|
Depuis quelques semaines, les loméens louent le ciel.
Ils ont traversé la saison sèche et sont de pleins pieds
dans la saison des pluies. Maintenant, au soleil,
torride succèdent de vrais déluges. Mais la joie que
procurent ces pluies rafraîchissantes aux loméens est
mitigée avec leur inquiétude quant à l’état des rues
après le déluge.
Un tour sur l’avenue longeant la lagune et
le quartier Bè et l’on assiste à un spectacle désolant.
Il ne reste que quelques pans de bitume pouvant
témoigner de l’existence passée d’une voie goudronnée.
« C’est vraiment désolant témoigne Jean,
conducteur de taxi-moto. Finalement, on ne sait plus
que penser de nos gouvernants. Dès les premières pluies,
Lomé devient méconnaissable. Regardez ces nids de
poules. On risque permanemment des accidents avec des
routes comme ça. Il faudrait un réaménagement du réseau
routier ; des routes qui résisteraient à des intempéries
comme les pluies ».
L’état des ruelles est tout aussi
préoccupant. Ces petites rues non bitumées qui passent
entre les maisons constituent en temps de pluies de
véritables réserves d’eau boueuse et insalubre. « Ces
eaux peuvent abriter des gènes de paludisme et de
choléra déclare Eric, un habitant du quartier
Nukafu. Les saisons pluvieuses sont en même temps une
aubaine et un souffre-douleur pour nous. Elles
coïncident généralement avec la période d’abondance des
fruits notamment l’avocat la mangue… C’est vraiment
dangereux surtout pour les enfants. Dans ces eaux, se
développent des larves de toutes sortes ».
A part le problème sanitaire, se pose un
autre non moins grave. Celui de la perturbation des
activités de la population. Albert raconte son
expérience « Dès la première pluie, la ruelle passant
devant ma maison s’est transformée en lac. Impossible de
se rendre où que ce soit sans traverser cette mare
boueuse. Comment le faire lorsqu’on s’est déjà apprêté
pour se rendre au service. Nous avons dû placer ça et là
des briques. C’est ce pont de briques qui nous permet
de nous déplacer maintenant. Mais, gare à celui qui
sautera mal sur une brique. Il se retrouve illico dans
l’eau. Si d’autres pluies tombent, le pont de brique va
disparaître et l’on devrait envisager une autre
solution. Cette pluie nocturne a causé le retard de
nombreux d’entre nous ».
Pour Ahmed, « Je n’ouvre plus ma
boutique d’alimentation générale depuis les deux
dernières pluies. La devanture est inondée. Qui
prendrait autant de risques pour venir acheter quelque
chose. Les pluies devraient cesser de tomber à Lomé car
elles y causent plus de mal que de bien. Dans les
campagnes, on en a besoin pour l’agriculture. Ici, elles
endommagent le réseau routier et ralentissent les
activités ».
Au marché d’Adawlato, Abigail revendeuse se
plaint « les saisons pluvieuses, c’est vraiment
difficile. Le marché est embourbé. Il y règne une telle
insalubrité que les gens hésitent à venir. Le chiffre
d’affaire baisse sensiblement et même nous, les
commerçantes éprouvons de la paresse à y venir ».
Une saison pluvieuse censée procurer de la
fraîcheur et un bien-être à la population se trouve
ainsi transformée en source de divers maux pour la
population loméenne. L’insuffisance des tuyaux de
canalisation, des égouts, l’état délabré des routes,
rues … autant de problèmes qui devraient être résolus
afin que les loméens jouissent pleinement des saisons de
pluie, sans grincement de dents.
Une situation qui doit sans doute en
principe exciter le ministre de la ville à plus de
initiatives. Les « gros » discours sont à mettre
au placard ainsi que les vestes.
Nadia ZIBILILA |