|
Le mercredi 22 février dernier
était consommée la résiliation du
contrat qui liait l’Etat togolais
à Togo Electricité représentant le
groupe Elyo et Hydro Québec
International. De par leurs
communiqués respectifs ces deux
parties semblent dissimuler les
vraies raisons de cette rupture.
C’est à présent le come back de la
vieille structure qui a
« diaboliquement bien » géré
l’énergie électrique de par le
passé qui intrigue et repose la
question du concept de
privatisation pensé à tort ou à
raison comme une alternative à la
gabegie étatique dans les Pays en
Développement.
Des raisons approximatives
L’Etat togolais, par la voix du
Ministre des Mines, de l’Energie
et de l’Eau, Kokoiu Solété
Agbémadon, avait justifié, lors
d’une interview accordée à la TVT,
la rupture par le non respect par
le groupe « des engagements
contractuels prévus dans le cahier
de charge » sans grandes
précisions. On lui reprocherait de
n’avoir pas assuré l’extension du
réseau aux quartiers, localités et
contrées reculées, en cinq années
d’exercice.
Mais en réalité, cette défaillance
d’extension du réseau ne date pas
d’aujourd’hui. Beaucoup de foyers
sont donc sans électricité depuis
les lustres et ce ne sont pas les
différentes structures qui avaient
devancé Togo Electricité, savoir
UNELCO et CEET, qui démentiront
cette situation qui, couplée à la
cherté du branchement, développe
les phénomènes de « toile
d’araignée » et de
branchements souterrains observés
dans les quartiers périphériques
(environs de Madiba, Adétikopé…),
pratique qui met en péril la vie
des riverains. Toutes ces
structures qui ont eu à gérer
l’énergie électrique se sont
adonnées à un racket qui ne dit
pas son nom. En un temps record,
le coût du kilo watt est passé de
58 F CFA à 71 F CFA et les frais
de coupure de 2 500 F CFA au temps
de la CEET, 1ère version, à 2950 F
CFA avec Togo Electricité.
D’autres frais subsidiaires sont
imposés aux consommateurs sans
qu’ils en sachent exactement
l’utilité. Il s’agit des pseudo
frais d’entretien branchement,
d’entretien ou location compteur,
la redevance puissance, la TVA etc…
Toutes ces structures n’ont fait
que gruger les clients lors de
leur passage. Par exemple, les
clients ont toujours été obligés
de payer des frais d’entretien
alors qu’aucun coup de pinceaux
n’est passé par les agents, ne
serait-ce que pour dépoussiérer
les compteurs. Lorsque certains
agents amènent les ordres de
coupure, des clients leur font
« taméa » (pourboire) et ils
ne coupent pas en réalité le
courant ; ces clients ne payent
donc pas ces frais de coupure,
mais jamais cette somme de 2500 ou
2950 F CFA ne figurera dans les
impayés. Voyez-vous ?
Les non-dits
Cette rupture est motivée par des
raisons qui sont autres que celles
évoquées. En aucun moment de son
intervention, le ministre n’a
évoqué les impayés de l’Etat. Par
contre, le communiqué de presse de
Togo Electricité rendant publique
la rupture précisait que « peu
de temps après la mise en vigueur
de la convention en décembre 2000,
la situation financière de Togo
Electricité a été fortement
affectée notamment par le niveau
élevé des impayés de l’Etat… ».
Les Togolais se rappellent que
l’Etat togolais a été assigné
devant une juridiction
internationale de règlement de
différends basée à Washington par
Elyo et Hydro Québec International
pour n’avoir pas soldé près de 5
milliards de F CFA. Et c’est cette
affaire qui a suscité l’attention
du public sur l’insolvabilité de
l’Etat et révèle son utilisation
irrationnelle du courant
électrique. C’est en fait la prise
en charge par l’Etat des frais de
courant, de téléphone, d’eau des
ministres et autres personnalités
qui favorise l’utilisation
incontrôlée du courant. Quand on
sait que c’est l’Etat qui assure
les frais d’électricité pour le
camp gendarmerie par exemple, il y
a de quoi que les agents qui y
vivent avec leurs familles ne
redoutent point la montée des
factures puisque ce ne sont pas
eux qui seront astreins de les
payer. Dans ces conditions, ce
serait évidemment le gaspillage
systématique qui prendrait le pas.
La résiliation du contrat semble
être aussi un règlement de compte
car le ministre postulait que
« c’est au moment où le peuple
togolais pleurait la disparition
du chef de l’Etat que le groupe
Elyo a trouvé bon d’assigner
l’Etat au CIRDI ». En clair,
c’était comme le groupe n’aimait
pas « le père de la Nation ».
Il faillait donc guetter un
temps pour le coincer, ce qui est
fait aujourd’hui.
Pourquoi encore la CEET ?
C’est la structure qui prend en
charge la gestion de l’énergie qui
intrigue les Togolais de par la
gabegie qui a caractérisé sa
gestion antérieure. Une structure
étatique ne saurait réclamer à
l’Etat des impayés. Ce retour de
la CEET est simplement un aval
donné à la mauvaise gouvernance.
On creuse ainsi le lit à la montée
des factures au dos de l’Etat. Et
ce sont les pauvres consommateurs
qui en pâtissent. Des frais
« bizarres » leur sont imposés
pour combler ce passif engendré
par l’Etat et des coupures leur
sont vite faites pour peu qu’ils
ne payent pas une facture. Un
client a affirmé avoir été coupé
pour n’avoir pas payé à temps une
somme de 1 600 FCFA.
Les Togolais attendent de voir les
premières de la CEET réalisations
avant d’aviser. C’est bien beau de
confier la gestion d’une ressource
nationale à une structure
étatique, mais ce sont ses actes
qui permettront de la juger. Il va
falloir que l’Etat pense par
exemple à faire payer par les
personnalités et agents de l’Etat
qui bénéficient de ses largesses,
personnellement leurs factures en
convertissant ces avantages en des
primes qui s’ajouteront à leurs
salaires. Comme cela, la
consommation abusive serait
freinée, ce qui dégagerait une
éventuelle plus – value à l’Etat
pour d’autres réalisations. L’Etat
pourrait aussi initier et
développer le système « CASH
POWER » qui permettra à
beaucoup de foyers d’accéder à
l’utilisation de l’énergie
électrique qui ne s’étend pas à
cause du coup élevé du
branchement. Ce système pratiqué
dans beaucoup de pays consiste en
effet à acheter au préalable selon
sa bourse la quantité d’énergie et
qui oblige le consommateur à aller
en acheter encore lorsqu’il en a
besoin. Comme cela on éviterait
aussi la question des impayés de
factures. On pensera aussi à
susciter de la concurrence en
cédant une partie de l’énergie à
des structures privées comme pour
le cas de la gestion de la
téléphonie mobile avec la dualité
Togocel – Télécel. Cela devra être
pareil pour la gestion de l’eau.
Comme cela, le consommateur jugera
de la compétence des structures
pour faire son choix.
Tout compte fait, ce retour de la
CEET est inquiétant à plus d’un
titre et attente énormément au
concept de privatisation imposé
par les institutions de Brettons
Wood pour une gestion plus
rationnelle de certaines
ressources essentielles des Pays
en Développement. Si aujourd’hui,
la CEET à laquelle Togo
Electricité était venue succéder
revient aux affaires, l’on se
demande les bien-fondés de la
privatisation. La CEET était-elle
capable d’assurer la bonne gestion
de l’énergie avant de la céder en
décembre 2000 à Elyo et Hydro
Québec International ? That is the
question.
TINO Kossi |