|
Sans pour autant souhaiter un échec à ces pourparlers que tout
Togolais sérieux voudra fructueux, des signes
avant-coureurs d’un douzième dialogue mort-né
renforcent notre scepticisme quant à l’aboutissement
heureux des assises togolo-togolaises qui démarrent
aujourd’hui au Corinthia Hôtel du 2 février. Tout
semble n’être que mise en scène.
Un dialogue au gré du pouvoir
Lancé précipitamment à quelques heures du sommet « France à
Fric » en décembre dernier à Bamako par Faure
Gnassingbé, il aura fallu que beaucoup d’eau coule
sous les ponts avant le redémarrage du dialogue qui
répond finalement aux caprices du clan Gnassingbé.
Censé reprendre la mi-février passée, le dialogue a
été une fois de plus ajourné car le bataclan au
pouvoir était plus préoccupé par les funérailles
traditionnelles de celui par qui le mal de la
mauvaise gouvernance est venu. Faure, préoccupé à
partager son temps de règne entre villégiatures et
visites d’amitié dans des pays non indiqués car
n’étant aucune référence en matière démocratique,
n’a que faire du dialogue. Il aura fallu la venue
« salutaire » d’une mission de l’Union
Européenne le 28 mars dernier, et surtout des
retombées financières dont le déblocage en faveur du
Togo d’une somme de 20 millions d’Euros,
l’équivalent en F CFA de 13 milliards, en attendant
les fonds stabex et d’autres liés au 9ème FED
(Fonds Européen de Développement) -ce qu’avait
annoncé d’ailleurs à belles dents Gilbert Bawara-
pour que le gouvernement convoque les parties
prenantes au redémarrage du dialogue, cette fois-ci
non plus à Ouagadougou mais à Lomé.
Les appelés au dialogue
C’est la composition des parties prenantes au dialogue qui est
intrigante. En effet, à la signature des fameux 22
engagements le
14 avril 2004
par le gouvernement Sama à Bruxelles, l’opposition
dite « traditionnelle » était composée de 5
partis politiques dont l’UFC, le CAR, la CDPA,
la CPP et le PDR. Mais aujourd’hui, les données ont
changé avec le copinage de Edem Kodjo et Zarifou
Ayéva avec le pouvoir. Mais aucune clarification
n’est faite par la partie qui convoque le dialogue
concernant le positionnement de ces
« particules », à savoir la CPP de l’Enarque
Edem Kodjo et le PDR de Zarifou Ayéva. Vont-ils au
dialogue avec leur ancien statut ou porteront-ils
leur nouveau manteau ? C’est dans ce flou phénoménal
que baignent les Togolais, flou qu’entretiennent le
pouvoir et les deux leaders indiqués car ni le
premier, c’est-à-dire le pouvoir qui se fait
« chairman » des pourparlers, ni les concernés
ne font de déclarations pour lever cette zone
d’ombre. Ensuite vient la société civile qui est la
3ème force
appelée à ces pourparlers, composé pour la
circonstance du GF2D et de REFAMP-Togo, des
associations triées dans le tas de manière
cavalière. La société civile, si elle existe,
est-elle vraiment apolitique au Togo ?
La comédie en vue
L’on frisera le ridicule lorsqu’il sera question de passer
éventuellement au vote sur des questions sur
lesquelles il ne se dégagerait pas de consensus.
C’est là que réside toute la difficulté. La partie
qui en tirerait profit serait sans doute le pouvoir
en place…
Il est en effet dit que chaque partie ou parti sera composé d’une
délégation de 5 membres. En cas de vote sur une
question précise, s’il arrivait que l’opposition
traditionnelle par la force des choses arrivait pour
une seconde fois de son histoire à s’entendre sur
une chose- la 1ère ayant
été la candidature unique à la « Frauduleuse »
du 24 avril dernier à travers la personne du
« jeune » Bob Akitani-, elle se retrouverait
alors à 15 voix, le pouvoir ou le RPT à 5 ou plus…
C’est là qu’entreront en jeu les voix de délégations
de
la CPP et du PDR, 10 au total et celles des 2 fameuses associations de la
société civile. Edem Kodjo et Zarifou Ayéva
pourraient-ils faire le jeu de l’opposition
traditionnelle bien qu’ils aient rejoint avec arme
et bagage le gouvernement ? Par ailleurs, ces 2
associations de la société civile, auront-elles le
« culot », ayant été « amoureusement
tirées au hasard » parmi la pléthore
d’associations que compte la société civile,
d’accorder leurs voix à l’opposition
traditionnelle ?
C’est donc là que se jouera la tragi-comédie qui est en
perspective. Il s’agit d’une réelle tragi-comédie
car de ces assises dépend la survie de 5 millions de
Togolais. Le mal est que dans tous les cas, lorsque
surviendra un qui- proquo ou un blocage par le
partage équitable des voix-ce serait d’ailleurs
improbable-, ce ne serait que le pouvoir qui en
tirera profit. Il trouverait donc des raisons pour
faire traîner au maximum les pourparlers, s’il
n’arrive pas à brader, extrapoler ou ébaucher les
questions essentielles dont celles de la reforme de
l’armée, le retour des réfugiés… et à les confiner
dans la dizaine de jours devant abriter ces travaux.
Dans le cas où il serait nécessaire de reporter ces
assises à plus tard, sa reprogrammation dépendra du
bon vouloir du gouvernement qui ne gagne rien en
s’exécutant expressément. Cette situation
allongerait encore la durée de vie du gouvernement
Kodjo II car le gouvernement de transition qui devra
être formé à l’issue des présents pourparlers ne
serait que remis aux calendes grecques.
On en n’est pas encore là. Mais en attendant, c’est une opposition
traditionnelle « idéalement divisée »
qui va affronter le Faure-Kodjo, qu’on dit ouvert au
dialogue. L’UFC participera-t-elle aux assises sans
médiateurs ? C’est le Wait and See.
TINO Kossi |