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Quand on parle de la
militarisation excessive du Togo,
certains pensent qu’on a des
griefs contre ces corps habillés.
Loin de nous ces idées. Cependant,
une analyse judicieuse de la
situation permet aisément de
comprendre qu’on n’entend rien
faire pour diminuer l’effectif de
l’armée qui dépasserait
aujourd’hui 15 000 hommes.
C’est ainsi qu’un
véritable jonglage a été entrepris
dans les états majors respectifs
de l’armée pour prolonger l’âge de
départ à la retraite. Les
concernés seraient les recrues de
la classe 1986. On se souvient que
cette classe est l’une des plus
importantes de par son effectif
parce que suite à l’attaque
terroriste, il a fallu grossir le
nombre de militaires pour parer à
toute éventualité. Cette classe
est vieille de 20 ans aujourd’hui,
et si elle doit partir à la
retraite, l’ossature de l’armée
n’aura plus sa consistance. On a
alors procédé à une véritable
acrobatie qui consisterait d’une
part à prolonger de 6 ou 3 ans le
départ à la retraite suivant le
grade qu’on a. Les officiers
supérieurs seraient eux exempts de
cette mesure.
Il y a une certaine
contradiction qui se lit dans ces
dispositions. Premièrement, à une
heure où la réforme de l’armée
constitue le thème au centre des
débats, refuser par les
contorsions son dégraissage relève
d’une volonté de ne jamais
accepter des reformes en son sein.
Deuxièmement, quand la
gendarmerie et la police manquent
d’effectif, on ne fait rien
apparemment, on préfère l’armée
(militaire) comme si une guerre
est imminente et qu’on mobilise
les troupes.
Enfin, la classe 1986,
d’après certaines argumentations,
est l’une des plus courageuses.
C’est sa bravoure qui fait qu’on
arrive à contenir certaines
manifestations, donc le départ de
ceux-ci à la retraite créerait un
vide. On comprend qu’on n’entend
pas desserrer l’étau et qu’on est
prêt à causer désolation quand les
circonstances l’exigent. Le
paradoxe dans cette disposition se
trouve être qu’au moment où on
procède à des prorogations quelque
part, il y a hémorragie ailleurs.
En effet, les rumeurs deviennent
persistantes sur les désertions
de jeunes officiers. Le malaise
devient tel qu il y a lieu de voir
l’avenir en noir pour le clan. Le
climat de suspicion, le refus de
doter l’armée d’un statut et bien
d’autres injustices accentuent les
frustrations et autres.
Sommes-nous en train d’assister au
crépuscule de ceux qui ont opté de
régenter ce pays de mains de
fer ? Oui apparemment à bien lire
dans les signes. Celui-là qui
prétend connaître la soldatesque
et qui la dirige semble se perdre,
peut-être dépassé par le
caractère fulgurant de ce qui se
passe. Les billets de banque, les
promesses à l’emporte-pièce et la
formation autour de soi ne
sauraient arrêter le
mécontentement qui monte comme le
levain dans une pâte de pain.
Au fait, dans cette corporation,
tous n’ont pas juré la lente mais
sûre descente aux enfers du Togo.
Des officiers, de même que
certains hommes de troupe, savent
bien que la consolidation de
l’Etat de droit au Togo leur
apporterait plus que la situation
actuelle dans laquelle le pays
végète.
On n’a absolument rien contre nos
frères militaires. Chaque famille
comporte en son sein un soldat
mais refuse son
instrumentalisation pour le
maintien d’un système qui n’a que
causé du tort à bien de Togolais.
Pierre
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