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30 janvier 2006

 
[ No 53: 27-01-06]
Obasanjo a-t-il cédé le fauteuil de l’UA par stratégie?

Nous avons souvenance qu’il y a environ six mois, un député membre du parti du Président nigérian Olusegun Obasanjo et très proche de ce dernier avait eu à dénoncer les manœuvres qui se préparaient côté présidence nigeriane pour une modification de la constitution du pays, en vue de permettre à Obasanjo de briguer un troisième mandat. Tout le monde sait que l’Afrique est devenue un continent d’attardés volontaires à la risée du monde et où la mode de changer la constitution semble devenue un vrai jeu d’enfants.

Plusieurs chefs d’Etat l’ont essayé et n’ont pas rencontré grande difficulté. Notre fameuse Communauté internationale, elle aussi dont l’UE, le Commonwealth, y compris les puissances occidentales qui prétendent encourager et soutenir la démocratie en Afrique comme les USA, la France, la Grande Bretagne, ainsi qu’une grande organisation comme l’ONU, gardent le silence, s’ils n’encouragent pas ou ne félicitent pas les violateurs de constitution dans leur initiative par un coup de fil discret.

Le Président Mamadou Tandja du Niger, au moment de passer la main à un autre chef d’Etat pour présider aux destinées de la comateuse CEDEAO, s’est vu prolonger son mandat de président en exercice pour une année encore dans le jonglage et la médiocrité qu’il a étalés toute l’année 2005. Défaut de candidat? On s’attendait à ce que Obasanjo au dernier sommet de Khartoum, se voie aussi prolonger son mandat au poste de Président en exercice de l’UA et maintenir en place le « parfait » tandem Obasanjo- Tandja (Nigeria Niger), deux mauvais panafricanistes qui ont enfoncé davantage les Togolais dans la souffrance. Beaucoup de média donnaient Obasanjo reconduit pour un nouveau mandat avant même la tenue du sommet de Khartoum. Tel n’a pas été le cas.

Finalement, on a été surpris qu’il cède « la couronne » à un autre; pas en Afrique orientale mais centrale. Nous sommes convaincu qu’il a dû insister pour s’en démettre, afin d’être libre avant 2007, année de la prochaine élection présidentielle au Nigeria. Certainement que d’ici la fin de l’année 2006, on verra Olusegun procéder manu militari à la modification de leur constitution, lui qui n’avait pas eu le courage de réagir personnellement pour démentir les rumeurs à la manière de Mathieu Kérékou.

N’allons pas trop vite en besogne. Peut-être, en bon Yoruba, en bon militaire reconverti à la vie civile, et en bon ex-chef d’Etat réélu démocratiquement, il nous réservera la deuxième bonne surprise après celle de Kérékou qui a su montrer que même caméléon, il sait refuser, le moment venu, de changer de couleur pour être en harmonie avec son environnement. Attendons de voir!

Si au bout du compte, Obasanjo est incapable de suivre l’exemple donné récemment par son voisin direct de l’Ouest, alors tous les Africains comprendront que ce Monsieur, en dépit de son grand âge, manque cruellement de sagesse et qu’il n’est pas de ces chefs d’Etat à même d’œuvrer pour le développement et le mieux-être de notre Continent. Avouons qu’il serait très malsain d’oser modifier la constitution de son pays tout en occupant le fauteuil de président en exercice de l’organisation panafricaine, d’où question de stratégie. La balle est dans le camp du Monsieur qui avait décidé de sacrifier les pauvres Togolais sur l’autel d’un siège au Conseil de Sécurité des Nations Unies.

Alain SIMOUBA

Sommet de l’UA à Khartoum : Le moins pire a été choisi

Le 6e  sommet ordinaire de l’Union Africaine qui s’est tenu les 23 et 24 janvier derniers à Khartoum a mobilisé beaucoup d’énergie autour de la présidence de l’Union. Ce thème a abordé 80% du temps du sommet et les autres points inscrits à l’ordre du jour n’ont été qu’épluchés.

            Le mandat du président en exercice de l’Union, Olusegun OBASANJO, arrivant à terme, il fallait assurer sa succession et c’était à l’Afrique Orientale que revenait la présidence selon le principe de rotation d’une présidence tournante à l’instar de l’Union Européenne. Le soudan abritant le sommet, son président Omar el Béchir déposa sa candidature. Mais ce dernier n’a pas une bonne image de marque eu égard à la situation, hier au sud Soudan, aujourd’hui avec la crise au Darfour où les populations civiles sont la cible des milices armées qui les soumettent à des traitements inhumains. La violence et l’impunité y sont de règle et la violence gagne le Tchad voisin. Fallait-il confier la direction d’une organisation qui se veut promotrice de paix, d’union et de développement à un président d’un pays en guerre qui abrite des rebelles sur son territoire et qui déstabilisent un Etat voisin souverain ? Il a fallu des heures interminables de débats, des huis clos, des tentatives de dissuasion pour que Béchir accepte retirer sa candidature. Reste à trouver un autre candidat à ce poste qui risque d’être vacant avec l’arrivée à échéance du mandat de celui qui a bradé le sort des Togolais en apportant sa caution manifeste à la succession familiale au trône. On a dû convaincre Denis Sassou N’Guesso du Congo Brazzaville à déposer sa candidature sans grande conviction. Il fallait trouver « un président », ce qui justifie le choix de Sassou N’Guesso dont le pays se situe normalement en Afrique Centrale. Il a donc fallu que l’UA « viole légitimement » le principe d’une présidence devant revenir à l’Afrique Orientale. Le nouvel élu ne l’a point été, il a été tout simplement  plébiscité. Il devient président en exercice de l’UA non pas parce qu’il incarne les vertus de rassembleur d’hommes. Il ne saurait être cité parmi les références en matière de démocratie en Afrique. Son pays n’est pas à l’abri de conflits armés. Il n’est point un personnage charismatique. C’est un président de vice, de compromission qui devra combler un vide créé par la sortie de l’ancien président. Cette question a mobilisé tellement d’attention que les autres furent à peine ébauchées. La question de l’extradition de l’ancien dictateur tchadien réclamé par la Belgique pour son jugement a été étudiée à la va-vite. La décision prise n’illustre que les faiblesses de cette organisation panafricaine déjà éprouvée par des vices de fonctionnement. Les chefs d’Etats de l’Union se sont unanimement opposés à l’extradition d’Hissène Habré pour répondre devant un tribunal international au nom du principe de la compétence universelle malgré les charges de crime contre l’humanité retenues contre lui. Et pourtant depuis que Abdoulaye Wade a refusé de l’extrader et soumis le dossier à l’appréciation du l’Union Africaine, aucun ne s’est engagé à le juger sur son territoire. Cette position des dirigeants africains a tellement contenté Me El Hadj Diouf, l’avocat de Habré, qui s’est permis de déclarer que « L’Afrique  n’a pas de leçon à recevoir des Blancs en matière des droits de l’homme ».

Oh que si ! C’est du délire de sa part. L’Afrique est encore à des années lumières de la Démocratie. Cette position sur l’extradition de Habré est un recul, un déni volontaire de l’Etat de droit. C’est une caution tacite à la perpétuation de la mauvaise gouvernance, de la dictature, des brimades sur les populations, des conflits, des génocides sans que leurs auteurs ne soient inquiétés par la justice car protégés par les chefs d’Etats. L’Union par cet acte vient assurer la promotion de ces vices politiques.

Le fait de repousser à 2007 l’attribution de la présidence au Soudan n’est qu’un report des difficultés réveillées par l’élection d’un président. Il est clair que Sassou N’Guesso est un palliatif, un  président générique… Et si en 2007 la situation au Darfour ne s’arrangeait pas, doit-on élire cette fois-ci Béchir parce qu’on l’a fait attendre ?

Les mécanismes de fonctionnement et les principes sont assez défaillants. C’est l’occasion de mieux penser la question de la succession car bon nombre d’Etats africains sont en guerre. Que ce ne soit pas aux présidents en fonction seuls que revient la présidence. On pourrait initier par exemple le principe des grands électeurs qui devrait d’abord étudier les vertus démocratiques du candidat à ce poste qui pourrait être tout intellectuel imbu de démocratie. Et si l’on essayait aussi de confier tous les pouvoir à l’actuel secrétaire exécutif de la commission de l’UA, Alpha Omar Konaré qui est un « monument démocratique » en Afrique ? Comme cela on éviterait des désaveux entre le président et son secrétaire exécutif comme OBASANJO avant désavoué KONARE à propos du Togo.

            L’union devrait procéder à certains réglages de fonctionnement. Elle gagnerait assez en crédibilité en se remettant en question.

TINO Kossi

 
 

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