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Liberté Hebdo

16 fevrier 2007

[ 168: du 16 fevrier 2007]  
Législatives de 2007 : Emprunt des Kits de la RDC : Le gouvernement a empiété sur les prérogatives de la CENI

Après le difficile accouchement du bureau de la Commission Electorale Nationale Indépendante (CENI), l’un des problèmes auquel avait face cette institution chargée d’organiser les prochaines élections législatives était la question du recensement électoral. Deux types de recensement étaient au cœur des discussions. Ce qui évidemment avait conduit à l’éclatement des membres en deux camps. Le RPT et ses satellites la CPP, le PDR et le REFAMP-Togo arguaient que le pays n’a pas les moyens et que compte tenu du temps qui restait, il est souhaitable que l’ancienne opération de vote soit reconduite.

En revanche, le CAR, la CDPA, l’UFC et le GF2D optaient pour un recensement du type congolais (RDC). D’après ce type de recensement, l’inscription des électeurs sera réalisée grâce à un ensemble de matériels informatiques, de fournitures et de consommables rassemblés dans une trousse appelée Trousse d’identification numérique (TIN) ou Digital Enroulement Kit (DIK) en Anglais. Il a fallu que les membres de la CENI aillent à l’école des experts de la sous-région et plusieurs mois avant que cette question ne soit tranchée à la dernière réunion du Comité de Suivi du 16 janvier 2007 à Ouagadougou.

            Et depuis, les discussions à la CENI sont moins conflictuelles et les travaux connaissent une légère avancée. Les membres de cette institution étaient, dans le cadre de l’élaboration du chronogramme, en train de plancher sur la façon d’acquérir justement ces Kits. Selon certaines indiscrétions, les différents experts de l’UE et du PNUD auraient même souhaité l’achat de ces matériels pour que le Togo en fasse son patrimoine. Les discussions étaient à ce niveau quand, contre toute attente, le gouvernement a, après avoir écouté une communication du ministre de l’Administration Territoriale sur l’état d’avancement du processus électoral au conseil des ministres du vendredi 09 févier dernier, fait savoir qu’« un certain nombre de questions délicates, notamment celles portant sur le recensement électoral et la carte d’électeur ont été réglées ; il a été retenu que notre pays emprunte de la République Démocratique du Congo des Kits devant servir à ces opérations ». « Chaque Kit c’est un ensemble constitué d’ordinateur, d’une imprimante, d’un appareil photo et un générateur, le tout livré ensemble en vue de l’opération de l’établissement des cartes d’électeurs avec photo numérisée », poursuit le communiqué.

             Dans l’ordre normal des choses, c’est la CENI qui devrait saisir le gouvernement avant qu’il ne propose quoi que ce soit. Mais ici, les membres de la CENI ont été mis devant le fait accompli. Ce n’est que dans la presse que certains auraient eu vent de cette décision gouvernementale. La procédure laisse à désirer et c’est un empiètement patent sur les prérogatives de cette institution. L’Accord politique global prévoit qu’« une Commission Electorale Nationale Indépendante (CENI) chargée d’organiser et de superviser les consultations électorales et référendaires, en liaison avec le ministère de l’Intérieur et les autres services de l’Etat, sera mise en place ». Le texte est bien clair. Ce n’est pas le ministre de l’Administration Territoriale qui doit agir au nom de la CENI.

            L’autre problème est de savoir pourquoi le gouvernement s’entiche à emprunter à la République Démocratique du Congo des Kits devant servir aux opérations de vote. N’y a-t-il pas des avantages quand le Togo achète lui-même ces matériels ? Pour un expert, « la meilleure solution est que le Togo les achète pour se les approprier ». « Les prochaines législatives ne seront pas les seules élections que notre pays organisera et il est indispensable qu’on puisse garder ces matériels dans le patrimoine national. De la même façon, les Congolais ont eux aussi d’autres scrutins à organiser et pourraient tenter un jour de récupérer leurs Kits », ajoute-t-il.

            Si l’achat des Kits était aussi le vœu des partenaires qui sont déterminés à accompagner le processus, pourquoi ne pas choisir cette option pour que le Togo dispose de ces matériels une fois pour de bon ? Sur la question, une source proche de la CENI a fait remarquer que le gouvernement a malheureusement pris cette décision sans demander l’avis des membres, mais qu’ils ne lui en tiennent pas rigueur. « L’essentiel est qu’on ait de bons matériels », nous a-t-elle dit.

R. Kedjagni

 
Sommet « France-A-Fric » à Cannes (France) Les derniers hommages à Chirac, mais… la « Françafrique » demeure

En début de semaine, la ville de Cannes a enregistré un interminable ballet de chefs d’Etat « nègres » et de leurs délégations. Et pour cause. Le 24ème sommet France-Afrique s’y tient, marqué d’un sceau particulier. Cette rencontre aux allures de carnaval, de conseil de famille sera sans doute la dernière que présidera « Le Prince de la duplicité », le bonimenteur « frère Jacques ». C’est la nième palabre entre le « maître » et ses « ouvriers » où de jolis thèmes ont été formulés pour débats. « L’Afrique et l’équilibre du monde » tel est celui du sommet. Des piliers de la « Françafrique » ont été appelés à exposer : Blaise Compaoré sur « les matières premières en Afrique », Sassou N’Guesso sur « la place et le poids de l’Afrique dans le monde », Paul Biya sur « L’Afrique et la société de l’information ». Jolis thèmes, non ?

            En décembre 2005, au cours du précédent sommet à Bamako, la Jeunesse africaine a été à l’honneur. De beaux discours ont été délivrés et des décisions ont été prises. Mais cela n’a pas empêché des jeunes Africains-Maliens et Sénégalais surtout- de défier les mers même au péril de leur vie pour rallier l’Europe. C’est dire que le présent qui se tient à Cannes ne changera rien au vécu quotidien des Africains. Il parait donc plus celui des adieux avec un homme et de renouvellement de contrat avec un système mafieux.

Le temps des adieux

Ce sommet est celui des adieux entre Chirac et ses « amis personnels », bon gré mal gré. Si cela ne tenait qu’aux chefs d’Etat « Akabaraka » (nègre), ils auraient déjà rendu « élastique » et « éternel » le mandat de Jacques Chirac pour continuer avec lui leur lune de miel faite de pillage mafieuse des ressources du continent. Pour ça, ils en ont le secret. Il suffit d’un passe-passe de «sodomisation » constitutionnelle et le tour est joué. Omar Bongo et Faure Gnassingbé sont là pour mettre à profit leur « expérience »… Les indiscrétions faisaient d’ailleurs état de ce que les chefs d’Etat françafricains voulaient lui proposer de rempiler. Mais la France n’est pas l’Afrique et Chirac même n’est pas dupe. Les Français ne le laisseront pas faire. D’ailleurs Nicolas Sarkozy lui a assez ravi la vedette dans son UMP pour oser compétir.

            Son départ forcé devra faire des nostalgiques sur le continent car ses relations avec les « complices » africains sont intimes. « Pour les chefs d’Etat et les ministres africains que j’ai rencontrés, l’image de Jacques Chirac est exceptionnelle. Ils sont inquiets parce qu’ils ne veulent pas perdre le meilleur avocat qu’ils ont jamais eu », déclarait au confrère français « le Figaro » la Ministre française déléguée au développement, Brigitte Girardin, avant d’évoquer « la dimension personnelle et affective » des relations les liant.

Politique inhumaine

A voir de près, ce ne sont que des chefs d’Etat françafricains qui regretteraient ce départ. Car le peuple africain a une version différente de ces relations. C’est une politique française décriée de tout temps, fondée sur des rapports mafieux avec des gouvernants africains. Voici ce que dit de lui une personnalité de référence : « Je n’ai jamais rencontré Chirac. Mais je l’ai beaucoup entendu. Il a ce double visage de la « Françafrique. D’un côté, il est cet homme aux mots novateurs, qui touchent du doigt des réalités sur le pilage,la colonisation, l’environnement, la culture africaine, le sida. De l’autre, il est cet homme prisonnier de sa propre culture politique, qui veut une Afrique béni-oui-oui, une société civile docile, une démocratie au rabais. Il a un amour étouffant pour le continent. Or, avant d’aimer, il faut écouter… Avant de parler migration, il faut comprendre pourquoi nos enfants partent se perdre dans le Sahara ou se noyer dans les eaux de la Méditerranée.

La politique africaine de Chirac n’est que le reflet de la politique de Chirac en France. Sous couvert de désir de régulation de la mondialisation, Chirac l’Aficain a toujours adoubé les réformes des institutions internationales qui prônent la privatisation et les dogmes libéraux. Il est une parfaite synthèse de la politique française en Afrique, qui a toujours privilégié ses réseaux, ses multinationales qui absorbent nos entreprises, s’approprient nos matières premières, inondent nos marchés de biens subventionnés. Chirac jouit d’une impunité en France, à l’image de l’impunité de Chefs d’Etat ou de despotes qu’il contribue à maintenir au pouvoir contre la société civile africaine, dont il invoque pourtant les mânes. Ce vieux chef, cet homme du refus de la guerre en Irak, cet avocat de l’Afrique porte encore un regard infantilisant vis-à-vis de ceux qui défendent un autre partenariat, une autre vie démocratique et d’autres savoirs et savoir-faire ». C’était d’ailleurs la dénonciation de cette politique qui a motivé lundi l’organisation du sommet citoyen France-Afrique ayant regroupé des ONG et organisations de la société civile et qui a servi de réplique anticipée au « rendez-vous diplomatique » des chefs d’Etat.

            Peut-être que c’est la campagne électorale qui les y oblige. Toujours est-il que Ségolène Royal et surtout Nicolas Sarkozy dénoncent « en chœur » la Françafrique de Chirac. A la première qui affirme sans détour que « depuis bientôt cinq ans, la Droite française est à l’origine de désordres sans précédent sur le continent africain. La conception de la présidence de la République de Jacques Chirac y est pour beaucoup… Je crois possible de mettre fin au désordre créé par des décennies de politiques clientélistes en Afrique », renchérit Sarkozy qui plaide pour « une relation nouvelle, assainie, décomplexée, équilibrée, débarrassée des scories du passé et de ses obsolescences » et souhaite « tourner la page des complaisances, des officines, des secrets et des ambiguïtés ».

            Tous ces discours paraissent nobles et peuvent bonimenter certains faibles d’esprit. On pourrait être tenté de penser que tout sera rose avec Sarkozy ou Royal à l’Elysée. C’était le même espoir au terme du mandat de François Mitterrand et on voyait Jacques Chirac en messie, en sauveur de l’Afrique. Mais comme dira l’autre, ça a été « plus pire ». Chirac, Sarko ou Ségo, c’est bonnet blanc, blanc bonnet. Les intérêts de la France d’abord. L’Afrique, peu importe. Ainsi l’ont voulu ces chefs d’Etat « nègres »…

TINO Kossi

 
Après l’annonce de la loi portant statut des militaires : Des tensions couvent au sein de la Police Nationale

« Un quatrième projet de loi a été enfin adopté par le conseil des ministres. Il porte statut des personnels militaires des Forces Armées Togolaises. Jusqu’ici, c’est la loi du 17 juillet 1963, avec des modifications qui lui ont été apportées en 1964, qui régit le statut des personnels militaires. Il est évident que ce texte, conçu pour une armée de quelques centaines d’hommes, est devenu obsolète si bien que des pratiques non consignées dans la loi ont dû s’instaurer pour répondre aux exigences de commandement des Forces Armées. Le nouveau texte souligne d’entrée que les Forces Armées Togolaises sont nationales, républicaines et apolitiques.

Elles ont pour mission de préparer et d’assurer la défense de la patrie et des intérêts supérieurs de la nation et sont entièrement soumises à l’autorité politique constitutionnelle régulièrement établie. Elles comprennent l’armée de terre, l’armée de l’air, la marine nationale, la gendarmerie nationale, la musique des armées, le corps des commissaires des armées et le service de santé des armées. Il est à souligner une innovation de taille : la carrière militaire sera désormais ouverte aux femmes
 ».

C’est ce qui ressort du communiqué ayant sanctionné le conseil des ministres du vendredi 09 février 2007. Cette mesure fait partie des recommandations de l’Accord Politique Global (3.5 et 3.6). Ce projet de loi qui améliore un tant soit peu les conditions de vie et de travail du personnel militaire des FAT, est actuellement en étude à l’Assemblée nationale. Ainsi, après les Forestiers et les Douaniers qui ont vu leur situation s’améliorer un peu, c’est le tour des militaires de goûter aux délices des réformes.

            Comme on aurait pu le constater, le corps qui semble être délaissé est celui de la Police qui, par définition, est une administration, une force publique qui veille au maintien de la sécurité publique. Toutes les questions liées à la sécurité interne la concernent en premier lieu. Mais les conditions de travail et de vie des policiers sont des plus désolantes.

            En effet, les vieux indices de la police les plaçaient sur l’indice 270 alors que ceux qu’avait proposés la Conférence Nationale et qui étaient conformes à ceux de la fonction publique les situeraient à l’indice 550. Mais cette décision n’a jamais été traduite dans les faits et les policiers continuent  de végéter dans la misère. Ainsi, toute nouvelle recrue, avec son niveau BEPC et après avoir suivi une formation militaire et policière est abonnée aux modiques salaires des « 21 000 F et poussière » qu’impose l’indice 270. C’est ce qu’avaient contesté en octobre dernier les élèves fonctionnaires de la police. On se souvient que ceux-ci ont, au cours de leur cantonnement dans les locaux de la Foire Togo 2000, observé un mouvement de grève pour exiger une conformité de leur salaire avec celui de leurs camarades forestiers. Rappelons qu’avec le niveau BEPC, un policier aurait un salaire de base de « 21 000 et poussière » alors qu’un forestier du même niveau en percevrait plus du double. A l’époque, cette revendication légitime a été étouffée par le Ministre de la Sécurité, le Colonel Atcha Titikpina, et les élèves-fonctionnaires ont été reconduits au Centre National d’Instruction (CNI) pour une « correction exemplaire ». Et depuis lors, on n’en parle plus.

            Aussi, n’ont-ils pas de salaire correspondant à leur diplôme. Ils se distinguent en fonction des grades qu’ils prennent au fil des années et en fonction des diplômes qu’ils ont. Par contre dans la police, les grades sont seulement fonction des diplômes. On comprend alors pourquoi les policiers excellent dans les pots de vin, les dessous de table. Un fonctionnaire qui est mal payé ne peut passer que par des voies tortueuses pour arrondir sa fin du mois. Les nouvelles recrues qui sont à 21 000 F par mois n’ont-elles pas toutes les raisons de harceler les conducteurs de taxi-moto ou autres pour améliorer leur condition financière ?

            Un autre problème auquel est confronté le corps de la police est le blocage des affectations. Certains agents sont maintenus à des postes juteux et y passent plusieurs années sans être inquiétés. On susurre d’ailleurs qu’il y a plusieurs années que le personnel de la Police nationale n’avait pas connu de mouvement.

            Et au lieu que ce corps soit piloté pas des policiers de formation, ce sont plutôt des militaires qui se succèdent à la Direction Générale de la Police. Les vrais policiers ne sont confinés que dans les seconds rôles. Les militaires DG ne se préoccupent que de leurs intérêts et des « petites affaires » qu’ils font.

            Depuis vendredi 09 février dernier, date de l’annonce du projet de loi portant statut du personnel militaire, des tensions couvent dans le rang de la Police Nationale. Les policiers seraient mécontents de la façon dont ils sont traités quand la situation des autres corps s’améliore.

            Somme toute, il urge que les gouvernants commencent à plancher sur le cas des policiers qui jouent un rôle non moins important dans la sauvegarde de la paix civile. Comme prévue dans l’APG, la réforme des Forces de Sécurité doit être aussi une des priorités du gouvernement.

R.K.

[ 167: du 14 fevrier 2007]
Pour une véritable réconciliation Armée-Nation : « Désethniciser » l’Armée, lutter contre l’impunité

 Le parcours démocratique au Togo s’est révélé comme un chemin de croix pour les citoyens imbus d’un changement. Toutes les manifestations qui sentent la protestation contre une méthode de gouvernance du clan au pouvoir sont violemment réprimées par une armée prompte à sévir jusqu’au sang. Les Forces Armées Togolaises sont devenues une béquille du pouvoir qui n’hésite pas à en user contre les populations, même pour des manifestations pacifiques et légitimes. La fameuse « pacification » d’avril 2005 en est l’illustration en date.

Aujourd’hui, les gouvernants en sont arrivés à réaliser que la paix et la réconciliation nationale pourront être acquises en attendrissant les relations entre militaires et civils.

            Cela passe sans doute par une « socialisation » de l’Armée afin de la rendre républicaine. L’Accord Politique Global du 20 Août 2006 a fait une recommandation essentielle à ce propos. « S’agissant des questions de sécurité, les parties prenantes au Dialogue conviennent que les dispositions nécessaires soient prises en vue de la réaffirmation solennelle et du respect effectif de la vocation apolitique et du caractère national et républicain de l’Armée et des Forces de sécurité, conformément à la constitution et aux lois pertinentes du pays », y lit-on. Il urge donc de réformer l’armée en lui créant un nouveau statut. Les gouvernants actuels semblent résolument inscrits dans cette dynamique. Le dernier conseil des ministres a planché sur la question.

            Parallèlement, des projets professant la réconciliation armée-nation sont initiés. L’exemple type est le projet ASSEREP (African Security Sector Reform Progamm) ou Programme de réforme du secteur de la sécurité en Afrique visant un rapprochement entre le militaire et le civil. C’est au Togo qu’il est mis en expérimentation pour deux (02) ans pour la toute première fois et les résultats motiveront sa mise en application dans onze autres pays africains inscrits au projet.

            Les Togolais ne peuvent que se féliciter d’une telle initiative qui à terme, empêchera le militaire et le civil de se regarder en chiens de faïence, le premier de vouer une inimité monstre à l’endroit du second, ce qui le dissuadera de le réprimer sans ménagement lorsqu’il sera requis par le politique pour ce faire. Mais il y aurait une plus grande efficacité en couplant cet effort à la lutte contre l’impunité et l’ « ethnicisation » à outrance de l’armée.

Décourager la récidive

            L’impunité est un fléau qui compromet la réconciliation nationale. Les Togolais ne peuvent pas se réconcilier si certains ont la liberté d’attenter continuellement à la vie des autres et se la couler douce. Les différents rapports établis sur les violences d’avril 2005 ont nommément mis en cause les hommes en arme et recommandaient des poursuites judiciaires contre les bourreaux et leurs commanditaires. Mais jusqu’à ce jour, rien n’est fait dans ce sens. Le dernier rapport d’Amnesty International ne montre que des victimes criant à la justice et à la réparation. Il est donc évident qu’une situation pareille ne peut pas favoriser le rapprochement des cœurs. Lorsque ces bourreaux seront jugés, on aura créé en d’autres la peur du gendarme. Ce qui évidemment les empêchera de violenter les civils. Ce serait le prix à payer pour une vraie réconciliation armée-nation.

Une armée architribalisée

            La « désethnicisation » de l’Armée togolaise est l’autre prix à payer. Une armée doit être représentative de toutes les ethnies d’une Nation. Or ce n’est pas le cas au Togo comme le révèle Comi M. Toulabor, Professeur au CEAN-Sciences Po Bordeaux à travers une étude menée en décembre 2005 sur les FAT et titrée « Togo : Les Forces armées togolaises et le dispositif sécuritaire de contrôle » : « Jamais armée africaine n’est aussi ethnicisée ou tribalisée que l’armée togolaise. Le général Eyadema a bâti essentiellement les FAT autour de son groupe ethnique… Sur les 13 000 hommes qu’elles comptent, 10 000 viennent de la partie septentrionale du pays et les 3.000 restants du sud. Parmi ces 10 000 hommes du Nord, 7 000 sont Kabyè, et parmi ceux-ci 3 000 sont originaires de Pya, le village natal du Président. Alors que les Kabyè se situent entre 10 et 12% de la population, ils représentent en revanche à eux seuls 53,84 % des effectifs des Forces Armées, dont 23% de Pya, pendant que le Nord dans son ensemble se taille 76,92% des effectifs globaux…

            L’encadrement des Forces armées togolaises est aussi presque entièrement entre les mains des Kabyè. En effet, sur ses 300 officiers, 50 (ndlr : seulement) sont du Sud, alors qu’ils sont 250 pour le Nord, parmi lesquels 200 Kabyè, dont 50 pour le seul village de Pya. Par ailleurs, aucune des 26 unités de commandement qui composent l’ossature des Forces Armées Togolaises n’est confiée à un ressortissant du Sud. Sur les 17 unités commandées par des Kabyè, 10 le sont par des officiers de Pya, tandis que les 7 reviennent aux autres groupes ethniques du Nord. C’est logiquement que les structures de formation telles que l’Ecole de Formation des officiers des FAT à Kara et l’Ecole de Formation des sous-officiers des FAT à Témédja recrutent essentiellement parmi les ressortissants du Nord à l’instar du Collège militaire de Tchitchao (ndlr : qui porte désormais le nom du Général Gnassingbé Eyadema) dont les 80% des recrues proviennent de l’ethnie du Général Eyadema ».

            Toute cette parenthèse pour montrer l’ampleur du fléau. Cette « ethnicisation » de l’armée serait négligeable si elle ne se manifestait pas dans les actes des hommes en armes.  A preuve, lors de la fameuse « pacification » des quartiers Bè, Nyékonakpoe, Kodjoviakopé d’avril 2005, ce sont majoritairement des éléments du Nord qui ont été convoyés sur ces quartiers pour… Le 26 avril 2005, lorsque les hommes en arme entraient dans les maisons et tabassaient à mort hommes, femmes, jeunes, vieux et enfants, un jeune homme habitant une maison dans le quartier de Nyékonakpoè près de Togo Chaussures et sa nièce en ont été épargnés car cette dernière qui était Kabyè a dû supplier les « pacificateurs » dans sa langue tout en pleur avant que ceux-ci, touchés par ses supplications ne les en épargnent. Assez illustratif non ? Seuls ceux qui ne sont pas Kabyè ou ne comprennent aucun mot de la langue savent ce qu’ils ont subi à l’époque !!!

            La «désethnicisation » de l’Armée s’avère aussi donc comme un des prix à payer pour la réconciliation armée-nation tant recherchée. On a bien peur que de simples projets genre ASSEREP ne se révèlent inefficaces.

TINO Kossi

 
Contre manifestation à Atakpamé : Gilchrist Olympio échappe de justesse à un plan du Major KOULOUM

De retour au bercail  le 02 février 2007 pour présider le Conseil National de son parti l’Union des Forces de Changement (UFC), tenu à Lomé les 3 et 4 février, Gilchrist Olympio,  avait un agenda bien garni. Il avait, outre le Conseil National, organisé une série d’autres activités telles des tournées à l’intérieur du pays pour constater de visu le drame engendré par les violences post-électorales  du scrutin présidentiel controversé du 24 avril 2005 qui a vu Faure Gnassingbé arriver au pouvoir.

            Une rumeur selon laquelle le Major Kouloum s’apprêterait à organiser une contre manifestation au cours de laquelle Gilchrist Olympio serait la cible privilégiée avait circulé. Cette information parvenue à l’Etat-major de l’UFC était prise comme une boutade dont l’objectif était d’amener ce parti à surseoir à sa tournée qui devait le conduire à Atakpamé où le bilan des événements douloureux était aussi catastrophique qu’ailleurs. Mais le complot contre le leader de l’UFC aurait été désamorcé par les hautes sommités du Togo.

A Atakpamé tout comme à Lomé où ont été menées nos investigations, l’information s’est avérée à partir des témoignages recueillis de part et d’autre. Le Major Kouloum aurait regroupé des jeunes et mis les moyens à leur disposition pour perturber les manifestations de l’UFC dans cette localité considérée à tort ou à raison comme fief de l’opposition. Un nombre important d’éléments étaient en état d’alerte pour infiltrer les militants de ce parti en saccageant les véhicules du convoi puis prendre en otage le leader. Il faut souligner que cette rumeur sur la route de devenir clameur est parvenue plus tôt aux sommités dirigeantes du Togo.

Ainsi, informées du plan, les autorités politiques et militaires n’auraient ménagé aucun effort pour dissuader le Major Kouloum dans son projet sordide et sournois quitte à envenimer encore la situation déjà tendue. C’est ainsi qu’il a été mis en demeure d’être tenu pour responsable de tout ce qui pourrait advenir, à en croire les sources dignes de foi.

Des indiscrétions proches du pouvoir RPT ont confirmé cette hypothèse. « Il est vrai qu’il a voulu frapper afin d’être apprécié par les hauts responsables de notre parti. Mais, il s’est trompé d’époque, car l’heure est à la réconciliation et à l’apaisement. Le petit, comme vous l’appelez n’est pas prêt à adhérer aux vieilles méthodes qui ont grillé son père. Je crois que, dès qu’il a été informé, il a même pris des mesures urgentes pour que la sécurité de Gil soit renforcée. Parce qu’il ne tient aucun discours qui entrave le processus de réconciliation nationale », nous a confié une haute autorité militaire.

Cet acte posé par les gouvernants mérite un coup de chapeau. La concorde nationale et la réconciliation ne peuvent être concrètes que s’ils poursuivent leur action dans cette droite ligne. De ce fait, ils pourront aller plus loin en interpellant le Major Kouloum et le traduire devant les tribunaux pour que le mythe de l’impunité soit totalement éradiqué de notre pays, dans la mesure où il est cité dans les nombreux rapports sur les violations des droits de l’homme au Togo.

Didier LEDOUX

 
Goût démesuré du pouvoir : Edem Kodjo crée sa propre présidence

Le Togo dispose dorénavant de deux présidences : une présidence pour Faure Gnassingbé et une autre pour l’un de ses conseillers spéciaux, le président de la CPP Edem Kodjo.

Celui-ci vient de créer à la cité OUA sa propre résidence qu’il a proprement baptisée « Présidence de la République Annexe : Ministère d’Etat ». Les Togolais n’arrivent pas à comprendre qu’un «ministron» puisse s’offrir le luxe de créer sa présidence à lui et s’interrogent sur les mobiles et l’utilité d’une telle démarche qui va encore augmenter les charges de l’Etat. La plupart sont parvenus à la conclusion que sa suffisance, le Roi Kodjo 1er de Noepeville a un goût démesuré du pouvoir.

            Les actes antérieurs posés par l’Enarque confortent les Togolais dans leur conviction. Il nous souvient que lorsque le président de la CPP a été contre toute attente nommé Premier ministre au lendemain de la frauduleuse d’avril 2005, il aurait refusé d’occuper les locaux de l’Office des Produits Agricoles du Togo (OPAT) qui serviraient de bureau de la Primature.  C’était sa résidence privée sise à Tokoin Protestant qu’il avait transformée en siège de la Primature. Il a fallu qu’on lui aménage une villa à la Cité OUA pour qu’il l’intègre.

            Tout récemment, lorsqu’il a été bouté de la Primature à la faveur de l’Accord Politique Global singé le 20 août 2006, M. Edem Kodjo a été réticent à libérer le siège au nouveau locataire. Il a fallu l’intervention de Faure Gnassingbé avant qu’il ne vide les lieux. Lorsqu’il s’est finalement décidé à le faire, l’Enarque avait emporté tous les matériels et documents administratifs jusqu’aux trombones.

            Quelques jours seulement après l’avoir sauté, Faure lui accorde sa confiance en le nommant ministre d’Etat avec rôle de conseiller à la présidence.

            Aujourd’hui, l’économiste patenté, celui dont on dit avoir fait des grandes écoles en France, pose des actes qui démontrent que l’homme n’est pas ce qu’il prétend être. Comment peut-on comprendre que le « visionnaire incompris », « l’Enarque », « le grand Economiste », « l’homme politique de grande envergure et d’une compétence indiscutable » peut se permettre de créer une présidence bis dans un Togo économiquement exsangue ? N’y a t il pas de place à la nouvelle présidence récemment inaugurée à grande pompe par son mentor ?

            Pourquoi n’est-il pas allé occuper un bureau dans l’ancienne bâtisse de la présidence de la République qui sert de quartier général à Faure Gnassingbé ?

            Autant de questions auxquelles les Togolais attendent des réponses.                            

M.A.

 

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