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Liberté Hebdo

27 avril 2007

[ 195: du 26 avril 2007]  
En cas de report des législatives : Des caciques du pouvoir demandent le limogeage de Me Agboyibo

 Il est de notoriété publique que l’une des missions du Gouvernement d’union nationale dirigé par le leader du CAR, Me Yawovi Agboyibo, est l’organisation d’élections législatives. Annoncées pour le 24 juin prochain, ces élections législatives sont censées permettre au Togo de renouer la coopération avec l’Union Européenne. Mais aujourd’hui, les conditions sont remplies pour un report du scrutin. La société belge ZETES qui devrait réinitialiser les kits empruntés à la République Démocratique du Congo demande un report de deux mois. Ce qui ne contente pas certains caciques du pouvoir qui veulent aller à tout prix aux élections le 24 juin. Pour eux, en cas de report, il faut que la tête du Premier ministre tombe.

C’est le site Internet proche du pouvoir « actutogo.com » qui relaie ces informations et qui accuse le leader du CAR de ne rien faire pour que les élections puissent se tenir dans le délai. « En cas de report des législatives de juin, la tête du bélier noir devrait tomber et à l’UFC, ou autre, la chance de prendre les commandes de la Primature. Avec en amont la CENI qui, en silence, prend tous les coups, en aval le gouvernement Agboyibo qui, dans l’ombre, traîne les pas et ne facilite pas les choses, tout porte à croire que les législatives du 24 juin 2007 ne pourront pas avoir lieu à la date prévue. Si report il y a, le premier ministre devrait prendre ses responsabilités et annoncer clairement son échec, voire sa démission. N’ayant pas pu accomplir sa mission principale à savoir: les élections législatives dans les plus brefs délais, Maître Agboyibo et les siens donneraient ainsi la chance aux autres de faire leur preuve », souligne-t-il. L’auteur de l’article semble ensuite  mettre en cause le scrutin de liste à la plus forte moyenne décidé en conseil des ministres.

Comme l’Union Européenne n’attend que la tenue de ces élections pour ouvrir le robinet, « fallait-il alors perdre la moindre seconde, surtout compte tenu de la misère sans cesse croissante dans laquelle vivent nos populations ? » « Comme si l’état de nos populations avait moins d’importance pour notre Premier ministre, ce dernier se terre dans un silence hypocrite lorsqu’il fut question de se prononcer sur la question des cartes d’électeurs numérisées avec photo. D’ailleurs, n’était-il pas l’auteur de cette affaire qui ,en réalité devait faire perdre plus de temps et beaucoup d’argent pour, dit-on, « transparence » ? Et pourtant en 93, l’opposition avait gagné les législatives organisées par le RPT, parti au pouvoir, tout seul. Aussi la lenteur avec laquelle réagit le gouvernement par rapport aux demandes de la CENI, n’est-elle pas de nature à arranger les choses. Bien au contraire, elle ne fait que retarder le déroulement du processus électoral dans le délai convenu par tous », s’indigne-t-il.

            Selon ce confrère en ligne, c’est le Premier ministre qui serait à l’origine du retard accusé par la CENI pour l’organisation des élections. « Agboyibo est un rusé. Il a fait perdre le temps inutilement avec ces histoires de cartes d’électeurs avec photo et du recensement avec les kits. Il a envie de voir son mandat prolongé. Normalement, il devrait démissionner  si les élections venaient à être reportées », pestent les tribuns du statu quo.

            C’est faire preuve de mauvaise foi en voulant faire porter au seul Premier ministre le chapeau de l’échec de l’organisation des élections le 24 juin. Pendant plus de deux mois, ce sont les représentants du RPT et de ses satellites à la CENI qui ont handicapé les travaux en soutenant que la carte d’électeur « infalsifiable et sécurisée » ne signifie pas qu’elle devrait nécessairement comporter de photos. Au nom de la solidarité gouvernementale, les ministres issus de l’opposition se sont tus devant certains agissements du RPT et ont d’ailleurs fait beaucoup de concessions. L’objectif est de donner une chance de réussite à l’accord.

De plus, le Premier ministre n’a aucun réel pouvoir devant le chef de l’Etat ainsi que par rapport à certains de ses ministres. Il ne peut pas de son propre chef débloquer les fonds à la CENI. N’est-on pas allé dépenser dans la Kozah des milliards dans la construction d’un musée et dans les énièmes funérailles du Général Président quand la CENI peine à mobiliser des fonds pour démarrer ses tâches ? Bien malin est celui qui peut dire que Me Agboyibo a une idée sur les dépenses qu’a occasionnées la dernière bombance de Pya. Il y a deux gouvernements : l’invisible basé à la Présidence et le visible qui est celui du Bélier noir. Le leader du CAR ne gère pratiquement rien.

R.K.

 
Elections du 21 avril 2007 au Nigeria : Quand Obasanjo se dénude à la face du monde

Fort de son statut de pays le plus peuplé d’Afrique, 6e exportateur mondial et premier africain de pétrole, d’économie la plus viable dans la sous région, le Nigeria aime se porter en étendard et exerce un leadership qui dépasse les frontières de l’Afrique subsaharienne et du continent. Il en a été ainsi pour ses chefs d’Etat, particulièrement Olusegun Obasanjo qui s’est toujours posé en donneur de leçons en matière de démocratie. Mais le scrutin couplé présidentiel et  législatif organisé dans ce pays le 21 avril dernier est venu démontrer que l’homme est loin d’avoir les qualités dont il se prévaut.

Messie au Togo

S’il existe un chef d’Etat qui s’était farouchement opposé  au coup d’Etat constitutionnel du 05 février 2005 perpétré par Faure Gnassingbé pour monter au trône quelques heures après le décès de son géniteur, c’est bien le Nigérian Olusegun Obasanjo. En plus, en tant que président en exercice de l’Union Africaine à l’époque, il ne voulait pas l’entendre de ses oreilles, qualifiant cette captation du pouvoir d’éhontée. Il militait pour le respect de la Constitution togolaise qui réglait ce cas de vacance de poste. Et pour faire régner l’ordre constitutionnel, il était prêt à utiliser tous les moyens. Il se racontait que le parlement nigérian l’avait autorisé à utiliser la force militaire pour démettre Faure Gnassingbé, en votant une loi y relative. A l’époque, Obasanjo était vu en messie par les Togolais. C’était indéniable que sans son lobbying, Faure Gnassingbé ne serait pas revenu à la raison.

Face B

            Chassez le naturel, il revient au galop. L’homme a commencé à montrer une autre facette, sa vraie nature avec cette affaire d’élections dans son pays. C’est tout ahuri que le monde entier apprendra que le bonhomme a tenté de « sodomiser » la loi constitutionnelle de son pays pour briguer un « extra mandat ». Heureusement, il a été bloqué dans son élan par la vigilance de ses compatriotes. On pensait que l’homme allait entreprendre des actes nobles pour redorer le blason. Mais son image sera à jamais ternie par la mascarade électorale qu’il vient d’organiser savamment.

Les élections présidentielle et législatives du 21 avril sont à vite oublier. « Ni démocratiques, ni crédibles », voilà les qualificatifs utilisés par les observateurs européens pour apprécier le scrutin d’Obasanjo s’il faut l’appeler ainsi. Il voulait tout simplement imposer son protégé Umaru Yar’adua. Dans les zones acquises au pouvoir, c’était la pagaille électorale. Les urnes ont été proprement bourrées au nez et à la barbe des observateurs étrangers. Dans celles supposées acquises à l’opposition, tout a été mis en œuvre pour empêcher les électeurs de voter. Soit ce sont les bureaux de vote qui sont ouverts très tardivement, ce qui n’a permis qu’à un petit nombre de voter avant leur fermeture officielle, soit ce sont les bulletins qui sont insuffisants. A peine le dixième des inscrits de certaines localités dans le nord ont pu voter.

Ce sont tous les observateurs qui crient à la mascarade électorale. Même ceux de la CEDEAO qui aiment dire le contraire de ce qui est réel, ont, pour une fois, reconnu des fraudes, autant que leurs homologues de l’Union Européenne et du Commonwealth. Les différentes ONG présentes ont relevé les mêmes fraudes. L’opposition a commencé à rejeter les résultats, même avant leur publication. Comme au Togo, les élections se sont soldées par des morts. On parle de plus de 200. Dans le monde entier, c’est la condamnation.

Voilà la vraie face d’Olusegun Obasanjo. Ce « Vieux » ne vient que donner de l’eau au moulin de ceux qui pensent qu’il n’il y a que des démocrates d’apparat en Afrique.

TINO Kossi

 
La CEDEAO et les mascarades électorales en Afrique : Pour au Togo, mais contre au Nigeria !!!

2007 semble bien être l’année des élections en Afrique. Un peu partout sur le continent se tiennent des scrutins qui, présidentiels, qui, législatifs. Celles couplées du 21 avril dernier au Nigeria auront retenu l’attention de tout le continent et de la Communauté Internationale de par leurs rebondissements. Au-delà de leur caractère antidémocratique, elles auront mis une fois de plus en exergue la duplicité, la versatilité de la CEDEAO (Communauté Economique Des Etats de l’Afrique de l’Ouest).

En effet samedi, les Nigérians étaient appelés à élire le successeur de Olusegun Obasanjo et les députés devant siéger à l’Assemblée nationale. Si rien n’a empêché les scrutins de se tenir, ils sont pourtant à vite oublier car de l’avis de tous les observateurs, il n’y a aucune transparence à en vanter. Et à écouter les uns et les autres, ces élections auront été les pires jamais organisées au Nigeria, s’étant aussi soldées par plus de 200 morts.

Unanimement, les observateurs et les ONG ont reconnu que ces élections ont été tout sauf démocratiques, claires et transparentes car les fraudes sortaient de l’ordinaire. Les condamnations ont été sans appel à travers le monde. La position qui a surpris - agréablement bien sûr - plus d’un dans cette histoire, est celle des observateurs de la CEDEAO. Satisfaction et indignation, voilà les sentiments qu’elle suscite chez les Togolais.

Satisfaction car pour cette fois, les observateurs de la CEDEAO n’ont plus fermé les yeux et cautionné l’arbitraire. Certainement qu’ils y ont été forcés par l’avis de leurs pairs de l’UE et du Commonwealth.

Indignation car les Togolais, eux, n’avaient pas bénéficié de ce traitement alors que ce qui s’était passé au Togo en avril 2005 n’était pas moins grave que le cas nigérian.

De mémoire, c’était une « Frauduleuse » en bonne et due forme qui a été organisée. Comme au Nigeria, et peut-être pire, des gens ont été d’abord empêchés de s’inscrire sur les listes électorales, des cartes d’électeurs retenues etc. Les irrégularités en amont avaient interpellé la coalition de l’opposition démocratique à en appeler au report du scrutin préfixé au 24 avril 2005. Malheureusement, ni le pouvoir, ni même cette CEDEAO ne lui avaient prêté oreille attentive. Cette dernière a plutôt, dans un aveuglément total, opté pour son maintien, prenant ainsi fait et cause pour le clan Gnassingbé. Même le ministre d’alors, François Akila-Esso Boko, patron de l’administration électorale démissionnera le 22 avril, à 48 heures du jour J, voyant les risques d’implosion et le plan de massacre qui était mis en place par le pouvoir et appellera du coup la CEDEAO à requérir le report du scrutin auprès des autorités locales. Mais ceux qui l’incarnaient resteront impassibles. Mamadou Tanja, à l’époque président en exercice de cette institution avait traité François Boko d’« irresponsable ». Mais ce qu’il redoutait arrivera.

Le scrutin a été organisé « togolaisement » et les résultats étaient à son image. Malgré les nombreux cas de fraudes constatés à tous les coins du Togo, les observateurs de la CEDEAO, après s’être fait saouler de billets de banques, déclareront que c’étaient des « micro fraudes », c’est-à-dire de toutes légères qui ne sauraient entacher la régularité du scrutin. Bien que les procès-verbaux prouvent le contraire, Faure Gnassingbé sera proclamé vainqueur le 26 avril 2005. La spontanéité et l’ampleur de la réaction légitime des Togolais pour défendre leur vote auraient pu persuader la CEDEAO de la mascarade électorale. Mais ce n’était pas le cas. La bande à Maï Manga Boucar, Adrienne Diop restera de marbre. On pensait au moins que les violences délibérées déclenchées sur des manifestants auront pu toucher les cœurs des décideurs de la CEDEAO à se raviser. De mémoire, on avait enregistré près de 1 000 tués, 5 000 blessés par balles et autres armes, près de 60 000 réfugiés. Mais rien n’y fit. Elle ne lèvera pas le petit doigt, ne serait-ce que pour condamner les violences. Jusqu’aujourd’hui, elle ne fera rien pour obliger le pouvoir à traduire les bourreaux en Justice.

Bizarrement, c’est cette CEDEAO qui condamne avec spontanéité les fraudes électorales et les violences au Nigeria . Mais… quoi ? Le Nigeria vaut mieux que le Togo non ???

TINO Kossi

 
 
 
 

 

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