles unilatérales de
2002, c’est en fait, le Chef de l’Etat et non le
Premier Ministre qui forme le Gouvernement.
Si on a pu faire croire à Gilchrist Olympio qu’il
allait nommer le Premier Ministre et former le
Gouvernement, c’était certainement pour mieux le
rouler dans la farine. Le plus surprenant dans ce
cas, c’est que lui-même, Gilchrist Olympio, un
vieux briscard de la politique ne s’en soit pas
aperçu. En réalité, le Président de l’UFC s’est
fait avoir proprement par le jeune Faure
Gnassingbé. Gilchrist Olympio ne pouvait pas s’en
glorifier.
Au moment où le RPT négociait en secret avec l’UFC
et lui faisait croire qu’il n’y a que le RPT et l’UFC
comme véritables partis politiques sur l’échiquier
national, le RPT négociait également avec Agboyibo
et disposait, en cas d’échec des deux côtés, de
l’option Edem Kodjo. Ce dernier aurait même, à un
moment donné, reçu le feu vert pour commencer des
consultations secrètes en vue de la formation du
Gouvernement d’union nationale, histoire
d’accroître la pression sur les concurrents.
Gilchrist Olympio reproche à Faure Gnassingbé de
n’avoir pas consulté l’UFC avant de nommer
Agboyibo eu égard aux discussions secrètes qu’il y
a eu entre le RPT et l’UFC. Si Faure Gnassingbé
avait prévenu l’UFC, il n’aurait pas obtenu
l’effet escompté, c’est-à-dire la réaction
épidermique de Gilchrist Olympio qui exclurait
lui-même de facto l’UFC du gouvernement d’union
nationale. Et c’est exactement ce qui s’est passé.
L’autre vérité, c’est que Faure Gnassingbé et le
RPT n’ont jamais voulu de l’UFC au gouvernement et
encore moins au poste de Premier Ministre UFC.
Gilchrist Olympio ne le savait certainement pas.
Après avoir, dans un premier temps, rejeté toute
participation au gouvernement conduit par Maître
Agboyibo, Gilchrist Olympio s’est ravisé. Les
contacts plus ou moins secrets avec le RPT avaient
été renoués. Chacun a continué à faire semblant.
Mais, dans le microcosme politique togolais, tout
le monde savait que le RPT ne voulait pas de l’UFC
au gouvernement et l’UFC ne voulait pas entrer
dans un gouvernement conduit par un Premier
Ministre qui n’est pas de ses rangs.
L’UFC avait-elle jamais eu l’intention de rentrer
dans le gouvernement Agboyibo ?
Gilchrist Olympio a énuméré les raisons qui
auraient motivé la non participation de l'UFC au
gouvernement Agboyibo : « Nous n’allons pas
voir un abîme et nous y engouffrer... Ils nous
invitent au repas après avoir vidé la sauce des
morceaux de viande .... On nous propose un
strapontin. De plus, si on y entre et qu’aux
conseils des ministres, il se passe des choses pas
très commodes, nous ne pourrons rien faire pour y
remédier. On nous dira que nous y avons consenti
puisque nous étions présents. Nous resterons
dehors et au besoin, nous allons dénoncer, que ce
soit au Togo, en Afrique ou ailleurs dans le monde
».
Il apparaît, à la lecture de ces propos, qu’en
réalité, l’UFC n’a jamais eu l’intention de
participer au gouvernement Agboyibo dès lors que
le poste de Premier Ministre ne lui était pas
revenu. Le calcul de l’UFC est d’abord politique.
La participation au gouvernement dans les
conditions qui étaient proposées à l’UFC aurait
complètement fragilisé le parti de Gilchrist
Olympio qui, comme tous les autres partis, «
serait allé à la soupe ».
Le paradoxe de l’UFC, c’est que, ce parti dit
vouloir aller au gouvernement, à condition qu’on
lui attribue les postes qu’il veut et dans le même
temps, il traite ceux qui y sont d’être allés à la
soupe. L’UFC discute en secret avec le RPT et
lorsque les autres partis font la même chose, l’UFC
les accuse de trahison et de connivence avec le
diable. En d’autres temps, le CAR et la CDPA
n’auraient jamais accepté d’aller au gouvernement
sans l’UFC. Visiblement, ces deux partis ne se
sentent pas malheureux d’avoir prouvé aux Togolais
qu’ils peuvent s’affranchir de la lourde tutelle
politique de Gilchrist Olympio.
Aujourd’hui, la stratégie de Gilchrist Olympio et
de ses amis à se poser constamment en victimes et
à faire passer les autres pour des collabos ne
porte plus, en particulier depuis qu’il est apparu
au grand jour que l’UFC entretient en secret, des
discussions quasi permanentes avec le RPT.
Dans sa conception de la politique, Gilchrist
Olympio a toujours été plus anglo-saxon que latin.
Les analyses et les visions politiques du leader
de l’UFC sont généralement d’une justesse inégalée
; mais, dès lors qu’il s’agit de passer aux actes
politiques, Gilchrist Olympio donne la priorité à
l’émotivité sur le réalisme, à la subjectivité sur
l’objectivité et à l’instinct épidermique sur la
maturité politique, des erreurs qui ne pardonnent
pas et qu’il paye souvent cash.
Gilchrist Olympio a tout à fait raison lorsqu’il
fait remarquer le musellement inhérent à la
participation au gouvernement. Au moment des
élections, il faudra bien faire le bilan du
gouvernement d’union nationale. Il est vrai qu’on
ne peut s’amuser à dénoncer des décisions
auxquelles on a participé. « Un ministre, ça se
tait ou ça démissionne », avait déclaré le
ministre socialiste français de la Défense,
Jean-Pierre Chevènement lorsqu’il démissionna de
ses fonctions pour marquer son opposition à
l’engagement de la France dans la première Guerre
du Golfe.
Dans le contexte né de la nomination de Maître
Agboyibo, la non participation était l’option la
plus rentable pour l’UFC sur le plan électoral, à
terme. Ce qui était difficile à gérer, c’est le
travail de pédagogie à déployer pour expliquer ce
choix à des militants pressés d’engranger des
dividendes surtout lorsque le numéro trois du
parti a fait le choix de la participation, fut-il
à titre personnel.
Au sujet justement de ceux qui sont partis à la
soupe, la réaction de Gilchrist Olympio était très
attendue. Si la réaction modérée du Président de
l’UFC a surpris et même déçu les militants, les
responsables les plus radicaux, elle s’explique
politiquement et témoigne de la situation
inconfortable dans laquelle Gilchrist Olympio a
fini par placer son parti.
Quel sort réservait le Conseil National à ceux
qui, comme Amah Gnassingbé, ont fait le choix de
la participation ?
La réaction de Gilchrist Olympio a,
incontestablement, été plus modérée et plus
politique qu’on ne s’y attendait. En effet, le
numéro un de l’UFC a compris que, dans les
conditions actuelles, il était tout simplement
imprudent de lancer la polémique et de risquer
l’implosion. Le cas d’Amah Gnassingbé se doublait
de considérations géopolitiques et ethniques,
nécessitant plus de doigté et de sagesse.
Amah Gnassingbé avait prévenu. I1 passerait à
l’offensive si on tentait de l’exclure du parti.
Visiblement, ses menaces ont été entendues. «
Et quand certains des nôtres ont préféré aller
manger un peu au gouvernement et revenir, nous
leur avons fait comprendre que nous n’allons pas
polémiquer sur cette attitude, … Mais nous
réitérons à nos amis partisans de l’entrée au
gouvernement, qu’il y a encore de la place autour
de la table et que, dès qu’ils auront fini, s’ils
le jugent nécessaire, qu’ils reviennent », a
déclaré le Président de l’UFC.
Sur le cas Amah Gnassingbé, Gilchrist Olympio a
décidé de ne pas décider, s’inspirant ainsi des
cas de défection déjà observés dans le passé dans
d’autres partis. On a connu le cas d’Agbozouwoè de
la CDPA qui avait participé au Gouvernement Kodjo
en 1994 sans l’accord de son parti. Suspendu du
parti, il a tout simplement été réintégré après sa
sortie du gouvernement.
Contrairement aux supputations journalistiques,
Amah Gnassingbé n’est pas exclu de l’UFC. Il ne le
sera probablement jamais ; suspendu de fait dès
lors qu’il s’était lui-même mis en congé du parti
pour participer au gouvernement d’union nationale
à titre personnel, il pourra revenir au parti dès
qu’il ne sera plus au gouvernement.
C’est le sens premier qu’on peut donner à la
position de Gilchrist Olympio. Amah Gnassingbé
fera-t-il lui-même le choix du retour ? C’est là
que la position de Gilchrist Olympio paraît très
subtile et très politique. Si exclusion, il y a un
jour, ce sera une auto exclusion de la part de
gens qui ne seraient plus en accord avec la ligne
du parti.
Tous les confrères et les observateurs politiques
qui ont suivi Gilchrist Olympio tout au long de
son dernier séjour au Togo sont unanimes pour
reconnaître que l’examen de passage a été très
difficile pour le leader de l’UFC. Les réponses de
Gilchrist Olympio aux interrogations des Togolais
ont été peu convaincantes. Et pourtant, le plus
dur reste à venir.
S’il s’implique personnellement dans la campagne
des législatives sur le terrain, Gilchrist Olympio
ne pourra se soustraire au jeu des questions
réponses qu’adorent de plus en plus nos
populations. On sait que le patron de l’UFC n’est
pas très à l’aise dans cet exercice.
Dans tous les cas, la grande équation que devra
résoudre Gilchrist Olympio à l’occasion des
prochaines législatives, sera de continuer à
entretenir le « mythe Gilchrist Olympio
» et le phénomène « Détia » tout en
gérant au mieux l’inévitable banalisation de son
image lorsqu’il devra descendre plus souvent dans
l’arène. Gilchrist Olympio n’a pas convaincu des
militants qui attendaient peut-être un peu trop
d’un leader qui n’a plus la même vigueur physique
ni le même radicalisme politique du début des
années 90. Faut-il pour autant en conclure que
« le mythe Gilchrist Olympio » est en train de
s’effilocher ? Rien n’est moins sûr.
Frisco de SOUZA |