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28 avril 2006

 
[ No 79: 28 avril 2006]
Tripatouillage constitutionnel en cours au Nigeria : Le vieux Obasanjo révèle son vrai visage un an après sa comédie au Togo
 

L’Afrique n’a plus de dirigeants, triste constat! Ce qu’il en reste aujourd’hui, ce ne sont que des Africains qui semblent n’avoir cure de dignité ni d’honneur, prompts à se saborder, à se «vendre» eux-mêmes à vil prix aux hommes à peau blanche, à leur vendre jusqu’à leur propre pays, et même tout le continent dont ils prétendent curieusement du bout des lèvres, défendre la cause, en se regroupant dans un club de chefs d’Etat pompeusement dénommé Union Africaine (UA), par singerie pour l’autre machin d’Union Européenne (UE) qui, elle au moins, sait où elle va. Le Continent africain n’a-t-il décidément plus de personnalité propre? La génération des Kwame NKrumah, Sékou Touré, Sylvanus Olympio, Julius Nyerere, Jomo Kenyatta, Léopold Sédar Senghor, etc. et tout récemment des Rawlings, Abdou Salam Aboubakar (Nigeria) et Alpha Oumar Konaré, bref l’étoffe des Africains qui ont aimé et aiment leur pays, semble progressivement faire place à une génération de chefs d’Etat tout simplement inhum... et n’ayant d’africain que la couleur de leur peau. C’est triste et pitoyable pour notre continent que ses propres fils sont en train de vendre sans penser à ce que deviendront leurs propres enfants demain.

On l’avait senti venir

Dans le numéro 52 de Liberté Hebdo paru le 27 janvier 2006, nous avions publié un article intitulé «Obasanjo a-t-il cédé le fauteuil de l’UA par stratégie? ». Dans cet article, nous faisions allusion à sa tentative de s’éterniser au pouvoir par une modification de la constitution nigériane, modification qui pour de « sales nègres » est devenue une mode sur le continent et perpétrée sans pudeur. Nous étions certains que le Président Obasanjo n’avait pas voulu prolonger son mandat à la tête de l’UA comme l’avait fait Tandja Mamadou pour la CEDEAO, parce qu’il avait résolument choisi d’aller dans le même sens que les autres tripatouilleurs de constitutions. Lui qui aime tant se pavaner somptueusement dans ses boubous trois pièces qui traînent presque par terre, avec son bonnet Yoruba sur la tête, respirant le pouvoir à pleins poumons, voyageant de pays en pays pour « le règlement » des crises africaines en vrai Président de l’UA? Rien ne semblait le destiner à se défaire de si tôt de ce titre, si ce n’était une volonté manifeste de s’éterniser au pouvoir.

Nous avions souligné qu’il serait malsain pour un chef d’Etat Président en exercice de l’UA, de modifier la constitution de son pays, raison pour laquelle il devait avoir hâte de se débarrasser de ce titre avant les prochaines présidentielles nigérianes prévues pour 2007. Nous étions allés dans notre analyse, jusqu’à prédire qu’avant la fin de l’année 2006, on le verrait procéder manu militari à la modification de la constitution du Nigeria. Nous ne nous étions pas du tout trompés. Les choses semblent en bonne voie depuis quelques semaines où le Parlement nigérian (constitué majoritairement de son parti) est à pied d’œuvre pour tailler une constitution sur mesure à Obasanjo. Ô, Pauvre Obasanjo qui avait déjà dirigé son pays une première fois après un coup d’Etat militaire, pourquoi ne pas choisir une porte de sortie honorable maintenant qu’il a été élu par son peuple? Et pourtant, le Général Aboubakar, son compatriote lui avait montré la voie à suivre au décès de Sani Abacha et il n’en est pas mort. Contre quoi Obasanjo a-t-il choisi de troquer la sagesse que devrait lui conférer son âge ? De l’argent? Les honneurs que confère le pouvoir? Le commandement? En tous cas, le Nigeria n’est pas ce village qu’on appelle Togo et avec lequel tous les enfants s’amusent.

Obasanjo ou l’homme aux multiples facettes

Dans le drame qui s’était joué dans notre pays à la mort du Gal Eyadema, on a vu le Président nigérian, à l’époque Président en exercice de l’Union Africaine avec plusieurs visages. Dans un premier temps, l’incarnation de l’espoir des Démocrates togolais avec un visage de légaliste, respectueux des principes démocratiques et prêt à combattre la violation des textes de lois par tous les moyens, même militaires. Dans un second temps, on l’a découvert aussi muet qu’une carpe, complètement ramolli et subitement méconnaissable au moment où le pouvoir en place donnait du fil à retordre à l’Opposition avec l’appui de Mamadou Tandja, et que celle-ci lançait des appels dans sa direction. Par la suite, on a retrouvé le même personnage, ne donnant pas l’air très équilibré, se comportant tel un leader qui regrettait de n’avoir pas conduit le Togo dans la direction qu’il aurait fallu en cette période de crise. Il avait même insisté que l’Opposition prît part au gouvernement avec le poste de PM à l’Opposition vraie, allant jusqu’à conseiller à Edem Kodjo, semble-t-il, de laisser la place de PM à la coalition. Enfin, on l’a retrouvé, complètement indifférent à nos problèmes, déclarant à ceux qui pouvaient l’entendre  qu’il ne reconnaissait au Togo qu’un seul Président élu et c’était Faure Gnassingbé. On préfère s’arrêter là, car Olusegun Obasanjo, c’est bien un chef d’Etat in hum... (How for do ?) et les visages qu’il a eu à présenter dans la crise togolaise en l’espace de six mois sont multiformes.

Aujourd’hui, ce Monsieur qui fut le plus farouche chef d’Etat opposé en février 2005 au remplacement du Gal Eyadema par son fils, a fini par s’accommoder de cette forfaiture et ajouté dans l’ombre sa tragi-comédie jusqu’au bout. Par la suite et à son heure, il s’est abrité derrière un semblant de retour à la légalité constitutionnelle arrangé contre l’Opposition. Les hommes de bonne foi et de bonne volonté qui n’ont pas un siège de membre permanent à rechercher et à défendre bec et ongles au Conseil de sécurité des Nations Unies, l’avaient bouclé, la mort dans l’âme, convaincus que le cas togolais était un grand déshonneur pour tout le continent noir. Aujourd’hui, ce siège pour lequel le GaI Obasanjo se battait avec l’espoir du soutien d’une France roublarde et « criminelle », lui a filé entre les doigts. Mais gratuitement, il a sacrifié ses frères togolais sur l’autel d’intérêts personnels. Avec la tentative de proroger son mandat, il confirme à la face du monde qu’il ne pèse pas le poids de ses boubous.

Le Président Obasanjo qui se disait légaliste en 2005 et qui donnait tolérance zéro pour la violation de la constitution au moment des faits au Togo, se permet de tenter de violer la constitution de son pays en 2006 pour briguer un troisième mandat comme l’avait fait Eyadema toute honte bue avant lui. Quelle considération voudrait-il que ses compatriotes et le peuple togolais qu’il avait brimé dans un désordre indigne d’un Président en exercice de l’Union Africaine lui donnent, maintenant qu’il veut tripatouiller sa propre constitution? En tous les cas, pour notre part, nous le savions depuis très longtemps avant même le re-baptême de l’OUA, ce n’est pas un changement d’appellation qui importe.

Se prendre un peu au sérieux

Tant qu’au niveau de ce ramassis de dirigeants africains qui font la honte de nos pays (nous voulons le crier même très fort), et qui vont quelquefois jusqu’à se traiter entre eux de rigolos, on ne se décidera pas à œuvrer pour une viabilité de nos institutions, y compris l’OUA ou l’UA, en passant pas nos constitutions, codes électoraux et autres, l’Afrique sera toujours la risée des autres et à la traîne. Quel autre continent, à part l’Afrique, s’illustre par cette comédie indigne de gens instruits? Ce sont toujours eux, les mêmes, tombés plus d’une fois en plein marché, on dirait. Cela fait désordre et devient révoltant! Où allons-nous? C’est la question que chacun de nos dirigeants devrait se poser. Le tout n’est pas de se lancer dans du mimétisme. Il faut une autocritique à la base, en interrogeant sa conscience d’être humain. Est-ce que je dois le faire, parce que l’autre aussi la fait? Chef d’Etat africain, œuvre dès maintenant pour la recherche de ta dignité!

Nous constatons que les modifications de constitution en elles, sont une source de conflits et de troubles sociaux graves au sein de nos Etats. Les dirigeants africains ont-ils donc créé leur fameux mécanisme de règlement des conflits au niveau de l’UA pour mieux créer eux-mêmes des conflits à entretenir? On a l’impression que nos chefs d’Etat s’illustrent par des improvisations, des contradictions et des discours flatteurs, en sacrifiant chaque jour un peu plus leurs populations grâce auxquelles pourtant ils sont là. Le 3 mai 2006, cela fait un an jour pour jour, que le Ministre nigérian des affaires étrangères représentant son chef, avait lu le discours du Président nigérian à l’occasion de l’investiture du nouveau chef de l’Etat togolais élu dans les conditions que l’Afrique entière sait. Ce discours qui avait laissé plus d’un Togolais rêveurs, sonne encore faux et plein d’affabulation dans nos oreilles, à l’occasion de cet anniversaire. Nous comprenons seulement maintenant et bien maintenant que cet homme qui n’arrive pas à créer des conditions de paix durable dans son propre pays, ne pourra jamais régler avec objectivité et efficacité les problèmes des autres. Que nos chefs d’Etat fassent l’effort de se prendre un peu plus au sérieux pour aider à donner une meilleure image à notre continent et alors, les gouvernés les prendront aussi au sérieux.

Eu égard à tout ce qui précède, nul ne doit s’étonner qu’avec un Obasanjo dépourvu apparemment de sagesse et son compère Mamadou Tandja, la crise togolaise au décès d’Eyadema se fût exacerbée, au lieu de connaître définitivement un règlement durable. Cela aurait été possible si une bonne volonté conjuguée de la CEDEAO et de l’UA qui prétendent œuvrer pour le développement de l’Afrique, avait pesé dans la balance. Que ceux des chefs d’Etat qui prétendent qu’on les «insulte», qu’on leur manque d’égard, rien qu’en leur déversant des vérités qui crèvent les yeux, comprennent que, lorsqu’on est à la tête d’une nation, on doit se respecter, en commençant par respecter les lois impersonnelles que les peuples se sont données librement, et c’est en cela qu’on peut mériter le respect des citoyens. En tant que chef d’Etat, on a l’impérieux devoir de donner les bons exemples soi-même, de montrer à son peuple la voie à suivre.

Nous n’avons pas un tempérament défaitiste ni fataliste. C’est pour cette raison que nous gardons l’espoir et convions nos frères et sœurs opprimés de toute l’Afrique à espérer que, tout comme récemment en Mauritanie, un vent nouveau soufflera sur toute l’Afrique des rapaces au moment où nous nous y attendrons le moins, et emportera tous les incapables qui vendent leur continent sans remords. Nous le souhaitons vivement, car trop c’est trop.

Alain SIMOUBA

 

 
 

 

 
 
 

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