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Quelle iniquité le peuple togolais a-t-il
commise pour mériter de pareils gouvernants ?
Outre leur obscurantisme manifeste à permettre
une ouverture démocratique et à assurer une vie
décente aux Togolais, ils étonnent par le
« cynisme adulte » de certaines de leurs
décisions.
Les Togolais apprenaient mercredi dernier de
source officielle que le gouvernement Kodjo a
décidé d’abandonner les poursuites à l’encontre
des présumés auteurs des violences électorales
du 24 avril dernier. Dans une « lettre
circulaire », le Premier ministre Edem Kodjo
a « instruit fermement » le commandant de
la gendarmerie, le directeur général de la
police, ainsi que le parquet « d’abandonner
instamment toutes poursuites diligentées ou à
diligenter à l’encontre de toutes personnes
présumées auteurs d’infractions ou de délits
étroitement liés à l’élection ». Cette
mesure de clémence exclut cependant les auteurs
présumés de « crimes de sang », et
s’inscrivait dans un « souci d’apaisement
total et de réconciliation nationale, afin de
favoriser le retour des réfugiés … ».
Les Togolais avisés ne croient point à la bonne
foi du régime. Et ils étaient nombreux à
s’interroger sur les suites que donnerait le
pouvoir aux différents rapports établis à propos
de ces violences. Que ce soit celui de la LTDH
qui estime le nombre de tués à près de 1 000
Togolais, des milliers de blessés et près de
40 000 réfugiés fuyant la répression militaire,
celui des Nations Unies entre 400 et 500 morts
ou celui diligenté par le pouvoir lui-même, 154
morts, tous ces différents rapports
recommandaient des poursuites. Mais dans les
faits, aucune démarche n’a été entreprise par le
Faure-Kodjo dans cette optique. Justifier
aujourd’hui une telle mesure pour le souci de
permettre le retour des réfugiés, porte à croire
que les premiers responsables de ces tueries
sont les 40.000 Togolais exilés au Bénin et au
Ghana et non l’armée et sa haute hiérarchie
indexées par les divers rapports.
Faure, Kodjo et compagnies professent
passionnément dans le négativisme et font le
juste contraire de ce qu’on attend d’eux.
Quelques mois après les massacres planifiés
d’avril 2005, les Togolais ont vu défiler les
militaires d’abord le 23 septembre 2005, puis le
13 janvier 2006. Des promotions ont été
entreprises au sein de la haute hiérarchie de
l’armée dont la dernière en date est celle du
chef d’Etat major Zakari Nandja passé au grade
de Général de Division aérienne. Les
recrutements dans les divers corps ont été
effectués, et tout a été fait pour favoriser une
fois de plus les originaires d’une région pour
rehausser ses effectifs pourtant déjà jugés
pléthoriques. Et aujourd’hui, on fait passer à
tort les réfugiés pour les premiers responsables
des violences. Or tout le monde sait que les
différents rapports ont accusé l’armée et le
pouvoir d’être à 99% responsables. L’on sait
aussi que celui à qui profite le crime, c’est
sans conteste Faure Gnassingbé à qui l’on
voulait baliser la voie à une montée au pouvoir.
C’est pour cela qu’il est rigoureusement accusé
par Claude Ameganvi et Harry Olympio. L’Etat n’a
manifestement aucune intention de poursuivre les
vrais coupables. Sinon quelles suites a-t-il
données à la plainte déposée contre lui devant
le tribunal de 1ère Instance
de Sokodé par des associations de défense des
droits de l’Homme ? Il n’a usé que de dilatoire,
exigeant des plaignants une somme exagérée
d’argent.
Ceux qui voient en cette décision du pouvoir
d’abandonner les poursuites un piège pour avoir
les réfugiés et redoutent comme la J.U.D.A.
(Jeunesse Unie pour la Démocratie en Afrique) un
scénario du Beach à la togolaise n’ont-ils pas
raison ? Qu’a fait le régime de certains
réfugiés qui ont pris le risque de revenir au
pays ? Ils ont été tout simplement appréhendés
et jetés en prison sans aucune forme de procès.
C’est le cas de Gaspard K. Agbobli qui croupit
actuellement en prison pour des motifs inavoués,
ayant cru au discours d’apaisement du
gouvernement Kodjo. D’autres encore subissent de
la part des chefs traditionnels des traitements
humiliants comme à Krikri dans la préfecture de
Tchamba avec la complaisance du pouvoir. Les
réfugiés qui galèrent dans les camps à
l’extérieur du pays ont tout le droit de revenir
au pays, mais doit-on croire naïvement à cette
pseudo volonté du gouvernement de favoriser leur
retour? L’on en douterait assez à l’analyse de
l’intervention de Me Abi Tchessa, Garde des
Sceaux, ministre de la justice, sur RFI le
vendredi dernier : « C’est une suspension de
poursuites et non un abandon de poursuites… ».
Et selon le dictionnaire Le Petit Larousse, la
suspension signifie la cessation « momentanée »
d’une chose, d’une action. Est-ce donc à dire
que le pouvoir peut reprendre à tout moment les
poursuites ? That’s the question.
Les Togolais pourront croire à cette impression
de clémence du pouvoir si leurs intentions
étaient suivies d’actes promettants. Les sieurs
Anaté André Abbey, Kossi Jomo Azanlédji et Koffi
Adodo Akoumey tous de l’Union des Forces de
Changement présumés coupables de la
plastification en juillet 2005 de la poste de
Tokoin séminaire, réfugiés au Ghana depuis 2003,
arrêtés entre temps, croupissent toujours en
prison. Il en n’est de même des sieurs Kossi
Tudzi de l’UFC et Hernes Woamédé da Silveira,
accusés de nourrir des intentions de coup
d’Etat, jetés en prison sans autre forme de
procès jusqu’à ce jour. N’est-ce pas un marché
de dupe que ce semblant de clémence ?
Edem Kodjo aura été le plus cynique des premiers
ministres qu’ait connus le Togo car, depuis sa
prise de fonction, il n’a pris aucune décision
allant dans le souci d’améliorer le quotidien
des Togolais. Pareille décision est un aval
manifeste à l’impunité, à la continuité donc des
violences. Nicolas Lawson n’a-t-il pas raison
d’exiger à cor et à cri son départ ? C’est fort
légitime car ses décisions semblent être
empreintes de sénilité. Edem Kodjo conduit le
Togo tout droit en enfer.
TINO Kossi |