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Liberté Hebdo  
[ 292  du 14 Dec 2007]

15 Dec 2007 

Les prédictions de «Jeune Afrique» : Gouvernement d’union : « Il n’y aura pas de ministre issu de l’UFC »
L’hebdomadaire panafricain «Jeune Afrique» écrit cette semaine « qu’il n’y aura pas de ministre issu du principal parti d’opposition » (UFC, ndlr) dans le gouvernement de Komlan Mally (…). Le Comité d’action pour le renouveau (CAR) n’y sera pas non plus (…). « On ignore d’où ce journal tient ses informations car pour le moment, le président du Togo, Faure Gnassingbé, et le nouveau PM poursuivent leurs consultations », s’indigne le site gouvernemental republicoftogo.com.

«Jeune Afrique» explique le boycott des partis d’opposition par leur souci de faire  « assumer » au RPT sa victoire aux législatives.

« En cas d’échec de Komlan Mally à relancer l’économie et à améliorer le quotidien de la population, l’opposition n’aurait pas pu lui en faire le reproche lors de la présidentielle prévue dans deux ans si elle avait gouverné avec lui … », écrit encore l’hebdo.

Mais depuis quelques jours, des rumeurs persistantes font état de ce que certains responsables de l’opposition seraient prêts à entrer dans le prochain gouvernement. On susurre que c’est cette décision qui justifie la démission de certains nouveaux à l’Assemblée nationale.

L. H.

Combat pour la Bonne gouvernance : De la nécessité de réformer l’administration togolaise « malade »
De l’avis des observateurs avisés, on ne serait pas aujourd’hui à l’ère de la reprise de la coopération si l’Union européenne n’a pas fait le gendarme derrière le pouvoir togolais. En effet l’UE a offert des pistes, tracé une feuille de route à respecter par le Togo afin de motiver la reprise de sa coopération. Ce sont les 22 engagements souscrits en avril 2004 par le gouvernement togolais conduit à l’époque par Koffi Sama, qui exigeaient très simplement du pouvoir l’organisation d’élections législatives transparentes et acceptées par tous et appelaient plus à une normalisation de la vie politique. Ce qui semble accompli aujourd’hui avec l’organisation du scrutin du 14 octobre dernier jugé juste et crédible par l’Institution européenne. A présent que cette fameuse coopération est reprise, et les fonds tombent déjà - 17 milliards de FCFA viennent d’être encaissés, d’autres décaissements sont attendus et on estime à 120 millions d’Euros, soit près de 80 milliards de FCFA le pactole inscrit au titre du 10eme FED -  le combat devra être orienté vers la Bonne gouvernance. Et parlant de bonne gouvernance, l’administration togolaise est loin d’être une référence. Elle est proprement « malade », minée par des fléaux gargantuesques et il urge de l’en guérir.

Politisation et copinage
L’Administration au Togo est l’objet d’une politisation à outrance. Ainsi, elle est la chasse gardée d’une minorité. Toutes les sociétés d’Etat sont régentées par des pontes du clan. De Togo Télécom en passant par le Port Autonome de Lomé, les Douanes, les Impôts, les Phosphates etc.…les directions générales sont le magot des dignitaires du clan. On ne peut donc pas administrer ces structures si on n’a pas l’étiquette RPT. Cette politisation est doublée de copinage. L’illustration parfaite est donnée par le cas de cette dame dénommée « La Dame de fer » et qui donne des migraines aux insolvables libanais…(suivez nos regards). On la dit très, très… proche du Premier des Togolais…

« Ethnicisation »
C’est une malheureuse réalité au Togo. L’administration est l’objet d’une régionalisation, mieux, d’une « ethnicisation » inédite. Elle est la chasse gardée des originaires d’une certaine ethnie... Il suffit de consulter l’organigramme des sociétés d’Etat pour s’en convaincre. L’administration togolaise est à l’image de l’Armée, outrageusement dominée par une seule ethnie. Ceux qui n’en sont pas originaires ou  ne débarquent pas sous le couvert d’« un grand quelqu’un » voient tout simplement leurs chances réduites. Ce faisant, ce sont les compétences que l’on chasse de servir leur pays.

Une gestion élastique
Les normes internationales  recommandent une alternance au sommet des structures d’Etat pour garantir la Bonne gouvernance. Mais ces directives semblent foulées au pied au Togo. Il est loisible de voir des personnalités occuper indéfiniment des directions générales de sociétés. Un  cas illustratif est celui de l’actuel préposé à la direction générale de la LONATO (Loterie Nationale Togolaise), le sieur Kudjow-Kum Pekemsi qui occupe le poste depuis 1993. Voici donc depuis 14 ans que l’homme y est. Le hic, c’est que ce sont des sociétés qui brassent des milliards de FCFA. Durent-ils tant parce qu’ils sont compétents ? Ce n’est forcément pas le cas quand on sait qu’aujourd’hui, la boîte du néo député démis est au bord de la faillite. Et ces cas ne sont que des exemples parmi tant d’autres.

Cumul de fonctions
Ce fléau combattu avec énergie sous d’autres cieux est presque institutionnalisé au Togo. Bien que le cumul de fonctions soit prohibé par la loi, des personnalités des plus en vue défient ces textes. Et l’illustration parfaite est donnée par le cas Kpatcha Gnassingbé. L’homme cumule depuis 2005 le ministère de la Défense et des Anciens Combattants avec celui de Directeur Général de la SAZOF (Société d’Administration de la Zone Franche).    Pourtant, la Constitution de la IVe République adoptée par Référendum le 27 septembre 1992, promulguée le 14 octobre de cette même année et révisée par la loi n°2002-029 du 31 décembre 2002 stipule en son article 76 alinéa 2e que « Les fonctions de membre du Gouvernement sont incompatibles avec l’exercice de tout mandat parlementaire, de toute fonction de représentation professionnelle à caractère national et tout emploi privé ou public, civil ou militaire ou de tout autre activité professionnelle ».

On ne peut  pas s’empêcher de citer aussi le cas Ably Bidamon. En plus de son «juteux» poste de Directeur Général des Douanes, il continuerait d’occuper aussi celui de Togocel qu’il brigeait avant d’être propulsé à la Douane. On s’en convainc, puisqu’on ne lui connaît pas de successeur officiel. 

Dans tous ces cas de figure, on ne saurait attendre d’une telle administration de donner des performances optimales. Une administration pareille fait toujours le lit à la gabegie, au clientélisme, à la malversation financière. La société est gérée dans une opacité totale, tout part du DG et revient à lui. Au lieu que les dividendes profitent à tous les Togolais, il s’organise un réseau mafieux et c’est seul un groupuscule qui se sucre les ressources. Ces directeurs ne se sentent nullement inquiétés car se sachant dans les bonnes grâces du clan. Un personnage qui occupe un poste de responsabilité grâce à sa casquette politique, ses relations familiales avec les décideurs du pays, ou qui cumule les fonctions de responsabilité s’abritera toujours sous ses relations et se soustraira aux devoirs d’obligation de résultats. Et c’est le pays qui en pâtit.

Il s’impose donc une véritable réforme de l’administration togolaise afin de la mettre au service de tous les Togolais et l’adapter aux nouvelles donnes internationales. Le combat pour la Bonne gouvernance, le cheval de batail de la mission conjointe FMI- Banque Mondiale, serait ainsi en partie gagné.    

TINO Kossi 

Universalité des droits de l’homme et de la justice :  Encore des efforts à faire
Les concepts de droits de l’homme et de justice sont anciens, mais ils ont évolué pendant l’Histoire. Ces deux notions intrinsèques ont une portée universelle même s’il existe des restrictions dans chaque pays. Un pouvoir judicaire peut être conscient d’une situation d’injustice et refuser, à cause de certaines pesanteurs, de dire le droit ; ce qui constitue une double atteinte aux droits de l’homme. Un fait qui est courant dans le monde et qui amène parfois les plus faibles à n’avoir confiance qu’à la  justice internationale.

La question des droits de l’homme et de la justice avant 1948
Le problème des droits de l’homme et de la justice est lié à celui de l’existence humaine. Des droits naturels ou intrinsèques à l’homme sont déjà explicitement mentionnés dans des textes religieux. Exemple des « Dix Commandements » qui reconnaissent le droit à la vie, à l’honneur. De même, à en croire Aristote (284-822 avant J.-C), les règles de justice ne sont pas le résultat d’une procédure contractuelle, par laquelle les hommes fixeraient les règles de leur vie en commun. Celles-ci ne dérivent pas de la convention ni même d’un consensus spontané ou encore d’un contrat tacite. Les règles de justice sont des normes mais qui dérivent de la nature des choses et de l’homme. N’est-ce pas au nom de cette justice que des jugements sont rendus dans les sociétés antiques et traditionnelles ?

Dans l’antiquité, l’esclave, au même titre que la femme, n’est pas considéré comme un citoyen. C’est en somme un être domestiqué qui se vend, s’achète, c’est une marchandise, un outil… Mais au nom de la justice, Spartacus (mort en 71 avant J.-C) tente de mettre en cause cet ordre en menant la plus grande révolte des esclaves.

La première fois où les droits de l’homme sont clairement formulés et servent d’exemple pour les déclarations à venir, fut le 15 juin 1212 quand le Roi Jean (1167-1216) d’Angleterre proclame la « Magan Carta » ou « 
la Grande Charte ». Il s’agit d’une loi garantissant la liberté individuelle et protégeant contre l’arbitraire judiciaire. Pourtant, les Anglais ont participé à la traite des noirs et à la conquête du « Nouveau Monde » (Amérique) avec l’extermination des Amérindiens.

La première déclaration des droits de l’homme de l’époque moderne est celle de l’Etat de Virginie (Etats-Unis) adoptée par la Convention de Virginie le 12 juin 1776 (appelée en anglais le Bill of Rights). Elle a été largement copiée par Thomas Jefferson (1743-1826) pour la déclaration des droits de l’homme inclue dans la Déclaration d’Indépendance des Etats-Unis (4 juillet 1776), par les autres colonies pour la rédaction de leurs déclarations des droits de l’homme.

Cette déclaration américaine va inspirer la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen (DDHC) du 26 août 1789 après bien sûr
la Révolution Française qui est le résultat des inégalités sociales de l’Ancien Régime. Elle expose les droits naturels, inaliénables et sacrés de l’homme. Son article premier stipule que « Les hommes naissent et demeurent libres et égaux en droits ». Nonobstant ces dispositions, l’ancien esclave noir Toussaint Louverture (1743-1803) qui demandait un peu plus de justice pour son peuple, a été capturé et réduit au silence. Que dire de l’affaire Dreyfus qui s’est passée un siècle après l’adoption de la DDHC ? De plus, la question de la justice y est posée. « Nul homme ne peut être accusé, arrêté ou détenu que dans les cas déterminés par la loi et selon les formes qu’elles a prescrites ».

Au début du 20ème siècle, il y a eu
la Première Guerre Mondiale (1941-1918) où les droits de la personne sont mis entre parenthèses et ce qu’on appellera plus tard le génocide arménien : entre 600 000 et 1,5 millions d’Arméniens furent alors exterminés.

Mais à partir de 1939, le monde fait face à une grande guerre. Elle est caractérisée par des atrocités sans précédent contre des populations civiles, un recul tragique du respect des droits de l’homme, et surtout, par le génocide auquel se livrent les Nazis, en pratiquant la déportation et l’élimination systématique des Juifs et des Tziganes dans des camps de concentration. Le bilan de cette Seconde Guerre Mondiale est très lourd : entre quarante et cinquante millions de morts.

C’est pour éviter que de tels crimes ne se répètent que l’Organisation des Nations Unies (ONU) créée en 1945, a
commencé à formuler une politique qui ferait du respect des droits de la personne une priorité internationale. Ce qui a conduit à l’adoption le 10 décembre1948 de la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme (DUDH).

La DUDH et sa portée

Marquées par les horreurs de la Deuxième Guerre Mondiale, les Nations Unies mettent sur pied une commission chargée de rédiger une série de documents, dont le premier fut une liste des droits et des libertés reconnus universellement. Présidée par Eleanor Roosevelt (1884-1962), elle devait mettre au point une déclaration que tous les pays du monde pourraient faire leur. Les notions devaient être universelles, ce qui signifie qu’elles devaient transcender les particularités politiques, religieuses et culturelles. La commission a reçu l’apport de plusieurs personnalités dont le Français René Cassin (1887-1976) et le Canadien John Peters Humphrey (1905-1995).

Après plusieurs ébauches et de nombreux débats, la DUDH a été adoptée et proclamée par l’Assemblée générale des Nations Unies dans sa résolution 217 A (III) du 10 décembre 1948. Elle couvre six catégories de droits : politiques, civiques, égalitaires, économiques, sociaux, culturels et est d’une importance capitale pour tous les peuples de la Terre. Les droits de la personne sont inaliénables : on ne les perd jamais ; indivisibles : on a droit à tous les droits et non pas seulement à certains d’entre eux ; enfin interdépendants : ils forment un tout pour que chacun et chacune puisse vivre en sécurité, être libre et mener une vie productive. En clair, le Tamoul a les mêmes droits que le Togolais, le Français, le Soudanais…

Même si la DUDH n’a pas force de loi, elle a permis d’améliorer un tant soit peu la question des droits de la personne sur la planète. Beaucoup de pays en ont fait leur en intégrant certaines de ses idées forces dans leur constitution. L’article 10 de la loi fondamentale togolaise dispose que « Tout être humain porte en lui des droits inaliénables imprescriptibles » alors que l’article 11 n’est que la photocopie conforme de l’article 1 de la DUDH : « Tous les êtres humains naissent libres et égaux en dignité et en droits ». Donc, le caractère universel des droits de l’homme est consacré dans les constitutions nationales.

Cependant, l’humanité n’est pas à l’abri de graves violations des droits de l’homme. De 1948 à nos jours, beaucoup de situations de non droit se sont présentées. Quand les intérêts sont en jeu, même les pionniers de la DUDH n’hésitent pas à marcher sur leurs semblables. Tout le monde a en mémoire les atrocités commises par le dictateur chilien Augusto Pinochet (1915-2006) avec le soutien des Etats-Unis, les massacres des Khmers Rouges au Cambodge, les tueries perpétrées lors de la guerre de l’ex-Yougoslavie, le génocide rwandais…

Bien que le Togo soit l’un des tout premiers pays africains à créer une Commission nationale des droits de l’homme, il a enregistré de graves violations des droits de la personne qui ont conduit entre-temps l’Union Européenne à suspendre sa coopération. La dernière en date a trait aux événements de février à avril 2005.

Pendant que le monde entier commémore par exemple les 59 ans de la DUDH, les populations de Darfour subissent les pires atrocités de la guerre. Le procureur de la Cour pénale internationale, Luis Moreno Ocampo, a même affirmé tout récemment qu’il existe une « campagne préparée » contre les populations déplacées du Darfour et que celles-ci sont victimes d’ « attaques massives » qui visent à provoquer leur élimination. Les femmes sont régulièrement l’objet de viol, au moins une femme est violée par quatre hommes…en République Démocratique du Congo.

Quoique des lois et textes nationaux prévoient des sanctions contre des infractions commises, il arrive que les juridictions nationales soient inefficaces et fassent le jeu du pouvoir exécutif. Parfois, elle se déclare incompétente à trancher tel ou tel crime. C’est alors qu’intervient la justice internationale.

Les droits de l’homme et la justice internationale

En effet, la justice internationale, ce sont des juridictions entre Etats au niveau régional, continental, mondial. Elles émanent de l’ONU qui a créé des tribunaux pénaux internationaux. Il y avait eu le Tribunal Militaire International pour l’Extrême Orient (TMIECO), le Tribunal Militaire International de Nuremberg (TMIN).

Aussi assiste-t-on depuis quelques années à une multiplication des juridictions internationales. Et c’est souvent à l’instigation du Conseil de Sécurité des Nations Unies qu’elles sont créées : Tribunal Pénal International pour le Rwanda (TPIR) et  Tribunal Pénal International pour l’ex-Yougoslavie. La création de ces juridictions est voulue et acceptée par les Etats. Elles sont mises pour juger les auteurs de génocide et de crimes contre l’humanité.

Tout récemment, c’est-à-dire le 1er juillet 2002, la Cour Pénale Internationale (CPI) a été créée. Elle juge des individus et sa compétence matérielle concerne les crimes de guerre, crimes contre l’humanité, crimes de génocide et crimes d’agression. La CPI ne peut être saisie que par un Etat partie, c’est-à-dire qui a signé le statut de Rome, le procureur ou le Conseil de Sécurité. C’est donc devant cette juridiction internationale que comparaît depuis l’année dernière l’ancien chef de guerre et Président libérien, Charles Taylor.

Ces juridictions internationales restent un moyen efficace contre la violation des droites de l’homme. Elles permettent de venir au secours d’une juridiction nationale qui se trouve incompétente devant certains délits. Elles constituent en outre une satisfaction morale pour les victimes de droits de l’homme.

Certains pays comme la Belgique ont commencé à internationaliser leurs juridictions nationales. C’est fort de ces dispositions qu’elle demande l’extradition de l’ex-président tchadien, Hissène Habré, accusé de graves violations de droits et qui vit au Sénégal depuis sa chute.

Aujourd’hui, la France est disposée à juger sur son sol des présumés auteurs du génocide rwandais.

En revanche, la justice internationale a encore du chemin à faire. Les pays qui tiennent les plus beaux discours sur la démocratie et les droits de l’homme n’alignent pas leurs gestes sur leurs déclarations. Ayant peur qu’un Américain soit traduit devant un tribunal international, les Etats-Unis rechignent à ratifier le statut de Rome.

            Somme toute, beaucoup d’efforts sont faits de par le monde pour que le respect des droits de l’homme soit une réalité. Mais la voie vers un monde juste, équitable et paisible est longue et parsemée d’embûches. A cause de l’universalité des droits de l’homme, certains souhaitent la création d’une juridiction commune dont l’accès serait le même pour tous les humains. On pense à une Cour Mondiale des Droits de l’Homme qui pourrait être saisie par tous les humains et dont les décisions s’imposeraient aux Etats.

Zeus AZIADOUVO 

Sans détour : Pendant combien de temps durera ce bras de fer ?
« On ne parle plus des APE, on les a rejetés. Quand on va se retrouver, on discutera, l’UE présentera des APE, nous présenterons autre chose » (Abdoulaye Wade)

En 2000, Européens et Africains s’étaient retrouvés au Caire pour le premier sommet Europe-Afrique. L’objectif était de plancher sur les relations entre les deux continents et redéfinir une nouvelle politique économique. Depuis, l’organisation d’une seconde édition butait sur l’épineuse question du Zimbabwe, dont le président, Robert Mugabe, est accusé de graves violations des droits de l’homme. Il était aussi interdit de voyage dans les pays de l’UE. Mais les chefs d’Etat africains ont mis la pression pour une participation de leur pair zimbabwéen. Voulant à tout prix réussir son sommet qui s’est tenu à Lisbonne du 8 au 9 décembre dernier, la Présidence portugaise de l’UE met les pieds sur les sanctions qui pèsent sur Mugabe et lui déroule le tapis rouge. Une invite qui a suscité le courroux du Premier Ministre britannique Gordon Brown qui a boycotté les travaux du sommet. Ce dernier ne voudrait pas du tout rencontrer cet « ennemi des droits de l’homme ». Fidèle à leur tradition, la Chancelière allemande, Angela Merkel, a préféré dire la vérité au « paria » zimbabwéen. Elle a eu des mots très durs et directs à son endroit, coupable d’« abîmer l’image de la nouvelle Afrique ». Une sortie qui n’a pas plu à l’autre géronte du Sénégal Abdoulaye Wade, arguant que l’Allemande avait de « mauvaises informations » sur ce pays. Arrivé au pouvoir en 2000 dans le manteau du démocrate adulé, le « Gorgui » (vieux en Wolof) n’a pas hésité à se muer en loup pour ses compatriotes.

En fait, le deuxième sommet UE-Afrique a vu la participation de 70 chefs d’Etat et de gouvernement. Tous les médias et observateurs sont unanimes que l’Afrique a fait une bonne affaire en s’opposant aux nouveaux accords de partenariat que l’Europe veut lui imposer. Profitant de la formule qui prône une « relation d’égal à égal », les Africains ont défendu sans complexe leurs intérêts. Le grand héros de cette bataille est sans doute le Président de la Commission de l’Union Africaine, Alpha Oumar Konaré. N’ayant jamais sa langue dans sa poche, l’ex-chef d’Etat du Mali n’est pas passé par quatre chemins pour darder que « L’Afrique n’a pas besoin de charité ni de paternalisme » et qu’elle veut devenir un partenaire à part entière, au Conseil de sécurité de l’ONU comme dans la mondialisation des échanges. S’agissant des Accords de Partenariat Economique (APE) qui prévoient la suppression réciproque des taxes douanières et dont la date butoir est fixée au 31 décembre 2007, il a critiqué le forcing des Européens. Le Malien a été épaulé par le Président sénégalais qui est très remonté contre la « camisole de force » dont use l’Europe. Les Africains ont donc rejeté les APE qui restent une menace pour leur économie déjà « grippée ». Soufflant toujours le chaud et le froid, le Président français, Nicolas Sarkozy, ne s’est pas empêché d’accuser Bruxelles de livrer les Africains à la « brutalité des échanges » et d’« asphyxier les pays les plus pauvres » au risque de déclencher « un sentiment d’injustice qui fera exploser le monde ». Des positions qui ont contraint le Président de la Commission de l’UE, José Manuel Barroso, à s’engager, à poursuivre le débat et à reprendre les négociations en février 2008. Pour une fois, les Africains ont publiquement dit non à un projet qui ne leur plaît pas.

Mais pendant combien de temps durera ce bras de fer ? Est-ce que les pays africains ont les moyens nécessaires pour amener l’UE à revoir le contenu des APE ? Nous ne le croyons pas. Puisque Bruxelles a commencé à négocier pays par pays au lieu de traiter avec des sous-ensembles régionaux.
La Côte-d’Ivoire vient de signer un accord intérimaire, le Cameroun et le Gabon sont sur le point de le faire. Il suffit seulement que l’UE offre quelques avantages aux signataires de l’accord intermédiaire pour voir tous nos gouvernants cracher sur leur position actuelle. C’est du bruit pour rien.                  

                             Zeus AZIADOUVO

 

 
 
 
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