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16 fevrier 2006

 
[ No 58: 15 fev 2006]
Affaires Montoya, Total, Okavango et Bolloré : C’est la France qui tombe au Togo

« Les Français du Togo sont depuis toujours les bienvenus et jouissent de la sécurité la plus absolue, à tel point que c’est au Togo que de nombreux Français fuyant les événements de Côte d’Ivoire sont venus s’installer, que c’est le Togo qui accueille gracieusement le dispositif logistique aérien de la Force Licorne, et que c’est devant des étendards « Vive la France » que s’est tenu le défilé civil et militaire du 13 janvier 2006 »

C'est ce que précise un communiqué du Groupement Uni des Français du Togo (GUFT) en réaction à un article paru dans Le Monde du vendredi 10 février 2006 sur l’interpellation des dirigeants de Bolloré. Malgré ce discours louangeur, il faut reconnaître, même s’il y a encore du chemin à faire, que la France est en train de tomber au Togo. La période des éléphants blancs est révolue et les Français ne doivent plus se soustraire aux lois qui régissent le Togo. Il n’y aura plus une justice pour les Français et une autre pour les nègres du Togo. Dorénavant, ils ne vont plus être extradés vers leur pays d’origine comme ce fut toujours le cas sous l’ère Gnassingbé 1er.

Aujourd’hui, certaines sociétés ou personnalités, qui incarnent le crime économique instauré par la France au Togo, sont dans la tourmente. Elles ont maille à partir avec des autorités gouvernementales et judiciaires du pays.

Depuis quelques mois, Robert Montoya, ex-gendarme français, qui avait été plusieurs fois dénoncé par les organisations internationales pour son recrutement de mercenaires au profit de Mobutu et qui avait rendu d’immenses services au pouvoir togolais, est lâché par ses anciens protecteurs. Il est accusé d’avoir livré aux forces loyalistes ivoiriennes des matériels de guerre qui avaient servi au bombardement de Bouaké. Une procédure judiciaire est actuellement ouverte contre lui. Le patron de SAS Togo est au Togo mais interdit de sortir du territoire.

Entre temps, certains responsables de la société Total au Togo avaient été brièvement interpellés. Des rumeurs indiquent d’ailleurs que cette crise couve toujours.

Ensuite, ce fut le tour d’un ex-gendarme, Philippe Desmars, propriétaire du restaurant L’Okavango, d’être écroué à la prison civile de Lomé pour avoir abusé d’une mineure de 15 ans. Il se cache derrière des activités de restauration pour se livrer à des activités peu recommandables notamment l’abus sexuel des mineurs. Il droguait ses victimes avant d’exiger d’elles de se livrer à une séance de photographie pornographique sous la menace d’une arme à feu. Depuis le 26 janvier dernier, il médite son sort derrière les barreaux
.

Nous en sommes là quand en début de semaine dernière, certains journaux pro Bolloré annonçaient en manchette que le groupe avait remporté le procès qui l’opposait à Dupuydauby. Mais curieusement, quatre dirigeants du groupe avaient été interpellés à l’aéroport de Lomé le mercredi 08 février dernier alors qu’ils s’apprêtaient à rentrer. Ils avaient été conduits vers le tribunal où ils devaient être entendus pour une affaire de corruption de magistrats. L’un des deux directeurs généraux du groupe, Gilles Alix, le responsable pour l’Afrique francophone, Georges Cognon, ainsi que Dany Chuteaux, son adjoint, et Pascal Cotti, le patron du groupe au Togo ont été incarcérés pendant 36 heures dans les cellules togolaises. Ils n’ont été libérés que vendredi après l’intervention de l’Elysée. Les bureaux du groupe Bolloré à Lomé avaient même été perquisitionnés par la police togolaise.

« Notre sentiment, c’est qu’ils sont tombés dans un piège », affirme-t-on du côté de l’Elysée. Qui a piégé qui dans cette affaire ? Et à quelle fin ? Selon Le Monde, « le président togolais avait en effet demandé à voir les cadres de Bolloré après ce procès. C’est pour cela qu’ils sont venus à Lomé. Mais Faure Gnassingbé ne les a pas finalement rencontrés. Et ils ont été emprisonnés ». Qu’insinue cette information ? Qui a donné l’ordre alors d’interpeller ces responsables qui sont venus pour rencontrer Faure Gnassingbé ? Aucune réponse ne sera donnée. Mais le journal continue son développement en faisant remarquer : « M. Dupuydauby est un homme puissant à Lomé. Il est proche au frère du président, Kpatcha, qui contrôle le port de Lomé et est aujourd’hui considéré comme l’homme fort du Togo. Il est également proche du juriste Charles Debbasch, le juriste français conseiller de la présidence togolaise, qui fait l’objet d’un mandat international ».

Comme on le voit, la France s’écroule au Togo. Ces citoyens offrent un spectacle désolant en étant présents dans plusieurs affaires louches : trafic d’armes, détournement de mineurs, pillage économique…Les prestiges dont ils jouissent dans le temps sont en train de prendre de l’eau. Et déjà, ils ont commencé à affirmer que « le nouveau président semble vouloir prendre ses distances avec la France ».

Evans Yemey

 
 

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