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2 fevrier 2006

 
[ No 54: 02-02-06]
Non content du choix du diplomate algérien, Louis Michel se propose de lui adjoindre Moustapha Niasse
 

         Après plusieurs mois de tergiversations, Faure Gnassingbé a, à quelques jours du sommet « France A fric », convoqué à la va-vite les cinq partis signataires de l’Accord cadre de Lomé : le RPT et ses béquilles la CPP et le PDR, et les trois partis de l’opposition démocratique CAR, CDPA, UFC et deux associations féminines pour, dit-on, « relancer » un dialogue qui n’a même pas encore commencé. Il convient également de rappeler que cela a été fait suite à l’annonce de l’arrivée au Togo d’une mission de l’Union Européenne.

           A l’occasion de cette ouverture du dialogue, Faure Gnassingbé a remis aux différentes parties prenantes un mémorandum dans lequel le pouvoir fixe le contenu, les sujets et les modalités de ce dialogue tout en prenant soin d’y écarter les vraies questions qui empêchent le pays de se développer. A preuve, la question de l’impunité est écartée du dialogue ainsi que celle relative à la réforme de l’armée.

Une semaine a suffi aux partis pour répondre à ce mémorandum. Ils ont tous remis leurs propositions et observations à Faure. « L’UFC considère en conséquence que le but du dialogue est de discuter des questions d’intérêt national visées ou non par les 22 engagements, mais dont le règlement est nécessaire à l’apaisement du climat politique et à l’instauration de la démocratie et de l’Etat de droit dans notre pays », a fait observer l’UFC de Gilchrist Olympio. Suite à une rencontre avec les responsables des partis politiques, Faure Gnassingbé a rangé les différentes propositions dans les tiroirs pour aller participer au sommet « France A fric » à Bamako. Là, il a eu deux rencontres avec le Commissaire européen au développement et à l’Action humanitaire, le Belge Louis Michel. La deuxième rencontre serait même déroulée en présence de l’« ami personnel de son père », Jacques Chirac. La conséquence de ses entrevues fut l’annulation de la mission d’évaluation de l’UE qui devrait arriver au Togo le 08 décembre dernier. Pour les soutiens du clan, il faut faire avancer le dialogue avant de prévoir une visite d’une délégation européenne au Togo et s’entendre sur un minimum de préoccupations à savoir le lieu de ce dialogue et le médiateur qui devrait en faciliter son bon déroulement.

Tout a été donc bloqué sur le point qui concerne la médiation. Moustapha Niasse, l’ancien Premier ministre sénégalais et ex-médiateur du dialogue inter togolais de juillet 1999, a été entre temps proposé par Louis Michel qui avait tenu des propos tendancieux lors de ses rencontres avec Faure à Bamako. Ce médiateur a été vite rejeté par certains partis de l’opposition qui sont désormais méfiants à l’égard des « nègres africains » pour le rôle trouble qu’ils ont joué en entérinant la « dictature héréditaire ». Des indiscrétions ont fait aussi état de la proposition  de Ousmane Sy, ancien expert du Programme des Nations Unies pour le Développement (PNUD) et ancien ministre de l’administration  territoriale et des collectivités locales sous Konaré. Cette proposition a été également rejetée. Le nom de l’ancien chef d’Etat capverdien Anthonio Mascarenhas Monteiro, qui a déjà séjourné au Togo, le 18 février 2005 pour le compte de l’OIF suite à l’accession dysnatique de Faure au pouvoir, a entre temps circulé.

Devant cet imbroglio, Louis Michel a finalement eu recours au Secrétaire Général de l’ONU, Kofi Annan, pour le choix  d’un facilitateur qui puisse être accepté par toutes les parties. C’est dans ce sens que le diplomate algérien, Conseiller Spécial du Secrétaire Général, Lakhdar Brahimi, a été proposé. Celui-là même qui aime se surnommer « l’intermittent du maintien de la paix », a déjà fait ses preuves dans nombre de pays.

Le vendredi 20 janvier dernier, il a été reçu à Bruxelles par le Commissaire Louis Michel et il ne reste qu’à le confirmer dans ses nouvelles fonctions. Mais des indiscrétions font état de ce que le pouvoir de Lomé ne serait pas d’accord sur le choix de ce diplomate rigoureux et qui veut tout de suite des résultats. C’est ce qui fait d’ailleurs traîner sa confirmation. En outre, des sources proches de Bruxelles indiquent que Louis Michel ne serait pas émerveillé de la désignation du diplomate algérien. Mais puisque c’est lui-même qui a pris attache avec le Secrétaire Général de l’ONU, il manque d’argument pour rejeter ce choix. Pour satisfaire ses desiderata qui sont également ceux du RPT et de la France, il se propose d’adjoindre à Brahimi, l’ancien Premier ministre sénégalais, Moustapha Niasse. Que  redoute-t-il en optant pour cette stratégie ? Veut-on encore faire du « romantisme politique » en désignant pour la longue crise togolaise des médiateurs manipulables à merci ?    

Tout compte fait, le diplomate algérien a refusé qu’on lui associe Moustapha Niasse et exigé qu’on lui laisse les coudées franches pour faire le travail. Mais pour l’heure, la question de la facilitation constitue un blocage au démarrage effectif des discussions.

Hose Koffi

 
 

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