Les faits
Depuis que la banlieue existe, il y avait cette rue qui traverse la Nationale 1 et qui
continue jusqu’à SORAD. La rue est régulière avec les 14 mètres de large mais
présente une pente. En saison pluvieuse, c’est un débit impressionnant d’eaux de
ruissellement qui passent par là par les rigoles de la nationale 1. Il y a même
les poteaux de Togo-Télécom et d’électricité sur la rue. Mais contre toute
attente, le 31 décembre dernier, un certain Glélé de nationalité béninoise, qui
se passe pour le nouvel acquéreur de la parcelle, entreposa sur les lieux un
camion contenant du sable. Malgré les protestations des populations du quartier,
il revint quelques jours plus tard avec trois camions contenant du sable pour
barrer carrément la voie et commencer par fabriquer des parpaings.
Dépassés par la
situation, les habitants du quartier ont pris attache avec le chef canton d’Agoè,
M Sedjro, pour lui poser le problème. « Quand nous sommes arrivés, le chef
nous a demandé d’aller amener les plans et les géomètres qui avaient travaillé
dans le quartier. Or, les lotissements ne datent pas d’aujourd’hui. Néanmoins,
certains habitants avaient présenté le plan de leur lotissement montrant
clairement que la parcelle litigieuse était belle et bien une rue. Mais le
Secrétaire général a rejeté cela en arguant que ce plan était clandestin. Lors
de la deuxième rencontre, il était difficile de rassembler tous les
propriétaires terriens. Donc, le Secrétaire général a promis mener ses enquêtes.
Curieusement, au cours de la troisième rencontre, il nous brandit un plan de
1995 approuvé en 1996, un plan qui mentionne que la parcelle n’était plus une
rue », raconte un habitant du quartier. Mais n’ayant pas eu gain de cause,
les populations ont maintenu la pression sur l’acquéreur et entre temps, les
jeunes du quartier ont dégagé les camions contenant du sable. « Dans cette
affaire, nous pensons que beaucoup de sous circulent puisque ce terrain, il l’a
acquis à moins de 4 millions F CFA. Il y aurait même eu des pots de vin au
cadastre, à la direction de l’urbanisation et chez nos autorités
traditionnelles. L’acquisition du terrain a été faite à la va vite sans aucune
enquête préalable », ajoute un autre.
Les
bourdes du ministre et de ses structures
Compte tenu des
tournures que prenait l’affaire, les habitants du quartier ont adressé des
correspondances à la Direction Générale de l’Urbanisme et de l’Habitat (DGUH) et
au ministère de la Ville. « Quand nous avons été à la DGUH, certains nous ont
fait savoir que, s’il y a des protestations autour d’un lotissement dans un
quartier, il y a des démarches à suivre. Une enquête devrait être normalement
faite sur les lieux. C’est ainsi qu’ils ont promis venir se mettre au parfum de
la situation. Mais rien n’y fit. Ils ne sont jamais arrivés. Entre temps, M.
Glélé, auréolé des soutiens qu’il a eus auprès du chef canton, a repris les
travaux. Le même jour, nous avons envoyé une autre lettre à la DGUH. Mais
quelques jours plus tard, ils nous ont dit qu’ils étaient venus et qu’ils
s’étaient égarés », se confie un vieux.
Les habitants décidèrent alors de rencontrer le ministre de la Ville, Marc Aklesso Aquitème.
La rencontre a eu lieu dans le mois de février dernier. Au lieu de faire une
petite enquête avant de se prononcer sur la question, le ministre a plutôt
préféré une solution de bureau. Il s’en est tenu à ce que lui a dit le Directeur
de l’Urbanisme et de l’Habitat. Il ne s’est même pas préoccupé des doléances de
la délégation. Un membre de la délégation raconte : « D’entrée de jeu, il
nous demande : « Dans quelles conditions aviez-vous acquis vos lots là-bas ?
Vous les avez acquis dans un lotissement irrégulier. Comment voulez-vous
empêcher quelqu’un qui a acquis sa parcelle dans un lotissement régulier de
construire sa maison ? »». Ensuite, il leur a fait savoir qu’il n’est pas
normal qu’il y ait plusieurs « vons » qui débouchent sur la Nationale 1
et qu’en fermant les voies, cela diminuerait les accidents. Celui qui est choisi
pour « créer un environnement propice à l’épanouissement des populations »
méconnaît que dans toutes les concessions, il faut l’aération et un minimum
de confort. Il n’a trouvé aucune solution à la situation et a proprement nargué
les membres de la délégation.
Les suites de cette affaire
Construire à cet endroit constitue un danger permanent pour les populations environnantes.
D’abord, vu l’état de la rue, il y aura de l’inondation dans le quartier pendant
la saison des pluies. Par exemple, nous étions sur les lieux hier après la
dernière pluie qui s’est abattue sur la capitale. Le spectacle est désolant.
Tout le parage est dans l’eau. De plus, certains n’auront plus de voie d’accès à
leur maison. Actuellement, il y a une buvette sur la rue qui est étouffée avec
les travaux. Le samedi dernier, les maçons avaient monté la fondation mais le
lendemain tout était à terre. Les populations ne veulent pas du tout se laisser
faire. Parfois, l’acquéreur se gausse des contestataires en déclarant à qui veut
l’entendre que « les Togolais ont faim et vendent jusqu’à leur rue. »
Présentement, il élève calmement le mur.
Suite à la
destruction de la fondation, il est arrivé lundi dans le quartier avec des
gendarmes qui ont apporté des convocations, et mardi, ces derniers sont revenus
arrêter Zokplonou Koffi indexé par M. Glélé comme étant le cerveau des
contestataires. Jusqu’à ce jour, il est détenu à la gendarmerie d’Agoè. Le but
de son interpellation était de faire taire les habitants du quartier puisqu’il
est toujours à la tête des différentes délégations qui ont rencontré les
autorités tans locales qu’administratives. « A la gendarmerie, on promet le
garder jusqu’à la fin des travaux. Il y a de la manipulation dans cette affaire »,
se révolte un autre jeune.
C’est donc ce qui se passe au Togo où le plus offrant est roi. Le ministre de la Ville a
manqué de tact dans cette affaire et crée des précédents dangereux non seulement
dans ce quartier mais dans toute la ville. Par ailleurs, selon certaines
informations, on est en train de changer les numéros des lots acquis dans
certains quartiers sans que l’acquéreur ne soit informé. Affaire à suivre…
Evans Yemey |