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26 fevrier 2006

 
[ No 61: 24 fev 2006]
Boycott du dialogue de Ouaga:
- L’opposition devra-t-elle dormir sur ses lauriers ?
- Le pouvoir fragilisé par les récentes positions de la Commission Européenne

 

Le rendez-vous de Ouaga de la mi-février a été avorté de justesse car les conditions de dialogue n’étaient pas réunies. Ces négociations sont donc reportées sine die sans grande précision. Mais que fait l’opposition traditionnelle en attendant sa reprogrammation ? Ne se mure-t-elle pas dans son habituelle attitude d’attentisme béat ?

Il fallait reconnaître que le rendez-vous avorté de Ouaga était un dialogue mort-né car la voie était pavée à un échec qui arrangerait le pouvoir. C’est unilatéralement qu’il a trié les partis à inviter au dialogue, imposé les thèmes de discussions en écartant les principales dont la lutte contre l’impunité, le retour des réfugiés et la réforme de l’armée, et choisi Ouaga sans aucun préalable avec l’opposition. Il est allé jusqu’à récuser le médiateur choisi par le Secrétaire général des Nations Unies pour des raisons inavouées, ce qui faisait que le dialogue devait se faire sans médiateur ni facilitateur. Pour une fois encore, les « opposants de carrière » ont pris leurs responsabilités et boycotté la rencontre préparatoire du mercredi 15 février dernier qui devrait enclencher le processus de dialogue. L’Union des Forces de Changement (UFC) l’a fait savoir le samedi 11 février à travers un communiqué de presse, de même que le Comité d’Action pour le Renouveau le lundi 13 février. C’est une sage décision que le peuple et même l’autre «opposant pétard» du PRR ont appréciée  à sa juste valeur.
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Mais le peuple redoute que les opposants ne dorment sur  leurs  lauriers en se contentant de cette victoire. Le temps joue en leur faveur pour se réorganiser et arrêter une position commune minimale afin de venir une fois pour de bon à bout de ce régime possédé par le virus de la mal gouvernance. Qu’ils sachent que les gouvernants useront de subterfuges, de dilatoires pour repousser le plus loin possible les négociations car si elles ont lieu, elles les contraindraient à partager le pouvoir avec eux. N’avions-nous pas sonné  l’alerte  dans un de nos articles précédents que des élections législatives qui devraient mettre un terme au processus de dialogue seraient discrètement programmées pour le mois d’octobre ? Actuellement dans les officines décisionnelles du pouvoir, des plans obscurs sont en train d’être mijotés pour diviser davantage l’opposition qui risque de se retrouver une fois de plus devant le fait accompli. Qu’elle sache que tout autant que la sortie de crise, c’est un sursis qui lui est heureusement accordé par le report du dialogue pour s’entendre dans toutes ses composantes. C’est le moment ou jamais de faire pression sur ce pouvoir pour le faire fléchir. Et la  récente position affichée par Louis Michel, le Commissaire européen au développement planche en sa faveur. En effet, Louis Michel, le mardi 21 février dernier, parlant au nom de la commission européenne a mis en garde le pouvoir en ces termes : « Nous ne cautionnerons pas des élections législatives tant que les conditions d’une transition ne seront pas définies ? ».  En ce moment, c’est le régime qui est en porte-à-faux, vu que l’un de ses soutiens manifestes, Louis Michel, est en train de virer à 180°.

Le dialogue est un élément central, car sans dialogue, il n’y a pas de transition… Nous avons proposé une facilitation qu’une partie au dialogue essaye de refuser. C’est un préalable très important pour le démarrage des négociations. Dès qu’un compromis sera trouvé sur la facilitation, on pourra accélérer les discussions sur le fonds, notamment la question de la réforme de l’armée, la nécessité de la séparation des pouvoirs et l’amorce d’une transition politique », avait-il ajouté. Et la partie qui refuse la facilitation c’est le RPT et ses  acolytes.  La  commission reconnaît aussi l’urgence des questions sur la réforme de l’armée, la lutte contre l’impunité. Elle a été on ne peut plus claire : « Il faut faire vite pour sortir le Togo de cette situation, afin que la justice togolaise joue efficacement son rôle sur les violations systématiques des droits de l’homme établies par la commission d’enquête de l’ONU. C’est un jugement trop sévère de croire en une complaisance ou en une duplicité de la commission européenne sur les différents rapports établis sur les violences liées au scrutin d’avril 2005. La commission exige toujours qu’une enquête éclaircisse la situation liée aux droits de l’Homme et nous y travaillons », précise-t-elle encore. Le régime Gnassingbé semble perdre un de ses soutiens fondamentaux et est éperdument à la recherche d’autres. C’est dans cette logique que se situe le récent séjour de Faure et sa bande en Chine du 10 au 19 février dernier. Cette perte de l’aval de Louis Michel signifie de facto celle éventuelle de Chirac qui a répliqué par une visite de travail en Inde. Le pouvoir du Faure-Kodjo est en train d’être fragilisé. Et l’opposition ne doit pas attendre pareille occasion se reproduire avant de la saisir. Les diplomates européens se rendent à présent compte de l’arrogance des héritiers d’Eyadema qui, manifestement, végètent dans la même mal gouvernance que le régime Eyadema.

La responsabilité de l’opposition dans toutes ses composantes est  pour une même fois requise. Elle doit aussi profiter de l’ingérence personnelle du Secrétaire général de l’ONU, Kofi Annan, dans la résolution de la crise togolaise.

Il urge donc que l’opposition fasse œuvre utile pour améliorer le quotidien des Togolais qui ploient sous le joug d’une misère imposée par le régime Gnassingbé depuis plusieurs décennies. Les opposants traditionnels doivent désormais exiger la participation de tous les autres de l’opposition politique, même les « opposants pétards » car ils n’ont pas le monopole de la sagesse. De nouveaux partis de l’opposition dont l’Alliance de Péré et Agbéyomé, le PDP de Bassabi Kagbara, le PRR de Nicolas Lawson, le RSDD d’Harry Olympio, et le probable parti de Kofi Yamgnane leur raviront la vedette s’ils ratent encore ce rendez-vous avec l’histoire.

Tino Kossi

 
 

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