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Le Bénin vivra des
périodes électorales historiques au cours de ce premier trimestre 2006. D’abord,
parce que les deux principaux dinosaures de la politique nationale sont exclus
de la prochaine course par la constitution. Ensuite parce qu’en finissant son
deuxième mandat démocratique, le président Kérékou, par son mutisme et son génie
désenchantant à réussi à entretenir une ambiguïté inquiétante sur les prochaines
élections par son ministre de l’économie, Cosme SEHLIN qui a retardé de
plusieurs semaines le déblocage du budget de la CENA, la Commission Electorale
Nationale Autonome. Cette situation cancéreuse a entretenu une longue polémique
dans l’opinion nationale. L’entourage de Kérékou, divisé en trois catégories,
les révisionnistes qui poussent le Général à toiletter la constitution pour
briguer un troisième mandat démocratique, les antirévisionnistes qui sont
essentiellement des candidats potentiels ou proches de leaders et les prudents
avec à la tête Pierre Osho, ministre de la défense, fidèle allié de Kérékou qui
revendiquent le patrimoine politique du Général et qui a démissionné
dernièrement. Les derniers attendent que le président béninois sortant désigne
un dauphin. Ce qui n’est pas encore officiellement fait jusqu’alors. L’entourage
intime de Kérékou, avait donc, à la surprise des constitutionnalistes béninois,
laisser présager que pour des raisons financières, Kérékou resterait encore deux
années supplémentaires au pouvoir afin que les élections municipales,
législatives et présidentielles soient simultanément organisées en 2008. Le
peuple a crié au scandale et l’Union Européenne a déjoué ce rêve en débloquant
d’urgence 4 milliards pour financer le colossal budget électoral.
Brefs rappels…
Primo, le président Kérékou avait pris
suffisamment du temps pour annoncer officiellement son départ du pouvoir « par
le respect de la constitution et de l’honneur ». C’était l’hors d’une rencontre
sociale avec les enseignants béninois. Alors que pendant plusieurs mois, la
presse nationale avait animé une polémique complexe et diversifiée sur le départ
de Kérékou.
Secondo à seize mois
de sa fin de mandat, le président a procédé à un remaniement étonnant et
inquiétant : il a fait partie Amoussou Bruno qui est l’un de ses éventuels
successeurs et Lazare SEHOUETO, le jeune ministre qui dérangeait par ses
ambitions et sa popularité grandissante.
Un Général de l’armée
a été nommé au Ministère de l’intérieur, ce qui est une première depuis
l’avènement de la démocratie au Bénin en 1990 à la suite de la conférence
nationale.
Tertio, plusieurs
activistes de l’ère marxiste-léniniste des temps révolutionnaires et
dictatoriaux de Kérékou de 1972 à 1990 sont revenus dans son dernier
gouvernement. Un vieil icône de la sanglante histoire despote du Bénin a été
nommé au Ministère d’Etat chargé de la planification, principal portefeuille
ministériel du Bénin. Il y a aussi le maintien de Pierre Osho à la tête du
Ministère de défense alors qu’il bouclait ainsi une décennie au gouvernement, ce
qui est rare.
Quarto, Kérékou
s’était mis à reconstruire en mobilisant une vingtaine de milliards sa résidence
officielle. Si après avoir entamé la construction de la présidence à Lomé,
Eyadema pensait à son fils qui lui succéderait, au Bénin, les ambitions de
Kérékou restaient discrètes.
Quinto, l’entourage
du président a animé une polémique politicienne de révisionnisme qui indexait,
contre l’attente du peuple, la constitution. Ces éléments coïncident avec le
mutisme du chef de l’Etat, les doutes avaient de quoi plané sur son départ du
palais de Marina, encore que comme au Togo, l’un de ses fils s’est retrouvé au
parlement et qu’un grand nombre d’entre eux pullulent dans l’armée béninoise.
Mais Kérékou a fini par confirmer son départ en débloquant, malheureusement à
compte goutte, au début de l’année le budget de la CENA, chargée des élections.
Les candidats se
multiplient
D’abord, rappelons
que l’Assemblée nationale a mis des barrières aux candidatures fantomatiques et
fangeuses en quadruplant les frais de dossiers de candidature, au lieu de cinq
millions, tout candidat à la magistrature suprême doit payer désormais 20
millions. Ensuite, le nombre des partis et mouvements politiques s’est multiplié
avec aujourd’hui plus de 250 partis et mouvements politiques.
Les candidats potentiels et connus de tous sont
essentiellement, d’anciens candidats malheureux. Nicéphore Soglo, leader
charismatique du principal parti de l’opposition, la Renaissance du Bénin est au
tant que le Général sortant frappé par la limite d’âge. En effet, l’âge limite à
la candidature est de 70 ans à la date de dépôt de dossier selon la
constitution.
Ainsi, les
principaux candidats sont connus de tous. Amoussou Bruno, ancien ministre de
Kérékou et président du PSD, Andrien Houngbédji, ancien président de l’Assemblée
et président du PRD qui pouvait être le mieux parti de la course mais à qui le
peuple béninois reproche sa transhumance politique et l’orgueil injustifié au
nom duquel il a refusé d’être le Maire de Porto Novo alors qu’il était le
candidat élu à l’hôtel de ville de la capitale administrative. Lehady Soglo,
fils de Nicéphore Soglo dont il est l’adjoint à la Mairie de Cotonou a été
désigné par son parti comme le prochain candidat de la principale formation de
l’opposition qui a effrité malheureusement sa popularité ces dernières années
par les conflits internes et la gestion impertinents du parti par l’épouse du
président Soglo qui en assure la présidence.
Ce sont là les
candidats de poids. Mais à côté de ce trio, une multitude d’anciens candidats
sont attendus, il s’agit de M. Lionel Agbo, du Général Kouyami, de Djagoué, …
mais aussi de la vieille dame de fer, Marie Elise GBEDO qui pourrait surprendre
plus d’un. De nouveaux candidats sont attendus. Les mieux partis d’entre eux
sont Antoine Idji Kolawolé, l’actuel président de l’assemblée nationale qui
serait le probable candidat du MADEP, le parti du richissime homme d’affaire
Sefou Fagbohoun.
Ensuite, le DR Yayi
Boni, très attendu, l’actuel président de la BOAD et qui est, selon certains
observateurs, le probable prochain président.
La popularité de cet homme courageux a si bien dérangé
que le parlement a tenté par une loi fantoche de l’exclure de la course. La cour
constitutionnelle a heureusement volé au secours de celui qui fait une unanimité
incontestable dans une grande partie du Nord.
La course aux
présidentielles a toujours été populeuse au Bénin, 24 candidats en 2001, le
chiffre pourrait être plus d’une vingtaine cette année malgré le léger
durcissement des critères financiers de candidature. Pierre Osho, après sa
démission est attendu comme l’éventuel dauphin de Kérékou dont il reste le fils
politique le plus loyal.
Les enjeux des
prochaines élections
Elles auront lieu le 05 Mars prochain pour
le premier tour. Le second tour, inévitable compte tenu de la situation est
attendu 15 jours plus tard ; car aucun candidat ne pourra gagner au premier
tour. Le nouveau président doit prendre service au plus tard le 04 avril 2006.
Après quinze années de démocratie réussie
et exemplaire pour le continent, les élections sont suffisamment fiables par
leur organisation, leur déroulement et la comptabilité des résultats. Le
fonctionnement régulier et séduisant des institutions démocratiques rassure les
béninois et fait la fierté de ce pays d’Afrique occidentale. Mais les élections
restent, comme dans tous les pays, influencées par l’ethnocentrisme et le
régionalisme à outrance. Le lieu de naissance est le principal fief de chaque
candidat même si la RB a la part de lion. La multiplication récente des partis
et mouvements pourrait influencer les grands partis. Le nord profond sera
partagé entre le dauphin de Kérékou s’il en a, le Fard Alafia, l’Alliance Etoile
et quelques petits candidats aventuriers. Le Nord proche reviendra en grande
partie à Yayi Boni qui le partagerait avec Pierre Osho. La RB de Soglo et la
Force Clé partageront le Centre. Le sud ouest reviendra au PSD de Amoussou Bruno
qui le partagera avec Gamesu et quelques petits partis à peine connus comme le
FFC. Le PRD dominera le sud où le MADEP aussi reste suffisamment populaire. Ce
qui pourrait nuancer la donne, c’est que Soglo, Yayi et Houngbédji sont des
candidats nationaux, qui influencent tout le pays. Yayi Boni pourrait tout aller
au deuxième tour avec Houngbédji et Soglo. Amoussou se contentera de ses
quelques fidèles du Mono. Ce qui est évident, c’est qu’aucun candidat ne sera
élu au premier tour. Le peuple pourrait surprendre si Kérékou désignait un
dauphin car malgré la gestion calamiteuse du Général amicalement appelé
« Caméléon », il est toujours d’une popularité non négligeable.
En conclusion, c’est le peuple qui élit et
il pourrait réserver des surprises de tailles, ce qui est encore évident, c’est
que le prochain président a de grands chantiers. L’économie étant souffreteuse,
le social alarmant, le prochain gouvernement doit affronter courageusement les
obligations de développement, il doit être d’une ambition haute, créative et
patriotique. La lutte contre la corruption l’attend et le VIH sida qui ne cesse
de s’imposer deviendra la principale préoccupation de la santé publique.
L’éducation, traînée au rabais avec des programmes rocambolesques doit être
reformée, la presse organisée et l’armée davantage démocratisée. Les relations
entre la municipalité de Cotonou et le Ministère de l’intérieur doivent être
harmonisées pour l’orientation de l’urbanisation.
Le Bénin pourrait ainsi davantage
s’imposer en Afrique et dans le monde.
MAX Carmel
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