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Liberté Hebdo

29 Oct 2007

[ 273: du 29 Oct 2007]  

De fortes pressions exercées sur l’UFC pour son entrée au gouvernement
D’ici à la fin de la semaine prochaine, la Cour Constitutionnelle va proclamer les résultats définitifs des élections législatives. Mais nombre d’observateurs estiment que les recours introduits par quelques partis ne changeront pas grand-chose, le RPT étant sûr d’avoir la majorité. La seule porte de sortie qui reste aujourd’hui est le gouvernement d’union nationale qui verrait la participation de toutes les formations politiques.

Ainsi, la communauté internationale, selon les informations en notre possession, exercerait de fortes pressions sur le parti de Gilchrist Olympio pour l’amener à entrer au gouvernement d’union nationale. Elle ne voudrait pas que ce parti vive en marge de l’équipe gouvernementale qui aura à gérer le pays dans cette phase de reprise de la coopération.

Mais à l’UFC, la prudence est de mise. « L’UFC peut prendre part à un gouvernement d’union nationale, mais pas à n’importe quelle condition », soutient-on. A en croire des indiscrétions, ce parti souhaite que toutes les parties s’entendent avant toute chose sur un accord de gouvernement. Ce qui implique que le programme à exécuter doit être décidé de commun accord. Aussi tous les postes de souveraineté doivent-ils être partagés de façon consensuelle. Même si la communauté internationale trouve ces exigences de l’UFC pertinentes, on se demande comment elle va se prendre pour faire entendre raison aux caciques du pouvoir RPT. Ce qu’il y a cependant, c’est qu’à voir la position des uns et des autres, on tend vers un autre pourparler qui doit aboutir à ce gouvernement d’ouverture.

R. K. 

Sans détour : La semaine de la vérité ?
« Nous croyons en toute l’objectivité de la nouvelle Cour pour trancher dans le sens de la légitimité réclamé, ces contentieux portés devant elle » (Bassabi Kagbara).

Après la publication des résultats partiels provisoires et les gymnastiques qui ont précédé la proclamation de ceux du Golfe et de Lomé Commune, tous les Togolais ont les yeux rivés sur la Cour Constitutionnelle.  Et pour cause. Elle est la plus haute juridiction de l’Etat en matière constitutionnelle. Elle juge aussi « de la régularité des consultations référendaires, des élections présidentielles, législatives et sénatoriales » et « statue sur le contentieux de ces consultations et élections ». Il revient à cette institution de se prononcer sur les problèmes nés des élections législatives du 14 octobre. Et selon des indiscrétions, son verdict sera connu d’ici à la fin de la semaine.

            Certes, nous avons eu affaire à un scrutin apaisé et une campagne électorale « civilisée ». Pas de gourdin, pas de hache, pas de machette, pas de fusil de chasse, pas d’armes de guerre, pas de « sécurisation » d’urne… Pour une fois, tous les partis ont enterré la hache de guerre et on les voyait même s’embrasser lors de la campagne. Mais comme au Togo, les bonnes choses ne durent jamais, beaucoup d’anomalies ont été constatées le jour du scrutin et ont amené certains partis à remettre en cause les résultats provisoires proclamés par la CENI. L’UFC de Gilchrist Olympio, le PDP de Bassabi Kagbara, l’Alliance de Dahuku Péré sont les partis politiques qui ont officiellement saisi la plus haute juridiction du Togo. Achat des cartes d’électeurs, usage abusif de la procuration, achat des consciences, votes massifs d’étrangers, violation du secret de vote, dépouillements à huis clos, achat des délégués de bureau de vote et des CELI… Tels sont les manquements soulevés par ces formations politiques qui trouvent hâtif le satisfecit des observateurs électoraux. « Il y a de ces cas qui choquent et qui rompent de façon alarmante avec l’esprit de renouveau, de coexistence et d’équité prôné par le chef de l’Etat », estime le patron du PDP. Il est même allé loin en demandant la reprise du vote dans la Binah et à Dankpen, deux préfectures dans lesquelles ce parti se sent lésé. Pour M. Péré Dahuku de l’Alliance, « L’élection législative du 14 octobre 2007 est d’ores et déjà devenue la plus ambiguë que notre pays ait jamais connue ». « Contrairement au Code électoral, cette élection a donné lieu à la plus vaste entreprise de corruption et d’achat des consciences aussi bien au niveau des responsables des structures électorales locales qu’à celui des populations », déplore-t-il. A notre connaissance, ce sont les partis qui ont introduit des recours même si au niveau de cette institution, on parle d’enregistrement d’une quinzaine de plaintes. Ayant été proprement laminés, certains partis ont préféré se taire et remercier le gagnant à qui on demande de ne pas oublier les autres. Il y en a aussi qui sont conscients de quelques anomalies mais ils n’ont pas voulu par leur contestation mettre mal à l’aise le « lion », celui qui partage en dernier ressort le « gâteau togolais ». Il ne faut pas quitter de si tôt les délices gouvernementaux.

            Les contestataires ainsi qu’une majorité de Togolais espèrent qu’une fois, la Cour Constitutionnelle va se transcender pour dire le droit. De même, les observateurs électoraux qui se sont extasiés juste au lendemain du scrutin, ont insisté que les partis lésés utilisent la voie légale pour se faire entendre. Ce qui fut fait depuis jeudi dernier et la balle est dans le camp de la Cour Constitutionnelle. C’est une évidence que son Président et deux autres membres sont issus de l’école d’Atsu Koffi Améga qui avait brillé dans des forfaitures de toutes sortes. Cette institution n’avait-elle pas déclaré en 1998 lors du règlement d’un contentieux qu’« elle préfère l’injustice au désordre » ? Mais neuf ans après, nous osons croire qu’elle fera triompher la vérité, rien que la vérité.

Zeus AZIADOUVO

Gestion du pays après les élections : Les acteurs se prononcent sur la formation du gouvernement d’union nationale
Tout comme au lendemain de l’Accord Politique Global (APG), la problématique de la formation d’un gouvernement d’union nationale est au cœur des débats depuis la proclamation des résultats provisoires par la Commission Electorale Nationale Indépendante (CENI). Pour la communauté internationale, il faut une gestion collégiale du pays après plus d’une décennie de crise politique. Cette initiative permettrait de rasséréner tout le monde et de reconstruire le pays avant qu’on ne mette en jeu les règles démocratiques, la loi qui veut que le parti majoritaire gouverne et que la minorité constitue une opposition qui fait avancer les choses.

Mais Faure Gnassingbé et son parti ont une conception différente d’un gouvernement d’union nationale ou d’ouverture. Ils sont dans la logique de « c’est nous qui avons gagné et vous ne prenez que ce que nous avons à vous donner ». On se souvient qu’au lendemain des élections présidentielles controversées d’avril 2005 qui ont fait revenir Faure Gnassingbé au pouvoir, la communauté internationale notamment
la CEDEAO a suggéré la formation d’un gouvernement d’union nationale quel que soit le vainqueur. Tout avait commencé le 25 avril 2005 quand le futur chef de l’Etat et Gilchrist Olympio, chef de file de l’opposition togolaise, se sont  retrouvés chez le N°1 nigérian d’alors Olusegun Obasanjo. Avec les violences qui ont suivi la proclamation des résultats et craignant le pire, le président de la Commission de l’Union Africaine, le Malien Alpha Oumar Konaré, avait nommé l’ancien président zambien Kenneth Kaunda comme Envoyé Spécial au Togo. Celui-ci devrait avoir pour mission de prendre langue avec les différents protagonistes et de les amener à un accord durable. Mais le parrain de Faure, Obasanjo, avait balayé d’un revers de la main cette solution. « On ne peut aujourd’hui accepter que le RPT considère le pouvoir comme le sien et il donne à qui il veut des miettes. Si c’est ça, la crise demeure. Il y a un besoin d’arrêt et quand on dit que la durée et les modalités sont fonctions du but, ça veut dire que la désignation même du Premier ministre, la répartition des portefeuilles doivent répondre à cet objectif… Si l’on veut vraiment qu’il y ait un gouvernement de transition, un gouvernement de redressement national, un gouvernement de réconciliation, peu importe le mot mais au niveau des objectifs, il faut être intraitable », avait déclaré Me Agboyibo après le sommet d’Abuja le 19 mai 2005 ».  Plus tard, la « plate-forme minimale entre le pouvoir et la coalition concernant le gouvernement à former » introduite par la Coalition (CAR, CDPA, UFC, ADDI, UDS-Togo, PSR) avait été rejetée.  Comme il y a de ces « podocrates » (partisans de la politique du ventre) au Togo qui tiennent à avoir une place au soleil, le chef de l’Etat ne s’est pas gêné de trouver un Premier ministre. Le patron de la CPP qui s’était entre-temps imposé un retrait momentané de la vie politique, a été appelé pour diriger le premier gouvernement de Faure. Ce gouvernement qui a été formé, n’a rien d’union nationale. Ce sont plutôt les copains et les copines qui se sont retrouvés pour se refaire une santé financière.

            Après la signature de l’APG, on a eu affaire à un même gouvernement fort de 34 ministres sans oublier les nombreux conseillers et directeurs de cabinet avec rang de ministre. Le RPT étant souvent le lion, n’a donné que des miettes aux autres partis. Le Premier ministre ne faisait même pas le poids devant certains de ses ministres qui préfèrent s’adresser directement au chef de l’Etat. Et pour pouvoir aller au bout de leur mission, ces ministres issus surtout de l’opposition se sont mués dans un silence sépulcral.

            Cette question de formation de gouvernement d’union nationale après les élections législatives se fait de plus en plus persistante et tous les partis politiques n’hésitent pas à se prononcer là-dessus. Fort des difficultés constatées dans l’équipe gouvernementale née de l’APG, tous les partis politiques sont d’avis pour un gouvernement d’union nationale mais suggèrent qu’il y ait d’abord des discussions préalables.

            « Dans notre programme de campagne, nous avons demandé que tous ceux qui seront investis de la légitimité populaire se mettent ensemble. Donc nous aurions menti aux populations si nous disons que tenant compte de notre score, nous ne voulons pas faire partie d’un éventuel gouvernement d’union nationale. Mais la balle est dans le camp du chef de l’Etat, c’est lui qui nomme les ministres sur proposition du Premier ministre. Si le chef de l’Etat nous tend la main, nous sommes prêts à venir. Qu’est-ce que nous allons faire ensemble ? C’est cela qu’il y a à discuter. On ne fait pas partie d’un gouvernement d’union nationale pour le plaisir d’en faire partie. On y va pour faire quelque chose de bien précis », clarifie Me Gahoun Hégbor du CAR dans un entretien sur TVT. D’ores et déjà, des rumeurs persistantes font état de ce que l’actuel Premier ministre pourrait être reconduit. Il paraît que certains membres du corps diplomatique auraient demandé au chef de l’Etat de lui renouveler sa confiance afin qu’il réalise, comme on le clame au CAR, sa « troisième mission ». Mais ne dit-on pas que « chat échaudé craint l’eau froide » ? Selon des indiscrétions, Me Agboyibo ne voudrait plus, malgré ses quatre députés, devenir un Premier ministre de luxe désavantagé par une Constitution et qui n’a aucune prise sur la gestion des affaires du pays.

            Quant à la CDPA, elle a été terriblement marquée par les résultats issus des urnes qu’elle ne perçoit pas les choses de la même façon. Interrogé sur le gouvernement d’union nationale, son Secrétaire Général Prof. Léopold Gnininvi a fait remarquer  que le journaliste rapporte  des rumeurs. « Officiellement, nous ne sommes pas saisis de cela. En plus de cela, je dirai que c’était pratiquement une obligation suite à l’APG qu’il y ait un Gouvernement d’union nationale. Aujourd’hui, ce n’est plus le cas. Et les vainqueurs peuvent jouir de leur victoire comme la Constitution leur en donne droit », tranche-t-il même si la rue le cite parmi les premiers ministrables de Faure Gnassingbé. Selon des sources proches du pouvoir, il était sur orbite avant les élections et on n’attendait que l’issue des élections pour s’exécuter.

            De plus, on n’est pas contre la participation à un gouvernement d’union nationale à l’UFC. Du Président national Gilchrist Olympio jusqu’au vice-président Patrick Lawson, le discours est le même : il faut des garanties. « Quand on organise les élections, c’est pour qu’il y ait des vainqueurs et des vaincus et que ceux qui ont gagné, gèrent. Maintenant, si on veut un autre schéma, ce sont des discussions politiques qui sont menées. Et ces discussions politiques doivent être claires et ne doivent pas constituer une sorte de contrat léonin en ce sens que nous devons parler égal à égal ; qu’on sache ce qu’on veut faire avec un gouvernement d’union nationale… Nous voudrions que, si gouvernement d’union il doit y avoir, les conditions soient clairement définies », a indiqué Patrick Lawson sur TVT. La question qu’on se pose aujourd’hui est de savoir si les caciques du pouvoir RPT seraient prêts à satisfaire aux desiderata de l’UFC.

            Par ailleurs, au nom du fameux gouvernement d’ouverture, l’actuel « Président annexe de la République » M. Edem Kodjo pourrait revenir aux affaires. Au RPT, on ne trouverait pas d’inconvénient à lui tendre pour la troisième fois la perche. On cite également le nom de l’ancien ministre Elom Dadzie parmi ceux qui devront occuper prochainement le Premier ministère. Selon certains observateurs de la vie politique togolaise, sa candidature aux dernières élections législatives ne serait pas fortuite.

            Voilà comment se présentent le décor de la formation du gouvernement d’union nationale et les opinions des uns et des autres sur la question. Les jours à venir nous édifieront.

R. Kedjagni

 

 
 
 
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