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Suite au coup d’Etat du 05
févier 2005 opéré par la
soldatesque au profit de Faure
Gnassingbé, des réactions
avaient fusé tant de l’intérieur
que de l’extérieur du pays. La
CEDEAO avait réagi à la hauteur
de l’attente des opinions
africaine et internationale en
condamnant sans réserve le coup
d’Etat et en engageant un combat
avec une fougue que l’on ne lui
connaissait pas pour que non
seulement toute la Constitution
soit restaurée mais que l’on
s’engage sur le chemin d’une
refondation sans exclusive de la
démocratie au Togo. On se
souvient qu’à l’époque, le N°1
nigérian, Olusegun Obasanjo, qui
ne tarissait pas de
dénonciations, avait menacé
d’intervenir militairement au
Togo si Gnassingbé fils ne se
retirait pas du pouvoir. Cette
fermeté africaine était un
démenti formel aux propos du
ministre belge des Affaires
Etrangères qui faisait quelques
jours plus tôt à propos de la
crise congolaise « le constat
de l’incapacité de la classe
politique africaine à être à la
hauteur des défis que doit
affronter le continent noir ».
La volte-face de la CEDEAO
Mais quelques jours plus tard,
la CEDEAO lâcha du lest et passa
même un deal avec le clan
Gnassingbé. Avant même le
retrait de Faure Gnassingbé du
pouvoir le 25 février 2005, le
communiqué levant les sanctions
contre les putschistes du Togo
circulait déjà à Lomé. La
trahison avait été tellement
patente que la CEDEAO n’avait
plus rien dit sur le fait que
Natchaba Fambaré n’ait pas été
replacé à la présidence de
l’Assemblée nationale pour
assurer l’intérim, le fait que
contrairement aux prescriptions
de la loi fondamentale, ceux qui
l’ont violée n’aient pas été
sanctionnés, le fait que l’un
des instruments du putsch, la
Cour Constitutionnelle, ait été
gardé en l’état comme
institution devant valider en
dernier recours les
consultations à venir.
Ainsi, le 28 février 2005, le
président en exercice de la
CEDEAO, le Nigérien Mamadou
Tandja, le président malien
Ahmadou Toumani Touré, et le
ministre nigérian des Affaires
étrangères engouffrés dans leur
boubou étaient venus à Lomé pour
une mission de bons offices. Et
c’était seulement au cours de
cette mission que les Togolais
et les partis de l’opposition
apprendraient que le choix d’Abass
Bonfoh pour assurer l’intérim
serait aussi celui de la CEDEAO.
Pour la CEDEAO, le retour à
l’ordre constitutionnel avait
commencé le jour du retrait de
Faure et les deux mois qui vont
suivre, c’est-à-dire le 24
avril, les Togolais devaient
aller aux urnes pour élire le
vrai successeur de feu Eyadema.
Mise devant le fait accompli,
l’opposition n’avait qu’à
adhérer à un accord falsifié sur
« les principaux points de
divergence concernant les
élections ». Dans la foulée,
le Nigérien Maï Manga Boukar
avait été nommé comme
facilitateur appuyé par quelques
soi-disant experts électoraux.
Mission accomplie pour la
délégation et le président
malien ne pouvait qu’aller au
Port autonome de Lomé pour
inaugurer l’entrepôt de son
pays. « Je suis obligé de
faire confiance à la CEDEAO
quoique les Togolais aient le
sentiment d’avoir été trahis. Je
suis là pour porter leur
sentiment parce qu’ils vivent
dans cette situation. Je suis là
également pour témoigner que la
CEDEAO n’a pas fait jusqu’au
bout ce qu’elle aurait dû faire
pour que les choses se passent
mieux au Togo. Elle a bien
démarré mais elle a lâché la
pression trop vite »,
s’était plaint Kofi Yamgnane
dans une interview accordée au
journal « Nouvel
Observateur » du
25-03-05.
La vraie pagaille
Après ce marché de dupe, le
processus électoral avait été
enclenché. Fidèle à ses
habitudes, le pouvoir fut le
premier à violer les accords du
28 février 2005. Les
dénonciations et les jérémiades
de l’opposition ne tombaient que
dans les oreilles de sourd. La
CEDEAO venue pour aider les
Togolais s’était vite
transformée en un organe
supérieur de la vie politique du
pays et prenait fait et cause
pour le clan. A preuve, le 21
mars 2005, Maï Manga Boukar
avait proposé à la coalition une
autre version du protocole
d’accord qui ne fait plus
mention de membre à part entière
des comités de révision des
listes électorales mais de
représentant à titre
d’observateur. Cette acrobatie,
il l’avait faite avec la
complicité du Secrétaire Général
de la CEDEAO, le Ghanéen
Mohammed Ibn Chambas. Et ce
n’était qu’en pleine opération
de révision des listes
électorales qu’un « protocole
d’accord entre les partis
politiques de la majorité et de
l’opposition sous l’égide de la
CEDEAO » avait été signé le
29 mars 2005. Mais le RPT avait
déjà verrouillé le système et
les représentants de
l’opposition s’étaient confinés
dans le rôle d’observateurs. Ces
opérations de révision des
listes avaient entraîné des
manifestations violentes tant à
Lomé qu’à l’intérieur du pays.
Tandja et ses ouvriers n’étaient
nullement émus par ces
événements. Ils étaient même
indifférents aux incidents
survenus pendant la campagne
électorale. Ne pouvant plus
supporter le « génocide »
qui se profilait à l’horizon,
celui qui était en charge du
scrutin, le ministre de
l’Intérieur, François Esso Akila
Boko, jeta l’éponge le 22 avril
2005. Mais Mamadou Tandja et les
siens le qualifièrent d’« irresponsable »
et maintinrent la date du
scrutin. « Manière de voyou »,
avait dit à l’époque un
conducteur de taxi-moto
visiblement dépité par
l’attitude de Tandja. La
Communauté d’Eglises en mission
dénonçait dans un communiqué
daté du 23 avril 2006 : « Nous
nous étonnons de l’étrange
manière dont la CEDEAO dit
accompagner la situation
politique au Togo. Pour nous, le
fait que la CEDEAO apporte sa
contribution dans ce processus
de recherche d’une solution à la
crise, ne lui donne pas un droit
de tutelle sur le Togo. Elle ne
peut donc pas fonctionner par
« diktat » en s’adressant aux
Togolais. La crise politique
n’enlève pas au Togo et au
peuple togolais le statut de la
nation souveraine ». La
suite des événements avait donné
raison au ministre. « Alors
que les premiers résultats
sortis des urnes donnaient 75 à
80% en faveur du candidat de
l’opposition Emmanuel Akitani,
alors que les urnes sont volées
par les militaires, brûlées, et
que pendant plus de 24 heures le
pays vit dans une coupure totale
des télécommunications, la
CEDEAO considère que ce sont des
élections normales »,
constatait à l’époque le défunt
président de Survie,
François-Xavier Verschave.
Qu’est-ce qui avait pu
sous-tendre cette compromission
de l’institution ouest-africaine ?
Des pressions et de la
corruption
En effet, le Togo est un pays
qui est tenu par la France
depuis 1963 à tous les points de
vue et notamment en ce qui
concerne l’armée et les services
secrets. L’Elysée avait fait
tout ce qui était de son
pouvoir pour faire revenir le
clan au pouvoir. A en croire
plusieurs sources, la date du 24
avril pour la tenue de
l’élection présidentielle aurait
été proposée par la France pour
prendre de cours l’opposition et
empêcher l’Union Européenne de
participer aux préparatifs du
processus électoral. Ainsi, la
CEDEAO, qui avait eu un rôle
très positif au moment du coup
d’Etat de Faure Eyadema, avait
depuis, sur les pressions
directes de l’Elysée, notamment
auprès de son président nigérien
Mamadou Tandja, accepté toutes
les manipulations du scrutin.
François-Xavier Verschave
racontait : « Nous avons des
témoignages sur ce harcèlement
incessant de la part de l’Elysée
auprès des chefs d’Etats
africains de la CEDEAO, en
particulier les francophones. Et
il n’y a que cela qui puisse
expliquer ce retournement
incroyable de la position de la
CEDEAO. […] La France dispose de
beaucoup de moyens de pression.
Ces pays, notamment, dépendent
de l’aide publique française ».
En outre, il se
raconte que de gros sous avaient
circulé dans les sphères de
l’institution ouest-africaine.
Tous ceux qui étaient impliqués
dans le processus électoral en
avaient eu pour leur compte. « Vous
croyez que les actes de Maï
Manga, Ibn Chambas, Adrienne
Diop et consorts étaient
gratuits. Ils n’auraient pas dû
se compromettre jusqu’à ce point
s’ils n’avaient eu rien en
retour », nous avait déclaré
à l’époque un diplomate en poste
à Lomé. De plus, un américain
parlant de François Boko
révélait : « L’ambassadeur a
dit qu’il avait parlé avec le
Général Tchangas de la CEDEAO et
sous confidence lui a révélé
qu’il était en contact avec
François et lui a demandé si la
CEDEAO pouvait garantir sa
sécurité hors du Togo. Tchangas
a dit non et a informé
immédiatement les autorités
togolaises. François a dit que
la famille a payé 3 millions de
dollars à Tchangas pour assurer
que les élections seront tenues
et que le fils du président
gagnera ».
Voilà comment
Mamadou Tandja et consorts
avaient foutu du bordel au Togo.
Ils avaient prouvé que les
nègres ne sont bons à rien et
sont prompts à sacrifier leurs
propres frères pour le bonheur
et les intérêts de la France de
Chirac. La CEDEAO avait donc
fait tuer entre 400 et 500
Togolais et contraint au moins
40 000 à l’exil sans oublier les
nombreux blessés et dégâts
matériels.
Evans Yemey |