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Le rendez-vous de Ouaga de la mi-février a été avorté de justesse
car les conditions de dialogue n’étaient pas réunies. Ces négociations sont
donc reportées sine die sans grande précision. Mais que fait l’opposition
traditionnelle en attendant sa reprogrammation ? Ne se mure-t-elle pas dans
son habituelle attitude d’attentisme béat ?
Il fallait reconnaître que le rendez-vous avorté de Ouaga était un dialogue mort-né
car la voie était pavée à un échec qui arrangerait le pouvoir. C’est
unilatéralement qu’il a trié les partis à inviter au dialogue, imposé les
thèmes de discussions en écartant les principales dont la lutte contre
l’impunité, le retour des réfugiés et la réforme de l’armée, et choisi Ouaga
sans aucun préalable avec l’opposition. Il est allé jusqu’à récuser le
médiateur choisi par le Secrétaire général des Nations Unies pour des raisons
inavouées, ce qui faisait que le dialogue devait se faire sans médiateur ni
facilitateur. Pour une fois encore, les « opposants de carrière » ont
pris leurs responsabilités et boycotté la rencontre préparatoire du mercredi
15 février dernier qui devrait enclencher le processus de dialogue. L’Union
des Forces de Changement (UFC) l’a fait savoir le samedi 11 février à travers
un communiqué de presse, de même que le Comité d’Action pour le Renouveau le
lundi 13 février. C’est une sage décision que le peuple et même l’autre «opposant
pétard» du PRR ont appréciée à sa juste valeur.<
Mais le peuple redoute que les opposants ne dorment sur
leurs lauriers en se contentant de cette victoire. Le temps joue en
leur faveur pour se réorganiser et arrêter une position commune minimale afin
de venir une fois pour de bon à bout de ce régime possédé par le virus de la
mal gouvernance. Qu’ils sachent que les gouvernants useront de subterfuges, de
dilatoires pour repousser le plus loin possible les négociations car si elles
ont lieu, elles les contraindraient à partager le pouvoir avec eux.
N’avions-nous pas sonné l’alerte dans un de nos articles
précédents que des élections législatives qui devraient mettre un terme au
processus de dialogue seraient discrètement programmées pour le mois d’octobre ?
Actuellement dans les officines décisionnelles du pouvoir, des plans obscurs
sont en train d’être mijotés pour diviser davantage l’opposition qui risque de
se retrouver une fois de plus devant le fait accompli. Qu’elle sache que tout
autant que la sortie de crise, c’est un sursis qui lui est heureusement
accordé par le report du dialogue pour s’entendre dans toutes ses composantes.
C’est le moment ou jamais de faire pression sur ce pouvoir pour le faire
fléchir. Et la récente position affichée par Louis Michel, le
Commissaire européen au développement planche en sa faveur. En effet, Louis
Michel, le mardi 21 février dernier, parlant au nom de la commission
européenne a mis en garde le pouvoir en ces termes : « Nous ne
cautionnerons pas des élections législatives tant que les conditions d’une
transition ne seront pas définies ? ». En ce moment, c’est le régime qui
est en porte-à-faux, vu que l’un de ses soutiens manifestes, Louis Michel, est
en train de virer à 180°.
Le dialogue est un élément central, car sans dialogue, il n’y
a pas de transition… Nous avons proposé une facilitation qu’une partie au
dialogue essaye de refuser. C’est un préalable très important pour le
démarrage des négociations. Dès qu’un compromis sera trouvé sur la
facilitation, on pourra accélérer les discussions sur le fonds, notamment la
question de la réforme de l’armée, la nécessité de la séparation des pouvoirs
et l’amorce d’une transition politique », avait-il ajouté. Et la partie
qui refuse la facilitation c’est le RPT et ses acolytes. La
commission reconnaît aussi l’urgence des questions sur la réforme de
l’armée, la lutte contre l’impunité. Elle a été on ne peut plus claire :
« Il faut faire vite pour sortir le Togo de cette situation, afin que la
justice togolaise joue efficacement son rôle sur les violations systématiques
des droits de l’homme établies par la commission d’enquête de l’ONU. C’est un
jugement trop sévère de croire en une complaisance ou en une duplicité de la
commission européenne sur les différents rapports établis sur les violences
liées au scrutin d’avril 2005. La commission exige toujours qu’une enquête
éclaircisse la situation liée aux droits de l’Homme et nous y travaillons »,
précise-t-elle encore. Le régime Gnassingbé semble perdre un de ses soutiens
fondamentaux et est éperdument à la recherche d’autres. C’est dans cette
logique que se situe le récent séjour de Faure et sa bande en Chine du 10 au
19 février dernier. Cette perte de l’aval de Louis Michel signifie de facto
celle éventuelle de Chirac qui a répliqué par une visite de travail en Inde.
Le pouvoir du Faure-Kodjo est en train d’être fragilisé. Et l’opposition ne
doit pas attendre pareille occasion se reproduire avant de la saisir. Les
diplomates européens se rendent à présent compte de l’arrogance des héritiers
d’Eyadema qui, manifestement, végètent dans la même mal gouvernance que le
régime Eyadema.
La
responsabilité de l’opposition dans toutes ses composantes est pour une même
fois requise. Elle doit aussi profiter de l’ingérence personnelle du
Secrétaire général de l’ONU, Kofi Annan, dans la résolution de la crise
togolaise.
Il urge donc que l’opposition fasse œuvre utile pour améliorer le
quotidien des Togolais qui ploient sous le joug d’une misère imposée par le
régime Gnassingbé depuis plusieurs décennies. Les opposants traditionnels
doivent désormais exiger la participation de tous les autres de l’opposition
politique, même les « opposants pétards » car ils n’ont pas le monopole
de la sagesse. De nouveaux partis de l’opposition dont l’Alliance de Péré et
Agbéyomé, le PDP de Bassabi Kagbara, le PRR de Nicolas Lawson, le RSDD d’Harry
Olympio, et le probable parti de Kofi Yamgnane leur raviront la vedette s’ils
ratent encore ce rendez-vous avec l’histoire.
Tino Kossi
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