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28 avril 2006

 
[ No 79: 28 avril 2006]
Discours sur l’état de la Nation : Faure Gnassingbé a oublié l’essentiel
Pour une fois, le bataclan de mecs qui régentent le Togo ont essayé d’être légalistes. Conformément à l’article 74 de notre constitution « sodomisée » à maintes reprises par ceux qui se reconnaissent certainement, le « Chef de l’Etat » devra faire, par-devant l’Assemblée Nationale, le point sur l’état de la Nation. Ainsi, Faure Gnassingbé s’est fait hara-kiri pour s’y conformer. Mais…

Dans l’ensemble, c’est un discours qui a laissé de forts goûts d’inachevé que les Togolais ont écouté. Faure Gnassingbé avait opté pour un langage de séduction – qui n’était pas haineux contrairement à celui de son géniteur – en révélant inopinément l’histoire commune vécue par les Togolais pour l’accession du Togo à la souveraineté internationale. C’est revenant à l’actualité qu’il a flanché. Faisant le bilan des actions de son gouvernement, il n’a fait que servir aux Togolais du déjà entendu. Ce n’est qu’un rappel, une récupération politique maladroite des actions menées : recrutement de plus de 8.000 personnes dans la fonction publique, intégration des enseignants, déblocage des avancements pour, disait-il, hausser le pouvoir d’achat du fonctionnaire, dialogue social engagé  avec les travailleurs, diminution des frais d’inscription dans les deux universités du pays, le dialogue politique qui vient de démarrer – Dieu seul sait s’il va aboutir -, réforme de la Justice... Comme son coursier Edem Kodjo dans Jeune Afrique, Faure Gnassingbé a ignoré de rappeler que c’est sous sa présidence que le peuple a été saigné à blanc car, malgré le faible pouvoir d’achat du citoyen, les prix des produits pétroliers ont été exagérément augmentés.

            Les Togolais ont eu à entendre de lui des propos mielleux. « J’ai bénéficié du soutien de tous afin de m’acquitter de mes responsabilités… L’esprit de célébration de notre indépendance épouse cette année la nouvelle dynamique de réconciliation et de pardon au cœur du pacte que j’ai scellé avec le peuple… Le peuple togolais a fait l’option sur le respect des valeurs morales et spirituelles notamment la vérité, la justice, la liberté », avait-il dit, et d’ajouter, « c’est pourquoi en accédant à la magistrature suprême, j’ai prôné la réconciliation et appelé de toutes mes forces au pardon et à l’oubli des rancoeurs ». Pour que cet idéal soit atteint et pour « amener les fils du pays à se reconnaître comme frères et sœurs, égaux en droit », le bon sens aurait voulu que la justice soit faite aux victimes des violences d’avril 2005.

            C’est donc sur ce terrain que les Togolais l’attendaient. Faure Gnassingbé a tout fait pour être le plus possible laconique sur ce sujet pourtant crucial à cette réconciliation prônée du bout des lèvres. A aucun moment de son discours, il n’a parlé d’« impunité ». Ce sont pourtant les tueries d’avril 2005 qui ont rendu plus que nécessaire la tenue d’un dialogue franc et sincère qui devra permettre de mettre un terme à ces cycles de violences militaires sur les civils, ce qui crée davantage de rancoeurs. Observer une minute de silence en mémoire des victimes d’un clan auquel il appartient, décidé à conserver le pouvoir à n’importe quel prix, ne signifie absolument rien. La réconciliation et « l’oubli des rancoeurs » ne seront réalité que lorsque les responsables des tueries seront jugés et punis, lui-même y compris car étant l’enjeu principal des violences. Il a d’ailleurs un compte à rendre au peuple pour sa responsabilité qui est énorme, d’après les révélations récentes de François Boko, l’ex-ministre de l’Intérieur et de la Sécurité, patron de l’administration électorale qui a jeté l’éponge le 22 avril 2005 à 48 heures de la « Frauduleuse », ne voulant pas cautionner le massacre des populations civiles qui se tramait. « Faure et Debbasch m’ont proposé le 6 février de déposer des armes au domicile de Natchaba à Lomé et à Mango en vue de simuler une tentative de  coup d’Etat, ce qui selon eux le disqualifierait pour assurer l’intérim », révélait-il le samedi 22 avril dernier à Hambourg, un an après sa démission. Ce sont près de 1.000 Togolais qui ont été tués et 40.000 autres envoyés sur le chemin de l’exil pour permettre à Faure Gnassingbé de monter au trône. Les divers rapports recommandaient pourtant des poursuites à l’encontre des coupables. Mais plusieurs mois après ces rapports, aucun signe n’est visible de la part du pouvoir pour ce faire. Plutôt,  le Faure-Kodjo a pris en mars dernier une décision de suspendre les poursuites pour, disait-on, permettre aux réfugiés de rentrer au pays. Et, dans le discours sur l’état de la Nation, peu ou rien n’a été dit concernant ces réfugiés qui croupissent toujours dans les camps de réfugiés à Agamé, Comé au Bénin.

            Au demeurant, c’est l’hypocrisie politique de Faure Gnassingbé qui a une fois de plus prévalu. Des thèmes tels la question de la subvention à la presse, les violences exercées à l’endroit des journalistes, … ont été ignorés. C’est à se demander si ces questions ne participent pas à l’état de la Nation. La célébration avec faste de l’Indépendance du Togo ne s’impose pas encore. Il faudra d’abord que les droits fondamentaux des Togolais soient respectés. Faure aura été assez idéaliste dans son discours pour ce qui concerne les thèmes abordés. Vivement que les actes suivent.   

TINO Kossi

 
 

 

 
 
 

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