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16 fevrier 2006

 
[ No 58: 15 fev 2006]
Débâcle des Eperviers à la CAN : Rock Gnassingbé et les siens tentent de sacrifier le pauvre Keshi
Comme en 2002  la Fédération Togolaise de Football (FTF), vient de sacrifier l’entraîneur des Eperviers.

« Ce n’est un secret pour personne que Stephen Keshi n’est plus l’entraîneur des Eperviers. La Fédération a décidé de se passer de ses services. L’Allemand Otto Pfister et le Serbe Bora Milutinovic qui veut jouer cinq coupes du monde sont pressentis pour le remplacer. Mais entre ce dernier et l’Allemand, il faut reconnaître que Pfister connaît bien le football africain. Il est d’ailleurs depuis quelques jours au Togo. Et il est impérieux que la Fédération mûrisse ses idées avant de faire son choix »

C'est ce qu'ânonncait l’autre griot qui s’est affublé du titre d’attaché de presse de la fédération dans son insipide magazine des sports de lundi sur la Très Vilaine Télévision. Mais contacté hier au téléphone par notre rédaction qui voulait avoir une copie de la note officielle, Messan Attolou a déclaré qu’il n’y avait pas de note officielle. « C’est une bombe que nous avons lancée », s’est-il contenté de dire. Et ce coup, il l’a réussi en emballant le Correspondant de RFI.

Pour l’heure, Stephen Keshi reste l’entraîneur du Togo puisque c’est en juin prochain que son contrat prend officiellement fin.

Nous ne disons pas que le sélectionneur Stephen Keshi est exempt de tout reproche. Nous étions d’ailleurs de ceux qui avaient dénoncé sa sélection des 23 joueurs et le désordre observé après le match contre le Congo Démocratique. Nous sommes à plusieurs reprises revenus sur la responsabilité de Keshi dans la déroute des Eperviers à la CAN. N’avons-nous pas repris dans l’un de nos articles le titre d’une chanson d’Afia Mala, « Tout le monde est coupable » ? Pourquoi c’est seulement Keshi qu’il faut alors sanctionner ?

Rock Gnassingbé et son bureau devraient aussi démissionner
« Au Togo, il y a beaucoup de bons joueurs mais c’est tout ce qui est à côté qui est mauvais », remarquait il y a quelques années le Franco-italien Diego Garzito après un bref passage à la tête des Eperviers. En l’espace de quelques jours, il avait su apprécier à leur juste valeur les problèmes qui minent le football togolais. Rock Gnassingbé et son équipe ont toujours une culture pathologique d’improvisation qui a toujours attenté aux performances des Eperviers. Vogue à l’apeuprèrisme !

Depuis que la crise a éclaté, la Fédération ne s’est pas remise en cause. Or, il est connu de tous qu’elle n’a pas respecté le programme de préparation que l’entraîneur lui avait soumis quelques jours après la fin des éliminatoires. Annoncé pour le 27 décembre, le stage n’a commencé que quelques jours avant les hostilités. Entre temps, c’était le Secrétaire Général, l’autre amateur, de faire plusieurs voyages dans certains pays pour,  dit-on, préparer le stage des Eperviers.
Quand lui, il annonçait un regroupement en France, les autres membres parlaient de Tunisie. Quant à  la date du départ pour le stage, elle variait d’un membre à un autre. C’était dans ce méli-mélo que les Eperviers avaient fait leur préparation. Même Gerson Dobou n’a pas, dans l’interview qu’il a accordée à « Sports Hebdo » N° 28 du 10 au 17 février 2005, eu le courage de reconnaître les défaillances de la Fédération et s’est mis à jeter tout le tort sur l’entraîneur.

Il faut reconnaître par ailleurs que Rock et ses amis ont rarement répondu à temps aux exigences matérielles et financières des joueurs. Le problème de primes qui s’est posé avant le départ pour le stage aurait pu trouver une solution rapide si le président avait fait preuve de sagacité en engageant une discussion avec les joueurs. Malgré les nombreuses signatures de sponsoring sous les éclats des caméras, ils n’arrivent pas à satisfaire les minuscules revendications des joueurs. A tout moment, il faut qu’ils aient recours au gouvernement avant d’acheter une baguette de pain à un joueur. On se souvient que lors du démarrage du championnat, ces messieurs avaient fait savoir aux clubs que la fédération dépensait beaucoup pour l’équipe nationale et qu’elle n’avait plus les moyens pour les soutenir.

N’y a-t-il pas alors un problème dans la gestion des fonds de la Fédération ? Le Trésorier Général ne s’est-il pas dernièrement plaint d’être écarté de la gestion ? Le rapport financier du premier mandat de Rock n’est-il pas jusqu’à ce jour inconnu des Togolais ?

S’il n’y avait pas un problème dans les finances de la fédération, le gouvernement ne devrait pas envoyer au Caire un intendant militaire pour gérer les fonds. Certes, « …on ne fait pas d’omelettes sans casser des œufs et toute révolution, qui se fait, se fait dans la douleur. Et de toutes les façons, aujourd’hui, c’est de l’honneur national, de la dignité et de la fierté de chaque Togolais dont il s’agit. Et qui veut défendre l’honneur national ne doit pas avoir d’état d’âme » (Gerson Dobou  dans « Sports Hebdo »). Mais pour que cette omelette soit consommable pour les Togolais, il va falloir que toute la fédération rende le tablier pour avoir fait preuve d’un amateurisme sans précédent. Oui, « qui veut défendre l’honneur national ne doit pas avoir d’état d’âme », pourquoi eux, ils ne démissionnent pas et ils veulent sacrifier le pauvre Keshi pour cacher  leurs propres turpitudes ? Le ministre des Sports, le président de la fédération et l’entraîneur du Mali et du Sénégal n’avaient-ils pas démissionné quand les Eperviers avaient plongé ces deux pays dans un silence de cimetière ? Ah, nous oublions, nous sommes au Togo, le pays dans lequel on ne démissionne pas; on s’y accroche plutôt.

Les artisans du limogeage de Keshi
Les vrais artisans du limogeage de Stephen Keshi sont incontestablement ces griots qui gravitent autour du président de la fédération et qui se sont costumés de titres d’attaché de presse et du responsable au marketing. Ce sont des gens qui se font l’important dans la corporation et qui se comportent comme s’ils sont nés avec des micros dans la bouche. Ce sont des super journalistes qui manipulent le président à leur guise. Tout leur travail consiste à fouiner dans la presse écrite ou à écouter les radios pour détecter ceux qui critiquent leur bienfaiteur.

En effet, celui qui se passe pour l’attaché de presse de la Fédération rayonne dans les commérages au lieu de faire son travail. S’il avait vraiment maîtrisé son travail, il aurait dû gérer la guerre verbale qui avait opposé l’entraîneur à son joueur. L’attaché de presse est celui qui sert de canal entre la fédération et les médias, et entre les joueurs et les médias. Mais il n’en était rien au Caire.

Pire encore, l’attaché de presse ne connaît pas le nom du site Internet de la fédération. Là où le bât blesse, c’est qu’il vend les cassettes des matches des Eperviers au sélectionneur. Ainsi, pendant tout le temps qu’ont duré les éliminatoires, Stephen Keshi achetait les cassettes auprès de l’attaché de presse. Malgré tout cela, les deux entretenaient de bonnes relations jusqu’au jour où l’affaire des primes a éclaté. On parle d’une somme de trois millions de F CFA qu’il aurait exigée de l’entraîneur. Et depuis ce temps, Keshi est devenu un ennemi à abattre.

Quant au responsable au marketing, après ses bamboulas au Caire, il avait fait sortir son canard « Sports Hebdo » le vendredi 10 février dernier, le jour où la FTF, les présidents des clubs et le comité mis en place par le gouvernement s’étaient réunis pour plancher sur l’avenir du football togolais. « Stephen Keshi se défend et accuse Adebayor », lit-on à la une avec une grande photo d’Adebayor. La plupart des pages du journal étaient consacrées à Keshi. Il a été traité de tous les noms d’oiseaux. On pouvait lire des détritus du genre : « Notre opinion est qu’il ne servira à rien de prendre la défense du sélectionneur Keshi sinon que pour faire connaître aux Togolais des humiliations pires que celles qu’ils ont connues lors d’Egypte 2006 » ; « Le bureau exécutif de la Fédération Togolaise de Football (FTF) a donc raison de ne pas vouloir reconduire le contrat de Stephen Keshi » ; « Etonnement détendu et relaxe pour un homme qui sait sans aucun doute qu’il peut d’un instant à l’autre être éjecté de son siège de sélectionneur et perdre donc son gagne-pain, Stephen Keshi nous a livré sa version des faits »…Ainsi, en bon responsable au marketing, il avait réchauffé le terrain pour que tout le monde table sur son limogeage.

Même s’ils arrivent à réussir leur coup, il faut reconnaître que  dans tout ce jeu, c’est Keshi qui en sortira très grandi. Il a fait son mea culpa en présentant ses excuses au peuple : « Je voudrais saisir cette opportunité pour présenter mes excuses au peuple togolais pour les torts causés ». Qui d’entre ces amateurs qui dirigent notre football l’a fait ?

Hose Koffi

 

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