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18 janvier 2006

 
[ No 50: 17-01-06]
24 janvier 1974, accident de Sarakawa: Les vérités qu’on a toujours cachées au peuple
 

A peine sept ans qu’il a pris le pouvoir, qu’un évènement de taille bien exploité par Eyadema et les siens viendra changer le cours des choses dans l’existence du Togo. En effet, cet accident d’avion qu’on a vite fait de transformer en attentat pouvait être évité si on avait tenu compte de la capacité de l’avion. Le DC 10 présidentiel qui était loin d’avoir les mêmes capacités qu’un Boeing ou un Airbus avait eu sa soute bien chargée et le nombre des passagers était aussi loin d’être le normal. Dans ce cas d’espèce, un accident ne saurait donc être évité.

Les éternels récupérateurs de situations anodines pour les amplifier n’attendaient que cette casse d’avion de laquelle le président Eyadema est sorti avec quelques égratignures pour créer des évènements.

A partir de cet instant, Eyadema était devenu un dieu, le sauveur du Togo. Celui sans qui le « Togo nouveau » n’existerait pas. Le miraculé de Sarakawa vient ainsi de voir le jour.

Cet accident savamment exploité sonnera le glas de la descente aux enfers de tout un peuple. Les habitudes de retenues et d’homme modeste feront place à certains excès qui verront le jour et qui consacreront le règne de l’arbitraire, des crimes économique, social, politique et culturel. Sarakawa est donc devenu cet endroit fétiche où on va se recueillir tous les ans vêtu de blanc. Tout ce que le peuple entreprendra désormais sera calqué sur cet accident.

· Sur le plan politique

Occasion ne sera plus belle que cet accident de Sarakawa pour changer les données en sa faveur. On ne jurera que sur cet accident. A partir du moment où Eyadema a pu sortir indemne de cet amas de ferrailles, ce qui signifie que c’est la divine providence qui l’a placé à ce poste. Les ascensions politiques dépendent donc de celui-là qui aura fait un discours anti-colonialiste ou un slogan qui vante les mérites du « miraculé de Sarakawa ». Les vannes des excès seront grandement ouvertes. Eyadema et sa clique n’auront de compte à rendre à personne. Sarakawa inaugure l’ère de la plus abjecte dictature que l’Afrique ait connue.

· Sur le plan économique

On a vite fait de trouver que l’accident de Sarakawa avait des mobiles économiques.

On soutient que c’est pour affranchir économiquement le Togo des mains étrangères que le Président Eyadema a failli laisser sa vie. A ce titre donc, les richesses du pays doivent profiter au « miraculé » en premier lieu. A ce sujet, Eyadema s’est très bien servi. Le boom phosphatier aidant, il est devenu l’un des Chefs d’Etat les plus fortunés du continent. Il fallait confiner le peuple dans une misère noire pour qu’à chaque fois, la magnanimité de l’homme de Sarakawa prévale. Pour endormir la conscience du peuple, on vocifère des machins sur les ondes tel : « se servir non, servir le peuple oui ». Au même moment où on débite ces insanités, Eyadema et ses fidèles faisaient main basse sur les richesses du pays, les tout premiers milliardaires togolais faisaient leur apparition.

            On se lance à partir de la manne phosphatière dans des chantiers trop osés. C’est le début de l’apparition des éléphants blancs. Des dépenses de prestige sans réelles incidences sur le changement du vécu quotidien du peuple.

            Sarakawa est loin d’être la date de la libération économique, c’est le début des crimes économiques et la tribalisation dans l’attribution des postes pourvoyeurs de bien-être financier.

· Sur le plan social

Le culte de la personnalité est né. Eyadema est au centre de tout le social. Rien ne doit se faire sans que ce ne soit pas son bon vouloir, son équation personnelle comme on aime bien le dire ici.

Il est né à partir du 24 janvier 1974, un « messie » que les Togolais attendaient. Un messie qui ne mettra rien de côté pour faire des intrusions massives dans la vie des Togolais. Ce qui normalement ne devrait pas le regarder devient donc son affaire personnelle. On crée des événements artificiels et le seul et unique à pouvoir les cerner est Eyadema. Sarakawa devient le début d’un inadmissible tripatouillage des faits sociaux de ce pays.

· Sur le plan culturel

La culture togolaise est affectée par le phénomène Sarakawa. L’animation politique, les fêtes traditionnelles seront aux couleurs de Sarakawa (Le cimetière de l’impérialisme). Voilà un peu, comment on a voulu réécrire notre histoire culturelle par un fait pour le reste anodin. Cette histoire du retour à l’authenticité est née. Les noms importés tels Etienne, Ernest, Emmanuel, Samuel n’auront plus de sens dans nos états civils.

            La commission de réécriture de l’histoire de notre pays escamotera toujours certaines vérités. On peut toucher à tout sauf à ce qu’a fabriqué feu Eyadema. 23 septembre, 13 janvier, 24 janvier, 2 février, 24 avril… sont des dates qui figureront en bonne place dans la longue liste des javas nationales.

Hose Koffi

 
 

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