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Au
sujet de la grève, notre confrère le Grand
Quotidien d’Information, Togo Presse, a mis à la
Une de sa parution de mercredi :
« Sur instructions du Chef de l’Etat en conseil des
ministres hier, Un mois d’arriérés de salaire et de
pension sera payé avant la fin de l’année ; les prix
des carburants déjà revus à la baisse ; le
traitement des agents de l’Etat sera revalorisé de
5% l’année prochaine. »
Les Togolais ont l’air de s’amuser avec les
ressources du pays et avec la vie des citoyens. Il
semble que ceux qui prennent part aux négociations
oublient souvent pourquoi ils sont mandatés pour
participer à ces assises où sont débattus les
problèmes qui intéressent le bien-être de tous leurs
concitoyens. Les parties prenantes au Dialogue
Social ont passé deux mois à négocier mais ils n’ont
pu éviter le non respect de l’accord. Ils ont été
flattés par les propos mensongers du chef du
gouvernement, Edem Kodjo :
« Le gouvernement, pour ce qui le concerne, vu
l’importance que le Chef de l’Etat accorde au
dialogue social, veut prendre ici aussi, un
engagement, en respecter les termes, et se donner
autant que possible, les moyens nécessaires pour le
réaliser. Notre choix c’est l’ambition d’un monde un
peu plus juste et solidaire. Nous avons pour y
arriver, besoin de la confiance qui peut et qui doit
exister entre partenaires, de la disponibilité, du
courage, de la compréhension ».
Après un préavis de grève, les centrales reviennent
sur leur décision parce que le Chef de l’Etat leur a
promis une augmente de salaire de 5% et le paiement
d’un mois d’arriérés de salaire et de pension en
décembre 2006. Il nous semble que les syndicats
n’ont pas su saisir l’occasion pour résoudre
définitivement le problème des arriérés de salaires
et de pensions. Il aurait fallu amener le
gouvernement à établir un échéancier clair et précis
pour apurer ces arriérés qui n’ont que trop duré.
Pendant deux mois les parties prenantes au Dialogue
Social se sont contentées des belles paroles du chef
de gouvernement et sans mettre les garanties de
leur côté, elles se sont réjouies de la signature du
protocole d’accord dont la mise en œuvre engendre
déjà déception .Que va-t-il se passer après le
paiement du prochain arriéré promis pour décembre
2006 ? Va-t-on continuer à menacer de grève pour
obtenir la mise en œuvre des autres aspects du
protocole d’accord ?
La
politique togolaise « au nom du père et du fils
présidents » est une continuité. La stratégie
consiste à endormir le peuple avec des solutions de
rafistolage et des actes fallacieux.
Le paiement des salaires aux agents de
l’Etat est une obligation que le gouvernement doit
honorer. Le salaire est un droit reconnu au
travailleur au même titre que les autres droits
humains. La Constitution togolaise de 1992 l’a bien
stipulé en son article 37.
Nous ne devons pas nous laisser berner
par les comportements de charme du gouvernement
fondés sur de la cruauté déguisée en acte de
philanthropie. Autrefois, le « Timonier National »
avait fini par transformer le paiement des salaires,
des pensions de retraite ainsi que tous les autres
droits en faveurs que lui seul pouvait accorder au
peuple.
Si
on nous dit aujourd’hui que le fils, héritier du
trône de son père, a instruit le conseil de
ministres de payer un mois d’arriérés de salaire et
de pension, c’est bien. Pourquoi a-t-il attendu le
préavis de grève pour réagir s’il s’est vraiment
engagé à respecter les termes de l’accord issu du
dialogue social ? Son chef de gouvernement ne
l’a-t-il pas averti des engagements pris lors du
dialogue ? Veut-il nous obliger désormais à
considérer ses actes politiques comme des faveurs au
peuple togolais ? Qu’on cesse de nous voiler la face
par des actes anodins au Togo. Nous considérons
qu’il assume le passif des actes de son père en tant
qu’héritier. D’ailleurs, l’existence des arriérés
traduit la méchanceté du régime pour plusieurs
raisons, dont deux nous paraissent essentielles.
D’abord sur un plan purement économique,
il y a ce qu’on appelle « la valeur actuelle de
l’argent ». Les salaires impayés qui sont
aujourd’hui devenus des arriérés que le
gouvernement s’engage à payer après 7 ans ne vont
plus avoir la même valeur que ce qu’ils valaient au
moment où le gouvernement avait refusé de les payer
pour se venger des citoyens.
Ensuite, il est clair que le régime
trouve plaisir à punir les agents de l’Etat car au
moment où il les obligent à accumuler des arriérés
de salaires, de pension et de tous les avantages qui
s’y rattachent tels que les avancements, les
promotions et révisions des situations
administratives, il offre une vie parasidiaque aux
barons du Rassemblement du Peuple Togolais. Agbéyomé
Kodjo a reconnu le caractère inhumain du système
qu’il a défendu toute sa vie en ces termes :
« En dépit des difficultés
économiques que traverse notre pays depuis une
dizaine d’années , de l’isolement financier et quasi
diplomatique de notre pays , le régime ne continue
pas moins de mener une politique dispendieuse au
mépris des souffrances et de la misère de nos
compatriotes. »
On
nous dira que le fils n’est pas le père et cela est
vrai en partie car ils constituent deux personnes
physiques. Et pourtant, qu’est-ce qui a
fondamentalement changé aujourd’hui au Togo ? La
paupérisation s’enracine et s’accentue avec plus
d’acuité. On serait même tenté de dire que le régime
en place fait la promotion de la pauvreté dans la
grande masse.
Tous les acteurs de la vie politique
roulent dans de grosses voitures de luxe qui se
déplacent en convois et coûtent de la fortune au
trésor togolais au moment où les autres citoyens
arrivent difficilement à joindre les deux bouts. On
doit négocier le paiement des arriérés et organiser
des états généraux pour savoir s’il faut payer des
indemnités de départ à la retraite aux honnêtes
citoyens qui ont œuvré pour le développement du
pays. Ce qui est très triste et ne trouve aucune
justification raisonnable dans les pays civilisés
c’est le cas des retraités. Ils ont cotisé pendant
leurs années de carrière et on comprend mal pourquoi
ils ne peuvent pas percevoir leur pension de
retraite. Pourquoi le régime les prive de leurs
droits et les réduit à des nécessiteux et des
misérables ?
Le régime sacrifie le bien-être des
citoyens. Les petits gestes ne doivent pas tromper.
Si ceux qui profitent impunément des ressources de
l’Etat oublient qu’ils font du tort aux autres, les
victimes n’ont aucun droit d’oublier qu’elles sont
lésées par le système.
Pourquoi les centrales syndicales
ont-elles attendu si longtemps avant de réclamer la
réduction des prix des carburants ? Au Niger voisin,
la réaction a été immédiate et le peuple a eu raison
du pouvoir. Les associations de consommateurs ont
eu à protester contre la cherté de la vie. Au Togo
la vie n’est-elle pas encore assez chère ? Les
Togolais réagissent trop tardivement. Cette
passivité ou résignation est à l’origine de tous les
maux qui assaillent le pays.
A partir de l’année prochaine les agents
de l’Etat vont bénéficier d’une revalorisation de 5%
de leur traitement en plus de la réduction des prix
des carburants. Cela représente une véritable
insulte et une moquerie grave aux agents de l’Etat
qui ont perdu leur espoir d’indemnité de départ à la
retraite et qui vivent dans des conditions
misérables.
En effet, les 5% constituent en termes
arithmétiques clairs une augmentation de 5 000 F CFA
mensuellement sur un salaire de 100 000 F CFA.
Combien sont-ils les agents qui gagnent 100 000 F
CFA dans la Fonction publique ? Que signifie une
réduction de prix de 20F contre une augmentation de
plus de 125F sur les prix des carburants ?
A Lomé les travailleurs sont obligés de
passer toute leur journée sur leur lieu de travail
parce qu’ils ne peuvent pas se payer les
déplacements deux fois par jour en aller-retour. La
flambée des prix des carburants a engendré une
augmentation des tarifs dans le secteur des
transports. Avec une réduction de 20F contre
l’augmentation de plus 125F que va-t-il se passer
dans le transport de passagers dans nos villes et
campagnes ?
L’Etat joue à la manipulation et au
dilatoire à tous les nivaux et dans tous les
domaines. Dans les conditions actuelles où les
Togolais n’ont plus de pouvoir d’achat, une
augmentation de salaire de 5% signifie quoi en
réalité ? Devons-nous applaudir ? Le temps où toutes
les humeurs du prince suscitaient des soutiens et
motions est révolu. Nous devons nous réveiller de
notre profond sommeil psychologique. Rien n’a changé
au Togo. Les apparences de changement accoucheront
certainement de la déception et de la surprise si le
peuple continuait à demeurer naïf. Les belles
paroles du gouvernement qui vit aux dépens des
contribuables togolais ne suffisent pas pour assurer
le pain quotidien des citoyens qui croupissent sous
le poids de la misère imposée par le régime.
Camarades, salut ! Rien n’a changé mais
ne perdons pas courage. Souvenons-nous des premiers
combattants dont l’un des leaders a dit :
« Sentinelle,
que dis-tu de la nuit ? La nuit est longue mais le
jour vient. »
Forts de l’encouragement des hommes du passé, les
Togolais doivent continuer la lutte pour instaurer
sur la Terre de nos Aïeux, un havre de paix et de
bonheur.
La lutte continue !
Kindheart AVULETE |