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31 décembre 2005

 

[No 46: 30-12-05]
Grand Rapport des FAT, une plaisanterie de mauvais goût et à fort relent de cynisme
Nombre de Togolais ont tout de go pensé à une chorale des Forces Armées Togolaises à la vue de la large photo d’hommes en uniforme, au milieu desquels on ne pouvait ne pas remarquer deux Gnassingbé bien flashés, qui s’arrachait la une du canard national « Togo-Presse » du mardi 27 décembre dernier. C’est à la lecture du titre hiéroglyphe qui pendait là-dessus que les Togolais avaient été situés. Il s’agirait de leur «Grand rapport de l’année 2005» rendu public le 26 décembre dernier à Kara.

A l’analyse, on ne peut que se presser de dénoncer cette mise en scène, la platitude, les incohérences de fond, l’illégitimité de ce non-événement qui n’est en réalité qu’une kermesse, un nouvel épisode de la traditionnelle « série faureklorique » qui est servie au peuple togolais depuis 38 ans et réactualisée depuis le 5 février2005.

C’est peut-être « une tradition pour les forces armées sous tous les cieux de se retrouver périodiquement, en vue de faire une revue des événements les ayant affectées ou ayant affecté la Nation, afin de se préparer à y faire face plus efficacement à l’avenir », comme l’a si bien précisé le commandant Kémence Oyomé qui a livré la déclaration des FAT. L’occasion permet aujourd’hui aux Togolais de plancher sur le bien fondé, la légitimité, l’utilité d’un tel événement. Il ne vise en réalité qu’à réaffirmer l’allégeance des forces armées aux Gnassingbé, « c’est ce qui nous rassemble ce jour autour de votre personne en votre qualité de chef suprême des Armées », avait-il précisé. A preuve, il a largement fait l’apologie du papa à Faure. Cet événement n’est point le bienvenu à un moment où les Togolais et la Communauté Internationale attendent de voir les militaires mis en cause par les divers rapports sur les violences pré et post électorales être traduits en justice. L’appellation de ce folklore souffre d’ailleurs d’une pathologie de terminologie et de sémantique car le contenu de « cette chose » n’épouse en rien la dénomination qui lui est donnée. Un « rapport » est destiné à éclairer sur des zones d’ombre, à apporter des informations, des précisions sur un fait. Et à plus forte raison quand c’est un « Grand Rapport », il doit remplir davantage ces fonctions. Pour celui-ci, il n’en est rien. Ce n’est qu’un « grand plagiat » des différents rapports établis, une simple interprétation partisane des événements. Il est « diaboliquement » truffé d’incohérences et sème du flou dans les esprits. Ce qui nous amène à nous attaquer au fond de ce document provocateur.

Ce cirque est une insulte à l’endroit du peuple togolais car au sein de ces forces armées qui veulent « dire haut et fort » qu’elles restent « fidèles à leur serment de loyauté aux institutions de la République » et réaffirmer « leur engagement républicain pour l’aboutissement des idéaux de paix, de réconciliation et de justice en vue d’une démocratie apaisée dans notre pays », figurent des militaires qui ont tiré à balles réelles sur les jeunes manifestants sans armes, éventré un bébé de trois mois…Le cynisme est poussé à son comble à travers cette déclaration. Si, près de dix (10) mois après ces violences inouïes, on continue à tenir des propos tels, « Les Forces Armées, conscientes du réel danger d’insurrection et de guerre civile qui se profile à l’horizon, ne pouvaient rester les bras croisés. C’est pourquoi elles ont pris leurs responsabilités devant la Nation et devant l’histoire pour préserver la paix et la quiétude plutôt que d’attendre l’irréparable avant de s’impliquer », cela signifie que cette armée ne regrette pas d’avoir « tué » « 154 Togolais », blessé des milliers et envoyé près de 40.000 autres en exil. Si c’était à refaire, elle le referait donc, et s’il le faut, « en tuer davantage ». Est-ce à dire que les plans d’insurrection et de guerre civile étaient fomentés par le peuple ? Mais l’on se demande ce qui avait poussé François BOKO, ministre de l’Intérieur et de la Sécurité à l’époque à jeter l’éponge ce 22 avril 2005. Dans des Etats normaux, un simple mea culpa des forces armées aurait été fait depuis fort longtemps, ce qui aurait suffi à apaiser les cœurs des victimes de ces sauvageries. Et là, la réconciliation nationale, l’unité des fils du pays et la paix seraient venues d’elles-mêmes. Face à l’invasion de nos villes par « des jeunes surexcités », « les forces armées, derniers recours…sont intervenues pour prêter mains fortes aux forces de sécurité et de maintien de l’ordre ». Des bérets rouges, naturellement formés pour …, furent déployés dans les villes pour « pacifier » les manifestations. Ils sont allés jusqu’à tirer sur des citoyens jusque dans leurs chambres à coucher. A supposer que ces soldats furent en situation de  légitime défense face aux jeunes révoltés brûlant juste des pneus et creusant des tranchées sur les rues, la défense a-t-elle été proportionnelle à la menace ? Sinon, cette non proportionnalité pourrait suffire à elle seule pour constituer une cause de justice si nous étions dans un Etat normal. Aux juristes de nous situer. La volonté de semer du flou et le cynisme est manifeste lorsque le liseur postulait : « Il y a eu des pertes en vies humaines…, pertes qui ne sont pas toutes le fait des Forces Armées… ». Qui a aussi tué ? Justement, la commission Koffigoh à laquelle il se réfère a subtilement omis de préciser le nombre de personnes tuées par balles et celles tuées à coups de machettes alors qu’elle s’est rappelée de faire cette précision pour les blessés. Comme si l’équipement dont elle dispose n’est pas assez performant, on demande encore à « augmenter l’efficacité de l’armée en la dotant de nouveaux équipements ». Afin de tuer davantage ?

Ce grand rapport des FAT n’est en somme qu’une motion de soutien au régime en place, une réaffirmation de la « militarisation » du pouvoir, une confirmation de l’assertion selon laquelle au Togo, l’armée constitue un obstacle à l’alternance politique pour sa caution apportée au clan Gnassingbé. Comment y remédier alors ? Nous avions justement voulu proposer une piste en titrant un de nos précédents articles « Le service militaire, une alternative pour nos Etats ? », convaincus que la défiance et la peur du gendarme pouvaient constituer un début de domestication de l’armée.

TINO Kossi

 
 

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Christophe M'Kenna BAYOGDA
1952 - 2005

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