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1er juillet 2006

[ 97 : du 30  juin 2006]

Coup dur à la liberté d’expression : La HAAC pousse les médias au dépôt de bilan

Mercredi dernier, la Haute Autorité de l’Audiovisuel et de la Communication (HAAC) s’est entretenue à son siège avec les directeurs des télévisions privées émettant dans le pays. A en croire notre confrère « Togo-Presse », « cette rencontre s’inscrit  dans la volonté de la HAAC d’entretenir un climat de confiance  et de paix  entre l’institution de régulation qu’elle est, et ses partenaires ». Que la démarche est noble !

 
 

Mais malheureusement, la HAAC a seulement chargé les directeurs des télévisions privées sans leur proposer des pistes pouvant leur permettre  d’augmenter leur chiffre d’affaires et de faire face aux multiples besoins.  Elle constate sur les chaînes la politisation à outrance de l’information, l’insuffisance de reportages et de sujets locaux visant le développement ainsi que le manque d’équilibre et d’équité dans les émission-débats. Certes. Mais les problèmes des médias togolais se posent en terme de moyens financiers, matériels et humains. Un directeur qui crée sa chaîne de télévision, qui est avant tout une entreprise, travaille avec les moyens de bord pour ne pas mettre la clé sous le paillasson après un ou deux mois d’exercice. C’est ainsi qu’on voit les mêmes personnes défiler sur les écrans pour des émissions différentes. Un organe qui a deux ou trois caméras ne peut jamais s’offrir  le luxe d’envoyer ses journalistes faire des reportages à Kpendjal ou à Tindjassi. Même s’il le décide, le journaliste ne fera pas le travail avec le coeur parce qu’il est mal payé, parce qu’il sait qu’il n’aura pas les primes de déplacement, les primes de motivation et autres. D’ailleurs combien de sujets locaux ou de reportages nous propose la TVT qui est une structure de l’Etat ? Là aussi, le problème de moyens se pose avec acuité. Les journalistes préfèrent aller aux conférences de presse pour  attraper le « gombo » ou le « communiqué final » (frais  que payent souvent  aux journalistes les organisateurs) que de défier les montagnes pour  réaliser un reportage à Akpolo dans la préfecture d’Agou. De plus, les caméras de la TVT qui ressemblent fort  bien à des bazookas  sont mêmes insuffisantes sans oublier les voitures qui « refusent » souvent de continuer  le trajet. Avec tous ces problèmes, peut-on avoir l’excellence qu’on cherche tant ? That is the question.

Dans le domaine de la publicité, il faut reconnaître qu’il y a beaucoup de dérapages. C’est une lapalissade. Mais la HAAC a encore péché en sommant les directeurs des télévisons  de cesser à partir du 1er octobre 2006 de recevoir des tradithérapeutes qui « usurpent des titres pompeux de docteur et professeur ». Dans l’ordre normal des choses, elle (HAAC) devrait prendre attache avec le ministre de la Santé et l’association des tradithérapeutes pour  assainir d’abord le milieu et arrêter ensuite, d’un commun accord, un cahier de charges qui définirait clairement les relations des tradithérapeutes avec les médias.  Ce ne sont pas tous les tradithérapeutes qui sont des vendeurs d’illusions. Il y en a des vrais, des gens qui maîtrisent leur travail. Qu’on ne se voile pas la face, il y a des tradithérapeutes qui guérissent  le SIDA et qui ont traité et traitent des ministres et hauts fonctionnaires de ce pays. Mais c’est la façon de le dire sur les médias  qui pose problème.

Nous sommes heureux que la HAAC veuille être légaliste en se référant régulièrement au code de la presse, au  cahier de charges… Mais l’aide de l’Etat est  justement instituée pour permettre aux médias de tendre vers cette excellence. C’est ce à quoi doit s’atteler la HAAC  en prenant langue avec les décideurs  pour que les 50 millions de F CFA annoncés soient  revus à la hausse. Dans un pays ou la publicité est comme l’urine d’un lézard, que deviendront les médias s’ils n’ont pas l’aide en question et si on leur refuse « toute publicité sur les médicaments, tabac et boissons alcooliques » ? Ces décisions sans mesures d’accompagnement ne participent-elles pas au  musellement des médias ?

Les médias sont appelés à disparaître s’ils n’ont plus de source de revenus. « C’est un peu difficile. Si nous n’avons plus de publicité, nous serons obligés de fermer », s’est plaint le Pasteur Luc Russel Adjaho au micro de nos confrères de la TVT.

Evans Yemey

 

 

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