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Liberté Hebdo |
23 Aoùt 2007 |
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[
N°240:
du 22 Aout 2007]
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Législatives 2007 : Quel avenir au processus avec
ces préfets ? |
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L’opération de recensement électoral enclenchée le
16 juillet pour constituer le fichier électoral est
venue à terme dimanche 19 août dernier. Et à
la CENI,
on jubile presque d’avoir conduit à terme cette
opération si importante, et s’extasie devant le
processus. A raison peut-être car ce n’est pas
gratuit si le leader du parti que
la Primature
ou le CAR -c’est selon- caricature comme ayant un
« acharnement habituel à VOIR TOUT EN NOIR » arrive
à avouer que le processus est « encourageant ». Si
on peut féliciter la CENI pour les dispositions
qu’elle prend pour parfaire le processus, il y a
tout de même un sujet qu’on semble négliger :
l’immixtion des préfets dans le processus. |
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En effet, cette opération qui vient de s’achever a
connu des manquements énormes relevés par les
médias, des partis politiques et des observateurs
avisés. Et Tozim Potopérè et ses collaborateurs
n’ont pas hésité à prendre les mesures nécessaires
pour corriger ce qui peut l’être, du moins à faire
des communications allant dans ce sens. On se
rappelle que les tout premiers jours du recensement
à Lomé, des électeurs ont été mis à contribution
dans plusieurs centres de recensement. Des gens ont
été obligés de mettre la main à la poche pour
acheter du carburant afin d’alimenter les groupes
électrogènes. Ayant eu échos de ces faits,
la CENI
a fait une communication pour appeler les membres
des CLC qui prennent plaisir à collecter des sous
chez les gens afin de faire fonctionner les
générateurs, à y surseoir. Elle a eu aussi à appeler
ses administrés à la raison sur beaucoup d’autres
manœuvres. L’une de ses dernières dispositions prise
est d’appeler ceux qui se sont doublement inscrits à
rectifier le tir avant le 30 août, délai de rigueur.
« …Tout acte d’inscription multiple quelle que
soit la raison qui l’a motivée (photo floue, perte
de carte, déplacement de l’électeur etc) est
assimilé à une fraude. En conséquence, le président
de
la CENI, dans un souci d’apaisement invite toutes
les personnes qui sont dans cette situation à
engager volontairement auprès de leur Commission
Electorale Locale Indépendante ( CELI), une
procédure d’annulation de l’inscription qui les met
en cause au plus tard le 30 août 2007 »,
informe-t-elle la population à travers un communiqué
daté du 13 août, avant de signifier que « Passé
ce délai, toute double inscription relevée par
l’opération de dédoublonnage en cours sera
sanctionnée conformément aux dispositions du code
électoral ».
On le voit bien,
la CENI veut corriger les petits manquements qui
caractérisent le processus. Mais on semble négliger
les torts causés au processus par l’immixtion des
préfets.
En effet, beaucoup de voix se sont élevées pour
mettre à jour leurs manœuvres au cours de ce
recensement. C’est l’UFC qui a donné le ton dans son
point de presse du 23 juillet. Ce parti a dénoncé la
responsabilité des préfets dans l’inscription des
étrangers et des mineurs et pointé du doigt ceux de
Doufelgou, Binah et Moyen-Mono. Après l’UFC, c’est
le Parti Démocratique Panafricain de Bassabi Kagbara
qui est monté au créneau pour fustiger les manœuvres
du préfet de
la Binah, M. M’Faba M’Bigué. Le préfet serait
l’instigateur de l’enregistrement des étrangers, les
Béninois nommément et des mineurs, et le parti a
saisi la CENI
de ses manœuvres à travers une lettre ouverte. Le
leader du MODENA (Mouvement pour le Développement
National), M. Atsutsè Agbobli est venu confirmer les
allégations du PDP. La multiplicité des voix pour
dénoncer ces manœuvres n’est qu’une preuve tangible
de leur vraisemblance. Le PDP a même rendu publique
une liste de Béninois que le préfet de
la Binah aurait fait inscrire. Ces manœuvres
concourent irrémédiablement à frauder le fichier
électoral. Et on imagine ce que sera le vote
proprement dit. Ce serait donc assez grave si aucune
mesure n’est prise pour rectifier le tir.
Des acteurs politiques ont appelé les décideurs,
devant l’insubordination des détenteurs du pouvoir
central à la nouvelle donne politique, à procéder à
un second changement. Mais jusqu’à ce jour, aucune
suite n’est donnée à ces appels. C’est clair que si
les choses restent en l’état, la fiabilité du
fichier électoral est d’ores et déjà compromise.
TINO Kossi |
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Dossier : Violation des Droits de l’Homme au Togo :
Une bévue policière sur un militant de l’opposition
à Tsévié |
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Gblinvié, une localité de Tsévié (Préfecture de Zio),
située à 35 km au nord de Lomé, a été le théâtre
d’une interpellation peu orthodoxe dans la nuit du
mercredi 15 août dernier aux environs de 19 heures.
Il s’agissait d’une opération menée par
la Direction Générale
de
la Police Judiciaire
(DGPJ) contre la personne du sieur Vodis Yawo
Thomas, Géomètre de son Etat, Coordinateur Fédéral
Adjoint de l’UFC Zio. La victime, un fervent
chrétien, rentrait ce soir-là de Lomé où il a
assisté en ce jour d’Assomption à l’instar d’autres
fidèles catholiques, à la messe d’ordination du
nouvel Archevêque de Lomé, en la personne de Mgr
Denis Komivi Amuzu-Dzakpah. |
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Devant sa maison, attendait une voiture que la
victime croyait appartenir à un de ses visiteurs. Ce
dernier s’arrêta puis vint à lui un individu, à en
croire les témoignages recueillis sur place au
lendemain de l’événement. « C’est bien M. Vodis ? »,
interrogeait la personne. Il répondit par
l’affirmative. Et à sa grande surprise, l’hôte
s’écria : « C’est bien lui. Venez ». Soudain,
surgirent trois hommes en treillis, armes au poing.
Ils le firent descendre de sa voiture et lui
intimèrent l’ordre de rentrer dans leur voiture. M.
Vodis, ayant vu ces derniers en tenue voulait bien
évidemment les suivre, mais à une seule condition.
Il voulait prévenir ses parents de son
interpellation dans l’ignorance du chef
d’accusation, à en croire la victime. Il fut surpris
de l’opposition des hommes en tenue, de le laisser
rentrer. C’est ainsi que, de force, ils voulaient à
tout prix embarquer M. Vodis à qui ils demandaient à
savoir où il a caché les armes qu’il détenait.
Indigné par la question, il déclara qu’il ne possède
aucune arme.
Voyant la persistance de la brutalité pour l’emmener
manu militari, M. Vodis cria : « Venez-moi au
secours ! Ils veulent m’enlever ». Ainsi, les
parents, sa femme et les habitants du quartier
ameutés, tous sortirent pour lui porter secours
mais, hélas. Ils étaient tous impuissants face aux
hommes en treillis et de surcroît puissamment armés
jusqu’aux dents, à en croire les témoignages
recueillis sur le terrain et qui menaçaient de
tirer. La brutalité s’en est suivie avec des coups
de crosse par-ci et par-là. Son épouse a reçu un
sérieux coup de crosse sur sa bouche pour la faire
taire face à l’enlèvement de son mari auquel elle
assistait, impuissante. Les parents sans aucune
force et en dépit de leurs âges avancés, s’étaient
vus eux aussi brutalisés. Selon les témoignages, les
interpellants ne voulaient pas décliner leurs
identités ni dire un mot sur la destination de
Thomas, comme aiment si bien l’appeler ses proches.
C’était alors, dans cette ambiance empreinte de
tension que M. Vodis fut embarqué, après être
introduit par brutalité et par force sous des coups
de bottes et de crosse qui ont amoché complètement
ce militant de l’UFC.
Sur le parcours qui le conduit à
la DGPJ
communément appelée DPJ, les policiers ne cessaient
de lui demander où il a caché les armes. A chaque
réponse négative, c’est-à-dire toute celle contraire
à leurs desiderata, ses bourreaux serrèrent
davantage la paire de menottes aux poignets de M.
Vodis. A la DPJ,
l’interrogatoire était encore plus musclé. « Devant
deux officiers (un grand de taille et l’autre plus
petit), ils me demandaient où j’ai caché les armes.
Quand je répondis n’en savoir rien, alors le plus
petit des officiers intima l’ordre qu’on me gifle
afin que je dise la vérité. C’est ainsi que les
agents s’étaient rués sur moi, ils m’assenèrent des
coups de partout (tête, cage thoracique, pieds et
bras) sans pitié et indifférents à mes cris. C’est
après qu’on m’enferma dans une cellule. Le
lendemain, la même question dont je n’avais aucune
réponse, était encore à l’ordre du jour. C’est ainsi
qu’un instant après, un autre officier vint me
demander si je connaissais M. Ouro, question à
laquelle je répondis affirmativement. Et c’est de là
qu’il me signifiait que je lui dois le remboursement
de 1.900.000 FCFA d’un terrain que ce dernier a
acquis chez moi et sur lequel, il avait lui-même
élevé des bornes en son nom. Ils exigèrent que cette
somme soit restituée avant qu’ils me libèrent. J’ai
alors dit que, s’il ne s’agit que de cela, je ne
trouve pas d’inconvénient. Ce que j’ai fait quelques
heures après, c’est-à-dire que j’ai remboursé les
1.900.000 FCFA ce jour pour enfin recouvrer ma
liberté »,
nous a témoigné la victime que nous avons rencontrée
agonisant.
Dans nos investigations dans la localité, nous avons
approché le Préfet M. Kouvahé qui s’est indigné de
la situation dont il a été saisi par les parents de
la victime. Il a déploré l’incident qu’il ne
souhaiterait plus voir se reproduire dans sa
préfecture. La victime a confirmé la désapprobation
du Préfet, contrairement à son prédécesseur « Le
Préfet n’en est pour rien. Il s’était impliqué à
travers ses actions, ce qui est salutaire par
rapport à son prédécesseur qui, dans de pareilles
circonstances, afficherait une indifférence dont il
en avait fait preuve. Il est à féliciter et à
remercier », nous confie la victime sur son lit
de malade, se tordant de douleurs. Aussi, nous
a-t-il été rapporté l’intervention des responsables
de l’UFC qui, saisis de la situation, ont aussitôt
engagé des démarches auprès des autorités
compétentes pour que cette affaire soit tirée au
clair et que dorénavant, ses militants ne soient
plus victimes des persécutions jadis vécues au
Togo.
De sources proches de la DPJ,
il nous a été signifié qu’il s’agissait d’une
affaire d’escroquerie sans d’autre moindre détail.
Sur la question des tortures infligées à M. Vodis,
on dément tout mauvais traitement de ce dernier lors
de son interpellation. « Il avait été emmené de
force parce qu’il appelait les gens à sortir avec
des armes lors de son arrestation. C’est ce qui
aurait certainement poussé nos hommes à l’embarquer
au plus vite en le maîtrisant », nous avait
signifié une autre source proche de
la DPJ. Une
version balayée du revers de la main par les témoins
oculaires de l’événement que nous avons pu contacter
au cours de nos investigations dans la localité.
Force est de constater, à l’analyse de cette
situation et loin d’être un juge, que plusieurs
droits du citoyen en la personne du sieur Vodis, ont
été bel et bien bafoués. Et dans la mesure où il
s’agit d’une bévue policière, c’est-à-dire des actes
posés par des fonctionnaires de l’Etat contre un
citoyen au mépris des lois et textes en vigueur dans
le pays, l’on peut sans ambages parler de violation
des droits de l’homme. Cette manière d’interpeller
les citoyens et qui a fait ses preuves par le passé
est pourtant proscrite par
la Constitution
togolaise en son article 28, alinéa 2 : « Tout
citoyen a droit au respect de sa vie, de son
honneur, de sa dignité et de son image ». Dans
le cas d’espèce, l’on peut constater d’emblée que
plusieurs de ces dispositions ont été violées,
portant ainsi préjudice à M. Vodis.
« Il a été victime d’une conspiration savamment
orchestrée par ses adversaires politiques, notamment
les jeunes du RPT de la localité qui lui en veulent
en cette période préélectorale. Tous ces actes ont
juste pour objectif de démobiliser les militants de
l’UFC, formation à laquelle il appartient. D’autres
militants de l’opposition sont sur la liste rouge
des ennemis du peuple », a indiqué une source
indépendante de la localité que nous avons
approchée. Ce témoignage tend à confirmer la thèse
d’une information en notre possession selon laquelle
de nombreux militants de l’opposition sont dans le
collimateur du pouvoir RPT qui aurait tendu bien de
pièges juridico-politiques à ceux-ci pour les
cueillir sur le terrain des délits de droit commun.
Sinon, l’on ne comprend pas pourquoi, une affaire
commerciale peut se glisser sur un terrain
d’atteinte à la sûreté de l’Etat. Tendons-nous vers
les systèmes qui conduisaient aux arrestations
arbitraires ou politiques dont les Togolais ont été
victimes pendant plusieurs décennies durant ?
Alors-là, la vigilance sera de mise pour tout
citoyen.
Didier LEDOUX |
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