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20 fevrier 2007

[ 340 : du 20 fevrier 2007]
La FTF toujours en panne : Nouveau report de la reprise du Championnat de D1

Décidément, la nouvelle équipe élue le 9 Janvier à la tête de la Fédération Togolaise de Football a beaucoup de mal à trouver ses marques. Initialement prévue pour le 4 Février, puis reportée au 18 Février, la reprise du Championnat national de première Division vient à nouveau d’être reportée à une date ultérieure.

Selon des sources proches de la FTF, des problèmes financiers seraient à la base de ces reports successifs. La nouvelle direction de la FTF a promis une subvention de 6 millions à chacun des 16 Clubs de la D1 pour les aider à terminer le Championnat arrêté après la 10ème journée en raison de la crise qui secouait la Fédération.

A l’issue de la passation des services le 30 Janvier dernier, entre l’ancien Président Rock Gnassingbé et le nouveau Président Tata Avlessi, ce dernier a révélé à la presse que son prédécesseur ne lui a léguée que les clés des locaux et des caisses totalement vides. Rock Gnassingbé n’ayant jamais cru devoir présenter de bilan financier de la Fédération, considérant que l’argent de la FTF, c’est l’argent de son père, personne ne sait où sont passées les subventions reçues de la FIFA, ni ce que sont devenus tous les dons et subventions reçus des sponsors à l’occasion de la dernière Coupe du Monde en Allemagne.

Du coup, toutes les dépenses effectuées par la FTF depuis la mise en place de la nouvelle direction ont été financées par des avances personnelles faites par le nouveau Président. La fortune de ce dernier n’étant pas intarissable, il arrive un moment où il ne peut plus suivre. Il aurait même été totalement incongru que les 96 millions; de subventions promis aux clubs pour la reprise du Championnat viennent des poches du Président de la FTF

Aux dernières nouvelles, la Fédération devrait recevoir dans les jours à venir, le reliquat de la subvention FIFA suite à la participation de notre Equipe nationale à la Coupe du Monde en Allemagne. Ce serait donc après le versement de cette subvention par la FIFA que la FTF serait en mesure de reprogrammer la reprise du Championnat de Dl.

Au-delà de ces problèmes financiers compréhensibles, il semblerait que la nouvelle équipe ait quelques problèmes à se départir des habitudes de la maison. Selon une source proche de la présidence de la FTF, des anomalies grossières auraient été relevées lors du dernier match Togo – Cameroun à Lomé.

A en croire cette source, la commande des tickets d’entrée, la confection de ces tickets, la vente des tickets et la collecte des recettes du match ont été réalisées par un seul et même individu comme du temps de Rock Gnassingbé. A ce jour, aucun compte rendu financier de cette rencontre n’aurait été présenté au Bureau de la FTF. L'Etat togolais ayant été sollicité pour financer l’organisation de ce match, la moindre des choses aurait été de lui présenter un bilan en bonne et due forme des recettes qu’a pu générer cette manifestation.

Selon d’autres révélations, des invitations anormalement destinées à des personnalités en tribune officielle, auraient été vendues à vil prix par relation. Du coup, des personnes qui avaient acheté pour 25.000 francs, leur billet en tribune officielle n’avait pas de siège pour s’asseoir.

En particulier sous l'ère Rock Gnassingbé, la FTF a été la poule aux oeufs d'or pour certains de ses dirigeants. Visiblement, la fonction de membre du Bureau de la FTF n’est pas bénévole pour tout le monde. Pour l’instant, les engagements d’une gestion saine et transparente de la FTF pris par le nouveau Président ont du mal à se mettre en place ; il y a, de toute évidence, des personnes qui n’auraient aucun intérêt à ce que les choses changent.

Localisée dans une suite de l’hôtel, du 2 Février depuis son élection, la nouvelle direction de la FTF a commencé son déménagement dans les locaux tout neufs du nouveau siège de la Fédération dont le financement a été assuré par la FIFA dans le cadre du projet GOAL. Certains pensent que ce déménagement devrait faciliter la mise en oeuvre de nouvelles procédures de gestion.

D’autres en doutent et estiment que, compte tenu des chantiers urgents en cours (CAN Cadets, Eliminatoires CAN 2008), on peut penser que la rationalisation des structures de la FTF en vue d’un meilleur fonctionnement n’interviendra pas avant l’harmonisation des Statuts de la FTF.

En effet, l’élection du 9 Janvier dernier n’était que la première étape d’un vaste processus de restructuration de la FTF. Probablement, à l’occasion de la prochaine CAN Cadets qui se déroulera le mois prochain à Lomé, la FTF devrait se doter de nouveaux Statuts s'inspirant des Statuts Standards de la FIFA.

Ces Statuts Standards prévoient la suppression des postes administratifs (Secrétaire Général, Secrétaire Général Adjoint, Trésorier, Trésorier Adjoint, Conseillers) et le recrutement, par un contrat de droit privé, d’un Directeur Général placé sous l'autorité du Président et chargé de toute la gestion administrative et financière de la FTF.

Le Bureau Exécutif composé alors du Président, des Vices Présidents et des membres, jouerait le rôle, de Conseil d’Administration ou de Surveillance. L'adoption des nouveaux Statuts et leur entrée en vigueur devront-elles aboutir à de nouvelles élections ?

A ce sujet, les avis sont partagés. Pour les uns, le nouveau Bureau issu de l’élection du 9 Janvier devra simplement se conformer aux nouvelles prérogatives dévolues par les nouveaux statuts au Bureau Exécutif.

Pour les autres, dans la mesure ou les nouvelles structures des nouveaux. Statuts ne sont pas conformes à celles mises en place par les anciens, statuts, l’entrée en vigueur des nouveaux Statuts devrait se traduire par l’élection d'un nouveau Bureau conforme aux dispositions des nouveaux Statuts.

Une grosse bataille, juridique en perspective, que devraient probablement trancher la FIFA et la CAF. Les partisans de nouvelles élections évoquent, à l’appui de leur position, le manque d’homogénéité au sein de l’actuel Bureau, dû essentiellement aux dimensions, et incompatibilités d’humeur entre le Président et ses deux vice-présidents.

Malgré le calme apparent, le bout du tunnel est encore loin. Des avis de fortes tempêtes s’annoncent à l’horizon de la FTF.

Olivier KANGNI

Bilan politique d’une semaine de campagne : Le mythe Gilchrist Olympio pourra-t-il résister aux dures réalités du terrain ?

Une semaine après le retour en France de Gilchrist Olympio, le bilan politique de son séjour d’une semaine au Togo continue d’alimenter les chroniques. A son arrivée au poste frontière d’Aflao le 2 Février dernier, leader de l’UFC avait été accueilli par une foule de militants et de sympathisants certes moins nombreux qu'à l'accoutumée, nais suffisamment nombreux pour démentir ceux qui prédisaient un flop pour ce nième retour triomphal de Gilchrist Olympio dans son pays natal.

Après le Conseil national de son parti, Gilchrist Olympio s’est rendu dans les préfectures de l’Ogou et des Lacs pour y rencontrer des victimes des violences survenues lors de la présidentielle d’avril 2005. Une façon aussi de tester sa popularité à l’intérieur du pays. Le moins que l’on puisse dire, c’est que le mythe et le phénomène « Détia » se portent bien. Selon la direction nationale de l’UFC, Gilchrist Olympio doit revenir au Togo dans les toutes prochaines semaines pour prendre part à la préparation des prochaines élections législatives.

En 1998, Gilchrist Olympio avait gagné l’élection présidentielle contre Eyadema sans faire campagne sur le terrain. Ses partisans s’étaient alors contentés de messages enregistrés sur cassettes vidéo. En 2007, les contextes ont changé. Même si le mythe n’est plus ce qu’il a été, il serait faux d’affirmer que le mythe Gilchrist Olympio s’auto détruit ou est en train de s’éteindre.

Cependant, les responsables de l’UFC auraient tort de confondre mouvement de masse et élections. Pour que l’UFC gagne les prochaines élections législatives, il faudra une implication personnelle et très forte de son charismatique Président. C’est sans doute, la grande leçon à retenir du passage de Gilchrist Olympio au Togo.

Sur le terrain, les populations sont devenues plus exigeantes et plus rationnelles. Symbole vivant de la lutte contre la dictature du RPT, ennemi juré du Président défunt Gnassingbé Eyadema, Gilchrist Olympio continue de drainer des foules et d’incarner aux yeux de nombreux Togolais, le combat des patriotes pour la liberté, la démocratie et la prospérité.

Dans les moments de désespoir, les peuples ont besoin de mythe pour entretenir leurs espérances. Pour beaucoup de Togolais confrontés depuis quarante ans à la misère quotidienne, au chômage, à la maladie et au dénuement le plus total, Gilchrist Olympio incarne l’espoir et passe pour qui l’étoile du bonheur brillera enfin un jour sur la Terre de nos Aïeux.

Mais, après les échecs successifs de 1998, 2003 et 2005, le mythe commence à susciter des interrogations et des doutes. Les réponses des petits lieutenants sur le terrain ne convainquent plus.

Après la signature à Ouagadougou de l’Accord Politique Global, la nomination d’un Premier ministre contesté par l’UFC, le refus de Gilchrist Olympio d’autoriser son parti à entrer au gouvernement, la défection du 2ème vice-président Amah Gnassingbé, les militants de l’UFC étaient quelque peu désemparés.

Le retour de Gilchrist Olympio était donc très attendu par des militants et sympathisants qui voulaient entendre de la bouche même de leur leader, des réponses claires et rassurantes aux nombreuses interrogations suscitées par les prises de position du Président National de l’UFC, depuis la signature de l’Accord Politique Global jusqu’à la dernière session du Comité de Suivi, en passant par la nomination de Maître Agboyibo au poste de Premier Ministre et la formation du gouvernement d’union nationale.

Une semaine après le départ de Gilchrist Olympio, il convient de faire le bilan de ce séjour au regard des réponses apportées par le leader de l’UFC aux interrogations des Togolais.

La première de ces interrogations concerne le processus électoral en cours au Togo. Certains analystes politiques reprochaient à Gilchrist Olympio de ne pas vraiment croire en l’Accord Politique Global, de mentir aux Togolais et de constamment privilégier les voies du pourrissement à celles du consensus salvateur.

L’UFC croit-il vraiment à l’APG et au processus électoral en cours ?

Gilchrist Olympio avoue que lui et ses camarades étaient pris entre le marteau et l’enclume. Ils s’étaient posés beaucoup de questions. De fait, on continue de se demander pourquoi l’UFC a signé l’APG. Visiblement, le Président de l’UFC ne le sait pas lui-même.

« Que nous acceptions de signer ou pas, nous aurons des comptes à rendre. Finalement, nous avons opté pour la signature avec cependant l’espoir qu’après la formation au gouvernement, celui-ci viendrait expliquer les clauses de cet accord à la population ».Cette réponse en dit long.

A aucun moment, Gilchrist Olympio n’a été en mesure de dire pourquoi l’UFC s’est finalement résolu à signer dont il ne pense en réalité aucun bien. « ... dans l’APG, il y a des zones d’ombre, mais, nous allons manoeuvrer avec prudence pour nous en sortir indemne », a déclaré le Président de l’UFC.

Les tentatives d’explications fournies par Gilchrist Olympio n’ont fait que conforter ceux qui étaient convaincus du fait que l’UFC ne croit et n’a jamais cru à l’Accord Politique Global comme solution pour sortir le Togo de la crise. Il apparaît plus clair maintenant que la seule vraie raison qui ait pu pousser Gilchrist Olympio et ses amis à signer cet accord, c’était l’espoir secret que nourrissait l’UFC de voir le Premier Ministre sortir de ses rangs.

Dans l’entourage de la plupart des autres signataires de l’APG, ceux qui se disaient convaincus que l’UFC travaille plus à l’échec du processus qu’à sa réussite n’ont trouvé à travers les réponses de Gilchrist Olympio, aucun élément susceptible de leur faire changer d’avis. On attendait la version de Gilchrist Olympio au sujet des tractations secrètes entre l’UFC et le RPT concernant le poste de Premier Ministre :

Le poste de Premier Ministre a-t-il vraiment été promis à l’UFC ? Si oui, par qui ?

A cette question, Gilchrist Olympio répond sans détour. « Au cours de nos discussions antérieures, on nous a un peu forcé la main à accepter cette discussion. M. Faure et le RPT nous ont dit, c’est l’UFC qui doit nommer le Premier Ministre et en présence du Facilitateur. Et le facilitateur nous a répété la même chose que dans sa tête, c’est l’UFC qui doit former le gouvernement ».

Même si les choses n’ont pas été dites sous les formes rapportées par Gilchrist Olympio, il doit y avoir du vrai dans ses propos. Il est cependant hautement improbable que Faure Gnassingbé ait accepté de se départir de sa prérogative constitutionnelle de nomination du Premier Ministre au profit de Gilchrist Olympio.

On a certainement dû faire croire à Gilchrist Olympio que c’est lui qui proposera, le moment venu, le nom du Premier ministre, mais certainement pas à lui de le nommer. Il en est de même de la formation du gouvernement. Depuis les modifications constitutionnelles unilatérales de 2002, c’est en fait, le Chef de l’Etat et non le Premier Ministre qui forme le Gouvernement.

Si on a pu faire croire à Gilchrist Olympio qu’il allait nommer le Premier Ministre et former le Gouvernement, c’était certainement pour mieux le rouler dans la farine. Le plus surprenant dans ce cas, c’est que lui-même, Gilchrist Olympio, un vieux briscard de la politique ne s’en soit pas aperçu. En réalité, le Président de l’UFC s’est fait avoir proprement par le jeune Faure Gnassingbé. Gilchrist Olympio ne pouvait pas s’en glorifier.

Au moment où le RPT négociait en secret avec l’UFC et lui faisait croire qu’il n’y a que le RPT et l’UFC comme véritables partis politiques sur l’échiquier national, le RPT négociait également avec Agboyibo et disposait, en cas d’échec des deux côtés, de l’option Edem Kodjo. Ce dernier aurait même, à un moment donné, reçu le feu vert pour commencer des consultations secrètes en vue de la formation du Gouvernement d’union nationale, histoire d’accroître la pression sur les concurrents.

Gilchrist Olympio reproche à Faure Gnassingbé de n’avoir pas consulté l’UFC avant de nommer Agboyibo eu égard aux discussions secrètes qu’il y a eu entre le RPT et l’UFC. Si Faure Gnassingbé avait prévenu l’UFC, il n’aurait pas obtenu l’effet escompté, c’est-à-dire la réaction épidermique de Gilchrist Olympio qui exclurait lui-même de facto l’UFC du gouvernement d’union nationale. Et c’est exactement ce qui s’est passé.

L’autre vérité, c’est que Faure Gnassingbé et le RPT n’ont jamais voulu de l’UFC au gouvernement et encore moins au poste de Premier Ministre UFC. Gilchrist Olympio ne le savait certainement pas. Après avoir, dans un premier temps, rejeté toute participation au gouvernement conduit par Maître Agboyibo, Gilchrist Olympio s’est ravisé. Les contacts plus ou moins secrets avec le RPT avaient été renoués. Chacun a continué à faire semblant. Mais, dans le microcosme politique togolais, tout le monde savait que le RPT ne voulait pas de l’UFC au gouvernement et l’UFC ne voulait pas entrer dans un gouvernement conduit par un Premier Ministre qui n’est pas de ses rangs.

L’UFC avait-elle jamais eu l’intention de rentrer dans le gouvernement Agboyibo ?

Gilchrist Olympio a énuméré les raisons qui auraient motivé la non participation de l'UFC au gouvernement Agboyibo : « Nous n’allons pas voir un abîme et nous y engouffrer... Ils nous invitent au repas après avoir vidé la sauce des morceaux de viande .... On nous propose un strapontin. De plus, si on y entre et qu’aux conseils des ministres, il se passe des choses pas très commodes, nous ne pourrons rien faire pour y remédier. On nous dira que nous y avons consenti puisque nous étions présents. Nous resterons dehors et au besoin, nous allons dénoncer, que ce soit au Togo, en Afrique ou ailleurs dans le monde ».

Il apparaît, à la lecture de ces propos, qu’en réalité, l’UFC n’a jamais eu l’intention de participer au gouvernement Agboyibo dès lors que le poste de Premier Ministre ne lui était pas revenu. Le calcul de l’UFC est d’abord politique. La participation au gouvernement dans les conditions qui étaient proposées à l’UFC aurait complètement fragilisé le parti de Gilchrist Olympio qui, comme tous les autres partis, « serait allé à la soupe ».

Le paradoxe de l’UFC, c’est que, ce parti dit vouloir aller au gouvernement, à condition qu’on lui attribue les postes qu’il veut et dans le même temps, il traite ceux qui y sont d’être allés à la soupe. L’UFC discute en secret avec le RPT et lorsque les autres partis font la même chose, l’UFC les accuse de trahison et de connivence avec le diable. En d’autres temps, le CAR et la CDPA n’auraient jamais accepté d’aller au gouvernement sans l’UFC. Visiblement, ces deux partis ne se sentent pas malheureux d’avoir prouvé aux Togolais qu’ils peuvent s’affranchir de la lourde tutelle politique de Gilchrist Olympio.

Aujourd’hui, la stratégie de Gilchrist Olympio et de ses amis à se poser constamment en victimes et à faire passer les autres pour des collabos ne porte plus, en particulier depuis qu’il est apparu au grand jour que l’UFC entretient en secret, des discussions quasi permanentes avec le RPT.

Dans sa conception de la politique, Gilchrist Olympio a toujours été plus anglo-saxon que latin. Les analyses et les visions politiques du leader de l’UFC sont généralement d’une justesse inégalée ; mais, dès lors qu’il s’agit de passer aux actes politiques, Gilchrist Olympio donne la priorité à l’émotivité sur le réalisme, à la subjectivité sur l’objectivité et à l’instinct épidermique sur la maturité politique, des erreurs qui ne pardonnent pas et qu’il paye souvent cash.

Gilchrist Olympio a tout à fait raison lorsqu’il fait remarquer le musellement inhérent à la participation au gouvernement. Au moment des élections, il faudra bien faire le bilan du gouvernement d’union nationale. Il est vrai qu’on ne peut s’amuser à dénoncer des décisions auxquelles on a participé. « Un ministre, ça se tait ou ça démissionne », avait déclaré le ministre socialiste français de la Défense, Jean-Pierre Chevènement lorsqu’il démissionna de ses fonctions pour marquer son opposition à l’engagement de la France dans la première Guerre du Golfe.

Dans le contexte né de la nomination de Maître Agboyibo, la non participation était l’option la plus rentable pour l’UFC sur le plan électoral, à terme. Ce qui était difficile à gérer, c’est le travail de pédagogie à déployer pour expliquer ce choix à des militants pressés d’engranger des dividendes surtout lorsque le numéro trois du parti a fait le choix de la participation, fut-il à titre personnel.

Au sujet justement de ceux qui sont partis à la soupe, la réaction de Gilchrist Olympio était très attendue. Si la réaction modérée du Président de l’UFC a surpris et même déçu les militants, les responsables les plus radicaux, elle s’explique politiquement et témoigne de la situation inconfortable dans laquelle Gilchrist Olympio a fini par placer son parti.

Quel sort réservait le Conseil National à ceux qui, comme Amah Gnassingbé, ont fait le choix de la participation ?

La réaction de Gilchrist Olympio a, incontestablement, été plus modérée et plus politique qu’on ne s’y attendait. En effet, le numéro un de l’UFC a compris que, dans les conditions actuelles, il était tout simplement imprudent de lancer la polémique et de risquer l’implosion. Le cas d’Amah Gnassingbé se doublait de considérations géopolitiques et ethniques, nécessitant plus de doigté et de sagesse.

Amah Gnassingbé avait prévenu. I1 passerait à l’offensive si on tentait de l’exclure du parti. Visiblement, ses menaces ont été entendues. « Et quand certains des nôtres ont préféré aller manger un peu au gouvernement et revenir, nous leur avons fait comprendre que nous n’allons pas polémiquer sur cette attitude, … Mais nous réitérons à nos amis partisans de l’entrée au gouvernement, qu’il y a encore de la place autour de la table et que, dès qu’ils auront fini, s’ils le jugent nécessaire, qu’ils reviennent », a déclaré le Président de l’UFC.

Sur le cas Amah Gnassingbé, Gilchrist Olympio a décidé de ne pas décider, s’inspirant ainsi des cas de défection déjà observés dans le passé dans d’autres partis. On a connu le cas d’Agbozouwoè de la CDPA qui avait participé au Gouvernement Kodjo en 1994 sans l’accord de son parti. Suspendu du parti, il a tout simplement été réintégré après sa sortie du gouvernement.

Contrairement aux supputations journalistiques, Amah Gnassingbé n’est pas exclu de l’UFC. Il ne le sera probablement jamais ; suspendu de fait dès lors qu’il s’était lui-même mis en congé du parti pour participer au gouvernement d’union nationale à titre personnel, il pourra revenir au parti dès qu’il ne sera plus au gouvernement.

C’est le sens premier qu’on peut donner à la position de Gilchrist Olympio. Amah Gnassingbé fera-t-il lui-même le choix du retour ? C’est là que la position de Gilchrist Olympio paraît très subtile et très politique. Si exclusion, il y a un jour, ce sera une auto exclusion de la part de gens qui ne seraient plus en accord avec la ligne du parti.

Tous les confrères et les observateurs politiques qui ont suivi Gilchrist Olympio tout au long de son dernier séjour au Togo sont unanimes pour reconnaître que l’examen de passage a été très difficile pour le leader de l’UFC. Les réponses de Gilchrist Olympio aux interrogations des Togolais ont été peu convaincantes. Et pourtant, le plus dur reste à venir.

S’il s’implique personnellement dans la campagne des législatives sur le terrain, Gilchrist Olympio ne pourra se soustraire au jeu des questions réponses qu’adorent de plus en plus nos populations. On sait que le patron de l’UFC n’est pas très à l’aise dans cet exercice.

Dans tous les cas, la grande équation que devra résoudre Gilchrist Olympio à l’occasion des prochaines législatives, sera de continuer à entretenir le « mythe Gilchrist Olympio » et le phénomène « Détia » tout en gérant au mieux l’inévitable banalisation de son image lorsqu’il devra descendre plus souvent dans l’arène. Gilchrist Olympio n’a pas convaincu des militants qui attendaient peut-être un peu trop d’un leader qui n’a plus la même vigueur physique ni le même radicalisme politique du début des années 90. Faut-il pour autant en conclure que « le mythe Gilchrist Olympio » est en train de s’effilocher ? Rien n’est moins sûr.

Frisco de SOUZA

 

 

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