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En marge de la conférence de presse improvisée
par Rock Gnassingbé et son bazar de fédération,
le tout-puissant président de la FTF avait
laissé entendre, répondant à une question d’un
journaliste qui voulait savoir qui d’entre Otto
Pfister et lui s’en irait si le bilan de la
Weltmeisterschaft se révélait aussi
catastrophique : « par rapport au travail que
j’ai fait, si mes électeurs estiment qu’ils
doivent me retirer leur confiance, qu’ils le
fassent… ». A travers une réponse aussi
laconique, peut-on penser qu’il éprouve des
états d’âme ? Sinon, franchement, pour plusieurs
raisons, Rock Gnassingbé devrait vider le
plancher.
Insuffisance de résultats et incompétence
Tout autant que Stephen Keshi qu’il a pris le
loisir de charger d’insuffisance de résultats
pour le limoger, son bilan sportif est moins que
médiocre. Depuis sa succession au général Seyi
Memene à la tête de la FTF, le championnat
national de football n’a pas avancé d’un iota.
Nos clubs ont acquis la spécialité de ne jamais
franchir les premiers tours des différentes
compétitions sous-régionales ou continentales
auxquelles ils ont participé. Ils ont toujours
été contraints de passer par des tours
préliminaires avant d’y accéder à cause du
faible niveau du championnat national. Ce ne
sont pas les récentes performances de nos
représentants dans les compétitions
interafricaines qui le démentiront. L’ AS
Douanes a été battue par le club du Port
Autonome de Dakar par 2 buts contre 3 le 04 mars
dernier en match retour comptant pour la ligue
africaine des champions, Dyto FC laminé par A.S
Bamako en Coupe de la CAF avec un score de 0 but
contre 5, les Eperviers dames sont allés
enfoncer le clou à Brazzaville, atomisés par les
Congolaises 0 but contre 9 en éliminatoire de la
CAN féminine. Kodjovi Mawuéna n’avait-il pas
raison en affirmant sur Radio Sport FM le 26
février dernier, parlant du football togolais,
que « Nous sommes restés à l’étape
primaire » ? Les louanges que Dobou Gerson a
adressées à Rock pour avoir été le premier
président à avoir qualifié le Togo pour la Coupe
du Monde ne seraient pas contestées si nos clubs
avaient émergé sur le continent, ce qui
prouverait la touche particulière qu’il aurait
apportée au championnat togolais. D’ailleurs,
s’agissant de l’équipe nationale togolaise, elle
n’a jamais pu franchir le cap du 1er tour aux
différentes CAN auxquelles le Togo a participé
sous sa présidence, 2000 au Ghana, 2002 au Mali
puis 2006 au Caire. L’histoire retiendra aussi
qu’il n’a pas pu qualifier le Togo pour
l’édition de Tunisie 2004. Où se trouvent alors
ses compétences ? Pour ces raisons, il ne mérite
plus d’être reconduit à la tête de la FTF.
Vices de comportements et de méthodes
d’administration
Les après-CAN du Togo ont toujours révélé des
griefs entre le président de la FTF et les
différents entraîneurs qui y ont conduit
l’équipe nationale. On se rappelle qu’au retour
de l’équipe de la CAN 2000 au Ghana, le public
sportif fut mis au courant des gamineries qui
ont été entretenues par Rock Gnassingbé. Une
sordide histoire de véhicule l’avait opposé au
coach allemand de l’époque, feu Goetlieb Goëller,
paix à son âme ! Il aurait même été violenté, ce
qui se justifiait par les blessures qu’il avait
eues au pied et que la TVT avait pris plaisir à
montrer aux téléspectateurs. Ensuite, celle du
Mali en 2002 où on reprochait à Tchanilé Bana
d’avoir sélectionné des « joueurs-marchandises »,
c’est-à-dire des joueurs qui ne méritaient pas
la sélection mais qui y figuraient à la faveur
de contrats secrets. Les mêmes reproches sont
faits aujourd’hui à Stephen Keshi et le ton sur
lequel Rock en parle est révélateur de rancune.
La preuve, à la question de savoir si la
fédération elle, ne se reproche rien à part la
complaisance de Keshi dans le choix des joueurs,
« Monsieur FTF » pesta : « … c’est
vous les journalistes qui critiquiez et
demandiez de laisser Keshi faire son travail.
Maintenant, on l’a laissé faire son travail, il
a choisi les joueurs en toute liberté, en dehors
de toute pression. Alors il n’a qu’à assumer ».
La FTF avait aussi fait remarquer que les
victoires successives des Eperviers ont
« pendant longtemps » caché des
insuffisances notoires. Une question se pose
donc. Le rôle d’un président de fédération
est-il de « prendre acte » des
agissements du coach, en tout mutisme, sans
chercher, à réparer ce qui pourrait l’être
encore, et « sévir » après que
l’irréparable soit fait ?
On a l’impression que cette attitude constitue
une véritable gangrène du foot togolais, ajoutée
à l’improvisation instituée en méthode
d’administration que refuse pourtant de
reconnaître Rock Gnassingbé. « Il n’ y a pas
d’improvisation à la FTF », avait-il avancé.
Improviser signifie exécuter une chose sur le
champ, à la hâte, sans l’avoir auparavant
préparée. Rock ne convaincra personne en niant
l’improvisation dans ses méthodes
administratives. Il a toujours négocié au
dernier moment les primes des joueurs. La
dernière rencontre qualificative pour le mondial
contre le Congo Brazzaville avait failli ne pas
être jouée pour cause de primes de matches non
payées. Stephen Keshi affirmait avoir remis son
programme de préparation pour la CAN égyptienne
2 semaines après cette rencontre. Mais le stage
des Eperviers ne s’était effectué qu’à quelques
jours du début de la compétition du Caire, et
pour que la FTF s’exécute, il a fallu que les
joueurs engagent avec elle un bras de fer. Même
pour le départ final pour le Caire, il avait
fallu l’intervention de Faure Gnassingbé pour
payer 10 millions aux joueurs avant qu’ils ne
décident de partir.
« Quand vous avez une autonomie financière, on
peut vous accuser quand vous n’avez pas bien
négocié une compétition. Mais à voir les
conditions difficiles dans lesquelles nous
travaillons à la FTF, je dirai que nous faisons
pour le mieux »,
avait-il avancé par ailleurs. Si ce sont les
fonds qui ne sont mis à la disposition de la
Fédération pour répondre à temps aux besoins des
joueurs, alors Rock avait toute la liberté de
rencontrer la presse et situer les
responsabilités. Encore faudrait-il qu’il gère
le minimum qui lui est alloué par l’Etat en
toute transparence. Assez de dysfonctionnements
caractérisent la gestion des fonds. Aucun bilan
financier n’a été fait par Rock, ni pour son 1er
mandat dans sa globalité, ni pour les
différentes CAN. Il gère donc les fonds en
autocrate, privant les trésoriers de leurs
prérogatives. C’est ce qui explique ses démêlées
avec Lawson Gallus pour son 1er mandat, et avec
Tino Adjété, le trésorier général actuel de la
FTF. Outre les fonds alloués par l’Etat, les
devises rapportées par les multiples
partenariats et les contrats publicitaires sont
gérés de la même façon. Ces contrats sont
souvent signés dans la discrétion. A preuve,
Tchangaï Masamaeso rapportait le 26 février
dernier sur Radio Sport FM avoir été invité par
une société italienne de vin pour représenter le
Togo. C’était arrivé là qu’il découvrit que la
société avait signé un contrat avec la FTF, sans
qu’il ne soit auparavant avisé…
Qu’est-ce qui est donc encourageant
dans sa gestion du foot togolais ?
Rock Gnassingbé peut d’ores et déjà considérer
que les électeurs lui ont retiré leur
confiance. Pour l’instant, il bénéficie d’une
protection de la FIFA qui n’avalise pas de
changements de fédérations dans un délai si
proche du mondial. Au passage, un dirigeant
responsable jette souvent l’éponge quand ça ne
va pas. Au lieu donc d’attendre qu’il soit déchu
par les électeurs, il pourrait penser à
démissionner de soi-même. Il sauverait ainsi un
peu de gramme de dignité qui lui reste encore.
Tino Kossi |