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A l’analyse, on ne peut que se
presser de dénoncer cette mise en
scène, la platitude, les
incohérences de fond,
l’illégitimité de ce non-événement
qui n’est en réalité qu’une
kermesse, un nouvel épisode de la
traditionnelle « série
faureklorique » qui est servie
au peuple togolais depuis 38 ans
et réactualisée depuis le 5
février2005.
C’est peut-être « une tradition
pour les forces armées sous tous
les cieux de se retrouver
périodiquement, en vue de faire
une revue des événements les ayant
affectées ou ayant affecté la
Nation, afin de se préparer à y
faire face plus efficacement à
l’avenir », comme l’a si bien
précisé le commandant Kémence
Oyomé qui a livré la déclaration
des FAT. L’occasion permet
aujourd’hui aux Togolais de
plancher sur le bien fondé, la
légitimité, l’utilité d’un tel
événement. Il ne vise en réalité
qu’à réaffirmer l’allégeance des
forces armées aux Gnassingbé,
« c’est ce qui nous rassemble ce
jour autour de votre personne en
votre qualité de chef suprême des
Armées », avait-il précisé. A
preuve, il a largement fait
l’apologie du papa à Faure. Cet
événement n’est point le bienvenu
à un moment où les Togolais et la
Communauté Internationale
attendent de voir les militaires
mis en cause par les divers
rapports sur les violences pré et
post électorales être traduits en
justice. L’appellation de ce
folklore souffre d’ailleurs d’une
pathologie de terminologie et de
sémantique car le contenu de
« cette chose » n’épouse en
rien la dénomination qui lui est
donnée. Un « rapport » est
destiné à éclairer sur des zones
d’ombre, à apporter des
informations, des précisions sur
un fait. Et à plus forte raison
quand c’est un « Grand
Rapport », il doit remplir
davantage ces fonctions. Pour
celui-ci, il n’en est rien. Ce
n’est qu’un « grand plagiat »
des différents rapports établis,
une simple interprétation
partisane des événements. Il est
« diaboliquement » truffé
d’incohérences et sème du flou
dans les esprits. Ce qui nous
amène à nous attaquer au fond de
ce document provocateur.
Ce cirque est une insulte à
l’endroit du peuple togolais car
au sein de ces forces armées qui
veulent « dire haut et fort »
qu’elles restent « fidèles à
leur serment de loyauté aux
institutions de la République »
et réaffirmer « leur engagement
républicain pour l’aboutissement
des idéaux de paix, de
réconciliation et de justice en
vue d’une démocratie apaisée dans
notre pays », figurent des
militaires qui ont tiré à balles
réelles sur les jeunes
manifestants sans armes, éventré
un bébé de trois mois…Le cynisme
est poussé à son comble à travers
cette déclaration. Si, près de dix
(10) mois après ces violences
inouïes, on continue à tenir des
propos tels, « Les Forces
Armées, conscientes du réel danger
d’insurrection et de guerre civile
qui se profile à l’horizon, ne
pouvaient rester les bras croisés.
C’est pourquoi elles ont pris
leurs responsabilités devant la
Nation et devant l’histoire pour
préserver la paix et la quiétude
plutôt que d’attendre
l’irréparable avant de
s’impliquer », cela signifie
que cette armée ne regrette pas
d’avoir « tué » « 154
Togolais », blessé des
milliers et envoyé près de 40.000
autres en exil. Si c’était à
refaire, elle le referait donc, et
s’il le faut, « en tuer
davantage ». Est-ce à dire que
les plans d’insurrection et de
guerre civile étaient fomentés par
le peuple ? Mais l’on se demande
ce qui avait poussé François BOKO,
ministre de l’Intérieur et de la
Sécurité à l’époque à jeter
l’éponge ce 22 avril 2005. Dans
des Etats normaux, un simple mea
culpa des forces armées aurait été
fait depuis fort longtemps, ce qui
aurait suffi à apaiser les cœurs
des victimes de ces sauvageries.
Et là, la réconciliation
nationale, l’unité des fils du
pays et la paix seraient venues
d’elles-mêmes. Face à l’invasion
de nos villes par « des jeunes
surexcités », « les forces
armées, derniers recours…sont
intervenues pour prêter mains
fortes aux forces de sécurité et
de maintien de l’ordre ». Des
bérets rouges, naturellement
formés pour …, furent déployés
dans les villes pour
« pacifier » les
manifestations. Ils sont allés
jusqu’à tirer sur des citoyens
jusque dans leurs chambres à
coucher. A supposer que ces
soldats furent en situation de
légitime défense face aux jeunes
révoltés brûlant juste des pneus
et creusant des tranchées sur les
rues, la défense a-t-elle été
proportionnelle à la menace ?
Sinon, cette non proportionnalité
pourrait suffire à elle seule pour
constituer une cause de justice si
nous étions dans un Etat normal.
Aux juristes de nous situer. La
volonté de semer du flou et le
cynisme est manifeste lorsque le
liseur postulait : « Il y a eu
des pertes en vies humaines…,
pertes qui ne sont pas toutes le
fait des Forces Armées… ». Qui
a aussi tué ? Justement, la
commission Koffigoh à laquelle il
se réfère a subtilement omis de
préciser le nombre de personnes
tuées par balles et celles tuées à
coups de machettes alors qu’elle
s’est rappelée de faire cette
précision pour les blessés. Comme
si l’équipement dont elle dispose
n’est pas assez performant, on
demande encore à « augmenter
l’efficacité de l’armée en la
dotant de nouveaux équipements ».
Afin de tuer davantage ?
Ce grand rapport des FAT n’est en
somme qu’une motion de soutien au
régime en place, une réaffirmation
de la « militarisation » du
pouvoir, une confirmation de
l’assertion selon laquelle au
Togo, l’armée constitue un
obstacle à l’alternance politique
pour sa caution apportée au clan
Gnassingbé. Comment y remédier
alors ? Nous avions justement
voulu proposer une piste en
titrant un de nos précédents
articles « Le service
militaire, une alternative pour
nos Etats ? », convaincus que
la défiance et la peur du gendarme
pouvaient constituer un début de
domestication de l’armée.
TINO Kossi |