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De fortes pressions exercées sur l’UFC pour son entrée au
gouvernement
D’ici à la fin de la semaine prochaine, la Cour
Constitutionnelle va proclamer les résultats définitifs des
élections législatives. Mais nombre d’observateurs
estiment que les recours introduits par quelques partis
ne changeront pas grand-chose, le RPT étant sûr d’avoir
la majorité. La seule porte de sortie qui reste
aujourd’hui est le gouvernement d’union nationale qui
verrait la participation de toutes les formations
politiques.
Ainsi, la communauté internationale, selon les
informations en notre possession, exercerait de fortes
pressions sur le parti de Gilchrist Olympio pour l’amener
à entrer au gouvernement d’union nationale. Elle ne
voudrait pas que ce parti vive en marge de l’équipe
gouvernementale qui aura à gérer le pays dans cette phase
de reprise de la coopération.
Mais à l’UFC, la prudence est de mise. « L’UFC peut
prendre part à un gouvernement d’union nationale, mais
pas à n’importe quelle condition », soutient-on. A en
croire des indiscrétions, ce parti souhaite que toutes
les parties s’entendent avant toute chose sur un accord
de gouvernement. Ce qui implique que le programme à
exécuter doit être décidé de commun accord. Aussi tous
les postes de souveraineté doivent-ils être partagés de
façon consensuelle. Même si la communauté internationale
trouve ces exigences de l’UFC pertinentes, on se demande
comment elle va se prendre pour faire entendre raison aux
caciques du pouvoir RPT. Ce qu’il y a cependant, c’est
qu’à voir la position des uns et des autres, on tend vers
un autre pourparler qui doit aboutir à ce gouvernement
d’ouverture.
R. K.
Sans détour : La semaine de la
vérité ?
« Nous croyons en toute l’objectivité de la nouvelle Cour
pour trancher dans le sens de la légitimité réclamé, ces
contentieux portés devant elle » (Bassabi Kagbara).
Après la publication des résultats partiels provisoires
et les gymnastiques qui ont précédé la proclamation de
ceux du Golfe et de Lomé Commune, tous les Togolais ont
les yeux rivés sur la Cour Constitutionnelle. Et pour cause. Elle est la plus haute
juridiction de l’Etat en matière constitutionnelle.
Elle juge aussi « de la régularité des consultations
référendaires, des élections présidentielles,
législatives et sénatoriales » et « statue sur le
contentieux de ces consultations et élections ». Il
revient à cette institution de se prononcer sur les
problèmes nés des élections législatives du 14 octobre.
Et selon des indiscrétions, son verdict sera connu d’ici
à la fin de la semaine.
Certes, nous avons eu affaire à un scrutin apaisé et une
campagne électorale « civilisée ». Pas de gourdin,
pas de hache, pas de machette, pas de fusil de chasse,
pas d’armes de guerre, pas de « sécurisation »
d’urne… Pour une fois, tous les partis ont enterré la
hache de guerre et on les voyait même s’embrasser lors de
la campagne. Mais comme au Togo, les bonnes choses ne
durent jamais, beaucoup d’anomalies ont été constatées le
jour du scrutin et ont amené certains partis à remettre
en cause les résultats provisoires proclamés par la CENI.
L’UFC de Gilchrist Olympio, le PDP de Bassabi Kagbara,
l’Alliance de Dahuku Péré sont les partis politiques qui
ont officiellement saisi la plus haute juridiction du
Togo. Achat des cartes d’électeurs, usage abusif de la
procuration, achat des consciences, votes massifs
d’étrangers, violation du secret de vote, dépouillements
à huis clos, achat des délégués de bureau de vote et des
CELI… Tels sont les manquements soulevés par ces
formations politiques qui trouvent hâtif le satisfecit
des observateurs électoraux. « Il y a de ces cas qui
choquent et qui rompent de façon alarmante avec l’esprit
de renouveau, de coexistence et d’équité prôné par le
chef de l’Etat », estime le patron du PDP. Il est
même allé loin en demandant la reprise du vote dans
la Binah et à Dankpen, deux préfectures dans
lesquelles ce parti se sent lésé. Pour M. Péré Dahuku de
l’Alliance, « L’élection législative du
14 octobre 2007 est d’ores et déjà devenue la plus
ambiguë que notre pays ait jamais connue ».
« Contrairement au Code électoral, cette élection a
donné lieu à la plus vaste entreprise de corruption et
d’achat des consciences aussi bien au niveau des
responsables des structures électorales locales qu’à
celui des populations », déplore-t-il. A notre
connaissance, ce sont les partis qui ont introduit des
recours même si au niveau de cette institution, on parle
d’enregistrement d’une quinzaine de plaintes. Ayant été
proprement laminés, certains partis ont préféré se taire
et remercier le gagnant à qui on demande de ne pas
oublier les autres. Il y en a aussi qui sont conscients
de quelques anomalies mais ils n’ont pas voulu par leur
contestation mettre mal à l’aise le « lion »,
celui qui partage en dernier ressort le « gâteau
togolais ». Il ne faut pas quitter de si tôt les
délices gouvernementaux.
Les contestataires ainsi
qu’une majorité de Togolais espèrent qu’une fois,
la Cour Constitutionnelle
va se transcender pour dire le droit. De même, les
observateurs électoraux qui se sont extasiés juste au
lendemain du scrutin, ont insisté que les partis lésés
utilisent la voie légale pour se faire entendre. Ce qui
fut fait depuis jeudi dernier et la balle est dans le
camp de la Cour Constitutionnelle. C’est une évidence que son Président et
deux autres membres sont issus de l’école d’Atsu Koffi
Améga qui avait brillé dans des forfaitures de toutes
sortes. Cette institution n’avait-elle pas déclaré en
1998 lors du règlement d’un contentieux qu’« elle
préfère l’injustice au désordre » ? Mais neuf ans
après, nous osons croire qu’elle fera triompher la
vérité, rien que la vérité.
Zeus AZIADOUVO
Gestion
du pays après les élections : Les acteurs se prononcent
sur la formation du gouvernement d’union nationale
Tout comme au lendemain de l’Accord Politique Global (APG),
la problématique de la formation d’un gouvernement
d’union nationale est au cœur des débats depuis la
proclamation des résultats provisoires par
la Commission Electorale
Nationale Indépendante (CENI). Pour la communauté
internationale, il faut une gestion collégiale du pays
après plus d’une décennie de crise politique. Cette
initiative permettrait de rasséréner tout le monde et de
reconstruire le pays avant qu’on ne mette en jeu les
règles démocratiques, la loi qui veut que le parti
majoritaire gouverne et que la minorité constitue une
opposition qui fait avancer les choses.
Mais Faure Gnassingbé et son parti ont une conception
différente d’un gouvernement d’union nationale ou
d’ouverture. Ils sont dans la logique de « c’est nous
qui avons gagné et vous ne prenez que ce que nous avons à
vous donner ». On se souvient qu’au lendemain des
élections présidentielles controversées d’avril 2005 qui
ont fait revenir Faure Gnassingbé au pouvoir, la
communauté internationale notamment
la CEDEAO a suggéré la formation d’un gouvernement
d’union nationale quel que soit le vainqueur. Tout avait
commencé le 25 avril 2005 quand le futur chef de l’Etat
et Gilchrist Olympio, chef de file de l’opposition
togolaise, se sont retrouvés chez le N°1 nigérian
d’alors Olusegun Obasanjo. Avec les violences qui ont
suivi la proclamation des résultats et craignant le pire,
le président de
la Commission de l’Union Africaine, le Malien Alpha Oumar
Konaré, avait nommé l’ancien président zambien Kenneth
Kaunda comme Envoyé Spécial au Togo. Celui-ci devrait
avoir pour mission de prendre langue avec les différents
protagonistes et de les amener à un accord durable. Mais
le parrain de Faure, Obasanjo, avait balayé d’un revers
de la main cette solution. « On ne peut aujourd’hui
accepter que le RPT considère le pouvoir comme le sien et
il donne à qui il veut des miettes. Si c’est ça, la crise
demeure. Il y a un besoin d’arrêt et quand on dit que la
durée et les modalités sont fonctions du but, ça veut
dire que la désignation même du Premier ministre, la
répartition des portefeuilles doivent répondre à cet
objectif… Si l’on veut vraiment qu’il y ait un
gouvernement de transition, un gouvernement de
redressement national, un gouvernement de réconciliation,
peu importe le mot mais au niveau des objectifs, il faut
être intraitable », avait déclaré Me Agboyibo après
le sommet d’Abuja le 19 mai 2005 ». Plus tard, la « plate-forme
minimale entre le pouvoir et la coalition concernant le
gouvernement à former » introduite par la Coalition
(CAR, CDPA, UFC, ADDI, UDS-Togo, PSR) avait été rejetée.
Comme il y a de ces « podocrates » (partisans de
la politique du ventre) au Togo qui tiennent à avoir une
place au soleil, le chef de l’Etat ne s’est pas gêné de
trouver un Premier ministre. Le patron de la CPP qui
s’était entre-temps imposé un retrait momentané de la vie
politique, a été appelé pour diriger le premier
gouvernement de Faure. Ce gouvernement qui a été formé,
n’a rien d’union nationale. Ce sont plutôt les copains et
les copines qui se sont retrouvés pour se refaire une
santé financière.
Après la signature de l’APG,
on a eu affaire à un même gouvernement fort de 34
ministres sans oublier les nombreux conseillers et
directeurs de cabinet avec rang de ministre. Le RPT étant
souvent le lion, n’a donné que des miettes aux autres
partis. Le Premier ministre ne faisait même pas le poids
devant certains de ses ministres qui préfèrent s’adresser
directement au chef de l’Etat. Et pour pouvoir aller au
bout de leur mission, ces ministres issus surtout de
l’opposition se sont mués dans un silence sépulcral.
Cette question de formation de
gouvernement d’union nationale après les élections
législatives se fait de plus en plus persistante et tous
les partis politiques n’hésitent pas à se prononcer
là-dessus. Fort des difficultés constatées dans l’équipe
gouvernementale née de l’APG, tous les partis politiques
sont d’avis pour un gouvernement d’union nationale mais
suggèrent qu’il y ait d’abord des discussions préalables.
« Dans notre programme de
campagne, nous avons demandé que tous ceux qui seront
investis de la légitimité populaire se mettent ensemble.
Donc nous aurions menti aux populations si nous disons
que tenant compte de notre score, nous ne voulons pas
faire partie d’un éventuel gouvernement d’union
nationale. Mais la balle est dans le camp du chef de
l’Etat, c’est lui qui nomme les ministres sur proposition
du Premier ministre. Si le chef de l’Etat nous tend la
main, nous sommes prêts à venir. Qu’est-ce que nous
allons faire ensemble ? C’est cela qu’il y a à discuter.
On ne fait pas partie d’un gouvernement d’union nationale
pour le plaisir d’en faire partie. On y va pour faire
quelque chose de bien précis », clarifie Me Gahoun
Hégbor du CAR dans un entretien sur TVT. D’ores et déjà,
des rumeurs persistantes font état de ce que l’actuel
Premier ministre pourrait être reconduit. Il paraît que
certains membres du corps diplomatique auraient demandé
au chef de l’Etat de lui renouveler sa confiance afin
qu’il réalise, comme on le clame au CAR, sa
« troisième mission ». Mais ne dit-on pas que « chat
échaudé craint l’eau froide » ? Selon des
indiscrétions, Me Agboyibo ne voudrait plus, malgré ses
quatre députés, devenir un Premier ministre de luxe
désavantagé par une Constitution et qui n’a aucune prise
sur la gestion des affaires du pays.
Quant à
la CDPA,
elle a été terriblement marquée par les résultats issus
des urnes qu’elle ne perçoit pas les choses de la même
façon. Interrogé sur le gouvernement d’union nationale,
son Secrétaire Général Prof. Léopold Gnininvi a fait
remarquer que le journaliste rapporte des rumeurs. « Officiellement,
nous ne sommes pas saisis de cela. En plus de cela, je
dirai que c’était pratiquement une obligation suite à l’APG
qu’il y ait un Gouvernement d’union nationale.
Aujourd’hui, ce n’est plus le cas. Et les vainqueurs
peuvent jouir de leur victoire comme
la Constitution leur en donne droit »,
tranche-t-il même si la rue le cite parmi les premiers
ministrables de Faure Gnassingbé. Selon des sources
proches du pouvoir, il était sur orbite avant les
élections et on n’attendait que l’issue des élections
pour s’exécuter.
De plus, on n’est pas contre
la participation à un gouvernement d’union nationale à l’UFC.
Du Président national Gilchrist Olympio jusqu’au
vice-président Patrick Lawson, le discours est le même :
il faut des garanties. « Quand on organise les
élections, c’est pour qu’il y ait des vainqueurs et des
vaincus et que ceux qui ont gagné, gèrent. Maintenant, si
on veut un autre schéma, ce sont des discussions
politiques qui sont menées. Et ces discussions politiques
doivent être claires et ne doivent pas constituer une
sorte de contrat léonin en ce sens que nous devons parler
égal à égal ; qu’on sache ce qu’on veut faire avec un
gouvernement d’union nationale… Nous voudrions que, si
gouvernement d’union il doit y avoir, les conditions
soient clairement définies », a indiqué Patrick
Lawson sur TVT. La question qu’on se pose aujourd’hui est
de savoir si les caciques du pouvoir RPT seraient prêts à
satisfaire aux desiderata de l’UFC.
Par ailleurs, au nom du fameux gouvernement d’ouverture,
l’actuel « Président annexe de
la République »
M. Edem Kodjo pourrait revenir aux affaires. Au RPT, on
ne trouverait pas d’inconvénient à lui tendre pour la
troisième fois la perche. On cite également le nom de
l’ancien ministre Elom Dadzie parmi ceux qui devront
occuper prochainement le Premier ministère. Selon
certains observateurs de la vie politique togolaise, sa
candidature aux dernières élections législatives ne
serait pas fortuite.
Voilà comment se présentent le
décor de la formation du gouvernement d’union nationale
et les opinions des uns et des autres sur la question.
Les jours à venir nous édifieront.
R. Kedjagni |