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Selon ce nouveau texte, les Forces Armées Togolaises
sont nationales, républicaines et apolitiques. Elles
ont pour mission de préparer et d’assurer la défense
de la patrie et des intérêts supérieurs de la nation
et sont entièrement soumises à l’autorité politique
constitutionnelle régulièrement établie.
L’innovation qui est apportée est que désormais la
carrière militaire sera ouverte aux femmes ce qui
n’était pas le cas avant.
L’armée togolaise s’est toujours départie de son
rôle traditionnel et s’est mise au service d’un
parti. Elle est instrumentalisée par le régime en
place et ne cesse de s’immiscer dans le débat
politique. En témoigne le rôle macabre qu’ont joué
les unités et éléments des Forces Armées Togolaises
lors de la présidentielle d’avril 2005. Le pouvoir a
toujours considéré cette institution comme une
chasse gardée. C’est pour cette raison que le
nouveau statut est salué par les Togolais. Aussi
faut-il que ce projet de loi ne reste pas une lettre
morte mais qu’il soit traduit dans les faits et
qu’on arrive à impliquer effectivement l’armée sur
les questions d’intérêt général de la nation.
Cette réforme s’inscrit dans l’Accord
Politique Global signé le 20 août 2006 qui stipule :
« Les Parties prenantes au Dialogue conviennent
que des dispositions nécessaires soient prises en
vue de la réaffirmation solennelle et du respect
effectif de la vocation apolitique et du caractère
républicain de l’Armée et des Forces de Sécurité,
conformément à la Constitution et aux Lois
pertinentes du pays ; de la distinction entre les
fonctions de l’Armée d’une part, et celles de la
Police et de la Gendarmerie d’autre part, de façon à
ce que l’Armée se consacre à sa mission de défense
de l’intégrité du territoire national et les forces
de Police et de la Gendarmerie à leurs missions de
maintien de l’ordre et de sécurité publique ».
Des observateurs ont donné leur point de
vue sur la question. Pour Me François Boko, malgré
les difficultés, la réforme de l’armée est possible
grâce à une volonté politique et à une expertise
avérée en la matière. Il estime qu’il faut faire
preuve d’inventivité pour réussir à sortir
l’institution militaire de l’instrumentalisme afin
de réussir à la placer dans une logique de progrès
et de développement. Il propose de faire un audit de
l’armée grâce à des expertises nationale et
internationale avec le consensus des partenaires en
développement du Togo. Et qu’à la suite de cet
audit, un programme de réforme indispensable à
restructurer l’armée, à la doter d’un statut qui
améliore son fonctionnement et les conditions
matérielles de ses soldats. Le programme de réforme,
ajoute-t-il, devra définir un cahier de charge en
matière de formation susceptible de faire rentrer
progressivement l’armée togolaise dans un moulin
républicain.
Se référant à l’histoire, d’autres observateurs
soutiennent que pour passer d’une armée non
républicaine à une Armée Républicaine cela ne peut
s’opérer que de trois façons.
La première, une « naissance à la
césarienne » par laquelle des Officiers,
sous-officiers et soldats parviennent à renverser de
l’intérieur la tendance afin de sauver l’Honneur et
la Réputation de l’Institution militaire pour donner
naissance à une Armée Républicaine (cas du Mali avec
Toumani Touré).
Le seconde, une « naissance par
injection de narcotiques » au cours de laquelle
une rébellion armée met le régime répressif sous
pression et contraint l’armée non républicaine à se
convertir en Armée Républicaine ou à s’effacer
définitivement (cas du Congo avec Laurent Kabila).
Enfin la troisième, une « naissance
avec complications » qui est une combinaison des
deux premières (le cas de l’armée raciste
sud-africaine du régime d’Apartheid et le cas de
l’armée libérienne sous Samuel Doe). Les partisans
de ce courant précisent toutefois que loin de
vouloir prôner une attitude va-t-en guerre au peuple
togolais, une paix durable face à une armée non
républicaine passe toujours par une démonopolisation
de la violence.
Tout compte fait, pour que l’armée
puisse se consacrer à sa mission de défense de
l’intégrité du territoire, il est impérieux qu’elle
soit réformée. Il est également nécessaire qu’on
accroisse les effectifs des forces de sécurité et
qu’on dote de la police et de la gendarmerie des
moyens d’action en vue de leur permettre d’assumer
efficacement leurs missions.
M.A. |