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L’Afrique
n’a plus de dirigeants, triste constat! Ce qu’il en
reste aujourd’hui, ce ne sont que des Africains qui
semblent n’avoir cure de dignité ni d’honneur,
prompts à se saborder, à se «vendre»
eux-mêmes à vil prix aux hommes à peau blanche, à
leur vendre jusqu’à leur propre pays, et même tout
le continent dont ils prétendent curieusement du
bout des lèvres, défendre la cause, en se regroupant
dans un club de chefs d’Etat pompeusement dénommé
Union Africaine (UA), par singerie pour l’autre
machin d’Union Européenne (UE) qui, elle au moins,
sait où elle va. Le Continent africain n’a-t-il
décidément plus de personnalité propre? La
génération des Kwame NKrumah, Sékou Touré, Sylvanus
Olympio, Julius Nyerere, Jomo Kenyatta, Léopold
Sédar Senghor, etc. et tout récemment des Rawlings,
Abdou Salam Aboubakar (Nigeria) et Alpha Oumar
Konaré, bref l’étoffe des Africains qui ont aimé et
aiment leur pays, semble progressivement faire place
à une génération de chefs d’Etat tout simplement
inhum... et n’ayant d’africain que la couleur de
leur peau. C’est triste et pitoyable pour notre
continent que ses propres fils sont en train de
vendre sans penser à ce que deviendront leurs
propres enfants demain.
On l’avait senti venir
Dans le numéro 52 de Liberté Hebdo paru le
27 janvier 2006,
nous avions publié un article intitulé «Obasanjo
a-t-il cédé le fauteuil de l’UA par stratégie? ».
Dans cet article, nous faisions allusion à sa
tentative de s’éterniser au pouvoir par une
modification de la constitution nigériane,
modification qui pour de « sales nègres » est
devenue une mode sur le continent et perpétrée sans
pudeur. Nous étions certains que le Président
Obasanjo n’avait pas voulu prolonger son mandat à la
tête de l’UA comme l’avait fait Tandja Mamadou pour
la CEDEAO, parce qu’il avait résolument choisi
d’aller dans le même sens que les autres
tripatouilleurs de constitutions. Lui qui aime tant
se pavaner somptueusement dans ses boubous trois
pièces qui traînent presque par terre, avec son
bonnet Yoruba sur la tête, respirant le pouvoir à
pleins poumons, voyageant de pays en pays pour
« le règlement » des crises africaines en vrai
Président de l’UA? Rien ne semblait le destiner à se
défaire de si tôt de ce titre, si ce n’était une
volonté manifeste de s’éterniser au pouvoir.
Nous avions souligné qu’il serait malsain pour un
chef d’Etat Président en exercice de l’UA, de
modifier la constitution de son pays, raison pour
laquelle il devait avoir hâte de se débarrasser de
ce titre avant les prochaines présidentielles
nigérianes prévues pour 2007. Nous étions allés dans
notre analyse, jusqu’à prédire qu’avant la fin de
l’année 2006, on le verrait procéder manu militari à
la modification de la constitution du Nigeria. Nous
ne nous étions pas du tout trompés. Les choses
semblent en bonne voie depuis quelques semaines où
le Parlement nigérian (constitué majoritairement de
son parti) est à pied d’œuvre pour tailler une
constitution sur mesure à Obasanjo. Ô, Pauvre
Obasanjo qui avait déjà dirigé son pays une première
fois après un coup d’Etat militaire, pourquoi ne pas
choisir une porte de sortie honorable maintenant
qu’il a été élu par son peuple? Et pourtant, le
Général Aboubakar, son compatriote lui avait montré
la voie à suivre au décès de Sani Abacha et il n’en
est pas mort. Contre quoi Obasanjo a-t-il choisi de
troquer la sagesse que devrait lui conférer son âge
? De l’argent? Les honneurs que confère le pouvoir?
Le commandement? En tous cas, le Nigeria n’est pas
ce village qu’on appelle Togo et avec lequel tous
les enfants s’amusent.
Obasanjo ou l’homme aux multiples facettes
Dans le drame qui s’était joué dans notre pays à la
mort du Gal Eyadema, on a vu le Président nigérian,
à l’époque Président en exercice de l’Union
Africaine avec plusieurs visages. Dans un premier
temps, l’incarnation de l’espoir des Démocrates
togolais avec un visage de légaliste, respectueux
des principes démocratiques et prêt à combattre la
violation des textes de lois par tous les moyens,
même militaires. Dans un second temps, on l’a
découvert aussi muet qu’une carpe, complètement
ramolli et subitement méconnaissable au moment où le
pouvoir en place donnait du fil à retordre à
l’Opposition avec l’appui de Mamadou Tandja, et que
celle-ci lançait des appels dans sa direction. Par
la suite, on a retrouvé le même personnage, ne
donnant pas l’air très équilibré, se comportant tel
un leader qui regrettait de n’avoir pas conduit le
Togo dans la direction qu’il aurait fallu en cette
période de crise. Il avait même insisté que
l’Opposition prît part au gouvernement avec le poste
de PM à l’Opposition vraie, allant jusqu’à
conseiller à Edem Kodjo, semble-t-il, de laisser la
place de PM à la coalition. Enfin, on l’a retrouvé,
complètement indifférent à nos problèmes, déclarant
à ceux qui pouvaient l’entendre qu’il
ne reconnaissait au Togo qu’un seul Président
élu et c’était Faure Gnassingbé. On préfère
s’arrêter là, car Olusegun Obasanjo, c’est bien un
chef d’Etat in hum... (How for do ?) et les visages
qu’il a eu à présenter dans la crise togolaise en
l’espace de six mois sont multiformes.
Aujourd’hui, ce Monsieur qui fut le plus farouche
chef d’Etat opposé en février 2005 au remplacement
du Gal Eyadema par son fils, a fini par s’accommoder
de cette forfaiture et ajouté dans l’ombre sa
tragi-comédie jusqu’au bout. Par la suite et à son
heure, il s’est abrité derrière un semblant de
retour à la légalité constitutionnelle arrangé
contre l’Opposition. Les hommes de bonne foi et de
bonne volonté qui n’ont pas un siège de membre
permanent à rechercher et à défendre bec et ongles
au Conseil de sécurité des Nations Unies, l’avaient
bouclé, la mort dans l’âme, convaincus que le cas
togolais était un grand déshonneur pour tout le
continent noir. Aujourd’hui, ce siège pour lequel le
GaI Obasanjo se battait avec l’espoir du soutien
d’une France roublarde et « criminelle », lui
a filé entre les doigts. Mais gratuitement, il a
sacrifié ses frères togolais sur l’autel d’intérêts
personnels. Avec la tentative de proroger son
mandat, il confirme à la face du monde qu’il ne pèse
pas le poids de ses boubous.
Le Président Obasanjo qui se disait légaliste en
2005 et qui donnait tolérance zéro pour la violation
de la constitution au moment des faits au Togo, se
permet de tenter de violer la constitution de son
pays en 2006 pour briguer un troisième mandat comme
l’avait fait Eyadema toute honte bue avant lui.
Quelle considération voudrait-il que ses
compatriotes et le peuple togolais qu’il avait brimé
dans un désordre indigne d’un Président en exercice
de l’Union Africaine lui donnent, maintenant qu’il
veut tripatouiller sa propre constitution? En tous
les cas, pour notre part, nous le savions depuis
très longtemps avant même le re-baptême de l’OUA, ce
n’est pas un changement d’appellation qui importe.
Se prendre un peu au sérieux
Tant qu’au niveau de ce ramassis de dirigeants
africains qui font la honte de nos pays (nous
voulons le crier même très fort), et qui vont
quelquefois jusqu’à se traiter entre eux de rigolos,
on ne se décidera pas à œuvrer pour une viabilité de
nos institutions, y compris l’OUA ou l’UA, en
passant pas nos constitutions, codes électoraux et
autres, l’Afrique sera toujours la risée des autres
et à la traîne. Quel autre continent, à part
l’Afrique, s’illustre par cette comédie indigne de
gens instruits? Ce sont toujours eux, les mêmes,
tombés plus d’une fois en plein marché, on dirait.
Cela fait désordre et devient révoltant! Où
allons-nous? C’est la question que chacun de nos
dirigeants devrait se poser. Le tout n’est pas de se
lancer dans du mimétisme. Il faut une autocritique à
la base, en interrogeant sa conscience d’être
humain. Est-ce que je dois le faire, parce que
l’autre aussi la fait? Chef d’Etat africain, œuvre
dès maintenant pour la recherche de ta dignité!
Nous constatons que les modifications de
constitution en elles, sont une source de conflits
et de troubles sociaux graves au sein de nos Etats.
Les dirigeants africains ont-ils donc créé leur
fameux mécanisme de règlement des conflits au niveau
de l’UA pour mieux créer eux-mêmes des conflits à
entretenir? On a l’impression que nos chefs d’Etat
s’illustrent par des improvisations, des
contradictions et des discours flatteurs, en
sacrifiant chaque jour un peu plus leurs populations
grâce auxquelles pourtant ils sont là. Le 3 mai
2006, cela fait un an jour pour jour, que le
Ministre nigérian des affaires étrangères
représentant son chef, avait lu le discours du
Président nigérian à l’occasion de l’investiture du
nouveau chef de l’Etat togolais élu dans les
conditions que l’Afrique entière sait. Ce discours
qui avait laissé plus d’un Togolais rêveurs, sonne
encore faux et plein d’affabulation dans nos
oreilles, à l’occasion de cet anniversaire. Nous
comprenons seulement maintenant et bien maintenant
que cet homme qui n’arrive pas à créer des
conditions de paix durable dans son propre pays, ne
pourra jamais régler avec objectivité et efficacité
les problèmes des autres. Que nos chefs d’Etat
fassent l’effort de se prendre un peu plus au
sérieux pour aider à donner une meilleure image à
notre continent et alors, les gouvernés les
prendront aussi au sérieux.
Eu égard à tout ce qui précède, nul ne doit
s’étonner qu’avec un Obasanjo dépourvu apparemment
de sagesse et son compère Mamadou Tandja, la crise
togolaise au décès d’Eyadema se fût exacerbée, au
lieu de connaître définitivement un règlement
durable. Cela aurait été possible si une bonne
volonté conjuguée de la CEDEAO et de l’UA qui
prétendent œuvrer pour le développement de
l’Afrique, avait pesé dans la balance. Que ceux des
chefs d’Etat qui prétendent qu’on les «insulte»,
qu’on leur manque d’égard, rien qu’en leur déversant
des vérités qui crèvent les yeux, comprennent que,
lorsqu’on est à la tête d’une nation, on doit se
respecter, en commençant par respecter les lois
impersonnelles que les peuples se sont données
librement, et c’est en cela qu’on peut mériter le
respect des citoyens. En tant que chef d’Etat, on a
l’impérieux devoir de donner les bons exemples
soi-même, de montrer à son peuple la voie à suivre.
Nous n’avons pas un tempérament défaitiste ni
fataliste. C’est pour cette raison que nous gardons
l’espoir et convions nos frères et sœurs opprimés de
toute l’Afrique à espérer que, tout comme récemment
en Mauritanie, un vent nouveau soufflera sur toute
l’Afrique des rapaces au moment où nous nous y
attendrons le moins, et emportera tous les
incapables qui vendent leur continent sans remords.
Nous le souhaitons vivement, car trop c’est trop.
Alain SIMOUBA
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