|
Lundi dernier, lors d’une réunion d’une partie du
nouveau Bureau présidé par Tata Avlessi, ce
dernier aurait informé les autres membres du
Bureau, d’un certain nombre de nominations qu’il
venait de décider pour assurer le bon
fonctionnement de la Fédération.
Certains membres du Bureau auraient émis de fortes
réserves de forme et de fond sur cette décision et
auraient suggéré au Président de surseoir à ces
nominations, le temps de mettre au point un
organigramme afin de situer ces nominations par
rapport aux besoins réels de la structure et de
vérifier la conformité de ces nominations aux
textes régissant la Fédération.
Nonobstant la position des autres membres du
Bureau, le Président de la FTF a rendu ces
nominations publiques le soir même à la
Télévision, provoquant la colère tout à fait
compréhensible de ses collaborateurs.
Dès le lendemain, M. Agbéyomé Kodjo, l’un des
candidats malheureux à la présidence de la FTF et
nouvellement nommé par Tata Avlessi comme
responsable des Relations Internationales de la
FTF, a écrit au Président pour décliner l’offre
qui venait de lui être faite. Dans l’entourage de
l’ancien Premier Ministre, on s’est dit surpris
par cette nomination intervenue sans consultations
préalables, ne serait-ce que pour connaître l’avis
de l’intéressé.
Deux jours plus tard, ce sont les deux
Vice-présidents fraîchement élus qui adressent une
lettre ouverte au Président de la FTF avec copie
au CNOT, à la CAF et à la FIFA pour dénoncer les
nominations décidées par le Président en violation
des textes en vigueur à la FTF. Réuni d’urgence
pour examiner la question, le Bureau de la FTF
amputé des deux Vice-présidents se serait alors
coupé en deux camps entre les partisans du
maintien des nominations et les partisans de
l’annulation pure et simple de ces nominations.
Une position médiane aurait finalement été adoptée
consistant à inviter les deux Vice-présidents à
venir débattre du sujet au sein du Bureau, ce
qu’ils auraient accepté.
Au cours de la même émission de Télévision lundi
dernier, Tata Avlessi, a, au nom du nouveau Bureau
de la FTF, rejeté la nomination du Français
Patrice Neveu au poste de sélectionneur des
Eperviers (l’Equipe nationale du Togo) malgré
l’accord formel donné par le Ministre des Sports.
« Je suis surpris de la nomination d’un nouvel
entraîneur par le ministère des Sports, parce que
je n’ai pas été associé aux négociations »,
avait alors affirmé Tata Avlessi.
Ce rejet a aussitôt été confirmé par le Ministre
de la Jeunesse et des Sports. «J’ai reçu le
nouveau président de la Fédération qui m’a fait
comprendre qu’ils ne veulent pas de Patrice Neveu»,
a affirmé le ministre Richard Attipoé qui a
indiqué, au cours d’une conférence de presse,
avoir pris acte de la décision de l’instance
nationale de gestion du football.
Cela ne l’a pas empêché de marteler sous forme de
menace à peine voilée : «Je voudrais avertir la
nouvelle équipe de la Fédération que le peuple
togolais observe et qu’il n’acceptera plus de
divagation». Richard Attipoé dit espérer que
l’instance fédérale fera une autre proposition
d’entraîneur au ministère et met en garde : «Le
recrutement de l’entraîneur national se fait par
l’État et c’est le ministère des Sports qui signe
le contrat avec lui».
Ces propos venaient ainsi confirmer les
divergences dont nous faisions état dans notre
édition numéro 337, entre le nouveau Bureau de la
FTF et le Ministère de la Jeunesse et des Sports.
Rien ne permet pour l’instant de voir à travers
ces divergences les signes précurseurs d’un bras
de fer entre la Fédération et le Ministère des
Sports au sujet du choix du prochain sélectionneur
; néanmoins, la collaboration entre les deux
instances ne s’annonce pas sous les meilleurs
auspices.
Quant au Président de la FTF, il n’aura pas connu
une semaine des plus tranquilles. Jeudi dernier,
lors d’une rencontre avec les présidents de club
de première division, nouvelle déconvenue pour
Tata Avlessi. Seul contre tous, il a préconisé une
annulation pure et simple du championnat en cours
de D1 et son remplacement par une nouvelle formule
en deux poules de 9 clubs et un play-off
regroupant les trois premiers de chaque poule.
Cette formule prévoyait le repêchage de deux
clubs, dont Gomido de Kpalimé, relégués la saison
dernière en 2ème Division par Rock
Gnassingbé. Finalement, c’est contre l’avis du
Président qu’il a été décidé de poursuivre le
championnat de D1 sous sa forme actuelle, 10
journées ayant déjà été jouées sur les 30 que
compte le Championnat.
Le moins que l’on puisse dire aujourd’hui, c’est
que, contrairement à ce que tout le monde
souhaitait, l’élection le 9 Janvier dernier d’un
nouveau Bureau ne semble pas avoir mis fin à la
crise au sein de la Fédération.
Certains observateurs mettent ces atermoiements
sur le compte des erreurs de jeunesse et du manque
d’expérience et de maturité du nouveau Président.
D’autres évoquent des divisions plus profondes au
sein de la nouvelle direction du football
togolais. « Au sein du nouveau bureau, les gens
sont décidés à se mettre des bâtons dans les
roues, car il existe au sein de ce bureau deux
clans », a souligné un responsable de Club de
Dl sous le couvert de l’anonymat.
Ce responsable faisait certainement allusion aux
brouilles entre le Président de la FTF et le 1er
Vice-président Komla Améyi, un proche du Président
sortant Rock Gnassingbé. Le 9 Janvier, Komla Améyi
avait refusé de serrer la main de Tata Avlessi
fraîchement élu à la présidence de la FTF. «
Avlessi et Améyi ne peuvent pas collaborer dans le
contexte actuel. La tension est forte et chacun a
son camp », a souligné un ancien responsable
de la FTF. « En tout cas, à l’allure où vont
les choses, la crise est loin d’être réglée et
c’est la sélection nationale qui recevra le coup
», a-t-il fait remarquer.
Il semblerait qu’en réalité, le problème soit plus
complexe qu’il n’y paraît. En principe, la
fonction de membre du Bureau de la FTF relève du
bénévolat. Et pourtant, les candidats se
bousculent au portillon. S’il y avait autant de
candidats à la présidence des clubs togolais qu’il
y a de candidats à la présidence de la FTF, le
football togolais ne serait pas dans cette
situation déplorable.
Selon des sources proches du Comité National
Olympique Togolais (CNOT), un pactole d’au moins
1,7 milliard de francs CFA qui devait être versé
par la FIFA à la FTF pour la participation de
notre équipe nationale à la Coupe du Monde, avait
été bloqué en attendant la mise en place du
nouveau Bureau.
Au cours des huit années qu’ont duré les deux
mandats de Rock Gnassingbé, la FTF aurait
bénéficié de grosses subventions pour son
fonctionnement. On parle de plus de 500 millions
de francs CFA par an. Comme la gestion des fonds
de la FTF relevait du seul fait du Président,
personne ne sait ce que sont devenues ces
subventions. Il en serait de même pour les dons
versés par les sponsors au profit des Eperviers
pour la Coupe du Monde.
Si le versement du pactole de 1,7 milliard n’avait
pas été bloqué, cette somme aurait subi le même
sort que les autres subventions reçues par la FTF.
Le nouveau Bureau étant désormais en place, cette
somme devra incessamment être mise à la
disposition de la FTF par la FIFA. Ce pactole
serait devenu l’objet de toutes les convoitises et
serait à la base de toutes les difficultés que
semble endurer le nouveau Président de la FTF.
Il y aurait, d’un côté, ceux qui veulent s’ériger
en gardien du temple et faire en sorte que
l’utilisation de cette manne serve effectivement
le football togolais et ses acteurs prioritaires
que sont les Clubs et les joueurs. Et puis, il y
aurait les requins, ceux qui se disent « Rock
s’en est mis plein les poches ; maintenant, c’est
notre tour ». Chaque camp essaie de tirer la
couverture à lui.
Dans le milieu footballistique togolais, on
murmure tout haut que le Président inexpérimenté
de la FTF serait tout simplement pris en charge
par un troisième larron en la personne du Général
Mémène qui lui dicterait tous ses faits et gestes.
Les actes conseillés au président ne seraient pas
toujours démocratiques et ne respecteraient que
rarement les textes en vigueur.
De sources proches de l’un des deux
Vice-présidents, on indique que c’est le Général
Mémène qui aurait conseillé à Tata Avlessi de
procéder aux nominations qui créent aujourd’hui
problème. Le Général Mémène aurait dit à Tata
Avlessi que ces actes de nomination relèvent de
ses prérogatives propres et qu’il n’avait donc pas
besoin de l’avis du Bureau pour les poser.
« Ce que le Général dit au président est parole
d’Evangile et ne doit faire l’objet d’aucune
discussion au sein du Bureau »,
a laissé échapper un Conseiller du nouveau Bureau
de la FTF. « On a l’impression que des gens
veulent apprivoiser le Président pour mieux le
pousser à la faute », a ajouté ce Conseiller.
Tout se passe en effet comme si certains membres
du Bureau sont utilisés pour développer un fort
courant interne de contestation destiné à
affaiblir Tata Avlessi pour l’obliger à se
réfugier en permanence dans des bras paternalistes
de ses manipulateurs qui s’évertuent à le pousser
à la faute.
Les rumeurs qui circulent sont encore plus
effrayantes. La tête de Tata serait déjà mise à
prix. Il y aurait, au sein de la FTF, des gens qui
voudraient tout mettre en oeuvre pour saboter
l’Equipe Nationale en semant le doute dans
l’esprit des joueurs. L’objectif serait tout
simplement d’empêcher la qualification des
Eperviers pour la CAN 2008 et d’en faire porter le
chapeau au Président de a FTF pour le pousser à la
démission. Les grandes manoeuvres semblent lancées
pour la nuit des longs couteaux dans le microcosme
footballistique togolais.
Olivier KANGNI |