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Dans l’ensemble, c’est un discours qui a laissé de
forts goûts d’inachevé que les Togolais ont écouté.
Faure Gnassingbé avait opté pour un langage de
séduction – qui n’était pas haineux contrairement à
celui de son géniteur – en révélant inopinément
l’histoire commune vécue par les Togolais pour
l’accession du Togo à la souveraineté
internationale. C’est revenant à l’actualité qu’il a
flanché. Faisant le bilan des actions de son
gouvernement, il n’a fait que servir aux Togolais du
déjà entendu. Ce n’est qu’un rappel, une
récupération politique maladroite des actions
menées : recrutement de plus de 8.000 personnes dans
la fonction publique, intégration des enseignants,
déblocage des avancements pour, disait-il, hausser
le pouvoir d’achat du fonctionnaire, dialogue social
engagé avec les travailleurs, diminution des frais
d’inscription dans les deux universités du pays, le
dialogue politique qui vient de démarrer – Dieu seul
sait s’il va aboutir -, réforme de la Justice...
Comme son coursier Edem Kodjo dans Jeune Afrique,
Faure Gnassingbé a ignoré de rappeler que c’est sous
sa présidence que le peuple a été saigné à blanc
car, malgré le faible pouvoir d’achat du citoyen,
les prix des produits pétroliers ont été exagérément
augmentés.
Les Togolais ont eu à entendre de lui
des propos mielleux. « J’ai bénéficié du soutien
de tous afin de m’acquitter de mes responsabilités…
L’esprit de célébration de notre indépendance épouse
cette année la nouvelle dynamique de réconciliation
et de pardon au cœur du pacte que j’ai scellé avec
le peuple… Le peuple togolais a fait l’option sur le
respect des valeurs morales et spirituelles
notamment la vérité, la justice, la liberté »,
avait-il dit, et d’ajouter, « c’est pourquoi en
accédant à la magistrature suprême, j’ai prôné la
réconciliation et appelé de toutes mes forces au
pardon et à l’oubli des rancoeurs ». Pour que
cet idéal soit atteint et pour « amener les fils
du pays à se reconnaître comme frères et sœurs,
égaux en droit », le bon sens aurait voulu que
la justice soit faite aux victimes des violences
d’avril 2005.
C’est donc sur ce terrain que les
Togolais l’attendaient. Faure Gnassingbé a tout fait
pour être le plus possible laconique sur ce sujet
pourtant crucial à cette réconciliation prônée du
bout des lèvres. A aucun moment de son discours, il
n’a parlé d’« impunité ». Ce sont pourtant
les tueries d’avril 2005 qui ont rendu plus que
nécessaire la tenue d’un dialogue franc et sincère
qui devra permettre de mettre un terme à ces cycles
de violences militaires sur les civils, ce qui crée
davantage de rancoeurs. Observer une minute de
silence en mémoire des victimes d’un clan auquel il
appartient, décidé à conserver le pouvoir à
n’importe quel prix, ne signifie absolument rien. La
réconciliation et « l’oubli des rancoeurs »
ne seront réalité que lorsque les responsables des
tueries seront jugés et punis, lui-même y compris
car étant l’enjeu principal des violences. Il a
d’ailleurs un compte à rendre au peuple pour sa
responsabilité qui est énorme, d’après les
révélations récentes de François Boko, l’ex-ministre
de l’Intérieur et de
la Sécurité,
patron de l’administration électorale qui a jeté
l’éponge le 22 avril 2005 à 48 heures de la
« Frauduleuse », ne voulant pas cautionner le
massacre des populations civiles qui se tramait.
« Faure et Debbasch m’ont proposé le 6 février de
déposer des armes au domicile de Natchaba à Lomé et
à Mango en vue de simuler une tentative de coup
d’Etat, ce qui selon eux le disqualifierait pour
assurer l’intérim », révélait-il le samedi 22
avril dernier à Hambourg, un an après sa démission.
Ce sont
près de 1.000 Togolais qui ont été tués et 40.000
autres envoyés sur le chemin de l’exil pour
permettre à Faure Gnassingbé de monter au trône. Les
divers rapports recommandaient pourtant des
poursuites à l’encontre des coupables. Mais
plusieurs mois après ces rapports, aucun signe n’est
visible de la part du pouvoir pour ce faire.
Plutôt, le Faure-Kodjo a pris en mars dernier une
décision de suspendre les poursuites pour,
disait-on, permettre aux réfugiés de rentrer au
pays. Et, dans le discours sur l’état de
la Nation, peu ou rien n’a été dit concernant ces
réfugiés qui croupissent toujours dans les camps de
réfugiés à Agamé, Comé au Bénin.
Au demeurant, c’est l’hypocrisie
politique de Faure Gnassingbé qui a une fois de plus
prévalu. Des thèmes tels la question de la
subvention à la presse, les violences exercées à
l’endroit des journalistes, … ont été ignorés. C’est
à se demander si ces questions ne participent pas à
l’état de
la Nation. La
célébration avec faste de l’Indépendance du Togo ne
s’impose pas encore. Il faudra d’abord que les
droits fondamentaux des Togolais soient respectés.
Faure aura été assez idéaliste dans son discours
pour ce qui concerne les thèmes abordés. Vivement
que les actes suivent.
TINO Kossi |