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Le
développement de l’Afrique n’est sans doute pas pour
demain. Le phénomène du sous-développement est un
mal qui gangrène notre tissu social. Rien
aujourd’hui ne présage un avenir radieux pour notre
continent. L’Afrique est mise dans une situation de
mal développement telle qu’elle ne pourra pas s’en
sortir : une situation d’éternelle dépendance et
d’autodestruction de ses propres valeurs.
Dépendante, l’Afrique l’est à tout point
de vue : économique, financier, politique etc.
l’Afrique produit ce qu’elle ne consomme pas et
consomme ce qu’elle ne produit pas. Elle passe le
clair de son temps à quémander des miettes. Tout lui
est imposé de l’extérieur et des institutions
internationales telles la banque mondiale et le FMI.
Même nos valeurs culturelles sont phagocytées par le
colonialisme, les médias occidentaux et les firmes
du genre Coca-cola. Dans cette mondialisation
galopante, l’Afrique rentre perdante dans le jeu de
la jungle. Elle n’a pas les moyens, mais alors pas
du tout, pour faire face aux géants ogres que sont
l’Occident et l’Asie.
Ce tableau noir ne devait pas blanchir
nos dirigeants politiques et nos intellectuels, qui
sont supposés être nos éclaireurs. Si nos pays
africains sont là où nous en sommes aujourd’hui,
c’est parce que les politiques et les intellos n’ont
pas su mettre à l’avant l’intérêt de leurs
compatriotes et de l’Afrique en général. Ils sont
mus par trop de mimétismes, sans faire preuve
d’originalité. Ils ont sous-développé l’Afrique par
les phénomènes de corruption, de bradage économique,
de mauvaise gouvernance, la liste s’allonge à
l’infini.
Notre cher pays, le Togo n’est pas du
reste. Une chirurgie minutieuse s’impose pour panser
le problème de mal développement au Togo. Presque
tous les secteurs devront passer au
scanner : l’agriculture, le commerce, les grands
travaux, l’aménagement du territoire, l’exploitation
des ressources minières, le port, la santé,
l’éducation et enfin la politique.
En ce qui concerne l’agriculture, il est
impensable qu’un pays du tiers monde ne puisse y
mettre l’accent. Au Togo, les ministres en charge de
l’agriculture se moquent des attributions à eux
accordées par l’impératif de leur fonction, et
s’occupent plutôt de la politique politicienne. A
l’heure où nos concitoyens ont besoin de manger à
leur faim, l’agriculture doit plus que jamais être
un secteur stratégique, doté d’un budget conséquent.
Les coopérations doivent être tissées
avec des pays émergents comme le Brésil, l’Inde et
la
Chine en matière de techniques et de technologies
agricoles. Il est impensable qu’au 21e s,
un agriculteur africain ne puisse avoir un tracteur
au moins pour cultiver son champ. Que dire de nos
cotonculteurs ! On se plaint après, auprès des
instances de l’OMC de concurrence déloyale.
Sachons-le, la jungle dans laquelle nous vivons n’a
que faire des lâches, pas plus que nos dirigeants
n’ont que faire de leurs administrés.
Loin de donner des leçons à nos
dirigeants sur la manière dont on sert sa
population, nous pensons qu’il y a des mesures
urgentes à prendre, outre les coopérations sud-sud
dont allusion a été faite plus haut.
En effet, il est urgent d’installer de
vrais laboratoires de recherche agronomique de
pointe (situées hors de la ville de Lomé). Il est
urgent d’envoyer nos ingénieurs acquérir l’expertise
brésilienne, indienne, chinoise… et l’adapter à nos
réalités. Il est urgent de rassembler les
agriculteurs en groupements agricoles dotés de
machines agricoles et autres matériels. Et enfin, il
urge de créer des écoles de formation dans nos
langues locales et de créer des banques agricoles
pouvant aider les agriculteurs. Monsieur le ministre
de l’agriculture, vous possédez à vous seul, la clef
de la relance de notre pays.
Par ailleurs, s’il y a un domaine à
assainir au plus vite, c’est le commerce.
En effet, les commerces intérieur et
extérieur sont laissés à la merci des étrangers sans
foi ni loi. Ceux-ci ne sont nullement inquiétés tant
ils sont puissants. Ils ont corrompu la police et la
gendarmerie. Ils ont sous leur coupe
l’administration togolaise et la justice. Ces
étrangers sans foi ni loi sont passés par tous les
moyens, même frauduleux, pour se procurer la
nationalité togolaise. Ils ne payent pas d’impôt et
pratiquent l’évasion fiscale. La concurrence
déloyale est leur règle.
Pis encore, ces messieurs exploitent nos
frères et sœurs. Ils leur paient de très maigres
salaires. Ils dépouillent nos compatriotes de leurs
dignités tout simplement parce qu’il n’y a pas de
véritables législations en droit du travail.
Il est temps de reformer le droit du
travail et de réguler la concurrence. Il est temps
qu’il y ait une véritable politique fiscale. Le Togo
doit se doter d’une véritable législation,
compatible avec les changements sociopolitiques et
économiques. Il doit se doter d’un véritable
appareil de répression judiciaire afin de freiner
voire éradiquer les systèmes mafieux de ces Ibos, de
ces Libanais, Chinois et indopakistanais…, de tous
ces rastaquouères.
Nos travailleurs doivent être respectés,
traités avec dignité conformément aux nombreuses
conventions sur les droits humains signées par le
Togo.
Aujourd’hui, Lomé la belle est devenue
Lomé la poubelle. Les causes sont connues : la
suppression des voiries, la non conscientisation des
Loméens etc. la population dépassée par des
décennies d’oppression et de répression militaire,
n’a plus de respect pour l’ordre public. Leur façon
d’exprimer leur ras-le-bol, c’est de jeter des
ordures n’importe où et de faire leurs besoins
partout. L’Etat lui-même ne donne pas le bon
exemple. C’est ainsi que nous avons une ville
polluée, sale et qui étouffe les touristes.
Nos dirigeants ne prennent pas à bras le
corps le problème concernant l’insalubrité de la
ville. Lomé la belle, est défigurée, crasseuse ;
bref elle est laide. Nous n’en voulons pour preuve
que la lagune de Bè et le quartier Tokoin-Ouest. La
zone de Bè et ses environs sont entièrement sous
l’eau pendant les saisons de pluie, simplement parce
qu’il n’y a pas de politique de grands travaux.
Les routes sont inexistantes. Les
quelques rares bitumées qui existent sont étroites,
à l’image de notre façon de penser.
Ces routes sont logées par des nids
d’autruche, créant parfois des accidents. Pour qui
emprunte la route inter- Etat Lomé-Anèho, c’est un
enfer. Et malgré l’état défectueux de nos routes, on
se permet d’installer des postes de péages, ajoutés
aux nombreux rackets dont font l’objet les
chauffeurs. Le plus triste, c’est nos dirigeants.
Ils n’ont aucune fierté. Les routes menant à leurs
propres maisons sont pourries, boueuses, inondées en
temps de pluie.
Un autre domaine dont la mauvaise
gestion freine l’élan de ce pays, c’est le Port et
l’IFG (ex OTP). Voilà des secteurs juteux
susceptibles de nourrir à eux seuls tout le peuple
togolais. Mais hélas ! le peuple tire le diable par
la queue pendant que quelques « happy few »
sont hypertrophiés par des milliards, illicitement
amassés et qui profitent à des banques étrangères. A
la moindre piqûre de moustique, ils s’en vont se
faire soigner chèrement au frais du contribuable
dans des hôpitaux européens.
Pendant longtemps l’IFG (ex OTP) était
dirigé par des directeurs incompétents, qui n’ont
pour seule compétence que d’amasser des milliards et
d’engraisser les caisses noires de Lomé II.
Résultat, l’OTP a changé de main. Il ne répond
aujourd’hui que de nom : International Fertilizer
Group (IFG).
Le Port quant à lui, court le risque
d’être phagocyté par des étrangers bien qu’on lui
augure des lendemains meilleurs. La pire des
exploitations des salariés y est faite. Le port
s’engraisse sur la misère, les cris de désespoir de
ces milliers d’ouvriers qui ne cherchent qu’à être
rémunérés au prorata du travail fourni.
Au regard de tout ce qui précède, il est
clair que c’est à dessein que le sommet de la
pyramide suce le sang du peuple. C’est à dessein
qu’on refuse de bien faire les choses, de libérer le
peuple. C’est à dessein qu’on refuse de lutter
contre l’exploitation de l’homme par l’homme qui est
pratiquement institutionnalisée dans notre pays.
Tout ceci profite à la classe dirigeante et à ses
satellites ; des « vampires » ni plus, ni
moins.
Le
propre de la dictature, c’est d’affamer le peuple,
de le déshumaniser, de l’enchaîner. Ne nous leurrons
pas, l’Occident n’y est pour rien dans le mal
développement de notre pays. Nos dirigeants ne sont
pas patriotes ni ambitieux. Ils font consciemment
ou inconsciemment le culte de la médiocrité.
Cela est devenu une tare à mesure que le
temps passe. A cette allure, il est clair que le
décollage de l’Afrique, en particulier du Togo,
n’est pas pour demain; peut-être pas.
Serge GNAMAKOU |