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A l’allure où vont les choses, le
dialogue inter-togolais sous l’ère
Faure Gnassingbé risque de
connaître le même sort que les
nombreux pourparlers qui ont
marqué le long règne de son défunt
père. On a l’impression que les
dés sont pipés d’avance et que
tout a été déjà fait pour prendre
l’opposition de vitesse. Après les
nombreuses fêtes controversées
célébrées par le clan, on semble
accélérer les choses du côté du
pouvoir. Il faut aller tout de
suite au dialogue et c’est la
capitale du Burkina Faso,
Ouagadougou, qui est retenue pour
cet énième round togolais.
C’était donc dans ce cadre que le
Premier ministre de Faure
Gnassingbé s’est rendu le jeudi 02
février à Ouagadougou pour
solliciter l’appui de l’autre
charcutier de la Constitution « pour
que les Togolais viennent ici
parler entre eux et essayer de
trouver des solutions à leurs
problèmes ». Interrogé sur
l’état d’exécution de ces
engagements, Edem Kodjo s’est
montré optimiste, estimant que les
préalables seront levés, ce qui
permettra notamment à l’Union
Européenne de renouer avec le
pays. « Ces 22 engagements ont
été presque tous mis en œuvre »,
s’est-il réjoui, soulignant qu’il
reste le point concernant la
discussion avec les partis de
l’opposition traditionnelle et la
société civile appelée dialogue
politique. « C’est ce point qui
reste, sinon tous les autres
domaines (droits de l’homme,
justice, réforme de la justice,
problème des réfugiés) ont été
abordés et des progrès
substantiels ont été enregistrés »,
a-t-il assuré. Pour son Excellence
sa Suffisance, la discussion
portera, entre autres, sur le code
électoral et le cadre pour
l’organisation des élections
législatives.
Ce discours tenu par Kodjo n’est
pas loin de celui du Commissaire
européen à l’Action humanitaire et
au Développement, le Belge Louis
Michel, qui a perdu tout équilibre
dans le dossier togolais après
qu’il eut savouré les délices des
Gnassingbé lors de son voyage au
Togo en décembre 2005. C’est un
diplomate qui ne soigne plus ses
propos et qui se laisse aller aux
passions. Il a encore montré son
parti pris en anticipant sur les
conclusions d’un dialogue qui n’a
même pas encore commencé dans une
interview qu’il a accordée au
journal « Afrique Active ».
« Au Togo, le président Faure a
eu la sagesse de se retirer et
d’aller à des élections. Qu’il y
ait eu beaucoup de contestations
sur ces élections, je ne le
conteste pas. Aujourd’hui, il y a
un président, il y a un
gouvernement de transition qui
doit préparer des élections
législatives, j’observe qu’un
certain nombre de pas importants
sont faits par rapport aux 22
conditions qui sont fondamentales
pour que la coopération au
développement reprenne »,
a-t-il déclaré. Pour lui, il faut
aller très rapidement aux
législatives, même s’il faut
marcher sur des cadavres. Toute sa
préoccupation est le maintien du
clan au pouvoir pour le bonheur de
Chirac et de la France.
Evidemment, Me Agboyibo du CAR
s’est insurgé contre ces
déclarations dans les colonnes de
notre confrère du « Canard
Indépendant » en faisant
remarquer que « Le Commissaire
européen surprend d’autant plus
par ces propos, qu’il sait
pertinemment que le gouvernement
Kodjo ne correspond nullement au
gouvernement de transition qui
devrait être formé sur des bases
négociées entre la mouvance
présidentielle et la Coalition
dans le cadre d’un dialogue
national, conformément aux
recommandations du mini sommet
d’Abuja du 19 mai 2005 ». Mais
il est impérieux que l’opposition
fasse montre d’une grande
vigilance pour ne pas tomber dans
le piège du pouvoir RPT, de Louis
Michel et de la France. L’heure
n’est plus à l’hypocrisie
politique. Le dialogue, qui est en
vue, doit aborder tous les
problèmes qui empêchent le Togo de
se lancer véritablement sur la
voie de la démocratie. La question
du cadre électoral qui concerne le
rétablissement de la Constitution
de 1992, le code électoral, la
réforme de la HAAC et de la Cour
Constitutionnelle … doit être
passée au peigne fin. Le dialogue
doit également s’intéresser au
problème de l’impunité, du retour
des réfugiés, sans oublier la
grande muette « la réforme de
l’armée ».
Si tous ces points sont abordés,
il va falloir envisager un
gouvernement transitoire
consensuel qui aura pour entre
autres missions de mettre en
application les différents accords
et d’organiser les prochaines
législatives. Le gouvernement
actuel, qui est vomi par le peuple
et qui regroupe des gens qui ne
sont là que pour leur panse, ne
peut pas préparer les élections
législatives comme l’a laissé
entendre le Commissaire Louis
Michel. Par exemple à propos de
l’accord de Ouagadougou de 1993,
l’universitaire Marc Pilon a, dans
un article paru dans la revue « Politique
africaine » (N° 56, décembre
1994), déclaré : « Pourquoi
comme en 1958, n’a-t-on pas
demandé la supervision de ou au
moins la collaboration des Nations
Unies ? Pourquoi l’opposition
n’a-t-elle pas exigé le
remaniement du gouvernement afin
d’être associée à la préparation
des élections ? …on peut s’étonner
de l’importance du rôle politique
accordé à la France, mais aussi au
Burkina Faso dont le président B.
Compaoré affiche plutôt une
sympathie pour le général Eyadema ».
Ces enseignements sont encore
d’actualité et l’opposition doit
batailler dur pour arracher la
préparation consensuelle des
élections dans un gouvernement
d’union. Ce n’est qu’à ce prix
qu’une nouvelle ère s’ouvrira pour
les Togolais qui souffrent dans
leur chair. Il faut à tout prix
déjouer le nouveau complot que la
France et Louis Michel sont en
train de monter contre le peuple.
Hose Koffi |