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Motion d'Information

23 Janvier 2007

[ 338 : du 22 janvier 2007]
La carte d’électeur sécurisée avec photo numérisée :  Une victoire de la démocratie sur les partisans du pourrissement

Après deux jours de travaux à huis clos mardi et mercredi derniers à Ouagadougou, le Comité de Suivi de l’Accord Politique Global s’est finalement accordé sur un train de solutions aux deux points qui bloquaient depuis deux mois, les travaux de la Commission Electorale Nationale Indépendante (CENI). Dans un communiqué qu’il a rendu public à l’issue de ses travaux, le Comité de Suivi préconise l’adoption d’une carte d’électeur sécurisée avec photo numérisée et l’utilisation de kits pour l’établissement du fichier électoral.

            S’agissant du mode de prise de décisions de la CENI, le Comité de Suivi a tenu à préciser que, conformément aux dispositions de l’APG, les décisions doivent être prises en privilégiant le consensus. Toutefois, en cas de blocage avéré, la CENI recourt au vote de la manière suivante : a) majorité qualifiée des 2/3 des membres présents au premier tour ; b) majorité relative des membres présents au second tour.

On apprend par ailleurs que l’Union Européenne (UE) va appuyer l’organisation des élections législatives. A cet effet, le Représentant de l’UE au Comité de Suivi a informé le Comité de la venue dès le 22 janvier 2007 au Togo d’une mission d’estimation des besoins afin de déterminer l’appui de l’UE aux opérations électorales au Togo.

L’UE a également fait part de son souhait qu’une invitation lui parvienne au plus tard à la mi-février afin qu’elle puisse dépêcher ses observateurs au scrutin. Une prochaine réunion du Comité a été fixée au 27 février à Ouagadougou.

Fallait-il vraiment perdre tout ce temps pour en arriver là ? En apposant leurs signatures au bas de l’Accord Politique Global le 20 Août 2006, le RPT et ses alliés n’avaient certainement pas mesuré la vraie portée de cette petite phrase glissée dans le texte de l’APG : « Les Parties prenantes au Dialogue conviennent d’instituer une carte d’électeur infalsifiable et sécurisée ».

Dès lors que l’unanimité s’est faite au sein de la classe politique pour reconnaître que la mise en place du programme de délivrance de cartes nationales d’identité prévu par l’APG demanderait beaucoup de temps et de moyens, les opposants à la carte d’électeur avec photo numérisée pensaient pouvoir contourner la disposition du Code Electoral qui fait obligation à l’électeur de justifier son identité avant de voter.

Ils ont concentré l’essentiel de leur énergie à affûter des arguments de coût et de délai pour espérer obtenir le maintien de l’ancien système de recensement et de carte d’électeur plus propice à la fraude électorale massive.

Comme par hasard, aujourd’hui, plus personne au RPT ne parle des 53 milliards de coût et des 40 semaines de délai de réalisation. Selon des indiscrétions provenant de sources proches du RPT, c’est en définitive le Chef de l’Etat qui aurait tranché dans son camp. Faure Gnassingbé aurait fait valoir l’engagement qu’il a pris devant les Togolais et devant la communauté internationale d’organiser des élections législatives totalement transparentes ; le premier élément d’un vote transparent, consiste à prouver que l’électeur qui se présente dans le bureau de vote est bien le titulaire de la carte d’électeur dont il est porteur.

Pour cela, il n’y a que trois solutions : la première, c’est de délivrer à chaque électeur une carte d’identité infalsifiable qu’il est tenu de présenter en entrant dans le bureau de vote et qu’il produit avec sa carte d’électeur. La 2ème solution consiste, au moment de la délivrance de la carte d’électeur, à délivrer à l’électeur, un document infalsifiable justificatif de son identité, qu’il doit produire en même temps que sa carte d’électeur au moment du vote. La 3ème solution, celle qui a finalement été retenue, consiste à délivrer à l’électeur, une carte d’électeur infalsifiable justifiant à la fois de sa qualité d’électeur et de son identité.

A la suite des exposés des Experts des Commissions Electorales de la sous région, il était définitivement établi que la mise en oeuvre de la carte d’électeur avec photo numérisée ne coûte pas beaucoup plus cher que la carte d’électeur sans photo et que les délais de mise en oeuvre n’étaient pas supérieurs à ceux de la carte sans photos.

Faure Gnassingbé aurait alors demandé aux opposants à la carte d’électeur avec photos de lui démontrer qu’avec la carte d’électeur sans photo on pouvait obtenir le même niveau de sécurisation qu'avec la carte avec photo numérisée.

Il est effectivement possible d’obtenir ce niveau de contrôle avec une carte d’électeur sans photo, mais, les coûts et les délais de mise en oeuvre seraient respectivement multipliés par au moins 50 et 100. Au lieu de se faire sur la photo, les contrôles se feraient sur des données telles que l’empreinte digitale, le fond des yeux, le groupe sanguin, etc. ... Il était matériellement, logiquement et scientifiquement impossible aux opposants à la carte d’électeur avec photo de proposer une solution sans photo qui réponde aux contraintes de transparence et de coût imposé par le contexte togolais.

Dans ces conditions, Faure Gnassingbé n’avait pas d’autre alternative que de trancher en faveur de la carte d’électeur sécurisée avec photo numérisée après avoir obtenu de l’UE, toutes les assurances quant au financement des opérations électorales.

Dans le système qui a été retenu, la sécurisation de la carte devrait la rendre infalsifiable et la numérisation de la photo devrait permettre d’éliminer tous les cas de multi-détention de cartes. A chaque photo numérisée correspondra un code et à chaque code correspondra une carte d’électeur et une seule; il ne devrait donc pas y avoir dans le fichier électoral, plusieurs cartes d’électeur correspondant à une même photo numérisée. C’est cela le gros avantage du système.

Certes, le système de la carte d’électeur sécurisée avec photo numérisée ne suffira pas à lui seul à éliminer tous les cas de fraudes électorales. Il faudra le conjuguer avec d’autres éléments de vigilance électorale pour garantir des élections réellement propres.

Ce débat sur le mode de recensement et le type de carte d’électeur dure depuis deux mois et était devenu le symbole du combat qui oppose au Togo, la démocratie aux partisans du pourrissement. Dans ce combat, force est de reconnaître que Faure Gnassingbé a su se ranger du côté de la démocratie et c’est tout à son honneur.

On peut y lire la preuve que les partisans du pourrissement, ceux qui ont quelque intérêt à l’échec du processus électoral, ne se trouvent pas seulement du côté du RPT même si c’est de ce côté-là que les résistances au changement et à la démocratie sont les plus enracinées.

Lorsque les langues se délieront, on apprendra un jour avec stupeur que dans les rangs de ceux qu’on a toujours classé du côté des démocrates, certains auraient bien aimé que cette situation de non solution se prolongeât indéfiniment jusqu’au pourrissement pour les conforter dans leur manque de foi dans le processus en cours, processus dont ils sont pourtant acteurs.

Réagissant aux décisions prises par le Comité de Suivi à Ouagadougou, le Rassemblement du Peuple Togolais (RPT) s’est dit « satisfait ». Dans un communiqué qu’il a rendu public, le RPT dit avoir pris note avec satisfaction de la décision d’adopter une carte d'électeur sécurisée avec photo numérisée pour les prochaines élections législatives.

Hypocrisie notoire, langue de bois, retournement de veste ou simple résignation, cette réaction paraît surprenante de la part d’un parti qui, jusqu’à lundi dernier, était encore farouchement opposé à la carte d’électeur avec photo. Il n’y a que les imbéciles qui ne changent pas d’avis et dans ce cas d’espèce, nombre de Togolais doivent se réjouir que le RPT ne soit pas un parti imbécile.

On comprend plus facilement la satisfaction du RPT suite à la recommandation faite aux membres de la CENI de recourir au « vote » en cas de « blocage avéré » tout en privilégiant «l’esprit de consensus».

Assuré du soutien inconditionnel de la CPP et du PDR pour disposer de la majorité relative à la CENI, le RPT a toutes les raisons de se réjouir de cette recommandation. Mais, dans la pratique, rien n’indique que les choses seront aussi simples que l’envisage le RPT.

Chaque fois qu’il y a absence de consensus dans les décisions, c’est tout l’esprit de l’Accord Politique Global qui subit un échec. Emporter une décision par un vote à la majorité relative au second tour est une sorte d’humiliation pour celui qui en bénéficie surtout si ce bénéficiaire est le RPT qui dispose au sein de la CENI, d’une représentation totalement disproportionnée par rapport à sa vraie représentativité électorale.

A quelque chose, malheur peut être bon. La CPP et le PDR s’offusquent souvent lorsqu’on les classe avec le RPT à la CENI et revendiquent corps et âme leur indépendance et leur souveraineté. Le principe du vote à la majorité relative au deuxième tour permettra de découvrir le jeu de chacun et de savoir qui a soutenu quelle décision et d’en répondre, le moment venu, devant les électeurs et devant l’histoire.

Frisco de SOUZA 

 
Nouveau report du Conseil de l’UFC : Gilchrist Olympio à l’épreuve du combat pacifique pour le pouvoir

Annoncée depuis plusieurs semaines à grands renforts de déclarations sur les médias et les sites Internet, l’arrivée au Togo de Gilchrist Olympio initialement prévue le 20 Janvier a été de nouveau reportée cette fois-ci, au 30 Janvier prochain. Du côté de l’Union des Forces de Changement (UFC), le parti de Gilchrist Olympio, on n’a pas indiqué de motif officiel à ce report.

Mais, à en croire certaines sources proches du parti, la mise en place des dispositifs devant garantir la sécurité du leader de l’UFC n’était pas encore achevée. Selon le programme de travail annoncé par les responsables de l’UFC, Gilchrist Olympio devrait, outre le Conseil National de son parti, animer plusieurs meetings à travers le pays pour remobiliser ses troupes en vue des prochaines élections législatives.

Le numéro un de l’UFC ayant déjà été victime d’un attentat en 1992 à Soudou dans le Nord du pays, ses proches sont naturellement très attentifs aux problèmes touchant à sa sécurité.

Sans récuser les raisons de sécurité qui pourraient être à la base de ce report, d’autres analystes, font une lecture politique totalement différente du report de l’arrivée au Togo de Gilchrist Olympio. Pour des raisons politiques évidentes, les partisans du leader de l’UFC ont toujours fait de chaque déplacement de Gilchrist Olympio en terre togolaise, un événement politique majeur. Le voyage initialement prévu le 20 Janvier ne devait pas déroger à cette règle.

Gilchrist Olympio a beaucoup parlé sur les chaînes de radio et de télévision étrangères sur l’Accord Politique Global, les négociations secrètes avec le RPT et les conditions qu’il a posées pour l’entrée de son parti au gouvernement. Depuis le fameux discours de Faure Gnassingbé à la clôture du Congrès du RPT, on sait que les chances d’une entrée prochaine de l’UFC au gouvernement d’union nationale se sont définitivement envolées.

Ce déplacement était donc l’occasion pour le Président National de l’UFC de s’expliquer devant les militants et les instances nationales et locales de son parti. Gilchrist Olympio qui symbolise toujours aux yeux de nombreux Togolais, l’aile ultra-radicale de l’opposition au régime du RPT, était très attendu pour redonner un peu de mouvement à un paysage politique quelque peu morose depuis la nomination de Maître Agboyibo et la formation du gouvernement d’union nationale.

Selon les analystes, le cours des événements de ces dix derniers jours, aurait complètement chamboulé les plans du leader d l’UFC. Maître Agboyibo ayant, jusqu’au dernier moment, gardé le secret de sa décision de non participation aux festivités du 13 Janvier, Gilchrist Olympio avait certainement parié sur une participation de Maître Agboyibo et des autres ministres CAR, CDPA au 13 Janvier.

Mais, l’événement qui aurait emporté la décision du report du déplacement de Gilchrist Olympio à Lomé serait les résultats du Comité de Suivi à Ouagadougou. En effet, pendant longtemps, le facilitateur burkinabé, craignant un effet de contagion, semblait avoir pris fait et cause pour le régime RPT en faveur de la carte d’électeur sans photo.

Du coup, Gilchrist Olympio et ses amis auraient fortement misé sur la pérennité du blocage à la CENI et le pourrissement du processus. Au sein de la classe politique togolaise, l’idée selon laquelle Gilchrist Olympio n’a jamais cru aux chances de réussite du processus initié par l’APG est largement répandue.

Selon des indiscrétions provenant de sources proches de la médiation, Gilchrist Olympio n’aurait accepté d’autoriser son parti à signer l’APG que contre la promesse ferme qui lui aurait été faite que le Premier Ministre chargé de la mise en oeuvre de l’APG serait issu de son parti.

Initialement, Gilchrist Olympio venait donc à Lomé pour durcir le ton vis-­à-vis du gouvernement et dénoncer les manquements dans la mise en oeuvre de l’APG. La cible de ce durcissement de ton aurait été le gouvernement dans son ensemble y compris, les anciens amis du CAR et de la CDPA, une façon de marquer la différence entre l’UFC et les autres.

Après le refus audacieux de Maître Agboyibo et du Professeur Léopold Gnininvi de participer aux manifestations du 13 Janvier et l’adoption de la carte d’électeur sécurisée avec photo numérisée (adoption obtenue grâce à la fermeté des représentants du CAR à la CENI et au travail scientifique de persuasion fait par le Professeur Gnininvi, lors de la deuxième session du Comité de Suivi à Lomé), il était difficile pour le leader de l’UFC de tenir un discours politique dur à l’égard du CAR et de la CDPA sans choquer ses propres partisans.

En maintenant son voyage à Lomé pour le 20 Janvier, Gilchrist Olympio n’aurait pas eu d’autre choix que de féliciter Agboyibo et Gnininvi pour leur courage politique et leur fermeté face au RPT. De telles félicitations en pleine période préélectorale serait tout simplement synonyme d’onction politique donnée par Gilchrist Olympio à des adversaires politiques, ce que ne ferait jamais le Président de l’UFC.

Pour nombre d’observateurs du jeu politique togolais, c’est essentiellement parce que le 13 Janvier et la 3ème  réunion Comité de Suivi de Ouagadougou ont privé Gilchrist Olympio des ingrédients d’un durcissement du ton politique à l’égard du pouvoir, qu’il a dû reporter son déplacement.

Du coup, une question se pose désormais. D’ici les 3 et 4 Février, le contexte politique aura-t-il suffisamment évolué pour donner au leader de l’UFC, matières à prendre ses distances vis-à-vis du gouvernement sans donner dans la démagogie politicienne pure et simple ?

Et pourtant, à un moment ou un autre, il faudra que dans l’esprit des Togolais, la ligne de démarcation entre l’UFC et les autres partis de l’Opposition togolaise apparaisse clairement. Cette ligne de démarcation se tracera non pas sur des questions mineures de participation ou non au 13 Janvier ou de carte d’électeur avec ou sans photo.

Elle se tracera sur les conceptions et les méthodes du combat des uns et des autres contre la dictature, pour la démocratie.

Depuis la fin des années 80, il y a comme une espèce d’antagonisme entre deux conceptions totalement différentes du combat contre la dictature. Aux yeux de ceux que l’on peut considérer comme les amis politiques de l’UFC, la lutte politique de Gilchrist Olympio depuis le début des années 90 semble plus destinée à les combattre qu’à combattre la dictature. « Tout se passe comme si le leader de l’UFC voudrait procéder par élimination politique des autres leaders pour se retrouver seul face au régime RPT comme entre 1963 et la fin des années 80 », nous a confié un analyste politique.

Parallèlement, aux yeux de Gilchrist Olympio, la lutte politique de ceux qu’il voudrait considérer comme des amis politiques, semble plus destinée à l’exclure du jeu politique qu’à combattre la dictature.

Cet antagonisme n’est pas sorti de l’imaginaire des uns ou des autres ; il est réel et résulte de deux approches inconciliables du combat politique contre la dictature au Togo ; l’une que l’on peut qualifier de « tout ou rien » et l’autre de « Un peu chaque fois, vaut mieux que rien ».

A l’approche d’une échéance électorale décisive pour l’avenir de notre pays, il ne fait aucun doute que le débat de fond entre ces deux conceptions de la lutte pour la démocratie sera déterminant pour éclairer le choix des Togolais.

Marie-Ange de FANTI

 
Cacophonie à la FTF : La tête de Tata déjà mise à prix en cas de non qualification des Eperviers pour la CAN 2008

Après l’élection du 9 janvier 2007, tous les fans du ballon rond avaient poussé un ouf de soulagement pensant sans doute que la crise qui secoue le football togolais depuis bientôt un an allait s’estomper. Visiblement, les choses ont beaucoup de mal à se mettre en place. La semaine dernière a été marquée par plusieurs incidents qui risquent d’accentuer encore un peu plus la crise au sein de la FTF.

Lundi dernier, lors d’une réunion d’une partie du nouveau Bureau présidé par Tata Avlessi, ce dernier aurait informé les autres membres du Bureau, d’un certain nombre de nominations qu’il venait de décider pour assurer le bon fonctionnement de la Fédération.

Certains membres du Bureau auraient émis de fortes réserves de forme et de fond sur cette décision et auraient suggéré au Président de surseoir à ces nominations, le temps de mettre au point un organigramme afin de situer ces nominations par rapport aux besoins réels de la structure et de vérifier la conformité de ces nominations aux textes régissant la Fédération.

Nonobstant la position des autres membres du Bureau, le Président de la FTF a rendu ces nominations publiques le soir même à la Télévision, provoquant la colère tout à fait compréhensible de ses collaborateurs.

Dès le lendemain, M. Agbéyomé Kodjo, l’un des candidats malheureux à la présidence de la FTF et nouvellement nommé par Tata Avlessi comme responsable des Relations Internationales de la FTF, a écrit au Président pour décliner l’offre qui venait de lui être faite. Dans l’entourage de l’ancien Premier Ministre, on s’est dit surpris par cette nomination intervenue sans consultations préalables, ne serait-ce que pour connaître l’avis de l’intéressé.

Deux jours plus tard, ce sont les deux Vice-présidents fraîchement élus qui adressent une lettre ouverte au Président de la FTF avec copie au CNOT, à la CAF et à la FIFA pour dénoncer les nominations décidées par le Président en violation des textes en vigueur à la FTF. Réuni d’urgence pour examiner la question, le Bureau de la FTF amputé des deux Vice-présidents se serait alors coupé en deux camps entre les partisans du maintien des nominations et les partisans de l’annulation pure et simple de ces nominations.

Une position médiane aurait finalement été adoptée consistant à inviter les deux Vice-présidents à venir débattre du sujet au sein du Bureau, ce qu’ils auraient accepté.

Au cours de la même émission de Télévision lundi dernier, Tata Avlessi, a, au nom du nouveau Bureau de la FTF, rejeté la nomination du Français Patrice Neveu au poste de sélectionneur des Eperviers (l’Equipe nationale du Togo) malgré l’accord formel donné par le Ministre des Sports. « Je suis surpris de la nomination d’un nouvel entraîneur par le ministère des Sports, parce que je n’ai pas été associé aux négociations », avait alors affirmé Tata Avlessi.

Ce rejet a aussitôt été confirmé par le Ministre de la Jeunesse et des Sports. «J’ai reçu le nouveau président de la Fédération qui m’a fait comprendre qu’ils ne veulent pas de Patrice Neveu», a affirmé le ministre Richard Attipoé qui a indiqué, au cours d’une conférence de presse, avoir pris acte de la décision de l’instance nationale de gestion du football.

Cela ne l’a pas empêché de marteler sous forme de menace à peine voilée : «Je voudrais avertir la nouvelle équipe de la Fédération que le peuple togolais observe et qu’il n’acceptera plus de divagation». Richard Attipoé dit espérer que l’instance fédérale fera une autre proposition d’entraîneur au ministère et met en garde : «Le recrutement de l’entraîneur national se fait par l’État et c’est le ministère des Sports qui signe le contrat avec lui».

Ces propos venaient ainsi confirmer les divergences dont nous faisions état dans notre édition numéro 337, entre le nouveau Bureau de la FTF et le Ministère de la Jeunesse et des Sports. Rien ne permet pour l’instant de voir à travers ces divergences les signes précurseurs d’un bras de fer entre la Fédération et le Ministère des Sports au sujet du choix du prochain sélectionneur ; néanmoins, la collaboration entre les deux instances ne s’annonce pas sous les meilleurs auspices.

Quant au Président de la FTF, il n’aura pas connu une semaine des plus tranquilles. Jeudi dernier, lors d’une rencontre avec les présidents de club de première division, nouvelle déconvenue pour Tata Avlessi. Seul contre tous, il a préconisé une annulation pure et simple du championnat en cours de D1 et son remplacement par une nouvelle formule en deux poules de 9 clubs et un play-off regroupant les trois premiers de chaque poule.

Cette formule prévoyait le repêchage de deux clubs, dont Gomido de Kpalimé, relégués la saison dernière en 2ème Division par Rock Gnassingbé. Finalement, c’est contre l’avis du Président qu’il a été décidé de poursuivre le championnat de D1 sous sa forme actuelle, 10 journées ayant déjà été jouées sur les 30 que compte le Championnat.

Le moins que l’on puisse dire aujourd’hui, c’est que, contrairement à ce que tout le monde souhaitait, l’élection le 9 Janvier dernier d’un nouveau Bureau ne semble pas avoir mis fin à la crise au sein de la Fédération.

Certains observateurs mettent ces atermoiements sur le compte des erreurs de jeunesse et du manque d’expérience et de maturité du nouveau Président. D’autres évoquent des divisions plus profondes au sein de la nouvelle direction du football togolais. « Au sein du nouveau bureau, les gens sont décidés à se mettre des bâtons dans les roues, car il existe au sein de ce bureau deux clans », a souligné un responsable de Club de Dl sous le couvert de l’anonymat.

Ce responsable faisait certainement allusion aux brouilles entre le Président de la FTF et le 1er Vice-président Komla Améyi, un proche du Président sortant Rock Gnassingbé. Le 9 Janvier, Komla Améyi avait refusé de serrer la main de Tata Avlessi fraîchement élu à la présidence de la FTF. « Avlessi et Améyi ne peuvent pas collaborer dans le contexte actuel. La tension est forte et chacun a son camp », a souligné un ancien responsable de la FTF. « En tout cas, à l’allure où vont les choses, la crise est loin d’être réglée et c’est la sélection nationale qui recevra le coup », a-t-­il fait remarquer.

Il semblerait qu’en réalité, le problème soit plus complexe qu’il n’y paraît. En principe, la fonction de membre du Bureau de la FTF relève du bénévolat. Et pourtant, les candidats se bousculent au portillon. S’il y avait autant de candidats à la présidence des clubs togolais qu’il y a de candidats à la présidence de la FTF, le football togolais ne serait pas dans cette situation déplorable.

Selon des sources proches du Comité National Olympique Togolais (CNOT), un pactole d’au moins 1,7 milliard de francs CFA qui devait être versé par la FIFA à la FTF pour la participation de notre équipe nationale à la Coupe du Monde, avait été bloqué en attendant la mise en place du nouveau Bureau.

Au cours des huit années qu’ont duré les deux mandats de Rock Gnassingbé, la FTF aurait bénéficié de grosses subventions pour son fonctionnement. On parle de plus de 500 millions de francs CFA par an. Comme la gestion des fonds de la FTF relevait du seul fait du Président, personne ne sait ce que sont devenues ces subventions. Il en serait de même pour les dons versés par les sponsors au profit des Eperviers pour la Coupe du Monde.

Si le versement du pactole de 1,7 milliard n’avait pas été bloqué, cette somme aurait subi le même sort que les autres subventions reçues par la FTF. Le nouveau Bureau étant désormais en place, cette somme devra incessamment être mise à la disposition de la FTF par la FIFA. Ce pactole serait devenu l’objet de toutes les convoitises et serait à la base de toutes les difficultés que semble endurer le nouveau Président de la FTF.

Il y aurait, d’un côté, ceux qui veulent s’ériger en gardien du temple et faire en sorte que l’utilisation de cette manne serve effectivement le football togolais et ses acteurs prioritaires que sont les Clubs et les joueurs. Et puis, il y aurait les requins, ceux qui se disent « Rock s’en est mis plein les poches ; maintenant, c’est notre tour ». Chaque camp essaie de tirer la couverture à lui.

Dans le milieu footballistique togolais, on murmure tout haut que le Président inexpérimenté de la FTF serait tout simplement pris en charge par un troisième larron en la personne du Général Mémène qui lui dicterait tous ses faits et gestes. Les actes conseillés au président ne seraient pas toujours démocratiques et ne respecteraient que rarement les textes en vigueur.

De sources proches de l’un des deux Vice-présidents, on indique que c’est le Général Mémène qui aurait conseillé à Tata Avlessi de procéder aux nominations qui créent aujourd’hui problème. Le Général Mémène aurait dit à Tata Avlessi que ces actes de nomination relèvent de ses prérogatives propres et qu’il n’avait donc pas besoin de l’avis du Bureau pour les poser.

« Ce que le Général dit au président est parole d’Evangile et ne doit faire l’objet d’aucune discussion au sein du Bureau », a laissé échapper un Conseiller du nouveau Bureau de la FTF. « On a l’impression que des gens veulent apprivoiser le Président pour mieux le pousser à la faute », a ajouté ce Conseiller.

Tout se passe en effet comme si certains membres du Bureau sont utilisés pour développer un fort courant interne de contestation destiné à affaiblir Tata Avlessi pour l’obliger à se réfugier en permanence dans des bras paternalistes de ses manipulateurs qui s’évertuent à le pousser à la faute.

Les rumeurs qui circulent sont encore plus effrayantes. La tête de Tata serait déjà mise à prix. Il y aurait, au sein de la FTF, des gens qui voudraient tout mettre en oeuvre pour saboter l’Equipe Nationale en semant le doute dans l’esprit des joueurs. L’objectif serait tout simplement d’empêcher la qualification des Eperviers pour la CAN 2008 et d’en faire porter le chapeau au Président de a FTF pour le pousser à la démission. Les grandes manoeuvres semblent lancées pour la nuit des longs couteaux dans le microcosme footballistique togolais.

Olivier KANGNI

 

           

 

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