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1er juin 2006

[ 87:  31 mai 2006]

Aveu d’Eric Kpadé sur la TV7 le dimanche dernier : Adhérer au RPT est une question de profits

 
 

          L’invité de l’émission 7 sur 7 sur la TV7 le dimanche dernier était singulier, unique en son genre, non pas à cause de son statut politique ou d’une quelconque célébrité qu’il  véhicule, mais par le sectarisme, l’étroitesse d’esprit dont il a fait montre. Que ce soit par la nature et le contenu de ses déclarations ou par ses agissements au cours de l’émission, Eric Kpadé, puisque c’est de lui qu’il s’agit, pardon l’  « Honorable Kpadé », le sempiternel vice-président de cette confrérie de mecs qui ne pensent que RPT, désignée par un joli euphémisme sous le vocable d’Assemblée Nationale, pourrait ressembler à tout sauf d’un type sérieux.

            Le gars ne pouvait pas être pris au sérieux tant l’agitation monstre dont il avait fait preuve enlevait toute crédibilité à sa personne et à ses propos. Tout le long de l’émission, Eric Kpadé avait joué à ces petits pasteurs et évangélistes qui pullulent à Lomé, haranguent leurs fidèles lors des séances de prédications au rythme effréné des « Alléluya ! Au nom de Jésus !... ». Il discourait avec frénésie de façon à impressionner le maximum de téléspectateurs. Il harcelait presque les journalistes qui l’entretenaient en élevant par moment  la voix de façon à stopper net celui qui voulait lui poser une question piège. C’était une manière de les esquiver. Dieu seul sait s’il a séduit deux Togolais ce dimanche.

            Pour ce qui est du contenu, les téléspectateurs avisés ont su  très tôt qu’ils avaient affaire à un individu  qui voulait faire passer coûte que coûte un message et tentait de travailler les consciences à cette fin, celle d’aller aux élections législatives. Eric Kpadé avait donc une feuille de route, une mission précise à remplir avant de débarquer sur le plateau de la TV7, celle de persuader les Togolais à participer aux élections législatives qui sont en fait une légitimation du pouvoir de Faure Gnassingbé. C’est d’ailleurs le seul souci du RPT qui a accepté laisser faire le dialogue actuel qui est en hibernation. A la question d’un des journalistes de savoir si dans le contexte actuel on puisse appeler le peuple togolais à se rendre encore aux urnes, l’invité répondit : « Pourquoi pas » ? C’est un député loin d’être soucieux de la situation du peuple qu’on a retrouvé. La suite de sa réponse a été cynique car Eric Kpadé ne pense qu’aux intérêts  de son parti politique et de sa propre personne. « Vous savez que dans un an et demi, la législature de la 3ème législation de l’Assemblée Nationale prendra fin, et moi je ne veux pas m’asseoir dans une assemblée qui aura fini son mandat. Je ne veux vraiment pas et je ne le ferai pas. Je préfère … que nous puissions tout mettre en œuvre pour aller aux élections », avait-il dit avant de vouloir donner une leçon de démocratie en ces termes : « Nous voulons faire la démocratie, n’est-ce pas ? Et nous nous sommes battus pour la démocratie depuis toujours dans notre pays. Et comment voulez-vous que cette démocratie prenne place dans notre société si nous n’apprenons pas à aller aux élections ? ». Tout le monde sait qu’un« parti politique est créé pour la conquête et l’exercice du pouvoir », mais la question était de savoir s’il ne  serait pas immoral de convier de si tôt le peuple à aller encore voter puisque c’est un acte similaire qui a coûté la vie à près de 1000 Togolais en avril 2005. Si l’on comprend bien, Eric Kpadé veut que l’on aille encore aux élections quel qu’en soit le prix. « Il vaut mieux 3000 morts que tout le peuple sacrifié » comme dirait l’autre PM, n’est-ce pas ?

            Pour  revenir à la question de la fin du mandat de la présente législature qui préoccupe tant le député, les Togolais voudront connaître l’utilité réelle de l’Assemblée Nationale qu’on a au Togo. Ce  n’est qu’un ramassis d’individus chargés d’avaliser les décisions politiques prises au plus haut sommet, qui ont juste à lever leurs petits doigts en guise d’accord pour se voir gratifier de  700.000  F CFA comme salaire. C’est cette assemblée qui est à la base de tout le scénario qui a abouti à la mort des Togolais et à l’exil de bien d’autres. Cette assemblée dite nationale n’a pas hésité à légaliser ce qui était une infamie, la confiscation du pouvoir par Faure Gnassingbé au lendemain du trépas le 05 février 2005 de son géniteur qui a maintenu durant 38 bonnes années le peuple dans une demi- vie. C’est sous la houlette d’Abass Bonfoh et lui Eric Kpadé, alors 1er et 2e vice-présidents de  cette congrégation que Faure Gnassingbé est devenu nuitamment président de l’Assemblée Nationale puis Président par intérim du Togo. Abass Bonfoh, Eric Kpadé et les siens avaient auparavant pris soin de disqualifier « le Parisien » de ce droit à assurer l’intérim. C’était lorsque les Togolais et la Communauté Internationale criaient haro sur cette manœuvre honteuse qu’elle a été  contrainte de rebrousser chemin, non sans replacer  Natchaba dans ses droits, mais en promouvant Abass Bonfoh qui dirigea le pays durant le temps de l’élection et du massacre des Togolais. Quelle est au juste l’utilité de l’Assemblée Nationale dans ce pays ? « Sodomiser » continuellement les textes ? Elle n’était d’ailleurs pas à son 1er coup au lendemain du 05 février 2005. C’est elle qui a légalisé la 3e présidence de Gnassingbé Eyadèma en procédant à des modifications constitutionnelles pour lui permettre de briguer  un « extra – mandat » en juin 2003 avant que ne survienne la « catastrophe Nationale »…

            Un autre objectif de sa venue à l’émission était de faire l’apologie du parti qui a fait de lui un homme. Il était donc en campagne électorale déguisée et par anticipation.

            En outre, sans se rendre compte, Eric Kpadé a dit tout haut ce que les Togolais sérieux pensaient tout bas et  savaient depuis, l’assertion selon laquelle militer au sein du RPT est une question d’intérêt. Perdu dans le flot de ses raisonnements, il lâcha : « Ce parti que tout le monde criait, que tout le monde honorait, nous on était à côté. Jusque sur le campus on était à côté et tous ceux qui se retrouvaient présidents des organisations des étudiants et membres du comité central et tout ça « avec tous les avantages possibles »… Et alors là dans mon sursaut d’orgueil, j’ai quitté les frontières pour venir m’exercer au sein de ce parti justement. Et ce que je viens de vous dire, c’est notre logique à nous… ». Eric Kpadé avait été donc guidé par les avantages qu’il pourrait tirer en adhérant au RPT. Il ne fait que confirmer ce qu’a dit un concitoyen, «tout Togolais équilibré qui adhère au RPT le fait pour son ventre». C’est une question d’intérêts, de « podocratie ». Et tout Togolais sérieux ne saurait adhérer au RPT pour les idéaux de paix et de bonheur du pays. C’est simplement pour acquérir « tous les avantages possibles ». N’est-ce pas la raison pour laquelle le RPT ne veut pour rien au monde perdre le pouvoir et laisser faire l’alternance dans ce pays? C’est certainement pour leurs intérêts  que les Edem Kodjo, Zarifou Ayéva, Dossey-Anyron, Abi Tchessa, Atsu Gilbert et compagnies ont rejoint le groupe des profiteurs pour la soupe. Le terme de « mangeoire » sous lequel est ironiquement désigné le gouvernement actuel ne saurait mieux peindre cette réalité. L’alternance devrait donc poser de problème contrairement aux propos de Kpadé. C’est de bonne guerre que ce parti bloque le présent dialogue intertogolais pour maintenir au maximum le statu  quo, une condition idéale pour leur permettre de jouer les prolongations et se sucrer davantage des délices du pouvoir. La philosophie de l’ex-président du Togo n’était-elle pas qu’ « il est difficile de reconquérir le pouvoir perdu » et qu’ « il ne faut à aucun prix le perdre » ?

            On aura tout compris. Eric Kpadé était en mission commandée sur le plateau de la TV7. Il devrait essayer de persuader les Togolais à adhérer à l’idée d’aller aux élections législatives qui devront être le cachet sec, la caution solidaire au régime de Faure Gnassingbé qui n’est qu’une copie conforme du précédent. Que cela n’étonne personne que dans les tout  prochains jours, des « micro – partis », associations et mouvements montent au créneau pour appeler à la tenue des législatives comme le réclame l’Union Européenne. L’éternelle formule serait toujours  d’actualité : faire des élections présidentielles traficotées et les légitimer par les législatives anticipées. Ainsi va la République sous les Gnassingbé.

TINO Kossi.

 

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