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6 fevrier 2006

 
[ No 55: 03 fev 2006]
Investir dans l’humain (IDH) : Klutsè et les siens donnent aux étudiants une formation au rabais
 

Depuis quelques années, une ONG créée par l’ancien Premier ministre, Kwassi Klutsè, fait beaucoup parler d’elle. Il s’agit de l’ONG « Investir dans l’humain ( IDH ) » qui a une école de BTS, des institutions de micro finances et qui mène d’autres activités. Mais il se passe des choses incroyables au sein de cette organisation. Ce qui nous intéresse aujourd’hui, c’est l’école de BTS où tout se gère dans un ordre sans précédent.

En effet, la section BTS de l’IDH a été créée, selon l’ancien PM, pour permettre aux démunis à accéder à l’étude supérieure à moindre coût. Cependant, ce qui se passe sur le terrain est loin de ces bonnes intentions. On a plutôt l’impression que l’initiateur de ce projet s’est caché derrière le concept de « démunis » pour les gruger davantage et au même moment bénéficier du soutien des bailleurs. Et au finish, c’est une formation au rabais qui est donnée aux étudiants.

Pour donc « aider les démunis », les frais de scolarité sont fixés à 250 000 F CFA. Mais avant que l’étudiant ne soit accepté, il lui est demandé de payer 5 000 F pour la pré inscription, 12 000 F pour l’inscription et enfin 13 000 F pour le frais social. Ces dépenses ne sont pas comptabilisées dans les 250 000 F des frais de scolarité. Quant aux offres de bourses souvent annoncées tambour battant, elles sont un gros canular. C’est juste une tentative d’attirer les « démunis » dans leur filet. Officiellement, aucun concours n’est organisé pour repérer les potentiels bénéficiaires. Seul un groupuscule d’étudiants est choisi à la volée pour dit-on bénéficier d’une bourse entière ou d’une demi-bourse. En cette période de vache maigre, les parents, ne pouvant pas supporter les frais des autres écoles de BTS de la place, ont recours à l’IDH. En diminuant les frais de scolarité et en arguant qu’ils « investissent dans l’humain », Klutsè et ses amis compensent le manque à gagner avec l’effectif qui est très important. Aujourd’hui, ils sont plus de 1 000 étudiants à s’inscrire dans cette école. Conséquence, les étudiants d’une école de BTS sont entassés dans les salles de classe comme les élèves des classes de 6ème des CEG de la capitale. Par exemple, dans la filière Comptabilité et Gestion des Entreprises, ils sont près de 70 dans la salle.

En outre, à l’IDH, il y a presque toutes les filières. Le problème ici c’est que toutes ces filières créées en désordre ne sont pas équipées. Il est connu de tous que dans la formation BTS on met les étudiants dans l’ambiance informatique quelle que soit la filière. N’est-ce pas qu’aujourd’hui, c’est l’Informatique qui gouverne le monde ? Le problème est même accentué dans les filières où l’usage de l’Informatique est nécessaire. C’est le cas par exemple de la filière Informatique de Gestion qui comprend deux options : Développement d’application et gestion des entreprises. Mais dans les salles informatiques, le spectacle est désolant. Le peu d’ordinateurs que l’école dispose sont désuets et datables avec le carbone 14. Ils ne sont pas assez puissants pour supporter les logiciels avec lesquels les étudiants ont besoin de travailler.

Pour camoufler alors l’absence criarde de matériels, la direction de l’école a opté pour une ruse. Elle essaie de jumeler maladroitement certaines filières. L’année dernière par exemple, les étudiants de l’Informatique de Gestion ont été mélangés avec leurs camarades des filières économiques. Pendant toute l’année académique, ceux qui sont en Informatique de Gestion n’ont avalé que plusieurs heures de cours de comptabilité. De plus, il y a dans certaines classes, trois filières qui n’ont rien en commun. Le Développeur d’application, les Finances Banques ainsi que les comptables gestionnaires reçoivent quasiment les mêmes cours durant toute l’année. Cette situation crée aux étudiants beaucoup de difficultés dans leur matière de spécialisation. Ce qu’ils y apprennent ne sont pas en phase avec ce qui se fait dans les autres écoles de BTS. Et ils traînent beaucoup de tares quand ils arrivent en deuxième année, l’année de la pratique des théories reçues en première année.

Au lieu de corriger cet état de chose et d’augmenter les heures pour permettre aux étudiants de rattraper le retard, Klutsè et les siens ont adopté une solution singulière. C’est le moment qu’ils ont choisi pour réduire les heures des enseignants sans les avoir au préalable consulté. Chaque filière a été touchée par cette mesure et les enseignants ont perdu jusqu’à 8 h à 10 h de cours. Ainsi, si un enseignant en Informatique a deux heures de cours dans la filière Finances Banques et quatre heures en Informatique de Gestion, les six heures qu’il a par semaine dans les deux filières deviennent trois heures. Et les étudiants de ces deux filières incompatibles sont mélangés et obligés de suivre le même cours d’Informatique. A cela s’ajoute le problème de manque d’enseignant.

Un autre problème que vivent les étudiants est celui de logement. Ceux qui ont été logés l’année dernière ont été chassés dans les vacances de leur chambre et jetés dans la rue. Rappelons qu’ils étaient deux par chambre et payaient  50 000 F pour dix mois. Mais cette année, les deux résidences, qui sont restées, leur ont été louées à 70 000 F. Ils ont transformé les autres résidences en bureaux qui portent l’écriteau « Entreprenariat», «en réseau d’ONG » et qui sont quasiment vides. Ceci dans le but de sauver les apparences et gagner l’estime des partenaires.

Les tractations des étudiants vers le fondateur, Kwassi Klutsè, pour l’informer de la situation sont restées vaines. « On ne vous force pas à venir. Si vous n’êtes pas satisfait, vous êtes libres de vous faire apprécier ailleurs ». C’est souvent cela la réponse du sauveur des « démunis ». Mais quand il s’agit d’organiser la semaine de l’étudiant qui lui permet de vendre un peu son école, on n’hésite pas à mobiliser des fonds. Selon certaines indiscrétions, c’est la bagatelle somme de 1 800 000 F qui serait débloquée pour le bamboula. Ils n’ont que faire des conditions de travail des étudiants. Simulacre d’« investissement dans l’humain ».

Hose Koffi

 
 

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