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Le
Républicain : Quelle
est votre appréciation aujourd’hui de la situation
socio politique de notre pays ?
Jean-Pierre FABRE :
L’espoir suscité au sein des populations togolaises,
par la signature de l’APG (ndlr : Accord Politique
Global) a, petit à petit, fait place au doute, à
l’inquiétude. La manière cavalière, cahoteuse et
tortueuse avec laquelle le gouvernement, à majorité
RPT, tente de mettre en œuvre les recommandations de
l’APG de large consensus qui doit présider aux
réformes constitutionnelles et institutionnelles
conduisant aux élections législatives justes,
transparentes et acceptables par tous, inquiète les
populations togolaises. L’arrogance et l’exclusion
se sont vite substituées à l’esprit de consensus.
Chassez le naturel, il revient au galop. La
situation socio politique de notre pays est morose.
Elle est empreinte d’espoir et de scepticisme.
Nos populations qui ont du mal à vivre de leur
travail, et dont plus de 60 % vivent en dessous du
seuil de la pauvreté, attendent des prochaines
législatives, une sortie de crise. Malheureusement,
rien ne laisse entrevoir une volonté du régime à
restaurer la paix en laissant
la
CENI organiser des élections législatives dans la
transparence, la sérénité et dans la confiance
mutuelle.
Selon
les informations qui nous parviennent, l’UFC serait
en discussion avec le chef de l’Etat pour son entrée
très prochaine au gouvernement. Qu’en est-il
réellement ?
Je ne veux pas croire que de telles allégations
aient pu être le fait du chef de l’Etat, ne
serait-ce que par respect pour le Président Blaise
Compaoré dont l’implication personnelle est
déterminante dans la recherche d’une solution juste
et durable à la crise socio politique qui mine notre
pays.
Il
est toutefois normal que le Comité de suivi
s’enquière de la participation de l’UFC au
gouvernement. La décision d’entrer ou pas dans ce
gouvernement dépend de l’UFC, et d’elle seule. Et
pour nous c’est de l’histoire ancienne. Ce qui nous
préoccupe aujourd’hui, c’est la préparation des
élections législatives.
D’aucuns
vous accusent de pratiquer la politique du pire en
refusant de participer au gouvernement. Selon ces
derniers, vous refusez d’entrer au gouvernement
parce que vous n’avez pas obtenu le poste de Premier
Ministre. N’ont-ils pas raison ?
C’est absurde ! Certains ont été effectivement
tentés de nous blâmer lorsque nous avons exprimé
notre refus de prendre part au gouvernement mais ils
se sont vite ravisés lorsque la composition du
gouvernement a été annoncée, et qu’ils ont compris
ce qui se tramait. Soyons clairs. Nous ne
participons pas au gouvernement, tout simplement
parce que les conditions de la formation de ce
gouvernement n’ont pas été celles qui devraient
présider à la formation du Gouvernement d’Union
Nationale prévu par l’Accord Politique Globale (APG).
Finalement, ce gouvernement comme chacun peut le
constater- et ce n’est pas une insulte- n’est pas un
Gouvernement d’Union Nationale.
En
outre, tant que le chef de l’Etat estimera, comme il
l’a fait savoir en décembre dernier, « qu’ayant
remporté la présidentielle d’avril 2005 »,- ce qui
évidemment est faux-, il lui revient de former le
gouvernement comme il l’entend, réduisant
l’opposition à la portion congrue et se taillant
avec le RPT la part du lion, nous ne jugerons pas
nécessaire d’y participer pour faire de la
figuration.
Effectivement, à la clôture du 9ème Congrès du RPT
en décembre 2006, Faure Gnassingbé s’en est
violemment pris aux partis d’opposition notamment l’UFC,
en qualifiant ses exigences de « fantaisistes » et
en estimant « qu’ils restent là où ils veulent. Le
pays avancera sans eux » Que suscitent ces propos
chez vous ?
Nous laissons les populations togolaises juger de
ces déclarations. En ce qui nous concerne, dans
notre conférence de presse du 8 janvier 2006, nous
avons dit ce que nous en pensons. Nous ne souhaitons
pas y revenir.
Il
nous revient de la tournée que sont en train
d’entreprendre MM. Amah Gnassingbé et Antoine
Bodjona que vous êtes avec MM Gilchrist Olympio et
Patrick Lawson, les seuls qui bloquent l’entrée de
l’UFC au gouvernement, alors que l’immense majorité
du parti y est favorable. Est-ce vrai ?
Je
viens de vous expliquer les raisons pour lesquelles
nous ne sommes pas au gouvernement. Et je crois
avoir été suffisamment clair. Nous avons eu à
déjouer une tentative de déstabilisation venant de
ces deux personnages qui ont prétendu être les
porte-parole de l’immense majorité des militants de
l’UFC. Il est temps de mettre fin à ces légendes. En
tant que Secrétaire Général, je peux vous affirmer
qu’aucune fédération du parti, n’a adressé au Bureau
National une correspondance faisant état de son
souhait de voir l’UFC participer au gouvernement.
L’attitude de M. Amah Gnassingbé et de ses acolytes
doit être prise pour ce qu’elle est : un fait sans
aucune espèce d’importance. Il faut éviter de lui
attribuer une dimension qu’elle n’a pas. Nous
suivons de loin et avec un certain amusement, les
gros mensonges de la tournée nationale que sont en
train d’effectuer Amah Gnassingbé et Antoine Bodjona
aux frais du contribuable togolais avec l’aide des
préfets, tournée dont le seul objectif est le
dénigrement de l’UFC.
Il
apparaît de plus en plus évident que Amah Gnassingbé
n’est qu’une marionnette entre les mains de Antoine
Bodjona qui, je le répète, exécute une manœuvre de
déstabilisation de l’UFC, orchestrée par le pouvoir
RPT. Jugez-en vous-même ! Quand il est entré au
gouvernement en septembre 2006, M. Amah Gnassingbé a
déclaré qu’il y était à « à titre personnel ».
Quelques six à sept mois après, il a suffit d’une
interview publiée par le site Internet Togoforum.com,
interview au cours de laquelle M. Antoine Bodjona
proclame, tel un gourou, que M. Amah Gnassingbé est
au gouvernement au titre de l’UFC pour que Amah
Gnassingbé se ravise et claironne urbi et orbi qu’il
représente l’UFC au gouvernement. Vous voyez bien
que le pauvre « docteur », « ‘détecteur du sida sans
prélèvement de sang ni de salive », est manipulé par
Antoine Bodjona. Tout le monde sait que c’est un
autre Bodjona qui tire les ficelles.
En ce qui me concerne, je ne me laisse pas divertir
par les circonvolutions d’un nomade politique qui
après avoir sévi au PAD, après être passé par l’ex
UTD de Edem Kodjo, a atterri à l’UFC. Il vient de
reprendre son envol vers d’autres horizons, comme sa
nature le lui commande. Je lui souhaite simplement
bon vent.
«
Les évènements se suivent et ne se ressemblent
pas », nous apprend l’adage. Illustre d’ailleurs
cette débandade qu’a connue votre parti au lendemain
de la nomination et de la formation, sans l’UFC, du
gouvernement d’après l’APG; l’entrée du 2ème
vice-président Amah Gnassingbé au gouvernement
Agboyibo, la guerre des communiqués qui s’en est
suivie entre le parti et Amah Gnassingbé, la volonté
de certains militants à voir l’UFC au gouvernement.
Bref ce fut l’essoufflement total. Quelle leçon en
tirez-vous ?
Je
n’ai pas très bien compris le sens de votre
question, mais je pense y avoir déjà répondu.
Il
vous est reproché d’utiliser des vieilles et mêmes
méthodes dans votre combat politique. C’est le cas
de la lettre du Directeur de Cabinet du Premier
ministre Agboyibo qui, au nom de son leader, avait
qualifié d’ « allégations » les termes de la
recommandation que le Conseil National de votre
parti a adressée au PM. Comment en êtes-vous arrivés
là ?
A
l’issue de son Conseil National, les 3 et 4 février
2007, l’UFC a adopté une « Recommandation au chef de
l’Etat et au Gouvernement », qu’elle a fait parvenir
au Premier Ministre, accompagnée, pour son
information, du Rapport général des travaux. Le
Premier Ministre n’a pas semblé comprendre le sens
de notre démarche. Nous ne voulons pas relancer ici,
une polémique que nous jugeons inutile. Pour le
reste, l’UFC n’a de leçon de combat politique à
recevoir de personne.
Il
semble aussi que le torchon ait brûlé entre vous
personnellement et le ministre Gilbert Bawara. Que
s’est-il réellement passé ?
Je
n’ai aucun problème personnel avec Gilbert Bawara.
Il a lancé sur les ondes un appel à peine voilé à la
violence et à la haine contre l’UFC. Nous avons jugé
ces propos inacceptables et nous l’avons fait savoir
avec fermeté. Leur caractère irresponsable nous a
conduit à saisir la Facilitation ! Entre nous, qui
connaissait le sieur Gilbert Bawara avant le décès
de Gnassingbé Eyadéma pour se laisser donner des
leçons par lui ?
La
Commission Electorale
Nationale Indépendante (CENI) vient de réaffirmer sa
volonté d’organiser des élections législatives
« démocratiques, libres, sécurisées, transparentes,
crédibles et apaisées le 24 juin 2007 ». Quel regard
portez-vous sur ce processus électoral ?
Un
regard critique quant aux nombreuses incohérences
dans la mise en place de la CENI, aux incessantes
interventions du gouvernement dans les prérogatives
de cette institution et à la précipitation avec
laquelle le régime veut pousser la CENI à organiser
ces élections. Nous avons tous en mémoire le lourd
tribut en vies humaines que le peuple togolais a
payé à la précipitation et à l’impréparation lors de
l’élection présidentielle d’avril 2005.
La
date du 24 juin 2007 a été retenue en octobre 2006
par la CENI qui n’avait ni règlement intérieur, ni
bureau élu. Le chronogramme, alors établi, accuse
aujourd’hui plus de trois mois de retard et je me
demande par quel miracle ce délai sera tenu. Si la
CENI estime aujourd’hui pouvoir organiser des
élections législatives de manière sereine et
sécurisée, le 24 juin 2007, il faudra qu’elle
confirme officiellement et définitivement cette date
avec à l’appui un chronogramme crédible. Ceci doit
absolument intervenir très rapidement, bien avant le
début du recensement électoral, afin que les
remarques et recommandations des parties prenantes à
l’APG puissent être prises en compte.
Les partis politiques affûtent déjà leurs armes sur
le terrain en organisant des campagnes déguisées. L’UFC
va-t-elle participer à ces échéances électorales
quelles que soient les circonstances ?
En
ce qui concerne l’UFC, elle est prête pour toute
élection, pourvu que les conditions de sécurité et
de transparence soient réunies. L’UFC est sereine et
confiante parce qu’elle incarne le véritable
changement auquel aspirent les populations
togolaises et parce qu’elle travaille résolument
dans le sens de la victoire. Nous allons à ces
élections avec un projet de société en rupture
totale avec les pratiques de plus de quatre
décennies de dictature, de déni de démocratie,
d’exclusion et de gestion clanique de l’Etat. Le
peuple togolais n’est pas masochiste, il sait où se
trouve son intérêt.
Comment comptez-vous gérer la situation socio
politique dans les jours à venir pour éviter un bain
de sang ou des violences pré ou post électorales ?
La
signature de l’APG est supposée empêcher tous les
cataclysmes que vous annoncez. L’UFC œuvre
résolument pour des élections transparentes et
crédibles dans un climat de sécurité. Il revient au
Comité de Suivi et au régime de faire en sorte que
la période des élections ne soit plus l’occasion de
violences que nous avions connues.
Un
autre point également qui fait la une de
l’actualité, c’est la reprise annoncée de la
coopération entre l’UE et le Togo. Notre pays est
d’ailleurs inscrit au 10ème FED. A l’UFC, vous
attendez-vous aussi à l’avènement de cette reprise ?
La
rupture de la coopération entre l’UE et notre pays
n’est pas le fait de l’UFC. Si aujourd’hui l’UE
estime que les conditions sont réunies pour la
reprise, il lui revient de juger de l’opportunité de
cette reprise.
Partagez-vous cette affirmation des uns et des
autres qui dit que Faure Gnassingbé fait plus
d’effort politique que son père Gnassingbé Eyadema ?
Faure Gnassingbé et Gnassingbé Eyadema sont les
instruments d’un système pervers et archaïque. Il
faut mettre un terme à ce système qui a détruit
notre pays et traumatisé ses populations.
Avez-vous un message pour les populations
togolaises ?
Je
voudrais exhorter nos compatriotes à ne pas avoir
peur et à se préparer avec détermination pour se
prononcer massivement en faveur du véritable
changement qu’incarne l’UFC. N’ayons pas peur !
N’ayons pas peur de ceux qui veulent tuer
l’aspiration profonde du Peuple togolais au
changement.
Je
vous remercie.
C’est moi qui vous remercie.
Interview réalisée par Ben KITEGI |