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« Quand on ne sait pas ce qu’on cherche, on ne
sait pas ce qu’on trouve »,
enseigne un philosophe. Cette assertion peint à
merveille la situation dans laquelle se trouve
aujourd’hui l’opposition togolaise. Le CAR, la
CDPA et l’UFC qui incarnent désormais ce que les
eurocrates ont dénommé « l’opposition
traditionnelle » après que la CPP et le PDR
furent retournés à leurs anciennes amours, ne
semblent pas tirer les leçons de plus de quinze
ans d’impasse, d’incompréhension, de coups bas,
d’autodestruction… Plus ils s’entre-déchirent,
plus les mal élus se frottent les mains et
consolident leur pouvoir. Au lieu de mettre à
profit les avantages qui s’offrent souvent à
eux, ils passent leur temps à se guetter et à
s’attaquer par médias interposés.
En effet, après l’élection présidentielle du 24
avril 2005, l’opposition était en position de
force pour avoir officieusement remporté le
scrutin. C’est fort de cela que la communauté
internationale (l’UA et la CEDEAO) a voulu que
le premier ministrable soit issu de la Coalition
pour une gestion collégiale du pays. Et comme
tout le monde voulait être premier ministre, au
même moment sous le même régime, les
opportunistes, qui n’ont plus aucun avenir, en
ont profité pour usurper le poste. A l’époque,
certains leaders de la Coalition disaient que le
N°1 nigérian, Olusegun Obasanjo, n’était pas du
tout content de ce choix de Faure Gnassingbé.
Mais jusqu’à ce jour, personne ne dit rien et le
patron du « parti charnière » se la coule
douce aux côtés de Gnassingbé Fils.
Même si cette initiative a échoué, les trois
partis de l’opposition devraient se ressaisir et
mettre la pression sur le pouvoir.
Malheureusement, l’intérêt personnel et
l’égoïsme ont pris le pas sur l’intérêt général.
Dans la foulée, le RPT a réédité sa politique de
« diviser pour régner » et cela lui a
réussi. Quand le CAR et la CDPA rencontraient
« le chef de l’Etat Faure Gnassingbé » à
Lomé, l’UFC de Gilchrist Olympio, qui avait
offert ses sourires au fils d’Eyadema à Abuja le
25 avril 2005 rouspétait en déclarant qu’il ne
lui reconnaissait pas sa légitimité. Pourtant,
le « chef de l’Etat togolais Faure Gnassingbé »
et le « président national de l’UFC Gilchrist
Olympio », se sont entretenus à Rome sous
l’égide de la communauté Sant’Egidio dont le
représentant au Togo n’est qu’un proche de
Faure. La position de force dans laquelle se
trouvait l’opposition avait donc pris de l’eau.
Toutes les voyelles, qui faisaient le mot
« Coalition », se sont volatilisées et il
n’existe que des consonnes qui constituent le
néant.
Depuis lors, les responsables de ces
trois partis se sont enrobés dans leur
état-major et personne n’ose prendre des
initiatives. C’est quand Faure est de bonne
humeur et qu’il les appelle pour des discussions
servant souvent d’effets d’annonce qu’on les
voit se bousculer. Quand Faure et ses ouvriers
s’activent diplomatiquement pour marquer des
points, eux, ils se « désactivent » sur
le terrain en se livrant à une bataille verbale
par médias interposés. Nous sommes obligés de le
dire : sur le plan diplomatique, l’opposition
n’existe pas ; or dans le cas du Togo, tout se
décide ailleurs. Si l’opposition ne sensibilise
pas constamment l’opinion internationale sur ce
qui se passe, celle-ci n’agira qu’en faveur du
pouvoir. La diplomatie fait aussi partie des
rapports de force.
En outre, le spectacle qu’offrent
ces partis à la veille du prochain dialogue
laisse à désirer. Les trois partis s’opposent
entre eux avant d’aller affronter le RPT et ses
ailes marchantes que sont la CPP et le PDR. Par
exemple, sur la question du médiateur, l’UFC par
le truchement de son Secrétaire Général,
Jean-Pierre Fabre, dit que le « dialogue
n’aura pas lieu sans médiateur et sans la
réforme de l’armée ». Le CAR de Me Agboyibo
trouve que la désignation d’un médiateur n’est
pas une exigence. « Nous n’avons pas besoin
d’une force externe pour imposer le respect des
conclusions… En tout cas, médiateur ou pas, cela
ne me gêne pas. Je sais que ce n’est pas
l’essentiel », a déclaré le Prof. Gnininvi à
l’AFP. Et le RPT à qui profitent toutes ces
agitations traîne le pas pour ouvrir le
dialogue. C’est aussi dans ce méli-mélo que
« le dialogue dans le dialogue » de
Sant’Egidio a été annoncé en début de semaine
dernière.
Quoi qu’on dise, la rencontre de
Rome c’est du cinéma. Elle n’apportera aucune
solution à la crise togolaise. Le RPT fait du
dilatoire. Les communiqués contradictoires de l’UFC
et du RPT après la deuxième rencontre sont
encore vivaces dans les esprits.
Il est donc tant que ces partis
aillent à l’essentiel, c’est-à-dire au dialogue
national qui reste l’unique solution à la crise.
En s’entre-déchirant, l’opposition fait le jeu
du pouvoir et annihile les espoirs que le peuple
a placés en elle. « Aucune formation de
l’opposition, prise isolement, ne détient la
solution. Il nous faut une union sacrée de
l’opposition qui doit avoir le jour à l’issue
d’une rencontre à l’étranger entre les acteurs
de l’opposition afin d’harmoniser les points de
vue autour d’une plate-forme commune qui sera
défendue par les représentants de l’opposition
lors du dialogue prochain », avertit
l’ancien ministre de l’intérieur, Me François
Boko.
Hose Koffi |