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L’invité de l’émission 7 sur 7 sur la TV7 le
dimanche dernier était singulier, unique en son
genre, non pas à cause de son statut politique ou
d’une quelconque célébrité qu’il véhicule,
mais par le sectarisme, l’étroitesse d’esprit dont
il a fait montre. Que ce soit par la nature et le
contenu de ses déclarations ou par ses agissements
au cours de l’émission, Eric Kpadé, puisque c’est
de lui qu’il s’agit, pardon l’
« Honorable Kpadé », le sempiternel
vice-président de cette confrérie de mecs qui ne
pensent que RPT, désignée par un joli euphémisme
sous le vocable d’Assemblée Nationale, pourrait
ressembler à tout sauf d’un type sérieux.
Le gars ne pouvait pas être pris au sérieux tant
l’agitation monstre dont il avait fait preuve
enlevait toute crédibilité à sa personne et à ses
propos. Tout le long de l’émission, Eric Kpadé avait
joué à ces petits pasteurs et évangélistes qui
pullulent à Lomé, haranguent leurs fidèles lors des
séances de prédications au rythme effréné des
« Alléluya ! Au nom de Jésus !... ». Il
discourait avec frénésie de façon à impressionner le
maximum de téléspectateurs. Il harcelait presque les
journalistes qui l’entretenaient en élevant par
moment la voix de façon à stopper net celui
qui voulait lui poser une question piège. C’était
une manière de les esquiver. Dieu seul sait s’il a
séduit deux Togolais ce dimanche.
Pour ce qui est du contenu, les téléspectateurs
avisés ont su très tôt qu’ils avaient affaire
à un individu qui voulait faire passer coûte
que coûte un message et tentait de travailler les
consciences à cette fin, celle d’aller aux élections
législatives. Eric Kpadé avait donc une feuille de
route, une mission précise à remplir avant de
débarquer sur le plateau de la TV7, celle de
persuader les Togolais à participer aux élections
législatives qui sont en fait une légitimation du
pouvoir de Faure Gnassingbé. C’est d’ailleurs le
seul souci du RPT qui a accepté laisser faire le
dialogue actuel qui est en hibernation. A la
question d’un des journalistes de savoir si dans le
contexte actuel on puisse appeler le peuple togolais
à se rendre encore aux urnes, l’invité répondit :
« Pourquoi pas » ? C’est un député loin d’être
soucieux de la situation du peuple qu’on a retrouvé.
La suite de sa réponse a été cynique car Eric Kpadé
ne pense qu’aux intérêts de son parti
politique et de sa propre personne.
« Vous savez que dans un an et demi, la législature
de la 3ème législation
de l’Assemblée Nationale prendra fin, et moi je ne
veux pas m’asseoir dans une assemblée qui aura fini
son mandat. Je ne veux vraiment pas et je ne le
ferai pas. Je préfère … que nous puissions tout
mettre en œuvre pour aller aux élections »,
avait-il dit avant de vouloir donner une leçon de
démocratie en ces termes : « Nous voulons faire
la démocratie, n’est-ce pas ? Et nous nous sommes
battus pour la démocratie depuis toujours dans notre
pays. Et comment voulez-vous que cette démocratie
prenne place dans notre société si nous n’apprenons
pas à aller aux élections ? ». Tout le monde
sait qu’un« parti politique est créé pour la
conquête et l’exercice du pouvoir », mais la
question était de savoir s’il ne serait pas
immoral de convier de si tôt le peuple à aller
encore voter puisque c’est un acte similaire qui a
coûté la vie à près de 1000 Togolais en avril 2005.
Si l’on comprend bien, Eric Kpadé veut que l’on
aille encore aux élections quel qu’en soit le prix.
« Il vaut mieux 3000 morts que tout le peuple
sacrifié » comme dirait l’autre PM,
n’est-ce pas ?
Pour revenir à la question de la fin du mandat
de la présente législature qui préoccupe tant le
député, les Togolais voudront connaître l’utilité
réelle de l’Assemblée Nationale qu’on a au Togo. Ce
n’est qu’un ramassis d’individus chargés d’avaliser
les décisions politiques prises au plus haut sommet,
qui ont juste à lever leurs petits doigts en guise
d’accord pour se voir gratifier de 700.000
F CFA comme salaire. C’est cette assemblée qui est à
la base de tout le scénario qui a abouti à la mort
des Togolais et à l’exil de bien d’autres. Cette
assemblée dite nationale n’a pas hésité à légaliser
ce qui était une infamie, la confiscation du pouvoir
par Faure Gnassingbé au lendemain du trépas le 05
février 2005 de son géniteur qui a maintenu durant
38 bonnes années le peuple dans une demi- vie. C’est
sous la houlette d’Abass Bonfoh et lui Eric Kpadé,
alors 1er et
2e vice-présidents
de cette congrégation que Faure Gnassingbé est
devenu nuitamment président de l’Assemblée Nationale
puis Président par intérim du Togo. Abass Bonfoh,
Eric Kpadé et les siens avaient auparavant pris soin
de disqualifier « le Parisien » de ce droit à
assurer l’intérim. C’était lorsque les Togolais et
la Communauté Internationale criaient haro sur cette
manœuvre honteuse qu’elle a été contrainte de
rebrousser chemin, non sans replacer Natchaba
dans ses droits, mais en promouvant Abass Bonfoh qui
dirigea le pays durant le temps de l’élection et du
massacre des Togolais. Quelle est au juste l’utilité
de l’Assemblée Nationale dans ce pays ?
« Sodomiser » continuellement les textes ? Elle
n’était d’ailleurs pas à son 1er coup
au lendemain du 05 février 2005. C’est elle qui a
légalisé la 3e présidence
de Gnassingbé Eyadèma en procédant à des
modifications constitutionnelles pour lui permettre
de briguer un « extra – mandat » en
juin 2003 avant que ne survienne la « catastrophe
Nationale »…
Un autre objectif de sa venue à l’émission était de
faire l’apologie du parti qui a fait de lui un
homme. Il était donc en campagne électorale déguisée
et par anticipation.
En outre, sans se rendre compte, Eric Kpadé a dit
tout haut ce que les Togolais sérieux pensaient tout
bas et savaient depuis, l’assertion selon
laquelle militer au sein du RPT est une question
d’intérêt. Perdu dans le flot de ses raisonnements,
il lâcha : « Ce parti que tout le monde criait,
que tout le monde honorait, nous on était à côté.
Jusque sur le campus on était à côté et tous ceux
qui se retrouvaient présidents des organisations des
étudiants et membres du comité central et tout ça
« avec tous les avantages possibles »… Et alors là
dans mon sursaut d’orgueil, j’ai quitté les
frontières pour venir m’exercer au sein de ce parti
justement. Et ce que je viens de vous dire, c’est
notre logique à nous… ». Eric Kpadé avait été
donc guidé par les avantages qu’il pourrait tirer en
adhérant au RPT. Il ne fait que confirmer ce qu’a
dit un concitoyen, «tout Togolais équilibré qui
adhère au RPT le fait pour son ventre». C’est
une question d’intérêts, de
« podocratie ». Et tout Togolais sérieux ne
saurait adhérer au RPT pour les idéaux de paix et de
bonheur du pays. C’est simplement pour acquérir
« tous les avantages possibles ». N’est-ce pas
la raison pour laquelle le RPT ne veut pour rien au
monde perdre le pouvoir et laisser faire
l’alternance dans ce pays? C’est certainement pour
leurs intérêts que les Edem Kodjo, Zarifou
Ayéva, Dossey-Anyron, Abi Tchessa, Atsu Gilbert et
compagnies ont rejoint le groupe des profiteurs pour
la soupe. Le terme de « mangeoire » sous
lequel est ironiquement désigné le gouvernement
actuel ne saurait mieux peindre cette réalité.
L’alternance devrait donc poser de problème
contrairement aux propos de Kpadé. C’est de bonne
guerre que ce parti bloque le présent dialogue
intertogolais pour maintenir au maximum le statu
quo, une condition idéale pour leur permettre de
jouer les prolongations et se sucrer davantage des
délices du pouvoir. La philosophie de l’ex-président
du Togo n’était-elle pas qu’ « il est difficile
de reconquérir le pouvoir perdu » et qu’ « il
ne faut à aucun prix le perdre » ?
On aura tout compris. Eric Kpadé était en mission
commandée sur le plateau de la TV7. Il devrait
essayer de persuader les Togolais à adhérer à l’idée
d’aller aux élections législatives qui devront être
le cachet sec, la caution solidaire au régime de
Faure Gnassingbé qui n’est qu’une copie conforme du
précédent. Que cela n’étonne personne que dans les
tout prochains jours, des « micro –
partis », associations et mouvements montent au
créneau pour appeler à la tenue des législatives
comme le réclame l’Union Européenne. L’éternelle
formule serait toujours d’actualité : faire
des élections présidentielles traficotées et les
légitimer par les législatives anticipées. Ainsi va
la République sous les Gnassingbé.
TINO Kossi. |