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Le Républicain

09 Août 2006

[ 41:  08 Août 2006]
Retour d’exil de Me Ahlonko Robert Dovi  : Zoom sur un intrépide combattant des droits humains
 « Ô terre qui m’a vu naître, quand te reverrai-je ? » s’écria le poète. Cette question, Me Ahlonko Dovi ne se la posera plus. Son retour d’exil est pour bientôt, le samedi 12 août à 9 heures après 13 ans passés loin de sa terre natale.
 
 

Avocat au barreau de Lomé, Me Ahlonko Dovi est l’un des acteurs clés dans le mouvement des droits de l’homme et de la démocratie au Togo. Elu à la tête de la Commission Nationale des Droits de l’Homme du Togo, le 17 novembre 1990, puis bâtonnier de l’ordre des avocats, il a su donné une crédibilité et taillé une image à la CNDH.

            Infatigable, amoureux de la justice et des Droits de l’Homme, il a passé son temps à la tête de ladite institution à dénoncer les abus et les dérives du régime fossilifère d’Eyadema. Il  su garder son indépendance, sa liberté vis-à-vis des partis politiques, tel un aigle planant dans le ciel. Cette attitude unique en son genre, lui a permis de développer un combat pour l’avènement d’un Etat de droit au Togo.

            Les enquêtes sur les violations des droits humains dans les années 90, son intervention lors de la conférence nationale souveraine ont ébranlé le socle de la dictature érigée en mode de gouvernement dans ce pays. Me Ahlonko Dovi sait ébranler les consciences et en tant que tel il était redouté. L’on se rappelle encore, en 1992, devant un parterre d’hommes politiques et judiciaires, au cours de la rentrée judiciaire du Barreau, Me Dovi qualifiait le contrat social de Koffigoh de « haute trahison » et ce, devant l’ex-premier ministre Koffigoh en personne.

            Mais au Togo le courage et la témérité ont un prix : Me A. Dovi a risqué sa vie à plusieurs reprises. En 1991, lors du coup de force contre la transition démocratique, en novembre 1992, à la veille de la grève générale, Ahlonko Dovi a failli y laisser sa vie.

            Il était un homme droit, rigoureux et pragmatique. Le pantalon jeans était son style, ce qui lui a valu le surnom de « Cow-boy » de la part d’Eyadema. Me Ahlonko Dovi est titulaire d’un doctorat de troisième cycle en criminologie et pénologie. Pour « cet athlète des droits humains », les droits de l’homme doivent se placer au-dessus de tout. Aussi déclarait-il en 1992 qu’il est « simplement soucieux de placer les Droits Humains et la justice sociale au devant de la chose politique tant la politique elle-même n’a de légitimité que lorsqu’elle est assise sur une volonté populaire clairement et librement exprimée ».

            Me Dovi pendant son long exil n’est pas resté les bras croisés. Il s’est taillé une place dans la jungle des praticiens du Droit. Directeur de mission d’Avocat principal au Tribunal Pénal International pour le Rwanda (TPIR) à Arusha en Tanzanie. Aujourd’hui, après la mort d’Eyadema, l’intrépide combattant sort de ses réserves, avec l’espoir d’impulser une nouvelle dynamique à la lutte du peuple togolais pour l’enracinement de la démocratie et des droits de l’Homme.

            Peut-être un messie ? L’avenir nous le dira.

Serge Gnamakou

 

A quand le décollage du Togo? Des secteurs identifiés mafieux et corrompus

Le développement de l’Afrique n’est sans doute pas pour demain. Le phénomène du sous-développement est un mal qui gangrène notre tissu social. Rien aujourd’hui ne présage un avenir radieux pour notre continent. L’Afrique est mise dans une situation de mal développement telle qu’elle ne pourra pas s’en sortir : une situation d’éternelle dépendance et d’autodestruction de ses propres valeurs.

            Dépendante, l’Afrique l’est à tout point de vue : économique, financier, politique etc. l’Afrique produit ce qu’elle ne consomme pas et consomme ce qu’elle ne produit pas. Elle passe le clair de son temps à quémander des miettes. Tout lui est imposé de l’extérieur et des institutions internationales telles la banque mondiale et le FMI. Même nos valeurs culturelles sont phagocytées par le colonialisme, les médias occidentaux et les firmes du genre Coca-cola. Dans cette mondialisation galopante, l’Afrique rentre perdante dans le jeu de la jungle. Elle n’a pas les moyens, mais alors pas du tout, pour faire face aux géants ogres que sont l’Occident et l’Asie.

            Ce tableau noir ne devait pas blanchir nos dirigeants politiques et nos intellectuels, qui sont supposés être nos éclaireurs. Si nos pays africains sont là où nous en sommes aujourd’hui, c’est parce que les politiques et les intellos n’ont pas su mettre à l’avant l’intérêt de leurs compatriotes et de l’Afrique en général. Ils sont mus par trop de mimétismes, sans faire preuve d’originalité. Ils ont sous-développé l’Afrique par les phénomènes de corruption, de bradage économique, de mauvaise gouvernance, la liste s’allonge à l’infini.

            Notre cher pays, le Togo n’est pas du reste. Une chirurgie minutieuse s’impose pour panser le problème de mal développement au Togo. Presque tous les secteurs devront passer au scanner : l’agriculture, le commerce, les grands travaux, l’aménagement du territoire, l’exploitation des ressources minières, le port, la santé, l’éducation et enfin la politique.

            En ce qui concerne l’agriculture, il est impensable qu’un pays du tiers monde ne puisse y mettre l’accent. Au Togo, les ministres en charge de l’agriculture se moquent des attributions à eux accordées par l’impératif de leur fonction, et s’occupent plutôt de la politique politicienne. A l’heure où nos concitoyens ont besoin de manger à leur faim, l’agriculture doit plus que jamais être un secteur stratégique, doté d’un budget conséquent.

            Les coopérations doivent être tissées avec des pays émergents comme le Brésil, l’Inde et la Chine en matière de techniques et de technologies agricoles. Il est impensable qu’au 21e s, un agriculteur africain ne puisse avoir un tracteur au moins pour cultiver son champ. Que dire de nos cotonculteurs ! On  se plaint après, auprès des instances de l’OMC de concurrence déloyale. Sachons-le, la jungle dans laquelle nous vivons n’a que faire des lâches, pas plus que nos dirigeants n’ont que faire de leurs administrés.

            Loin de donner des leçons à nos dirigeants sur la manière dont on sert sa population, nous pensons qu’il y a des mesures urgentes à prendre, outre les coopérations sud-sud dont allusion a été faite plus haut.

            En effet, il est urgent d’installer de vrais laboratoires de recherche agronomique de pointe (situées hors de la ville de Lomé). Il est urgent d’envoyer nos ingénieurs acquérir l’expertise brésilienne, indienne, chinoise… et l’adapter à nos réalités. Il est urgent de rassembler les agriculteurs en groupements agricoles dotés de machines agricoles et autres matériels. Et enfin, il urge de créer des écoles de formation dans nos langues locales et de créer des banques agricoles pouvant aider les agriculteurs. Monsieur le ministre de l’agriculture, vous possédez à vous seul, la clef de la relance de notre pays.

            Par ailleurs, s’il y a un domaine à assainir au plus vite, c’est le commerce.

            En effet, les commerces intérieur et extérieur sont laissés à la merci des étrangers sans foi ni loi. Ceux-ci ne sont nullement inquiétés tant ils sont puissants. Ils ont corrompu la police et la gendarmerie. Ils ont sous leur coupe l’administration togolaise et la justice. Ces étrangers sans foi ni loi sont passés par tous les moyens, même frauduleux, pour se procurer la nationalité togolaise. Ils ne payent pas d’impôt et pratiquent l’évasion fiscale. La concurrence déloyale est leur règle.

            Pis encore, ces messieurs exploitent nos frères et sœurs. Ils leur paient de très maigres salaires. Ils dépouillent nos compatriotes de leurs dignités tout simplement parce qu’il n’y a pas de véritables législations en droit du travail.

            Il est temps de  reformer le droit du travail et de réguler la concurrence. Il est temps qu’il y ait une véritable politique fiscale. Le Togo doit se doter d’une véritable législation, compatible avec les changements sociopolitiques et économiques. Il doit se doter d’un véritable appareil de répression judiciaire afin de freiner voire éradiquer les systèmes mafieux de ces Ibos, de ces Libanais, Chinois et indopakistanais…, de tous ces rastaquouères.

            Nos travailleurs doivent être respectés, traités avec dignité conformément aux nombreuses conventions sur les droits humains signées par le Togo.

            Aujourd’hui, Lomé la belle est devenue Lomé la poubelle. Les causes sont connues : la suppression des voiries, la non conscientisation des Loméens etc. la population dépassée par des décennies d’oppression et de répression militaire, n’a plus de respect pour l’ordre public. Leur façon d’exprimer leur ras-le-bol, c’est de jeter des ordures n’importe où et de faire leurs besoins partout. L’Etat lui-même ne donne pas le bon exemple. C’est ainsi que nous avons une ville polluée, sale et qui étouffe les touristes.

            Nos dirigeants ne prennent pas à bras le corps le problème concernant l’insalubrité de la ville. Lomé la belle, est défigurée, crasseuse ; bref elle est laide. Nous n’en voulons pour preuve que la lagune de Bè et le quartier Tokoin-Ouest. La zone de Bè et ses environs sont entièrement sous l’eau pendant les saisons de pluie, simplement parce qu’il n’y a pas de politique de grands travaux.

            Les routes sont inexistantes. Les quelques rares bitumées qui existent sont étroites, à l’image de notre façon de penser.

            Ces routes sont logées par des nids d’autruche, créant parfois des accidents. Pour qui emprunte la route inter- Etat Lomé-Anèho, c’est un enfer. Et malgré l’état défectueux de nos routes, on se permet d’installer des postes de péages, ajoutés aux nombreux rackets dont font l’objet les chauffeurs. Le plus triste, c’est nos dirigeants. Ils n’ont aucune fierté. Les routes menant à leurs propres maisons sont pourries, boueuses, inondées en temps de pluie.

            Un autre domaine dont la mauvaise gestion freine l’élan de ce pays, c’est le Port  et l’IFG (ex OTP). Voilà des secteurs juteux susceptibles de nourrir à eux seuls tout le peuple togolais. Mais hélas ! le peuple tire le diable par la queue pendant que quelques « happy few » sont hypertrophiés par des milliards, illicitement amassés et qui profitent à des banques étrangères. A la moindre piqûre de moustique, ils s’en vont se faire soigner chèrement au frais du contribuable dans des hôpitaux européens.

             Pendant longtemps l’IFG (ex OTP) était dirigé par des directeurs incompétents, qui n’ont pour seule compétence que d’amasser des milliards et d’engraisser les caisses noires de Lomé II. Résultat, l’OTP a changé de main. Il ne répond aujourd’hui que de nom : International Fertilizer Group (IFG).

            Le Port quant à lui, court le risque d’être phagocyté par des étrangers bien qu’on lui augure des lendemains meilleurs. La pire des exploitations des salariés y est faite. Le port s’engraisse sur la misère, les cris de désespoir de ces milliers d’ouvriers qui ne cherchent qu’à être rémunérés au prorata du travail fourni.

            Au regard de tout ce qui précède, il est clair que c’est à dessein que le sommet de la pyramide suce le sang du peuple. C’est à dessein qu’on refuse de bien faire les choses, de libérer le peuple. C’est à dessein qu’on refuse de lutter contre l’exploitation de l’homme par l’homme qui est pratiquement institutionnalisée dans notre pays. Tout ceci profite à la classe dirigeante et à ses satellites ; des « vampires » ni plus, ni moins.

            Le propre de la dictature, c’est d’affamer le peuple, de le déshumaniser, de l’enchaîner. Ne nous leurrons pas, l’Occident n’y est pour rien dans le mal développement de notre pays. Nos dirigeants ne sont pas patriotes ni ambitieux. Ils font consciemment  ou inconsciemment le culte de la médiocrité.

            Cela est devenu une tare à mesure que le temps passe. A cette allure, il est clair que le décollage de l’Afrique, en particulier du Togo, n’est pas pour demain; peut-être pas.

Serge GNAMAKOU

 

 

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