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6 mars 2006

 
[ No 63: 3 mars 2006]
Le Come back de la CEET ou la promotion en perspective de la gabegie

 

Le mercredi 22 février dernier était consommée la résiliation du contrat qui liait l’Etat togolais à Togo Electricité représentant le groupe Elyo et Hydro Québec International. De par leurs communiqués respectifs ces deux parties semblent dissimuler les vraies raisons de cette rupture. C’est à présent le come back de la vieille structure qui a « diaboliquement bien » géré l’énergie électrique de par le passé qui intrigue et repose la question du concept de privatisation pensé à tort ou à raison comme une alternative à la gabegie étatique dans les Pays en Développement.

Des raisons approximatives
L’Etat togolais, par la voix du Ministre des Mines, de l’Energie et de l’Eau, Kokoiu Solété Agbémadon, avait justifié, lors d’une interview accordée à la TVT, la rupture par le non respect par le groupe « des engagements contractuels prévus dans le cahier de charge » sans grandes précisions. On lui reprocherait de n’avoir pas assuré l’extension du réseau aux quartiers, localités et contrées reculées, en cinq années d’exercice.

Mais en réalité, cette défaillance d’extension du réseau ne date pas d’aujourd’hui. Beaucoup de foyers sont donc sans électricité depuis les lustres et ce ne sont pas les différentes structures qui avaient devancé Togo Electricité, savoir UNELCO et CEET, qui démentiront cette situation qui, couplée à la cherté du branchement, développe les phénomènes de « toile d’araignée » et de branchements souterrains observés dans les quartiers périphériques (environs de Madiba, Adétikopé…), pratique qui met en péril la vie des riverains. Toutes ces structures qui ont eu à gérer l’énergie électrique se sont adonnées à un racket qui ne dit pas son nom. En un temps record, le coût du kilo watt est passé de 58 F CFA à 71 F CFA et les frais de coupure de 2 500 F CFA au temps de la CEET, 1ère version, à 2950 F CFA avec Togo Electricité. D’autres frais subsidiaires sont imposés aux consommateurs sans qu’ils en sachent exactement l’utilité. Il s’agit des pseudo frais d’entretien branchement, d’entretien ou location compteur, la redevance puissance, la TVA etc… Toutes ces structures n’ont fait que gruger les clients lors de leur passage. Par exemple, les clients ont toujours été obligés de payer des frais d’entretien alors qu’aucun coup de pinceaux n’est passé par les agents, ne serait-ce que pour dépoussiérer les compteurs. Lorsque certains agents amènent les ordres de coupure, des clients leur font « taméa » (pourboire) et ils ne coupent pas en réalité le courant ; ces clients ne payent donc pas ces frais de coupure, mais jamais cette somme de 2500 ou 2950 F CFA  ne figurera dans les impayés. Voyez-vous ?

Les non-dits
Cette rupture est motivée par des raisons qui sont autres que celles évoquées. En aucun moment de son intervention, le ministre n’a évoqué les impayés de l’Etat. Par contre, le communiqué de presse de Togo Electricité rendant publique la rupture précisait que « peu de temps après la mise en vigueur de la convention en décembre 2000, la situation financière de Togo Electricité a été fortement affectée notamment par le niveau élevé des impayés de l’Etat… ». Les Togolais se rappellent que l’Etat togolais a été assigné devant une juridiction internationale de règlement de différends basée à Washington par Elyo et Hydro Québec International pour n’avoir pas soldé près de 5 milliards de F CFA. Et c’est cette affaire qui  a suscité l’attention du public sur l’insolvabilité de l’Etat et révèle son utilisation irrationnelle du courant électrique. C’est en fait la prise en charge par l’Etat des frais de courant, de téléphone, d’eau des ministres et autres personnalités qui favorise l’utilisation incontrôlée du courant. Quand on sait que c’est l’Etat qui assure les frais d’électricité pour le camp gendarmerie par exemple, il y a de quoi que les agents qui y vivent avec leurs familles ne redoutent point la montée des factures puisque ce ne sont pas eux qui seront astreins de les payer. Dans ces conditions, ce serait évidemment le gaspillage systématique qui prendrait le pas.

La résiliation du contrat semble être aussi un règlement de compte car le ministre postulait que « c’est au moment où le peuple togolais pleurait la disparition du chef de l’Etat que le groupe Elyo a trouvé bon d’assigner l’Etat au CIRDI ». En clair, c’était comme le groupe n’aimait pas « le père de la Nation ». Il faillait donc guetter un temps pour le coincer, ce qui est fait aujourd’hui.

Pourquoi encore la CEET ?
C’est la structure qui prend en charge la gestion de l’énergie qui intrigue les Togolais de par la gabegie qui a caractérisé sa gestion antérieure. Une structure étatique ne saurait réclamer à l’Etat des impayés. Ce retour de la CEET est simplement un aval donné à la mauvaise gouvernance. On creuse ainsi le lit à la montée des factures au dos de l’Etat. Et ce sont les pauvres consommateurs qui en pâtissent. Des frais « bizarres » leur sont imposés pour combler ce passif engendré par l’Etat et des coupures leur sont vite faites pour peu qu’ils ne payent pas une facture. Un client a affirmé avoir été coupé pour n’avoir pas payé à temps une somme de 1 600 FCFA.

Les Togolais attendent de voir les premières de la CEET réalisations avant d’aviser. C’est bien beau de confier la gestion d’une ressource nationale à une structure étatique, mais ce sont ses actes qui permettront de la juger. Il va falloir que l’Etat pense par exemple à  faire payer par les personnalités et agents de l’Etat qui bénéficient de ses largesses, personnellement leurs factures en convertissant ces avantages en des primes qui s’ajouteront à leurs salaires. Comme cela, la consommation abusive serait freinée, ce qui dégagerait une éventuelle plus – value à l’Etat pour d’autres réalisations. L’Etat pourrait aussi initier et développer le système « CASH POWER » qui permettra à beaucoup de foyers d’accéder à l’utilisation de l’énergie électrique qui ne s’étend pas à cause du coup élevé du branchement. Ce système pratiqué dans beaucoup de pays consiste en effet à acheter au préalable selon sa bourse la quantité d’énergie et qui oblige le consommateur à aller en acheter encore lorsqu’il en a besoin. Comme cela on éviterait aussi la question des impayés de factures. On pensera aussi à susciter de la concurrence en cédant une partie de l’énergie à des structures privées comme pour le cas de la gestion de la téléphonie mobile avec la dualité Togocel – Télécel. Cela devra être pareil pour la gestion de l’eau. Comme cela, le consommateur jugera de la compétence des structures pour faire son choix.

Tout compte fait, ce retour de la CEET est inquiétant à plus d’un titre et attente énormément au concept de privatisation imposé par les institutions de Brettons Wood pour une gestion plus rationnelle de certaines ressources essentielles des Pays en Développement. Si aujourd’hui, la CEET à laquelle  Togo Electricité était venue succéder revient aux affaires, l’on se demande les bien-fondés de la privatisation. La CEET était-elle capable d’assurer la bonne gestion de l’énergie avant de la céder en décembre 2000 à Elyo et Hydro Québec International ? That is the question.      

TINO Kossi

 

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