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A peine sept ans qu’il a pris le pouvoir,
qu’un évènement de taille bien exploité par Eyadema et les siens viendra changer
le cours des choses dans l’existence du Togo. En effet, cet accident d’avion
qu’on a vite fait de transformer en attentat pouvait être évité si on avait tenu
compte de la capacité de l’avion. Le DC 10 présidentiel qui était loin d’avoir
les mêmes capacités qu’un Boeing ou un Airbus avait eu sa soute bien chargée et
le nombre des passagers était aussi loin d’être le normal. Dans ce cas d’espèce,
un accident ne saurait donc être évité.
Les éternels récupérateurs de situations
anodines pour les amplifier n’attendaient que cette casse d’avion de laquelle le
président Eyadema est sorti avec quelques égratignures pour créer des
évènements.
A partir de cet instant, Eyadema était
devenu un dieu, le sauveur du Togo. Celui sans qui le « Togo nouveau »
n’existerait pas. Le miraculé de Sarakawa vient ainsi de voir le jour.
Cet accident savamment exploité sonnera le
glas de la descente aux enfers de tout un peuple. Les habitudes de retenues et
d’homme modeste feront place à certains excès qui verront le jour et qui
consacreront le règne de l’arbitraire, des crimes économique, social, politique
et culturel. Sarakawa est donc devenu cet endroit fétiche où on va se recueillir
tous les ans vêtu de blanc. Tout ce que le peuple entreprendra désormais sera
calqué sur cet accident.
· Sur le plan politique
Occasion ne sera plus belle que cet
accident de Sarakawa pour changer les données en sa faveur. On ne jurera que sur
cet accident. A partir du moment où Eyadema a pu sortir indemne de cet amas de
ferrailles, ce qui signifie que c’est la divine providence qui l’a placé à ce
poste. Les ascensions politiques dépendent donc de celui-là qui aura fait un
discours anti-colonialiste ou un slogan qui vante les mérites du « miraculé
de Sarakawa ». Les vannes des excès seront grandement ouvertes.
Eyadema et sa clique n’auront de compte à rendre à personne. Sarakawa inaugure
l’ère de la plus abjecte dictature que l’Afrique ait connue.
· Sur le plan économique
On a vite fait de trouver que l’accident de
Sarakawa avait des mobiles économiques.
On soutient que c’est pour affranchir
économiquement le Togo des mains étrangères que le Président Eyadema a failli
laisser sa vie. A ce titre donc, les richesses du pays doivent profiter au
« miraculé » en premier lieu. A ce sujet, Eyadema s’est très bien servi. Le
boom phosphatier aidant, il est devenu l’un des Chefs d’Etat les plus fortunés
du continent. Il fallait confiner le peuple dans une misère noire pour qu’à
chaque fois, la magnanimité de l’homme de Sarakawa prévale. Pour endormir la
conscience du peuple, on vocifère des machins sur les ondes tel : « se servir
non, servir le peuple oui ». Au même moment où on débite ces insanités,
Eyadema et ses fidèles faisaient main basse sur les richesses du pays, les tout
premiers milliardaires togolais faisaient leur apparition.
On se lance à partir de la
manne phosphatière dans des chantiers trop osés. C’est le début de l’apparition
des éléphants blancs. Des dépenses de prestige sans réelles incidences sur le
changement du vécu quotidien du peuple.
Sarakawa est loin d’être la
date de la libération économique, c’est le début des crimes économiques et la
tribalisation dans l’attribution des postes pourvoyeurs de bien-être financier.
· Sur le plan social
Le culte de la personnalité est né. Eyadema
est au centre de tout le social. Rien ne doit se faire sans que ce ne soit pas
son bon vouloir, son équation personnelle comme on aime bien le dire ici.
Il est né à partir du 24 janvier 1974, un
« messie » que les Togolais attendaient. Un messie qui ne mettra rien de
côté pour faire des intrusions massives dans la vie des Togolais. Ce qui
normalement ne devrait pas le regarder devient donc son affaire personnelle. On
crée des événements artificiels et le seul et unique à pouvoir les cerner est
Eyadema. Sarakawa devient le début d’un inadmissible tripatouillage des faits
sociaux de ce pays.
· Sur le plan culturel
La culture togolaise est affectée par le
phénomène Sarakawa. L’animation politique, les fêtes traditionnelles seront aux
couleurs de Sarakawa (Le cimetière de l’impérialisme). Voilà un peu, comment on
a voulu réécrire notre histoire culturelle par un fait pour le reste anodin.
Cette histoire du retour à l’authenticité est née. Les noms importés tels
Etienne, Ernest, Emmanuel, Samuel n’auront plus de sens dans nos états civils.
La commission de réécriture de
l’histoire de notre pays escamotera toujours certaines vérités. On peut toucher
à tout sauf à ce qu’a fabriqué feu Eyadema. 23 septembre, 13 janvier, 24
janvier, 2 février, 24 avril… sont des dates qui figureront en bonne place dans
la longue liste des javas nationales.
Hose Koffi |