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Le Commissaire européen à la
coopération et à l’action
humanitaire, Louis Michel a été
clair ce mardi 21 février 2006 en
fin de matinée sur la situation
politique qui ne cesse de se
dégrader au Togo. Le pouvoir RPT
doit garantir les conditions
minimales pour la tenue du
dialogue intertogolais.
Avant de s’envoler pour une
tournée en Afrique australe qui
s’achèvera le 1er mars prochain,
le cabinet du diplomate européen
que notre rédaction a contacté, a
tenu à expliquer l’échec du pré
dialogue qui devrait se tenir à
Ouagadougou au Burkina-Faso par le
fait que les parties au dialogue
refusent toujours de s’entendre
sur les conditions minimales de la
tenue de celui-ci, dans la mesure
où il leur est difficile de
trouver un consensus sur la
facilitation ou la médiation et de
poser également les jalons des
sujets qui seront à l’ordre du
jour.
Si l’UE rejette la responsabilité
sur l’ensemble des partis
politiques, elle relève cependant
que les autorités togolaises en
portent une plus lourde
responsabilité du fait qu’il leur
appartient de garantir ces
conditions minimales à travers une
volonté politique qui doit être
clairement affichée. «L’UE et
les Nations unies ont fait des
efforts ces dernières semaines
pour relancer le dialogue
politique au Togo, affirme le
porte-parole de Louis Michel,
Amadeu-Altafaj Tordio. Nous
pouvons suivre et accompagner le
dialogue sans nous substituer aux
parties prenantes. Nous avons
proposé une facilitation qu’une
partie au dialogue essaye de
refuser. C’est un préalable très
important pour le démarrage des
négociations. Dès qu’un compromis
sera trouvé sur la facilitation,
on pourra accélérer les
discussions sur le fonds,
notamment la question de la
réforme de l’armée, la nécessité
de la séparation des pouvoirs et
l’amorce d’une transition
politique».
Pour Louis Michel, il n’est pas
pour l’instant question
d’organiser une quelconque
élection tant qu’une feuille de
route ne sera pas définie au
sortir d’un dialogue politique qui
rassemble l’ensemble des forces
vives du Togo. Cette feuille de
route passe par une transition qui
va réformer l’Etat et créer le
cadre d’une réconciliation, d’un
apaisement, d’un retour des
réfugiés et de l’installation
d’une démocratie dans le pays.
Voilà pourquoi dit-il, «l’Union
européenne n’acceptera pas des
élections législatives tant que
les conditions d’une transition ne
seront pas définies». «Il
n’y a pas pour l’instant une
transition au Togo, ajoute-t-il,
car comment entamer une transition
si les bases de cette transition
ne sont pas définies», se
demande-t-il? «Le dialogue est
un élément central, car sans
dialogue, il n’y a pas de
transition et de facto pas
d’élection». Tous ces aspects
sont intimement liés.
Sur la polémique concernant une
complaisance du Commissaire
européen vis-à-vis du pouvoir RPT,
celui-ci affirme que sa commission
ne roule ni pour le pouvoir, ni
pour l’opposition, mais travaille
dans l’intérêt des Togolais.
«Nous sommes dans la logique des
22 engagements pris à Bruxelles
par le pouvoir togolais. Même s’il
faut admettre qu’ils doivent être
revus pour inclure certaines
nouvelles donnes politiques, ils
demeurent un axe autour duquel
l’UE prendra ses décisions
concernant le Togo».
A quand alors le démarrage
effectif du dialogue? «Pour
l’instant, nous n’avons pas de
réponse des autorités togolaises»,
dit le porte-parole de Louis
Michel. Mais ajoute-t-il, «nous
pouvons prendre des sanctions si
rien ne se fait, mais elles ne
sont pas encore à l’ordre du jour».
Et de rajouter : «Il faut faire
vite pour sortir le Togo de cette
situation, afin que la justice
togolaise joue efficacement son
rôle sur les violations
systématiques des droits de
l’homme établis par la commission
d’enquête de l’ONU. C’est un
jugement trop sévère de croire en
une complaisance ou en une
duplicité de la commission
européenne sur les différents
rapports établis sur les violences
liées au scrutin d’avril 2005. La
commission exige toujours qu’une
enquête éclaircisse la situation
liée aux droits de l’Homme et nous
y travaillons».
Depuis 1993, l’Union européenne a
suspendu son aide au Togo pour
manque de démocratie et pour cause
de violations systématiques des
droits de l’homme. Cette
suspension économique se ressent
dans tous les secteurs économiques
du pays. D’ailleurs l’Europe en
est consciente puisque la
commission de M. Michel atteste
que: «le pouvoir au Togo sait
qu’il y a des montants importants
qui sont gelés et qui permettront
le décollage économique du pays
dans le cadre du 7è, 8è et du 9è
FED (Ndlr: Fonds européen de
développement) déjà en cours».
Mais ces fonds ne seront pas
décaissés tant que des signes
clairs ne seront pas donnés du
côté des autorités de Lomé à
travers une ouverture politique.
Néanmoins, nuance-t-on, des
microprojets liés à l’éducation, à
la santé, aux droits de l’homme et
au recensement de la population
seront financés, afin que
celles-ci ne subissent pas trop
durement les conséquences de
l’entêtement des politiques.
Que comprendre de ce changement de
position de Louis Michel
Depuis le sommet de Bamako début
novembre de l’année passée qui a
consacré la rencontre entre Faure
Gnassingbé et le Commissaire
européen, rencontre qui avait
provoqué le report d’une mission
d’évaluation de l’UE au Togo,
beaucoup de critiques ont suivi,
condamnant la duplicité du
diplomate belge, aidé en cela par
le parrain françafricain Chirac.
Est-ce ces critiques,
particulièrement provenant de la
presse togolaise, qui ont fait
fléchir M. Michel? Nul ne saurait
le dire avec exactitude.
Mais l’enquête de notre rédaction
au sein du département Coopération
et action humanitaire, nous a fait
découvrir le rôle déterminant joué
par le Secrétaire général de l’Onu
ces derniers mois dans la
résolution de la crise togolaise.
Le fonctionnaire de l’Onu, qui est
originaire du Ghana, a clairement
affiché sa position qui est celle
de voir les choses changées au
Togo, pays voisin de son pays dont
les populations souffrent le
martyr de ployer sous une
dictature héréditaire, tare qu’il
entend corriger au plus pressé
avant la fin de son mandat.
M. Annan, qu’on nous a dit qu’il
ne cesse de téléphoner à M. Michel
et à M. Alpha Omar Konaré, le
président de la Commission de
l’Union africaine pour qu’une
pression efficace soit faite sur
le régime RPT afin de le pousser à
lâcher du lest, pense que la
stagnation de la crise togolaise,
ajoutée aux méfaits du
pourrissement de la situation
ivoirienne, ralentissent les
progrès en matière économique de
la sous région ouest africaine et
partant du continent.
Un autre détail intéressant qu’un
diplomate européen a affirmé à
notre rédaction, concerne
l’attitude et l’arrogance des
héritiers du dictateur Eyadema. Il
en ressort ainsi que Faure ne
prête pas une oreille attentive
aux conseils que ne cessent de lui
prodiguer Louis Michel pour
redresser la barre, ce qui agace
le Belge qui de facto, aurait
compris que les enfants Gnassingbé
jouent une partition identique à
celle de leur défunt père, jouer
sur la lassitude de la communauté
internationale.
Les Togolais doivent-ils donc
comprendre à travers le changement
d’attitude de Louis Michel, un
signal fort de la communauté
internationale de prendre la
dictature héréditaire du Togo à sa
mesure et la traiter à sa juste
manière?
La suite des événements nous
éclaircira davantage, car comme
l’a affirmé à notre rédaction ce
mardi matin une conseillère de la
Commission «Coopération et
Action humanitaire», celle-là
même que préside Louis Michel, , à
situation exceptionnelle, mesure
exceptionnelle.
Innocent SOSSOU |