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16 janvier 2006

 
[ No 325: 16-01-06]
Présidentielles 2006 au Bénin: La Succession du Général s’annonce houleuse : Yayi BONI Candidat !

Plus de 27 ans à la tête de l’Ex Dahomey et frappé par la limite d’âge et le nombre de mandats, Kérékou tire sa révérence politique. Il a moins de 4 mois pour quitter le Palais de la Marina. Mais déjà, politiques de tous bords se bousculent pour le remplacer. Le gouvernement étouffé, la CENA longtemps malmenée par les caprices du général hésitant, le parlement démesurément politisé, la succession de Kérékou sera houleuse.

Le Bénin vivra des périodes électorales historiques au cours de ce premier trimestre 2006. D’abord, parce que les deux principaux dinosaures de la politique nationale sont exclus de la prochaine course par la constitution. Ensuite parce qu’en finissant son deuxième mandat démocratique, le président Kérékou, par son mutisme et son génie désenchantant à réussi à entretenir une ambiguïté inquiétante sur les prochaines élections par son ministre de l’économie, Cosme SEHLIN qui a retardé de plusieurs semaines le déblocage du budget de la CENA, la Commission Electorale Nationale Autonome. Cette situation cancéreuse a entretenu une longue polémique dans l’opinion nationale. L’entourage de Kérékou, divisé en trois catégories, les révisionnistes qui poussent le Général à toiletter la constitution pour briguer un troisième mandat démocratique, les antirévisionnistes qui sont essentiellement des candidats potentiels ou proches de leaders et les prudents avec à la tête Pierre Osho, ministre de la défense, fidèle allié de Kérékou qui revendiquent le patrimoine politique du Général et qui a démissionné dernièrement. Les derniers attendent que le président béninois sortant désigne un dauphin. Ce qui n’est pas encore officiellement fait jusqu’alors. L’entourage intime de Kérékou, avait donc, à la surprise des constitutionnalistes béninois, laisser présager que pour des raisons financières, Kérékou resterait encore deux années supplémentaires au pouvoir afin que les élections municipales, législatives et présidentielles soient simultanément organisées en 2008. Le peuple a crié au scandale et l’Union Européenne a déjoué ce rêve en débloquant d’urgence 4 milliards pour financer le colossal budget électoral.

Brefs rappels…

            Primo, le président Kérékou avait pris suffisamment du temps pour annoncer officiellement son départ du pouvoir « par le respect de la constitution et de l’honneur ». C’était l’hors d’une rencontre sociale avec les enseignants béninois. Alors que pendant plusieurs mois, la presse nationale avait animé une polémique complexe et diversifiée sur le départ de Kérékou.

Secondo à seize mois de sa fin de mandat, le président a procédé à un remaniement étonnant et inquiétant : il a fait partie Amoussou Bruno qui est l’un de ses éventuels successeurs et Lazare SEHOUETO, le jeune ministre qui dérangeait par ses ambitions et sa popularité grandissante.

Un Général de l’armée a été nommé au Ministère de l’intérieur, ce qui est une première depuis l’avènement de la démocratie au Bénin en 1990 à la suite de la conférence nationale.

Tertio, plusieurs activistes de l’ère marxiste-léniniste des temps révolutionnaires et dictatoriaux de Kérékou de 1972 à 1990 sont revenus dans son dernier gouvernement.  Un vieil icône de la sanglante histoire despote du Bénin a été nommé au Ministère d’Etat chargé de la planification, principal portefeuille ministériel du Bénin. Il y a aussi le maintien de Pierre Osho à la tête du Ministère de défense alors qu’il bouclait ainsi une décennie au gouvernement, ce qui est rare.

Quarto, Kérékou s’était mis à reconstruire en mobilisant une vingtaine de milliards sa résidence officielle. Si après avoir entamé la construction de la présidence à Lomé, Eyadema pensait à son fils qui lui succéderait, au Bénin, les ambitions de Kérékou restaient discrètes.

Quinto, l’entourage du président a animé une polémique politicienne de révisionnisme qui indexait, contre l’attente du peuple, la constitution. Ces éléments coïncident avec le mutisme du chef de l’Etat, les doutes avaient de quoi plané sur son départ du palais de Marina, encore que comme au Togo, l’un de ses fils s’est retrouvé au parlement et qu’un grand nombre d’entre eux pullulent dans l’armée béninoise. Mais Kérékou a fini par confirmer son départ en débloquant, malheureusement à compte goutte, au début de l’année le budget de la CENA, chargée des élections.

Les candidats se multiplient

D’abord, rappelons que l’Assemblée nationale a mis des barrières aux candidatures fantomatiques et fangeuses en quadruplant les frais de dossiers de candidature, au lieu de cinq millions, tout candidat à la magistrature suprême doit payer désormais 20 millions. Ensuite, le nombre des partis et mouvements politiques s’est multiplié avec aujourd’hui plus de 250 partis et mouvements politiques.

Les candidats potentiels et connus de tous sont essentiellement, d’anciens candidats malheureux. Nicéphore Soglo, leader charismatique du principal parti de l’opposition, la Renaissance du Bénin est au tant que le Général sortant frappé par la limite d’âge. En effet, l’âge limite à la candidature est de 70 ans à la date de dépôt de dossier selon la constitution.

  Ainsi, les principaux candidats sont connus de tous. Amoussou Bruno, ancien ministre de Kérékou et président du PSD, Andrien Houngbédji, ancien président de l’Assemblée et président du PRD qui pouvait être le mieux parti de la course mais à qui le peuple béninois reproche sa transhumance politique et l’orgueil injustifié au nom duquel il a refusé d’être le Maire de Porto Novo alors qu’il était le candidat élu à l’hôtel de ville de la capitale administrative. Lehady Soglo, fils de Nicéphore Soglo dont il est l’adjoint à la Mairie de Cotonou a été désigné par son parti comme le prochain candidat de la principale formation de l’opposition qui a effrité malheureusement sa popularité ces dernières années par les conflits internes et la gestion impertinents du parti par l’épouse du président Soglo qui en assure la présidence.

Ce sont là les candidats de poids. Mais à côté de ce trio, une multitude d’anciens candidats sont attendus, il s’agit de M. Lionel Agbo, du Général Kouyami, de Djagoué, … mais aussi de la vieille dame de fer, Marie Elise GBEDO qui pourrait surprendre plus d’un. De nouveaux candidats sont attendus. Les mieux partis d’entre eux sont Antoine Idji Kolawolé, l’actuel président de l’assemblée nationale qui serait le probable candidat du MADEP, le parti du richissime homme d’affaire Sefou Fagbohoun.

Ensuite, le DR Yayi Boni, très attendu, l’actuel président de la BOAD et qui est, selon certains observateurs, le probable prochain président.

La popularité de cet homme courageux a si bien dérangé que le parlement a tenté par une loi fantoche de l’exclure de la course. La cour constitutionnelle a heureusement volé au secours de celui qui fait une unanimité incontestable dans une grande partie du Nord.

 La course aux présidentielles a toujours été populeuse au Bénin, 24 candidats en 2001, le chiffre pourrait être plus d’une vingtaine cette année malgré le léger durcissement des critères financiers de candidature. Pierre Osho, après sa démission est attendu comme l’éventuel dauphin de Kérékou dont il reste le fils politique le plus loyal.

Les enjeux des prochaines élections

            Elles auront lieu le 05 Mars prochain pour le premier tour. Le second tour, inévitable compte tenu de la situation est attendu 15 jours plus tard ; car aucun candidat ne pourra gagner au premier tour. Le nouveau président doit prendre service au plus tard le 04 avril 2006.

            Après quinze années de démocratie réussie et exemplaire pour le continent, les élections sont suffisamment fiables par leur organisation, leur déroulement et la comptabilité des résultats. Le fonctionnement régulier et séduisant des institutions démocratiques rassure les béninois et fait la fierté de ce pays d’Afrique occidentale. Mais les élections restent, comme dans tous les pays, influencées par l’ethnocentrisme et le régionalisme à outrance. Le lieu de naissance est le principal fief de chaque candidat même si la RB a la part de lion. La multiplication récente des partis et mouvements pourrait influencer les grands partis. Le nord profond sera partagé entre le dauphin de Kérékou s’il en a, le Fard Alafia, l’Alliance Etoile et quelques petits candidats aventuriers. Le Nord proche reviendra en grande partie à Yayi Boni qui le partagerait avec Pierre Osho. La RB de Soglo et la Force Clé partageront le Centre. Le sud ouest reviendra au PSD de Amoussou Bruno qui le partagera avec Gamesu et quelques petits partis à peine connus comme le FFC. Le PRD dominera le sud où le MADEP aussi reste suffisamment populaire. Ce qui pourrait nuancer la donne, c’est que Soglo,  Yayi  et Houngbédji sont des candidats nationaux, qui influencent tout le pays. Yayi Boni pourrait tout aller au deuxième tour avec Houngbédji et Soglo. Amoussou se contentera de ses quelques fidèles du Mono. Ce qui est évident, c’est qu’aucun candidat ne sera élu au premier tour. Le peuple pourrait surprendre si Kérékou désignait un dauphin car malgré la gestion calamiteuse du Général amicalement appelé « Caméléon », il est toujours d’une popularité non négligeable.

            En conclusion, c’est le peuple qui élit et il pourrait réserver des surprises de tailles, ce qui est encore évident, c’est que le prochain président a de grands chantiers. L’économie étant souffreteuse, le social alarmant, le prochain gouvernement doit affronter courageusement les obligations de développement, il doit être d’une ambition haute, créative et patriotique. La lutte contre la corruption l’attend et le VIH sida qui ne cesse de s’imposer deviendra la principale préoccupation de la santé publique. L’éducation, traînée au rabais avec des programmes rocambolesques doit être reformée, la presse organisée et l’armée davantage démocratisée. Les relations entre la municipalité de Cotonou et le Ministère de l’intérieur doivent être harmonisées pour l’orientation de l’urbanisation.

            Le Bénin pourrait ainsi davantage s’imposer en Afrique et dans le monde.

MAX Carmel

 

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