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17 mars 2006

 
[ No 67: 17 mars 2006]
Impasse politique au Togo: Olympio, Agboyibo et Gnininvi par leurs actes inconséquents tuent les espoirs du peuple

« Quand on ne sait pas ce qu’on cherche, on ne sait pas ce qu’on trouve », enseigne un philosophe. Cette assertion peint à merveille la situation dans laquelle se trouve aujourd’hui l’opposition togolaise. Le CAR, la CDPA et l’UFC qui incarnent désormais ce que les eurocrates ont dénommé « l’opposition traditionnelle » après que la CPP et le PDR furent retournés à leurs anciennes amours, ne semblent pas tirer les leçons de plus de quinze ans d’impasse, d’incompréhension, de coups bas, d’autodestruction… Plus ils s’entre-déchirent, plus les mal élus se frottent les mains et consolident  leur pouvoir. Au lieu de mettre à profit les avantages qui s’offrent souvent à eux, ils passent leur temps à se guetter et à s’attaquer par médias interposés.

En effet, après l’élection présidentielle du 24 avril 2005, l’opposition était en position de force pour avoir officieusement remporté le scrutin. C’est fort de cela que la communauté internationale (l’UA et la CEDEAO) a voulu que le premier ministrable soit issu de la Coalition pour une gestion collégiale du pays. Et comme tout le monde voulait être premier ministre, au même moment sous le même régime, les opportunistes, qui n’ont plus aucun avenir, en ont profité pour usurper le poste. A l’époque, certains leaders de la Coalition disaient que le N°1 nigérian, Olusegun Obasanjo, n’était pas du tout content de ce choix de Faure Gnassingbé. Mais jusqu’à ce jour, personne ne dit rien et le patron du « parti charnière » se la coule douce aux côtés de Gnassingbé Fils.

Même si cette initiative a échoué, les trois partis de l’opposition devraient se ressaisir et mettre la pression sur le pouvoir. Malheureusement, l’intérêt personnel et l’égoïsme ont pris le pas sur l’intérêt général. Dans la foulée, le RPT a réédité sa politique de « diviser pour régner » et cela lui a réussi. Quand le CAR et la CDPA rencontraient « le chef de l’Etat Faure Gnassingbé » à Lomé, l’UFC de Gilchrist Olympio, qui avait offert ses sourires au fils d’Eyadema à Abuja le 25 avril 2005 rouspétait en déclarant qu’il ne lui reconnaissait pas sa légitimité. Pourtant, le « chef de l’Etat togolais Faure Gnassingbé » et le « président national de l’UFC Gilchrist Olympio », se sont entretenus à Rome sous l’égide de la communauté Sant’Egidio dont le représentant au Togo n’est qu’un proche de Faure. La position de force  dans laquelle se trouvait l’opposition avait donc pris de l’eau. Toutes les voyelles, qui faisaient le mot « Coalition », se sont volatilisées et il n’existe que des consonnes qui constituent le néant.

            Depuis lors, les responsables de ces trois partis se sont enrobés dans leur état-major et personne n’ose prendre des initiatives. C’est quand Faure est de bonne humeur et qu’il les appelle pour des discussions servant souvent d’effets d’annonce qu’on les voit se bousculer. Quand Faure et ses ouvriers s’activent diplomatiquement pour marquer des points, eux, ils se « désactivent » sur le terrain en se livrant à une bataille verbale par médias interposés. Nous sommes obligés de le dire : sur le plan diplomatique, l’opposition n’existe pas ; or dans le cas du Togo, tout se décide ailleurs. Si l’opposition ne sensibilise pas constamment l’opinion internationale sur ce qui se passe, celle-ci n’agira qu’en faveur du pouvoir. La diplomatie fait aussi partie des rapports de force.

            En outre, le spectacle qu’offrent ces partis à la veille du prochain dialogue laisse à désirer. Les trois partis s’opposent entre eux avant d’aller affronter le RPT et ses ailes marchantes que sont la CPP et le PDR. Par exemple, sur la question du médiateur, l’UFC par le truchement de son Secrétaire Général, Jean-Pierre Fabre, dit que le « dialogue n’aura pas lieu sans médiateur et sans la réforme de l’armée ». Le CAR de Me Agboyibo trouve que la désignation d’un médiateur n’est pas une exigence. « Nous n’avons pas besoin d’une force externe pour imposer le respect des conclusions… En tout cas, médiateur ou pas, cela ne me gêne pas. Je sais que ce n’est pas l’essentiel », a déclaré le Prof. Gnininvi à l’AFP. Et le RPT à qui profitent toutes ces agitations traîne le pas pour ouvrir le dialogue. C’est aussi dans ce méli-mélo que « le dialogue dans le dialogue » de Sant’Egidio a été annoncé en début de semaine dernière.

            Quoi qu’on dise, la rencontre de Rome c’est du cinéma. Elle n’apportera aucune solution à la crise togolaise. Le RPT fait du dilatoire. Les communiqués contradictoires de l’UFC et du RPT  après la deuxième rencontre sont encore vivaces dans les esprits.

            Il est donc tant que ces partis aillent à l’essentiel, c’est-à-dire au dialogue national qui reste l’unique solution à la crise. En s’entre-déchirant, l’opposition fait  le jeu du pouvoir et annihile les espoirs que le peuple a placés en elle. « Aucune formation de l’opposition, prise isolement, ne détient la solution. Il nous  faut  une union sacrée de l’opposition qui doit avoir le jour à l’issue d’une rencontre à l’étranger entre les acteurs de l’opposition afin d’harmoniser les points de vue autour d’une plate-forme commune qui sera  défendue par les représentants de l’opposition lors du dialogue prochain », avertit l’ancien ministre de l’intérieur, Me François Boko.

Hose Koffi

 

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