|
 |
|
|
|
|
|
|
|
|
Le
Républicain |
21 avril 2006 |
|
|
[N°26: du 11 avril 2006] |
|
Les caractéristiques d’un régime sans partage :
Les restes de Sylvanus bientôt rapatriés |
|
|
|
Alors
qu’on parle de réconciliation nationale, les restes du
premier président du Togo indépendant sont à l’étranger.
Selon les sources proches de la présidence de la
république, des démarches sont en cours pour rapatrier
les restes du père de l’indépendance. Cette initiative
rentrerait dans le cadre de la réconciliation nationale
qui vise également à rendre un hommage national au père
de l’indépendance.
Au
fait, qui fut Sylvanus Olympio ?
Sylvanus
Olympio fut désigné Premier ministre pour conduire les
affaires du Togo libre. Estimant l’administration et la
gestion publique togolaise insuffisamment préparées, il
fut sollicité quelques années plus tard pour un régime
de transition. Cette cohabitation était donc prévue pour
durée deux ans. Et vint enfin le
27
avril 1960, jour inoubliable, où le peuple togolais à
jamais affranchi de toute sujetion,
maître de son destin, accéda à la pleine souveraineté.
A son arrivée à la tête du pays, le père de
l’indépendance mit en place une politique de gestion
rigoureuse souvent paternaliste. Il choisit une économie
forte, un moyen de consolider cette indépendance
politique. Le peuple en souffrit. Il se débarrassa
rapidement de certains de ses alliés de combat et finit
dans un système unique de fait.
Qu’allait-il advenir ?
En effet, un peu plus de deux ans à la magistrature
suprême, plus précisément le
13
janvier 1963, le destin du Togo bascule. Des militaires
avec la complicité de la France firent irruption dans la
vie politique du pays. Ce fut la première fois en avril
noir où le pouvoir s’obtenait au bout des baïonnettes.
Il eut dans ce monde entier un tollé général ; une
situation dangereuse et inadmissible. Les insurgés
accompagnés des mercenaires durent se replier pour
remettre le pouvoir à un civil sous bonne surveillance.
Le
Togo passera ainsi à une deuxième république
Beaucoup sera donc dit à propos de cette intrusion
sauvage mais les questions demeurent.
Sylvanus Olympio refusait-il vraiment d’intégrer des
jeunes soldats togolais qui ont combattu dans l’armée
française ?
Etait-ce parce que, nationaliste convaincu, il estimait
incompatible ses convictions avec le trajectoire des es
hommes ayant versé le sang d’autres combattants en
Afrique et en Asie ? Etait-ce parce qu’Olympio,
préférant une collaboration anglo-saxonne par affinité
de classe, de culture et d’intérêt n’acceptait pas
d’être la ligne tactique du néo colonialisme français
dans le redéploiement de ses forces en Afrique noire ?
Malgré ses manquements, Sylvanus Olympio est resté
l’homme de l’indépendance avec ses compagnons, en
particulier Augustino de Souza. Grand argentier de la
lutte, Sylvanus Olympio perdit sa vie au service du
Togo.
Ainsi ce
13
janvier 1963, le Togo plante les décors de la tragédie
du roi Christophe, revue et corrigée. Rien ne fut
épargné à son peuple. Les militaires avec à leur tête le
futur roi Henri durent se résigner à attendre dans
l’antichambre 4 ans.
Ils trouvaient en Nicolas Grunitzky un pétillant
accommodant, docile et collaborateur zélé de l’ancienne
métropole. Antoine Meatchi, vice-président était le
contrôleur direct. Son entourage voulait favoriser une
région au détriment d’une autre. Curieux cheminement.
Malheureusement, l’attelage craqua. Christophe Eyadema
devient le roi Gnassingbé. Le peuple restera bâillonné
pendant au moins 38 ans. Des droits élémentaires des
citoyens ont été bafoués, ses libertés confisquées au
profit d’un ordre militaro dictatorial.
Avant son règne, Eyadema n’eut que la brutalité
primaire. Il n’avait point assez de hauteur pour une
vision plus ambitieuse que celle qui sous-tendait les
principes humains, la libération de l’homme noir.
Beaucoup pourra être reproché à Olympio, beaucoup à
Grunitzky mais aucun deux n’eut la volonté de réduire
son peuple à un état de bassesse rarement égalé. Pas à
pas, le système dictatorial mis sur pied une
organisation autocratique. Les partis politiques,
expression légitime des diverses aspirations d’un
peuple, furent dissous. Les syndicats qui tentaient de
rectifier les erreurs intolérables furent démantelés
comme de vulgaires comploteurs. Aucun mouvement, aucun
corps organisé ne résista au pouvoir despotique de Lomé.
Dans cette entreprise de destruction, le pouvoir Eyadema
trouva l’appui zélé de pseudo intellectuel en mal
d’affirmation sociale. Ces vautours revenus rapidement
dans leurs pays ou délaissant des carrières moins
lucratives tombèrent sur le Togo livré à leurs appétits
monstrueux. Ils ne seront jamais satisfaits. Ce fut une
escalade de surenchère. C’était à qui proposerait plus.
Leur degré d’instruction devrait être proportionnelle à
leur avilissement. Il fallait aller aussi loin que
possible dans cette course éfreinée pour une part plus
importante du gâteau. Ils firent donc du petit sergent,
le guide suprême. Certains instaurèrent
« l’animation », d’autres se transformèrent en héros
de l’authenticité. Les Togolais n’oublieront les
éditoriaux encenseurs où la flagornerie n’avait de
limite que les mots de la lagune. Tous les togolais
reçoivent en échos les discours démagogiques de ses
nouveaux pirates.
D’intellectuels donneurs de leçons se muaient en
véritables assujettis oubliant leur rôle de penseurs
constructifs. Par ce système, le Togo bascula dans une
morosité et fut transformé en un immense camp de
concentration où le délit de pensée devient le crime le
plus répréhensible. La délation fut érigée en dogme. Un
climat de suspicion gangrena les rapports humains et
personne n’osait discuter encore moins prononcé le mot
Eyadèma. Aucun Togolais n’était à l’abri d’une
dénonciation souvent fallacieuse. Des hommes et des
femmes furent jetés en prison sans chef d’accusation ni
procès. Ceux qui eurent la chance de s’en sortir portent
et porteront toute leur vie les stigmates physiques et
psychologique. La justice fut prise en otage et les
condamnations s’égrenèrent au rythme des humeurs du
tyran. Les responsabilités seront collectives. On payait
pour son frère, son père son fils, son oncle, sa tante,
sa cousine, son voisin. Les disparutions furent légions.
La torture sera le seul moyen d’investigation. Le Togo
se mua à un gigantesque bal permanent où les ministres,
premiers esclaves mais esclaves concentrant, apportèrent
les premiers prix de danse.
Encore grave, l’animation devient l’opium du peuple.
Elle servit d’alibis culturels. L’œuvre diabolique
atteint son apogée avec la création en 1968 du parti
unique, énigme togolais baptisé de manière cynique RPT,
Rassemblement du Peuple Togolais. Les cotisations
remplissent les caisses du RPT. Autant de rançons pour
une liberté confisquée.
Des simulacres d’élections ne purent cacher la réalité.
L’état d’asservissement du peuple Togolais, la
représentation qui en sortait donnait bonne conscience.
Elle était une simple chambre d’enregistrement. On
obéissait et on devançait parfois ses pensées. Le culte
de la personnalité a atteint dans notre pays des sommets
vertigineux rivalisant par période avec les messes
staliniennes. Un mythe fut bâti. Le paroxysme fut
atteint avec l’accident de Sarakawa. Ce fut la mort et
la résurrection du messie. L’homme devint demi dieu.
Le
23
septembre 1968, de jeunes Togolais tentèrent de le
déstabiliser en envahissant le Togo. Dans leur échec,
ils eurent quand même le mérite de ramener l’armée et
ses soldats à ce qu’ils étaient. Des êtres humains
embrigadés par une propagande sordide subissant les
contre-coups de la dictature.
Le
05
octobre 1990
va marquer le début du soulèvement populaire pour le
processus de démocratisation. Toutes les couches
sociales ont répondu au rendez-vous du non.
Plus rien ne sera plus comme avant. Le peuple Togolais
ne reviendra plus jamais au statu quo hanté et le peuple
dans sa marche retrouvera la vraie démocratie.
La
Rédation
|
|
|
|
La
célébration en grande pompe de la fête de l’indépendance:
Faure entre le marteau et l’enclume |
|
|
|
Le 27
avril 1960, bientôt 46 ans jour pour jour,
l’indépendance du Togo a été proclamée. Le peuple
togolais par ses sacrifices a conduit son pays à la
souveraineté. Depuis, l’histoire de ce petit rectangle
de 56 600 Km2 environ, a connu pas mal de
rebondissements. Il connut le premier coup d’état
militaire et sanglant en Afrique indépendante, perpétré
le 13 janvier 1963 sur Sylvanus Ephiphanio Kwami, son
premier président en fonction depuis trois ans. La
liberté si chèrement arrachée du joug de la République
Autonome du Togo du décret 56-847 du 24 août 1956
proclamée le 30 Août de la même année était remise en
cause. Un bref passage de Nicolas Grunitzky aux
commandes de l’état et les vrais auteurs du coup d’Etat
reprennent les commandes sous la direction du chef
Eyadema. Gnassingbé Eyadema confisque le pouvoir qu’il
ne quittera que le 05 Février 2005, emporté par une
maladie.
Un pan de l’histoire du Togo dont le
souvenir est encore vivace dans les mémoires venait de
s’achever. Et pour cause. Le peuple togolais ne connut
pas que des moments de répit sous le régime Eyadema. Dès
1990, le Togo se trouve confronté à des difficultés dues
aux aspirations profondes du peuple d’en découdre avec
le pouvoir dictatorial du régime RPT. La lutte fut âpre
et nombreux sont ceux qui sont marqués à vie, ont perdu
leur vie ou leur proche. Même la naissance du
multipartisme tant escomptée n’a pas pu délivrer le
peuple du joug dictatorial.
Dès son accession au pouvoir, le parti RPT
avec à sa tête son père fondateur Gnassingbé Eyadema va
modifier les habitudes du peuple togolais. La date du 13
janvier est retenue comme date de la libération du
peuple et sa célébration est des plus pompeuses. La fête
de la commémoration de l’indépendance ne fait pas
l’objet de tant d’égards. Friand de louanges et
d’ambiance festive, le chef de l’état met tout en œuvre
pour créer ce qu’on appelle l’animation. Tout le monde
contribue de gré ou de force à la réussite de la fête de
la libération (élève, fonctionnaires, paysans…). Le
budget de national saigne à blanc. Tant pis, pourvu que
la fête soit belle. Une fête qu’on continue de célébrer
aujourd’hui.
Le Togo a donc 2 dates à célébrer : une fête
de la libération et une fête de l’indépendance. Unique
en son genre. Il a également deux pères : celui de
l’indépendance, Sylvanus Olympio et, celui de la « libération »
ou de la « nation », Gnassingbé Eyadema. De quoi
faire rire un observateur avisé, qui sait que dès son
accession à la souveraineté, un territoire devient une
nation au même titre que les autres nations. Ainsi,
attribuer la paternité d’une nation à une personne autre
que le père de l’indépendance relève d’une volonté de
déformation de l’histoire.
Aujourd’hui, une commission de
réhabilitation de l’historie du Togo est à pied d’œuvre.
Parmi ses recommandations des plus farfelues, une digne
célébration de la fête de l’indépendance. Tout est donc
mis en œuvre pour réhabiliter cette date importante dans
l’histoire de tout peuple.
L’honneur revient au ministère de la culture
car il est décidé de privilégier l’aspect culturel de la
manifestation. La place et le monument de l’indépendance
sont en rénovation et, des artistes sont à pied d’œuvre
pour la réussite du méga-spectacle prévu pour le jour de
la commémoration. D’après des sources proches du
ministère de la culture, 50 millions de FCFA sont
déboursés pour la réussite de l’évènement.
Redonner son sens à la fête de
l’indépendance et après ? Aujourd’hui, le problème
togolais dépasse largement le contexte d’une simple
manifestation. La réconciliation tant prônée est plus
fictive que réelle. Le peuple togolais est plus divisé
que jamais et, seule la démonstration d’une volonté
palpable de changer la situation peut faire évoluer les
choses. La propagande tapageuse sur le retour des
réfugiés continue. Mais, il n’est pas moins vrai que des
togolais continuent de périr dans des camps de réfugiés.
Ce n’est donc que du show médiatique, sans actes
concrets.
Le dialogue togolais avance à pas de canard
boiteux vers sa concrétisation. La classe politique
togolaise est plus divisée que jamais quant aux
questions essentielles de l’ordre du jour, la présence
ou non de médiateur ou facilitateur. De son côté, le
pouvoir reste inflexible. Bref, c’est du n’importe quoi
qu’on sert au peuple affamé et affaibli par des
comportements égoïste d’une classe de ses fils.
Le peuple togolais hésite entre aller aux
urnes pour élire ses députés et boycotter le scrutin
tant qu’il n’aura pas l’assurance que les évènements
d’Avril 2005 ne se reproduisent pas.
La liste des causes du malaise togolais est
longue, très longue. « L’émotion est nègre »
disait le très célèbre Senghor pour montrer que le
peuple africain a une tradition de danse. Mais nous
allons chanter, danser jusqu’à quand ? Il s’agit bien
sûr d’une fête de l’indépendance mais, on parle
d’indépendance d’un peuple, d’une nation. Les togolais
constituent-ils aujourd’hui un peuple, uni pour la même
cause celle de défendre une nation qui est née par la
foi, le courage et les sacrifices de leurs
prédécesseurs ? Triste question à la veille du 46ème
anniversaire d’une indépendance si chèrement acquise.
Nadia
ZIBILILA |
|
|
|
|
|
|
|