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Liberté Hebdo

25 Janvier 2007

[ 159: du 24 jan 2007]  
Rapport d’Amnesty International : Edem Kodjo encourage l’impunité au Togo

Les Togolais, des rescapés en fait n’ont certainement pas encore oublié les violences pré et postélectorales d’avril 2005. Ce sont des choses qui ne s’effacent pas vite de la mémoire, dira l’autre. Des citoyens ont été massacrés, pour la plupart des innocents, des gens qui n’ont rien à voir avec la politique, juste pour assurer au Fils la montée au trône.

Aujourd’hui ces événements ne sont qu’un triste souvenir mais les plaies demeurent vivaces chez les victimes et leurs proches. Les divers rapports élaborés recommandaient que justice soit rendue aux victimes. Mais le pouvoir n’a pas daigné y donner suite. Ce que beaucoup qualifient de promotion de la culture de l’impunité dont le maître d’œuvre semble être manifestement Edem Kodjo.

On se rappelle qu’en mars 2006, Edem Kodjo, alors Premier Ministre avait sorti une circulaire par laquelle il « instruit fermement » les organes compétents « d’abandonner instamment toutes poursuites diligentées ou à diligenter à l’encontre de toutes personnes présumées auteurs d’infractions ou de délits étroitement liés à l’élection », excepté les personnes soupçonnées d’avoir commis des « crimes de sang ». Beaucoup de Togolais avaient pensé à une mauvaise blague de sa part. C’est pourtant ce qui a été appliqué au grand désarroi des victimes. Les bourreaux du peuple figurant sur la « liste nominative des auteurs et commanditaires présumés cités par les victimes » se la coulent douce jusqu’à ce jour. Les Togolais pensaient s’être débarrassés d’Edem Kodjo une fois les clés de la primature retirée de ses mains par Me Yawovi Agboyibo en Septembre 2006. Oh que non ! L’Homme reste égal à lui-même, plus que jamais actif dans les basses besognes. L’Enarque manœuvre pendant tout ce temps pour empêcher que justice soit rendue malgré les cris d’alarme, les plaintes des victimes. « Il faut condamner ces personnes pour que cela s’arrête », « Je tiens à ce que la justice soit faite car ces hommes ont bafoué la vie de mes enfants », « Nous voulons réparation », crient les victimes. Amnesty International à travers son rapport enfin rendu public vient rappeler aux Togolais que l’homme a poussé son cynisme plus loin, même loin de la primature. Le rapport devrait être rendu public depuis le 26 novembre dernier. Mais il a été reporté pour accorder au pouvoir togolais, à sa demande, un délai afin de faire des observations. Mais le 11 décembre 2006, les gouvernants togolais ont fait parvenir un document à l’organisation internationale de défense des droits de l’homme, servant du dilatoire pour minimiser la poursuite judiciaire. On parle dans le courrier de « renforcement en personnel des services de sécurité », de leur formation et d’ « intégration des Forces Armées Togolaises dans la vie de la Nation ». Et comme par hasard, ce document est signé de l’inusable Edem Kodjo qui pense que le rapport d’AI « ne paraît pas de nature à consolider le processus en cours mais au contraire à troubler la paix qui prévaut dans le pays et la sérénité qui entours actuellement la conduite du processus de réconciliation nationale ». L’homme pousse l’outrecuidance jusqu’à aller vouloir blanchir les forces armées indexées par les différents rapport en déclarant : « Ce qui parait être militaire ostentatoire, constitue bien souvent des subterfuges utilisés par des groupes de voyous pour influencer le jugement des victimes (vêtements, armes, parfois véhicules camouflés ou plaques d’immatriculation falsifiées) ».

Que diantre a-t-il à s’opposer tant que justice soit rendue ?

Tino Kossi

 
Réaction du gouvernement ou de la présidence au rapport d’AI ?  Edem Kodjo dans le rôle de liseur professionnel de motion

L’organisation internationale de défense des droits de l’homme Amnesty International a rendu public vendredi dernier, après plusieurs reports, son rapport sur les violences et les exactions survenues dans notre pays à la suite du scrutin présidentiel du 24 avril 2005.

Intitulé « Je veux savoir pourquoi on a tué mon fils », le rapport demande surtout au gouvernement togolais d’assumer ses responsabilités pour traduire devant les tribunaux les auteurs et les commanditaires de cette tragédie et mettre un terme à l’impunité qui fait le lit du mal togolais depuis plusieurs années déjà.

            Le pouvoir togolais qui avait demandé le report de la publication du document pour formuler des observations, a fait parvenir le 11 décembre 2006 à Amnesty International un courrier de douze pages portant les griffes de M. Edem Kodjo pour démonter le rapport d’AI.

            Se mettant dans le rôle parfait des liseurs professionnels de motion, M. Edem Kodjo fait récemment ministre d’Etat à la présidence par Faure Gnassingbé s’en prend à Amnesty International et émet des réserves sur le contenu du rapport.

            Pour le président de la CPP, « ce qui paraît être militaire de façon ostentatoire, constitue bien souvent des subterfuges utilisés par des groupes de voyous pour influencer le jugement des victimes (vêtements, armes, parfois véhicules camouflés ou plaques d’immatriculation falsifiées »). M. Edem Kodjo s’érige en avocat du diable des éléments des forces armées togolaises alors que ceux-ci ont été indexés dans les différents rapports des organisations de défense des droits de l’homme (ONU, FIDH…) comme étant les principaux responsables des massacres d’avril 2005.

            Le ministre d’Etat à la présidence après s’être interrogé « sur les vraies motivations de ce rapport et le moment choisi pour sa médiation », estime que le document « ne paraît pas de nature à consolider le processus en cours mais au contraire à troubler la paix qui prévaut dans le pays et la sérénité qui entoure actuellement la conduite du processus de réconciliation nationale ».

            M. Edem Kodjo pousse son cynisme plus loin en disant « être préoccupé par ce déchaînement inutile, redondant et volontairement polémique ». Il considère par ailleurs le combat d’Amnesty International contre l’impunité comme « relevant de l’histoire car largement dépassé ».

            Serait-on en d’autre temps que le président de la CPP aurait pris la tête des marches de soutien pour dénoncer, à travers des montages grotesques des laboratoires de Lomé 2, le rapport d’AI et rejeter la responsabilité entière des tueries sur l’opposition.

            La réaction du gouvernement au rapport d’Amnesty International suscite de nombreuses interrogations. Pourquoi c’est M. Edem Kodjo qui est de l’administration qui répond à la place des membres du gouvernement ?

            Le Premier ministre est-il au parfum du courrier adressé à l’organisation internationale de défense des droits de l’homme ? Voilà autant de questions que se posent les Togolais. Il ne fait pas de doute que Faure n’accorde pas de crédit à Agboyibo et son équipe et qu’il a ses hommes de main qui agissent dans l’ombre et au nom des autorités togolaises. Le cas patent est celui de Edem Kodjo.

M.A.

 
Insécurité/Un week-end de terreur au Togo : Sept morts et un blessé grave

Au conseil des ministres du jeudi 18 janvier dernier, le ministre de la Sécurité, le Colonel Atcha Titikpina, a présenté une communication sur la situation concernant les accidents de la route et les vols à main armée au Togo. De son exposé, il ressort qu’au cours de l’année 2006, il a été enregistré « 127 vols à main armée qui ont entraîné 11 morts ». Mais à voir ce qui s’est passé le week-end dernier, la situation risque d’être catastrophique d’ici à la fin de l’année. Trois présumés voleurs brûlés vif à Avépozo, trois personnes abattues par des malfrats dans le Zio, un corps retrouvé dans la lagune de Bè, tel est le bilan de ce qu’on peut appeler la tragédie du début d’année.

La vindicte populaire à Avépozo

            Selon les témoignages recueillis sur les lieux, tout serait parti du vol régulier des motos ainsi que de l’assassinat de leur conducteur. Dépassés par les événements, les conducteurs de taxi-moto (Zémidjan) se seraient organisés aux fins de démanteler le réseau de malfaiteurs. C’est ainsi que samedi, ils se seraient tombés sur deux hommes : une jeune femme et un jeune garçon. Pendant qu’un groupe s’occuperait du sort du jeune homme, la fille aurait été soumise à un interrogatoire par le second groupe. Celle-ci révélerait qu’il s’agissait de réseaux bien organisés qui commettraient les forfaits dans la zone. A en croire toujours les témoins, c’est elle qui aurait indiqué les maisons des supposés voleurs. Au cours de ses recherches, la population en furie n’aurait retrouvé que deux personnes dont l’une se prénommerait Akouétè. Ce sont donc ces deux autres présumés voleurs qui ont été plus tard lynchés et brûlés vifs.

            D’après certaines indiscrétions, l’infortuné Akouétè est très connu des habitants de cette banlieue pour avoir fait partie de ceux qui auraient terrorisé les populations de cette zone lors de la présidentielle d’avril 2005. Selon d’autres informations, les présumés voleurs devraient se rendre à Notsè lundi 22 janvier dernier avant que le drame ne se produise.

Meurtres dans le Zio

            Au poste de péage de Davié à une trentaine de kilomètres de Lomé, le Maréchal de logis Awi, a été froidement abattu le vendredi 19 janvier 2007 aux environs de 15 heures. Pour les témoins, le coup de feu serait parti d’une voiture de marque « Mercedes Benz » à bord de laquelle se trouveraient trois individus en cagoule. En plus, la voiture aurait percuté un agent du service de péage qui suit présentement des soins intensifs dans un hôpital de la place. Et pour terminer leur basse besogne, ils ont abattu un ancien combattant et son fils qui les auraient surpris en train de procéder à l’échange de la plaque minéralogique d’immatriculation de la voiture.

Un corps repêché dans la lagune de Bè

            Lundi 19 janvier dernier, le corps d’un jeune d’environ 30 ans a été découvert vers 10h30 dans la lagune de Bè non loin de l’école islamique de Bassadji. L’infortuné portait un pull-over et un pantalon jeans, la tenue prisée par les Zémidjans pour pouvoir affronter la nuit. Apparemment il ne présentait pas l’aspect d’un naufragé son ventre étant resté intact. Mais il avait une blessure au niveau de la tête. Ce qui veut dire qu’il a été lâchement assommé avant d’être jeté dans la lagune.

Les autorités togolaises interpellées

            Ces crimes odieux qu’a enregistrés notre pays en un seul week-end doivent amener les ministres de la Sécurité et de la Défense à prendre des mesures urgentes. Il faut que les enquêtes enclenchées dans les trois situations aboutissent et que les résultats soient connus du public. Ce serait encore malheureux qu’après un calme apparent, ces enquêtes ou leurs résultats soient rangés dans les placards. Car il est évident que le silence des gouvernants sur l’impunité renforce les malfaiteurs dans leur conviction à tuer. Que des sanctions exemplaires soient appliquées aux auteurs de ces forfaits. Mais là aussi, il faut des enquêtes sérieuses pour ne pas amener de pauvres innocents à répondre des actes qui leur sont totalement étranger.

            Par ailleurs, le laxisme des forces de sécurité et de l’ordre amène souvent les populations à se rendre justice elles-mêmes. Ce qui représente un danger permanent pour un Etat de droit. Des gens peuvent être injustement accusés de vol ou de meurtre et lynchés sans autre forme de procès. Il faut donc revisiter la situation des forces de l’ordre en augmentant aussi bien leur effectif que leurs moyens d’action. Une révision de leur situation salariale leur permettra d’être moins enclines aux pourboires, aux dessous – de table… et de faire convenablement leur travail. Ce sont là les quelques conditions qui peuvent ramener la confiance entre celles-ci et la population civile.

R. Kedjagni

 

 

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