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Liberté Hebdo

9 fevrier 2007

[ 163: du 9 fevrier 2007]  
Atteinte aux libertés  publiques : Le Col. Titikpina courroucé par la mobilisation autour des sorties de Gilchrist

« Dans le souci de permettre à mon département d’assurer l’ordre public et de pouvoir prendre les dispositions nécessaires pour une bonne couverture sécuritaire des activités politiques conformément à la lettre et à l’esprit de l’Accord politique global, j’ai l’honneur de vous demander dorénavant que : 1- L’organisation des manifestations politiques sur la voie publique se tienne en week-end plutôt qu’à un jour ouvrable. 2- Le ministère de la Sécurité soit informé soixante-douze (72) heures à l’avance ».

Tels sont les termes d’un communiqué du ministre de la Sécurité le Colonel Atcha Titikpina aux « responsables des partis politiques » publié dans « Togo Presse » N°7466 du mercredi 07 février 2007. Cette sortie de l’ancien aide de camp de Faure Gnassingbé appelle à certaines observations.

            En effet, dans une République qui fonctionne normalement, les décisions ne sont pas prises selon les sautes d’humeur des gouvernants. Tout se décide en fonction des lois et textes en vigueur dans le pays. Pour que le communiqué du ministre ne souffre d’aucune contestation, il faut qu’il vise les lois de la République qui stipulent que « l’organisation des manifestations politiques sur la voie publique se tienne en week-end plutôt qu’à un jour ouvrable ». Et comme il ne l’a pas fait, c’est qu’aucune loi n’existe en la matière. Par conséquent, le Colonel Atcha Titikpina porte atteinte à la liberté de manifestation reconnue par la Constitution quoique toilettée et la charte des partis politiques.

            Ce communiqué rendu public par le ministre est la preuve que le bain de foule auquel à a droit le cortège du leader de l’UFC gêne. Il faut donc l’étouffer par des décisions soldatesques. En outre, il ne s’agit pas ici de manifestations politiques proprement dites mais de visites que Gilchrist Olympio rend aux familles. Si au cours de son déplacement, il est suivi par une foule nombreuse, quitte aux forces de sécurité qui sont au service de toute la nation de faire leur travail. Le Colonel Titikpina ferait-il le même communiqué si c’était Faure Gnassingbé qui drainait autant de monde lors de ses déplacements ? A-t-il par ailleurs informé ses supérieurs hiérarchiques (Président de la République et Premier ministre) avant de sortir le communiqué ?

            En tout état de cause, la liberté de manifestation n’a pas de limite pour peu qu’elle se jouisse dans le strict respect des lois. Un simple communiqué du ministre ne saurait se substituer aux lois de la République. « L’Etat reconnaît et garantit dans les conditions fixées par la loi, l’exercice des libertés d’associations, de réunion et de manifestation pacifique et sans instruments de violences », précise l’article 30 de la loi fondamentale togolaise alors que l’article 9 de la charte des partis politiques stipule que « les partis politiques peuvent organiser librement des réunions et manifestations publiques à caractère pacifique en se conformant aux lois et règlements en vigueur ». Même l’Accord politique global auquel il s’accroche, n’introduit pas des restrictions par rapport à la liberté de manifestation.

            Sur le second point, il est tout à fait normal que le ministre soit informé pour mieux organiser ses services. Mais il ne faudrait pas que cette procédure soit muée en une autorisation préalable du ministre. On est au Togo et on ne se connaît que trop. Informé, le ministre pourrait à sa guise interdire une manifestation en envoyant les forces de sécurité boucler le lieu. Les anciens ministres de l’Intérieur et de la Sécurité se sont toujours comportés ainsi et ces interdictions « sentimentales » ont été souvent à l’origine des actes de violence.

            Au demeurant, cette sortie du Colonel Titikpina doit être considérée comme une menace pour la liberté de manifestation et condamnée par tous les partis ainsi que par les organisations de défense des droits humains. Car un ministre exécute les lois de la République et non celles issues de ses entrailles.

R. Kédjagni

 
L’Economie togolaise en coupe réglée par le clan Gnassingbé : Le PM Agboyibo gouverne-t-il vraiment ?

Il y a quelques jours que la nouvelle de la probable nomination de Rock Gnassingbé à la Direction de la LONATO (Loterie Nationale Togolaise) circule dans la presse. Mais beaucoup s’étonnent que l’information n’ait suscité aucune réaction de la part des acteurs politiques soucieux d’une gestion saine des ressources nationales. L’homme proposé ne présente pourtant pas un passé glorieux en matière de gestion.

Rock Gnassingbé ne devrait même pas être pressenti à ce poste si nous étions dans un « ETAT NORMAL ». Le personnage traîne une bosse d’as de la malversation financière. Son passage à la FTF en dit long. Rock a passé huit (08) bonnes années à la tête de la Fédération togolaise de football (FTF)- de 1998 à 2006- sans présenter de bilan financier, ni pour sa première, ni pour sa deuxième « mi-temps ». Le trésorier élu de son bureau d’alors, M. Tino Adjété affirme être dépouillé de ses prérogatives. C’est à peine qu’il voyait la couleur des chèques pour les décaissements, qu’il connaît le compte de l’organe dont il est le trésorier. En matière de sous, tout partait de Rock et aboutissait à lui.

Quelle gestion a-t-il faite des subventions annuelles estimées à plusieurs centaines de millions de F CFA  qu’accorde la FIFA à chaque fédération pour chaque saison sportive pendant les huit ans passés à la tête de la structure ? Les clubs n’ont cessé de se plaindre de n’être pas subventionnés pour jouer le championnat. La gestion chaotique des retombées de la qualification du Togo pour le Mondial- des milliards de F CFA- est encore vivace dans les mémoires.

Prendrait-on le risque de brader une société aussi importante que la LONATO à un personnage pareil ? Ce serait commettre une grosse bévue car cette société n’est pas une épicerie. Son chiffre d’affaire se compte en milliards (30 selon des indiscrétions). Cette société détient le monopole de gestion des jeux de hasard et il ne pouvait en être autrement. On imagine le bénéfice annuel de cette structure qui n’a pas hésité à décaisser près de trois milliards pour se construire un nouveau siège avec tous les luxes possibles, qui fait des réalisations sociales par intermittence. Selon des sources bien indiquées, sa part de contribution au budget national serait très importante.

L’Economie togolaise devrait être manifestement mise en coupe réglée pour qu’on assiste à certains faits. Tous les postes juteux de l’administration sont occupés par les Fils à Papa ou les hommes du clan. Kpatcha Gnassingbé au mépris des dispositions constitutionnelles cumule son poste de ministre de la défense avec celui de DG de la Sazof. Aujourd’hui, il est question de donner une part de l’héritage à Rock aussi. N’est pas DG des Douanes, du Port Autonome de Lomé, de Togo Télécom, Togocel, Ministre de l’Economie et des Finances qui veut. Il faut avoir été initié à l’ « Ecole du Parti » avant d’y rêver.

On en appelle aux ministres de l’opposition au Gouvernement et à tous les acteurs politiques préoccupés par le souci d’une gestion saine et d’une répartition équitable des ressources nationales à ne pas se murer dans un mutisme face à une telle entreprise. Ils ont l’obligation de barrer la route à cette initiative. Le Premier ministre Yawovi Agboyibo est particulièrement interpellé sur cette affaire. Que dit-il d’une telle initiative ? Le décret de nomination de Rock Gnassingbé à ce poste est censé être pris au prochain conseil des ministres. Et avant qu’on en arrive-là, le projet devra passer par lui avant d’atterrir sur la table de Faure qui devra avoir le dernier mot, en tant que chef de l’Etat. Sans détour, il devra barrer la route à une pareille manœuvre. Dans le cas contraire, il aura donné son aval à cette entreprise. S’il s’y oppose mais on se passe de sa position, les Togolais en prendraient acte.

Cela vaut également pour tous les autres acteurs politiques qui se disent défendre les acquis du peuple. Ils devront prendre exemple sur les politiques français, notamment le PS (Parti Socialiste) qui ont réagi promptement lorsque Chirac a nommé ses « amis » au Conseil Constitutionnel. Le mutisme des politiques togolais devant cette entreprise serait suicidaire.

TINO Kossi

 
Mise en œuvre de l’APG : Incapacité du gouvernement à entamer les grandes réformes

L’Accord Politique Global signé le 20 août 2006 est censé conduire le Togo à une sortie définitive de crise. Pour que ses grandes lignes soient appliquées, toutes les parties au gouvernement ont convenu de la « mise en place d’un Gouvernement d’Union Nationale dans le but de restaurer la paix, la sérénité et la confiance mutuelle et d’organiser des élections législatives justes, transparentes et acceptables par tous ». Mais avec ce qui se passe aujourd’hui, il est fort possible que les élections législatives qui ne préoccupent que le gouvernement, créent plus tard plus de problèmes qu’elles n’en résolvent. Les mêmes causes produiront les mêmes effets si les réformes nécessaires ne sont pas engagées.

En effet, dans l’Accord Politique Global, les dispositions finales stipulent au point 5.1 : « Les Parties prenantes au Dialogue conviennent de la création d’un cadre permanent de dialogue et de concertation sur les sujets d’intérêt national. Le Gouvernement d’Union Nationale fixera les missions, la composition et les modalités de fonctionnement de cette structure ». Mais jusqu’alors, rien n’est fait. Si cette structure existait, certains problèmes mineurs pourraient connaître un début de solution. Par exemple, la dernière sortie du Colonel Titikpina pourrait être discutée à fond au sein de ce comité.

            L’autre préoccupation est relative à la question de la réforme de l’armée. L’Etat togolais doit, normalement, faire l’option d’une armée républicaine, donc une armée différente de celle qui se réfère à la personne et à l’ethnie du feu Général-président, et ensuite à celle de ses fils. Cette réforme est inscrite dans le programme du gouvernement d’Union Nationale. « Les Parties prenantes au Dialogue National recommandent au Gouvernement d’étudier les questions relatives à la réforme de l’Armée et des Forces de Sécurité. Ce processus de réformes devra s’inscrire dans la durée, et constituer une des priorités du Gouvernement », précisent les points 3-5 et 3.6 de l’APG. Mais à quoi assiste-t-on depuis la formation du Gouvernement d’Union Nationale ? A une implication active des militaires dans la vie politique de la Nation. De plus, les militaires continuent de lier leur vie à la personne du feu Eyadéma et par ricochet à celle de sa famille. C’étaient bien eux qui étaient derrière la célébration de la « fête de la division ». Près de six mois après la signature de l’APG, et à quatre mois des législatives qui signifient la fin du Gouvernement d’Union Nationale, cette question n’est pas encore inscrite à l’ordre du jour.

            Par ailleurs, en ce qui concerne les réformes institutionnelles, les parties prenantes au dialogue national ont engagé : « Le Gouvernement à étudier les propositions de révision constitutionnelle notamment : le régime politique, la nomination et les prérogatives du Premier ministre, les conditions d’éligibilité du Président de la République, la durée et la limitation du mandat présidentiel, l’institution d’un Sénat, la réforme de la Cour Constitutionnelle » (3.2). Après ce travail exploratoire, « le gouvernement prendra en charge ces propositions pour la prochaine législature ». Mais jusqu’alors, ce chantier n’est pas ouvert. Entre nous, « le cadre permanent de dialogue et de concertation » dont nous avons parlé ci-haut ne sera-t-il pas la structure idéale pouvant permettre d’aborder ces problèmes ?

            Aussi le Gouvernement d’Union Nationale n’a-t-il que faire de la question de l’impunité. Bien que le dernier rapport d’Amnesty International ait insisté sur ce problème, le gouvernement Agboyibo ne s’empresse guère à traduire dans les faits « la création d’une Commission chargée  de faire la lumière sur les actes de violence à caractère politique commis par le passé et d’étudier les modalités d’apaisement des victimes ». Or, un travail sérieux sur ce chapitre devrait contribuer à baliser la morale politique togolaise et rassurer tout le monde dans la perspective des élections législatives.

            Comme on le voit,  tous ces chantiers sont pour l’heure demeurés intacts et ne semblent nullement émouvoir le gouvernement qui veut se livrer au cinéma « gbogboyagboïque » qui consiste à convoyer les ministres dans une ville de l’intérieur pour une bamboula de plusieurs jours. Ça s’appelle dans le jargon gouvernemental « séminaire résidentiel » et celui du Bélier noir devrait en principe se tenir en cette fin de semaine à Nangbéto. Mais il a été reporté du fait d’un voyage du Premier ministre.

            Pour notre part, nous pensons que ce séminaire n’a pas sa raison d’être et ce sera encore de l’argent jeté par les fenêtres. Pour « mesurer le chemin parcouru ensemble et sur la manière de diriger les affaires de l’Etat », on n’a pas besoin de saigner les contribuables togolais pour se retrouver à Nangbéto. Les conseils des ministres ne sont-ils pas faits pour ces genres de questions ?

R. Kédjagni

 
La fin d'un règne : Après être renvoyé de l'avion présidentiel, un baron de nouveau humilié à Pya

Le 2ème anniversaire du décès du Général Gnassingbé Eyadema a été célébré lundi 05 février dernier. A cette occasion, des manifestations officielles ont été organisées tant à Lomé qu'à Pya, le village natal du défunt président. Dans la matinée de lundi, les membres de la famille Gnassingbé, avec à leur tête le chef de l'Etat, Faure Gnassingbé, entouré de ses proches collaborateurs, se sont retrouvés à la chapelle familiale pour une prière d'action de grâces dirigée par l'inusable pasteur Touléassi.

Mais avant cette célébration, Faure Gnassingbé, quelques membres de la famille ainsi que certaines autorités politiques et militaires se sont recueillis au caveau familial. Comme on aurait pu le Constater, ce n'est pas tout le monde qui est autorisé à aller à cet endroit. « Des ordres formels et des consignes stricts ont été donnés à l'entrée pour mettre fin à tout désordre et filtrer les visiteurs. Mais c'est alors que cet ancien ministre de la Communication et de la Formation civique qui n'était pas sur la liste, arriva sur les lieux et voudrait s'imposer », révèle notre confrère « Le Changement » N°60 du 08 février 2007. Au lieu de s'en tenir aux injonctions pressantes des forces de sécurité et s'éclipser des lieux, le ministre aurait voulu forcer les choses. Conséquence, il aurait été repoussé violemment par ceux qui gardaient les lieux.

Nous avons tenté à mainte reprises de joindre le ministre, mais son téléphone portable sonnait inaccessible. II faut signaler que l'ancien patron de la TVT subit sa deuxième humiliation en moins d'un an.

En mai 2006, le président Faure Gnassingbé devrait effectuer une « visite d'amitié et de travail » au Gabon et au Congo Brazzaville. Le ministre aurait été déclaré persona non grata par certains proches de Faure qui l'ont sorti de l'avion comme un moins que rien. Sa valise a été également sortie de l'avion et c'est toute honte bue qu'il aurait quitté l'aéroport.

De tout ce qui précède, ne peut-on pas dire que cet ancien ministre connaît son crépuscule et qu'il serait plus sage s'il s'éclipsait des méandres du pouvoir ?

E.Y.

 

 

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