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«Mendèfrèrisme»
L’on ne devrait pas s’étonner de l’image qu’offre
l’administration publique, faite de « laxisme »,
de « lourdeur » quand on embauche sur des
bases subjectives. On est embauché, non pas parce
qu’on a le profil idéal recherché pour occuper un
poste, plutôt parce qu’on est le petit fils de « Kpatcha »
ou de « Kodjokpoui », on vient de la famille
« Abalo » ou « d’Almeida », on a son oncle ou
une connaissance déjà dans la boîte. A titre
d’illustration, pendant les grandes vacances de
2003, un jeune étudiant cherchait un job pour
occuper les vacances et ses courses l’avaient amené-
par ignorance- à Togo-Télécom. Son interlocuteur à
qui il s’était adressé a été d’abord tout étonné
qu’il ait eu le culot de s’aventurer à Togo -Télécom.
La question qui lui a été ensuite posée était la
suivante : « qui est derrière ton dossier ? »
Voyez-vous ?
Chasse-gardée de certaines populations
L’honnêteté recommande de faire remarquer que
l’administration togolaise est devenue le pré carré
de certaines ethnies. Tout comme l’armée togolaise,
des plus ethnicisées en Afrique, ce que décrivait M.
Comi Toulabor, Professeur au CEAN-Sciences Po
Bordeaux en ces termes : « sur les 13.000 hommes
qu’elles (Forces Armées Togolaises) comptent, 10.000
viennent de la partie septentrionale du pays et les
3.000 restant du Sud. Parmi ces 10.000 hommes du
Nord, 7.000 sont Kabyè », 53,84% des effectifs
des forces armées pour une ethnie qui fait à peine
12% de la population totale du Togo,
l’administration togolaise est aussi tribalisée.
Mieux, elle est « kabyeïsée ».
Sans vouloir frustrer ou remettre en cause les
compétences individuelles des ressources humaines
des élites de ce peuple, souffrez que l’on dise que
c’est une plaie de tribaliser l’administration
publique. C’est une tacite « kabyeïsation »
de l’administration, une formule d’ « ARYENisation »
de cette ethnie aux dépens de la multitude que
compte le pays. Que l’on aille consulter
l’organigramme, le personnel des ministères et
société, d’Etat pour s’en persuader.
On
dira certes que cette ethnicisation de
l’administration n’est pas une invention « Gnassingbélandaise »
et que le cas fait légion un peu partout en Afrique,
mais cela ne saurait constituer une excuse.
Administration « RPTéïsée »
Le
Togo est trop petit et on ne se connaît que trop.
Comme pour paraphraser la fameuse pensée d’Aristote
« Nul n’entre ici s’il n’est géomètre », nul
n’entre dans la Fonction publique s’il n’est « RPTiste »
ou sympathisant du RPT. Tout compte fait, ne se
taille pas une place dans l’administration publique
qui veut. Même pour les jeunes Togolais à la
recherche d’emploi ou pour se faire traiter un
dossier, il faudra lui donner tout le poids en
faisant rallier à sa cause quelqu’un du sérail. Ceux
qui se sont taillé une place dans la Fonction
publique sans identité du RPT doivent dissimuler
leur appartenance politique au risque de… Il ne faut
surtout pas se faire connaître de l’Union des Forces
de Changement (UFC). Combien de fois des
fonctionnaires qui se sont identifiés à des partis
politiques de l’opposition lors des périodes
électorales ne sont-ils pas virés ? Et pour
sauvegarder son poste, l’on sait la place qui est
faite au zèle politique.
La
politisation de l’administration est plus
remarquable dans l’organigramme des ministères et
sociétés d’Etat. Les postes de responsabilité sont
occupés par qui ont sait et les miettes aux autres.
Ne saurait être Directeur Général de Togo-Télécom,
Togocel, Port Autonome de Lomé, Douanes, les Impôts…
qui veut
Militarisation à outrance
L’administration togolaise est au pas des bottes. Ce
n’est un secret pour personne que l’armée est une
béquille du pouvoir. Pour cela, des postes de
responsabilité civile sont confiés aux hommes en
tenue. Le Port, la Direction des Transports
routiers... ça ne fait que trop. L’illustration qui
est d’actualité ce sont les mouvements opérés à la
Direction Générale
de
la
Police Nationale. Nombre d’observateurs ont fait
remarquer que ce poste n’est pas militaire. Mais les
gouvernants togolais n’ont eu aucune peine à la
faire diriger par un militaire. Le
Lieutenant-colonel Mateindou Monpion est venu
remplacer l’autre, Ouro Agadazi. Il en est de même
pour le ministère de la sécurité qui est occupé par
le Colonel Titikpina.
Promotion de l’incompétence
Comment peut-on s’étonner de la « lourdeur »
de l’administration dans de telles conditions ?
Avec toutes ces plaies et quand on embauche sur des
critères subjectifs, il est évident de s’attendre à
des rendements proportionnels. C’est normal que
« Dans l’administration publique, à l’opposé du
secteur privé, les gens ne voient pas les raisons
pour lesquelles il faut se presser pour traiter un
dossier », comme le dit si bien le Ministre de
l’emploi, Foli-Bazi Katari. Par contre, les vraies
compétences se meurent, les vrais génies sont au
chômage, inexploités.
C’est encore prévisible que les employés ne sachent
pas ce pourquoi ils ont été embauchés. Des dames qui
passent leur temps à tailler les ongles au moment où
traînent des tas de dossier, et c’est pourtant elles
qui seront promues à travers la fameuse formule de
« promotion canapé ».
Pour « s’orienter vers une plus grande
compétitivité et un dynamisme plus fort… assumer
pleinement sa contribution à l’œuvre de la
reconstruction d’un Etat moderne » et être
« un moteur de développement », l’administration
devra soigner toutes les plaies énumérées plus haut
qui constituent les vrais maux qui la minent. La
pile de recommandations faites par les Etats
généraux de l’administration ne sont que de gros
mots.
TINO Kossi |